Maintenant c’est important. Envoyez les mauvais signaux et vous obtiendrez la mauvaise société.


Par Aurelien – Le 29 avril 2026 – Source Blog de l’auteur

En 1943, Jorge Semprùn, un espagnol exilé en France, a été arrêté et envoyé au camp de concentration de Buchenwald pour ses activités de résistance. Semprùn, à peine âgé de vingt ans à l’époque, aurait pu être exécuté immédiatement mais sa vie a été sauvée car il avait rejoint le Parti Communiste espagnol (illégal) l’année précédente, puis le FTP-MOI, l’organisation clandestine de Résistance en grande partie recrutée parmi les étrangers et organisée par le Parti Communiste français. Le camp de concentration, comme beaucoup en Allemagne, était effectivement administré par un groupe de détenus d’élite, en l’occurrence des membres du Parti communiste allemand dont beaucoup y avaient passé la majeure partie de la décennie. Ils ont reconnu Semprùn comme étant l’un des leurs et ont falsifié ses documents personnels pour montrer qu’il possédait des compétences qui valaient la peine de le maintenir en vie. Il a passé l’année suivante dans le camp à travailler dans l’administratif. Il a survécu à la guerre, devenant un haut fonctionnaire du Parti communiste espagnol en exil, avant de rompre avec eux, et de développer une carrière d’écrivain, terminant comme ministre de la Culture après la mort de Franco. Une vie sauvée d’un trait de plume.

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Jusqu’au bout. Oubliez tout règlement négocié avec l’Iran


Par Aurelien – Le 22 Avril 2026 – Source Blog de l’auteur

J’ai écrit à plusieurs reprises dans le passé au sujet de la négociation, en particulier dans le contexte de l’Ukraine, et j’essayais d’expliquer ce qu’elles sont réellement, ce que le vocabulaire plutôt vague de “pourparlers”, “réunions”, “discussions”, “négociations” et autres équivaut en termes pratiques, et j’ai également essayé de décourager les gens de penser que la négociation, ou tout document qui en découle, soit une sorte de magie qui résout tous les problèmes. Quelle que soit l’influence minimale que je puisse avoir, elle ne semble pas avoir eu d’effet pour clarifier les choses, et les auteurs ayant un nombre de lecteurs beaucoup plus importants que moi et plus de statut ne semblent pas intéressés par le sujet. Alors revenons-y, au risque peut-être de me répéter un peu. (Pour les raisons ci-dessus, je vais garder ce texte un peu plus court que d’habitude.)

Des négociations ont donc lieu lorsqu’il y a un problème que deux ou plusieurs parties veulent résoudre, ou un objectif qu’elles partagent, au moins en partie. Les négociations sont un processus structuré visant à affiner cet objectif commun, à réduire ou de préférence à éliminer les divergences et, si possible, à produire un accord, suivi d’un texte dont les deux parties sont satisfaites. Les négociations se déroulent souvent par étapes, où les partenaires discutent d’un problème ou d’un objectif et abordent progressivement une solution. Il y aura des négociations, beaucoup de travail informel dans ce que les diplomates appellent les “marges”, peut-être des histoires et des menaces sur l’issue des négociations, et, avec un peu de chance, un accord final qui pourrait prendre la forme d’un traité réel, ou d’un accord politiquement contraignant, ou simplement d’un communiqué. Comme je l’ai expliqué, les documents ainsi produits ne sont pas magiques : ce sont simplement des textes qui s’appliquent jusqu’à ce qu’ils ne s’appliquent plus, car les textes eux-mêmes doivent concrétiser un niveau sous-jacent d’accord entre les parties.  Si cet accord n’existe plus, alors le texte devient inutile sur le plan opérationnel. À l’inverse, des arrangements informels qui ne sont jamais écrits peuvent persister longtemps, car ils conviennent aux intérêts des parties impliquées.

Mais vous ne penseriez pas ainsi d’après la couverture médiatique et experte des deux séries de discussions (pas des “négociations”, s’il vous plait) à Islamabad, et d’un éventuel troisième cycle en cours de discussion au moment où j’écris. Nous avons vu des gros titres comme DE NOUVELLES CRAINTES DE GUERRE ALORS QUE LES POURPARLERS DE PAIX ÉCHOUENT ou que LES ESPOIRS DE PAIX SONT ANÉANTIS ALORS QUE LES ÉTATS-UNIS SORTENT, ou même LA DERNIÈRE CHANCE DE PAIX ALORS QUE DE NOUVEAUX POURPARLERS SONT PROPOSÉS. Maintenant, c’est un lieu commun du journalisme que les gros titres soient écrits par des sous-éditeurs, et non par les auteurs de l’article eux-mêmes et, dans ce genre de cas, il est clair que les différents groupes de stagiaires n’ont pas très bien communiqué entre eux. Mais prenons juste un moment pour définir quels sont réellement les objectifs des parties dans cette crise, puis voyons comment ils se rapportent à ce discours de prétendues tentatives désespérées d’éviter une reprise des hostilités.

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Un Iceberg ? Quel Iceberg ?


Par Aurelien – Le 15 Avril 2026 – Source Blog de l’auteur

La première fois que j’ai traversé une frontière terrestre en Europe, j’étais adolescent, dans un train en provenance d’un endroit en Belgique dont j’ai oublié le nom, en route pour Amsterdam. Pendant le voyage, deux douaniers néerlandais ont remonté le train, vérifiant que tout le monde avait un passeport ou une carte d’identité. Après tout, nous traversions une frontière nationale et allions dans un autre pays.

Non pas que c’était difficile à l’époque. Parce que je ne savais pas dans combien de temps je voyagerais à nouveau à l’étranger, je m’étais rendu au bureau de Poste local avec une photo d’identité pour acheter un passeport de visiteur britannique, valable un an. Cela m’avait coûté dix shillings et m’avait permis de voyager pratiquement partout en Europe occidentale. L’ensemble du processus m’a pris environ quinze minutes, si je me souviens bien. Quelques années plus tard, des amis de l’Université ayant plus d’argent ont passé l’été à faire de l’auto-stop en Grèce et à dormir sur la plage