Être ou ne pas être Russe

«Les chauvins et les xénophobes occidentaux se battent maintenant pour le contrôle de la planète, uniquement pour leur propre survie. Sauf à diviser la Russie, la Chine et l'Amérique latine, ils sont finis. Ils le savent! À moins qu'il n'arrivent à corrompre tout ce qui est pur et optimiste dans les nations qui résistent à leur régime monstrueux, leurs jours sont comptés.»

Par André Vltchek – Le 8-10 mai 2015 – Source counterpunch

La confiance entre l’Occident et la Russie est morte. Elle a duré un certain temps, mais maintenant elle est cassée de manière irréversible. C’est une bonne chose, car quel genre de confiance pourrait-elle exister entre l’impérialisme fasciste et les forces qui luttent pour la liberté de l’humanité?

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Davantage de signes de préparatifs de guerre?


The Saker
The Saker

Par le Saker original – Le 6 mai 2015 – Source thesaker.is

Comme la plupart d’entre vous le savez déjà, la marine chinoise a envoyé des navires de guerre dans la mer Noire. Ils se dirigent vers la base navale russe de Novorossiisk. Plusieurs raisons à ce voyage ont été invoquées :

– Il s’inscrit dans le cadre des préparatifs pour la visite de Xi Jinping aux célébrations du 9 mai
– Il s’inscrit dans le cadre d’une vente possible de ses frégates par la Chine à la Russie
– C’est une préparation à des exercices conjoints russo-chinois en Méditerranée

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La guerre prolongée du Pentagone dresse l’Otan contre la Chine, la Russie et l’Iran


Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 29 avril 2015 – Source sputniknews

Peu importe l’aboutissement des négociations sur le nucléaire cet été, tant que Téhéran préconisera la coopération plutôt que la confrontation, l’Iran est appelé à demeurer, avec la Russie, une cible géostratégique clé pour les USA.

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La Chine impériale en Asie centrale. Le destin des Ouïghours

Par Denis Griesmar,
Secrétaire Général de l’Association des Ouïghours de France, affiliée au Congrès Mondial Ouïghour. Ancien vice-président de la Société Française des Traducteurs.
Le 28 avril 2015 – Source Nouvelle Revue Universelle NRU, n° 38*.

Préambule  du Saker Francophone

Dans sa démarche pour confronter les points de vue, le Saker Francophone donne aujourd’hui une tribune aux représentants du peuple ouïghour.

Cette initiative fait suite à l’article de Pepe Escobar Le Pakistan s’engage sur la Nouvelle Route de la Soie où il écrit :

Gabriele Battaglia, un analyste basé à Pékin, a détaillé comment la question du Xinjiang a été approchée selon le nouveau principe directeur de la politique ethnique du président Xi. L’idée clé, dit Battaglia, est de gérer le conflit ethnique entre les Chinois han et ouïghours [peuple turcophone et musulman sunnite, NdT] en appliquant les trois : Jiaowang, Jiaoliu, Jiaorong, c’est à dire contact inter-ethnique, échange et mixage[version chinoise du melting-pot, NdT].

Pourtant, ce qui est essentiellement une poussée vers l’assimilation couplée à des incitations économiques est loin d’être un succès assuré; après tout, la politique au jour le jour du Xinjiang est menée par des cadres Han, non préparés, qui ont tendance à voir la plupart des Ouïghours comme des terroristes.

Beaucoup de ces cadres identifient toute  agitation séparatiste dans le Xinjiang comme une provocation de la CIA, ce qui n’est pas totalement vrai. Il y a une minorité ouïghoure extrême, qui a été entraînée dans la mouvance du djihadisme wahhabite (j’avais rencontré certains d’entre eux dans les prisons de Massoud dans la vallée du Panjshir avant 9/11), et qui va se battre partout, de la Tchétchénie à la Syrie. Mais ce que l’écrasante majorité veut vraiment est le boom économique du rêve chinois.

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Les dix espoirs suscités par la visite de M. Xi Jinping au Pakistan

M.K. Bhadrakumar
M.K. Bhadrakumar

Par M.K Bhadrakumar – Le 22 avril 2015 -– Source India Punchline

Quel que soit le point de vue que l’on adopte, la visite du président chinois M. Xi Jinping ce lundi 20 avril a été un événement extraordinaire. En clair, le Pakistan a su faire de ces accords une véritable mine d’or. En quelques heures, la rumeur a dit que le Pakistan allait se lancer dans des réformes en trompe-l’œil. Renaissance Capital, du haut de son adresse prestigieuse à Londres, l’a dit. Mais la visite de M. Xi n’était pas pas uniquement conduite par des intérêts financiers – même si le moindre geste en faveur d’une nouvelle banque chinoise passe pour un geste éminemment politique. Beijing ne peut pas s’impliquer ainsi. Surtout si chaque geste de la Chine envers le Pakistan affecte une vaste région du monde en Asie du Sud et en Asie centrale (même là où les États-Unis sont ouvertement impliqués comme superpuissance). En résumé, la visite de M. Xi a fait le bonheur de tous les analystes stratégistes. J’ai relevé dix raisons d’espérer. Les voici :

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Pepe Escobar :
Le Pakistan s’engage sur la Nouvelle Route de la Soie


Par Pepe Escobar – Le 24 avril 2015  – Source Asia Times

Maintenant, que pensez-vous de ça comme entrée géopolitique? Huit avions de chasse JF-17 Thunder  escortant le président chinois Xi Jinping à bord d’un Boeing Air China alors qu’il entre dans l’espace aérien pakistanais. Et ces JF-17 sont construits conjointement par la Chine et le Pakistan.

Route de la soie? Mieux encore; Voie aérienne de la soie.

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Le Pakistan s’engage sur la Nouvelle Route de la Soie

La Russie, l’Iran et la Chine pour l’Eurasie


Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – le 18 avril 2015 – Source Russia Insider

La Russie, l’Iran et la Chine partagent des intérêts et une vision eurasienne. Les récentes ventes d’armes importantes de la Russie à l’Iran et à la Chine arrivent dans un contexte de renforcement des liens Chine-Iran avec l’intention de Moscou et de Pékin d’arrimer l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai.

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Pepe Escobar : L’Eurasie de Zbigniew Brzezinski est morte, vive l’Eurasie


Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 18 avril 2015 – Source Asia Times

Oubliez la Guerre froide 2.0

La véritable histoire, maintenant et pour l’avenir prévisible, dans ses déclinaisons innombrables, et bien sûr, en espérant pas trop de cahots sur la route, est une nouvelle Eurasie intégrée.

L’ambitieux projet de la Nouvelle route de la soie en Chine va côtoyer l’Union économique eurasienne (CEE), emmenée par la Russie. Et ce sera le jour où l’UE se réveillera pour découvrir un axe commercial en plein essor qui s’étend de Saint-Pétersbourg à Shanghai. Il n’est pas mauvais de se souvenir que Vladimir Poutine a essayé de vendre à l’Allemagne, il y a quelques années, un projet semblable, et même plus global, la vision s’étendant de Lisbonne à Vladivostok.

Il faudra du temps – et des temps troublés. Mais un lifting radical de l’Eurasie est inexorable. Cela implique, juste sous nos yeux, la dissolution rapide d’un rêve exceptionnaliste – les États-Unis comme puissance hégémonique dominant l’Eurasie, quelque chose qui semblait encore possible au tournant du millénaire.

La Russie pivote vers l’Est, la Chine vers l’Ouest

Quelques bons esprits aux États-Unis restent essentiels, car ils déconstruisent pleinement les points négatifs qui soulignent les dangers de la guerre froide 2.0. Dmitri Trenin du Moscou Carnegie Center, quant à lui, est plus préoccupé par les points positifs, en proposant une feuille de route pour la convergence eurasienne.

Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine – du commerce de l’énergie au développement de la défense et des infrastructures – ne peut que se renforcer, par le pivotement de la Russie vers l’Orient et de la Chine vers l’Occident. D’un point de vue géopolitique, cela ne signifie pas une subordination de Moscou à Pékin, mais une relation symbiotique en hausse, minutieusement développée en plusieurs étapes.

Les BRICS – ce gros mot à Washington – ont déjà aujourd’hui beaucoup plus d’attrait, et autant d’influence que le G7 démodé. La nouvelle Banque de développement des BRICS, qui entrera en action avant la fin de 2015, est une alternative clé aux mécanismes contrôlés par le G7 et au FMI .

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’est engagée à inclure l’Inde et le Pakistan lors de leur sommet à venir cet été en Russie, et l’inclusion de l’Iran post-sanctions comme membre officiel sera un fait accompli en 2016. Finalement, l’OCS s’épanouit comme le forum privilégié du développement de la coopération politique, économique et sécuritaire à travers l’Asie.

La Grande Europe de Poutine, de Lisbonne à Vladivostok – ce qui signifierait la CEE + UE – pourrait bien rester en rade pendant que la Chine met le turbo sur sa Nouvelle route de la soie à la fois terrestre et maritime. Pendant ce temps, le Kremlin se concentrera sur une stratégie parallèle – utiliser le capital de l’Asie de l’Est et sa technologie pour développer la Sibérie et l’Extrême-Orient russe. Le yuan est appelé à devenir une monnaie de réserve en Eurasie dans un très proche avenir, car le rouble et le yuan sont sur le point de s’échanger dans le commerce bilatéral.

Le facteur allemand

La Grande Europe de Lisbonne à Vladivostok dépend inévitablement d’une solution à trouver à propos de l’énigme allemande. Les industriels allemands voient clairement les merveilles que peut leur procurer la Russie en fournissant à l’Allemagne – beaucoup plus que l’UE dans son ensemble – un canal géopolitique et stratégique privilégié vers l’Asie-Pacifique. Cependant, la classe politique allemande ne raisonne pas encore de cette façon. La chancelière Angela Merkel, quoi qu’elle en dise, marche au pas de Washington.

La stratégie Pipelinistan russe était déjà en place – via Nord Stream et South Stream – quand les circonvolutions interminables de l’UE ont conduit Moscou à annuler South Stream et à lancer Turk Stream (qui, à terme, augmentera les coûts de l’énergie pour l’UE). L’UE, en échange, aurait eu un accès pratiquement libre à la richesse de la Russie: ses ressources, et son marché intérieur. La catastrophe en Ukraine a signé la fin de toutes les plans élaborés.

L’Allemagne est déjà le dirigeant de facto de l’UE pour ce train express économique. En tant que puissance exportatrice, sa seule direction possible n’est pas l’Ouest ou le Sud, mais l’Est. D’où le spectacle prodigieux d’un parterre d’industriels allemands salivant lorsque Xi Jinping est allé à Berlin au printemps de 2014. Xi a proposé pas moins qu’une ligne ferroviaire à grande vitesse pour la Nouvelle route de la soie reliant Shanghai à Duisburg via Berlin.

Un point essentiel ne doit jamais être oublié à propos des Allemands: une branche essentielle de la Nouvelle route de la soie est la mouture moderne du Trans-Sibérien à grande vitesse. Donc, l’une des routes jaunes du BRICS vers Beijing et Shanghai valorise Moscou comme une étape stratégique.

L’Empire du Chaos

La stratégie terrestre Go West de Pékin est, par bonheur, totalement libre des ingérences de l’hyperpuissance – du Trans-Sibérien relooké aux routes à travers les pays Stans d’Asie centrale, jusqu’aux voies vers l’Iran et la Turquie. En plus, la Russie considère comme une symbiose, un enjeu gagnant-gagnant, la venue des pays Stans d’Asie centrale simultanément à bord de l’EEU et de ce que Pékin qualifie de ceinture économique de la Route de la soie.

Sur d’autres fronts, en attendant, Pékin fait très attention à ne pas s’opposer aux États-Unis, l’hyperpuissance régnante. Voir par exemple cette interview, tout à fait franche, mais également assez diplomatique du Premier ministre chinois, Li Keqiang, au Financial Times.

Un aspect clé du partenariat stratégique sino-russe est que tous les deux identifient la politique étrangère, massivement incohérente, de Washington comme la première cause du chaos global – exactement comme je le montre dans mon livre l’Empire du Chaos.

En ce qui concerne spécifiquement la Chine et la Russie, ce chaos est essentiellement orchestré selon la devise diviser pour régner. Pékin voit Washington essayant de déstabiliser la périphérie de la Chine (Hong Kong, le Tibet, le Xinjiang), et s’ingérant activement dans les litiges en mer de Chine méridionale. Moscou voit Washington obsédé par l’expansion infinie de l’Otan et par sa guerre sans merci pour briser les efforts de la Russie dans l’intégration eurasienne.

D’où la mort certifiée de l’ancienne stratégie géopolitique de la Russie: plus de tentative d’inclusion dans le club des élites de l’Ouest, tels que le G8, plus de partenariat stratégique avec l’Otan.

Toujours expert à planifier bien à l’avance, Pékin voit comment l’implacable diabolisation par Washington, non seulement de Poutine, mais de la Russie dans son ensemble (vassal ou mort), constitue un galop d’essai pour ce qui risque d’arriver contre la Chine dans un proche avenir.

Rencontrer les impondérables

Tous les paris sont ouverts sur la façon dont le fatidique triangle États-Unis–Chine–Russie va évoluer. Sans doute, il peut prendre le schéma suivant: les Américains parlent haut et brandissent un tas de menaces et de bâtons; les Russes ne sont pas intimidés pour répondre, tout en se préparant en silence pour un long et difficile parcours stratégique; les Chinois suivent une doctrine du Petit Timonier Deng Xiaoping modifiée – parler très diplomatiquement tout en gardant un profil bas.

Pékin est déjà averti de ce que Moscou lui a murmuré: l’exceptionnalisme de Washington – en déclin ou non – ne traitera jamais Pékin comme un égal ni ne respectera les intérêts nationaux chinois.

Dans le grand chapitre des impondérables, les paris sont toujours ouverts de savoir si Moscou utilisera la menace de cette grave et triple crise  – sanctions, guerre des prix du pétrole, dévaluation du rouble – pour appliquer des changements structurels radicaux et lancer une nouvelle stratégie de développement économique. La récente séance télévisée de Poutine à Question-Réponses au public, bien que truffée de réponses intrigantes, n’a pas éclairci le sujet.

Un autre grand impondérable est de savoir si Xi, armé de son soft power, de son charisme et de beaucoup d’argent, sera en mesure de diriger, simultanément, le peaufinage de son modèle économique et une ruée Go West qui ne se termine pas par la perte de plusieurs partenaires potentiels dans la construction des Nouvelles routes de la soie.

Pour finir, un super-impondérable est de savoir si (quand… ou jamais) Bruxelles décidera d’entreprendre un rapprochement mutuellement convenu avec la Russie. Ceci, à contrario de sa position actuelle d’antagonisme total, qui s’étend au-delà des questions géopolitiques. L’Allemagne de Merkel semble avoir fait le choix de rester soumise à l’Otan, et donc de rester un nain stratégique.

Donc, ce que nous voyons émerger ici, est l’étoffe d’une Grande Asie de Shanghai à Saint-Pétersbourg – incluant, et c’est crucial, Téhéran – au lieu d’une Eurasie totale qui s’étendrait de Lisbonne à Vladivostok. L’Eurasie totale est peut-être une chimère, au moins pour l’instant. Mais la Grande Asie est un début. Il y aura un tsunami d’efforts déployé par les suspects habituels, pour tenter de la briser aussi.

Tout cela sera fascinant à observer. Comment Moscou et Pékin feront-ils baisser les yeux à l’Occident – politiquement, commercialement et idéologiquement – sans risquer une guerre? Comment vont-ils faire face à tant de pressions? Comment vont-ils vendre leur stratégie à des pans entiers de l’hémisphère Sud, à travers de multiples latitudes asiatiques?

Une bataille, cependant, est déjà gagnée. Bye, bye Zbigniew Brzezinski. Votre rêve de Grand Échiquier hégémonique est terminé.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Où va la Chine?


Par Andre Fursov – Le 12 avril, 2015 – Source Fort Russ

Les Rothschild veulent sacrifier le dollar mais les Rockefeller ne veulent pas

Bien que cet entretien ait été réalisé en 2009 par l’économiste russe Mikhail Delyagin avec André Fursov, un historien russe important, il n’en reste pas moins toujours pertinent.

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Quand la Nouvelle Route de la Soie rencontre l’Union eurasienne


Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 10 avril 2015 – Source sputniknews

Tous les rêves des exceptionnalistes qui prient pour que la Russie et la Chine abandonnent leur solide partenariat stratégique gagnant-gagnant, entièrement conçu pour leurs intérêts nationaux communs, ont été dissipés par la visite cruciale à Moscou du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.

A Moscou, Wang a souligné à la fois la politique Look East de la Russie et celle de la Chine Go West – qui englobent essentiellement l’immense projet de Nouvelles Routes de la Soie – disant que ce projet «a créé des opportunités historiques pour l’amarrage des stratégies de développement des deux pays

Vladimir Poutine avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi à Moscou. [DAI TIANFANG / XINHUA]
Ils sont entièrement en phase. Look East, la stratégie de la Russie, ne concerne pas seulement la Chine, mais au moins autant l’intégration eurasienne que les routes de la soie de la Chine Nouvelle, car Moscou en a besoin pour développer la Sibérie orientale et l’Extrême-Orient russe.

Le partenariat stratégique, en perpétuelle évolution n’englobe pas seulement l’énergie, y compris la possibilité d’investissements chinois dans des projets cruciaux de pétrole et de gaz russes, mais aussi l’industrie de la défense; il est de plus en plus question d’investissement, de banque, de finance et de haute technologie.

Les sanctions occidentales sur la Russie gênent le processus de paix en Ukraine – FM Chine -© REUTERS / HONG WU / POOL

La portée du partenariat est extrêmement large, de la coopération Russie-Chine au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) au rôle de la Russie et de la Chine dans la nouvelle banque de développement BRICS, et du soutien de la Russie à l’infrastructure chinoise dirigée par la Banque asiatique d’investissement (AIIB) et la Fondation de la Route de la Soie.

Pékin et Moscou, avec les autres nations du BRICS, se dirigent rapidement vers un commerce débarrassé du rôle du dollar US, en utilisant leurs propres monnaies. En parallèle, ils étudient la création d’un système SWIFT de remplacement – qui sera nécessairement rejoint par les pays de l’UE, comme ils se joignent à l’AIIB; car si en théorie l’Allemagne pourrait se permettre de perdre son commerce avec la Russie en raison de la politique de sanctions de Berlin – au grand mécontentement des industriels allemands –, elle ne peut tout simplement pas se passer de l’énergie russe. Et pour l’Allemagne, perdre le commerce avec la Chine est totalement impensable.

Le Trans-Siberian boosté aux stéroïdes

Deux jours après sa visite à Moscou, Wang est allé jusqu’à rencontrer le ministre des Affaires étrangères de Mongolie Lundeg Purevsuren, soulignant que la Nouvelle Route de la Soie développera une nouvelle plate-forme, un corridor économique trilatéral reliant la Russie, la Chine et la Mongolie.

La Chine construit 7000 km du TGV Moscou-Pékin estimé à $278 Mds © AP Photo / Xinhua, JIAO Hongtao

Ce à quoi Wang faisait allusion est le corridor de transport eurasien prévu – qui mettra en vedette, un chemin de fer flambant neuf haute vitesse Trans-Siberian de $278 milliards reliant Moscou à Pékin, en seulement 48 heures, avec toutes les escales intermédiaires.

Il était donc inexorable que Wang lui-même assemble les pièces du puzzle que Washington refuse de voir: «La construction du corridor économique Chine-Russie-Mongolie relierait la Ceinture économique de la Route de la Soie en Chine au plan ferroviaire transcontinental de la Russie et au programme de la Route de la Prairie en Mongolie

Ce que nous avons ici avant tout, c’est la Nouvelle Route de la Soie, qui établit une connexion directe entre la Chine et l’Union économique Russie-Eurasie-(EEU). La Chine et l’EEU sont tenues de mettre en place une zone de libre-échange. Rien de plus naturel en pratique, car il s’agit du sujet de l’intégration eurasienne. Les détails seront entièrement discutés lorsque le président chinois Xi Jinping ira en visite à Moscou le mois prochain, et au Forum économique de Saint-Pétersbourg en juin.

La connexion IP chinoise

La politique chinoise à couper le souffle du Go West débloque enfin aussi un défi clé du  Pipelineistan dans la Nouvelle Route de la Soie; le gazoduc Iran-Pakistan (IP), qui à l’origine incluait l’Inde, était sans relâche harcelé par les deux administrations Bush et Obama et bloqué par les sanctions américaines.

Le tronçon iranien de 900 km, jusqu’à la frontière pakistanaise, est déjà terminé. Ce qui reste – 780 km, coût $2 milliards – sera essentiellement financé par Pékin, le travail technique étant effectué par une filiale de la CNPC. Le Président Xi va annoncer l’accord à Islamabad ce mois-ci.

Donc, ce que nous avons ici, c’est une Chine qui intervient activement, dans le  style gagnant-gagnant, afin de mettre en place un cordon ombilical d’acier entre l’Iran et le Pakistan, pour le transport de gaz, avant même que les sanctions sur l’Iran soient levées, progressivement ou non. Appelez cela l’esprit d’entreprise des Nouvelles Routes de la soie en action – chapitre Asie du Sud.

Bien sûr, il y a aussi des avantages innombrables pour Pékin. L’Iran est déjà une question de sécurité nationale pour la Chine – en tant que premier fournisseur de pétrole et de gaz. Le pipeline passera par Gwadar, le port stratégique de l’océan Indien, déjà sous gestion chinoise. Le gaz pourra alors être expédié en Chine par la mer ou – mieux encore – un nouveau pipeline de Gwadar au Xinjiang, parallèle à l’autoroute du Karakoram, pourrait être construit au cours des prochaines années, contournant ainsi le détroit de Malacca, qui est un objectif crucial de la stratégie de diversification énergétique complexe de la Chine.

Et puis il y a l’Afghanistan – qui, du point de vue de Pékin s’inscrit dans le projet de la Nouvelle Route de la Soie en tant que corridor de ressources entre le Sud et l’Asie centrale.

La Chine exhorte les USA à s’abstenir de rhétorique et d’actions belliqueuses en Asie© AP Photo / EUGENE Hoshiko

Pékin veut idéalement investir dans le développement des infrastructures de l’Afghanistan pour accéder à ses ressources et consolider encore une autre tête de pont du Xinjiang à l’Asie centrale et plus loin vers le Moyen-Orient. Les produits fabriqués en Chine doivent actuellement passer par le Pakistan pour être exportés vers l’Afghanistan .

CNPC et la China Metallurgical Group Corp. sont déjà en Afghanistan, par le biais d’investissements dans le bassin pétrolifère de l’Amou-Daria et dans l »énorme mine de cuivre d’Anyak. C’est pas simple, mais c’est un début. La Russie et la Chine membres de la SCO ont grand besoin d’un Afghanistan stable, mûr pour le business à la fois dans la Nouvelle Route de la Soie et dans l’EEU. La question clé est de savoir comment satisfaire les talibans. Certes, en n’appliquant pas les méthodes de Washington.

Pendant ce temps, la proposition du Pentagone, pour ce que son nouveau chef Ash Carter décrit dédaigneusement comme cette partie du monde, est de déployer – devinez quoi – de nouvelles armes qui vont du système de défense antimissile THAAD encore en production, jusqu’aux derniers bombardiers furtifs en passant par les les unités spécialisée dans la cyber-guerre. La coopération économique eurasienne? On oublie. Pour le Pentagone et l’Otan – qui, soit dit en passant, ont récemment perdu une guerre de treize ans contre les talibans – la coopération économique est pour les poules mouillées.

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

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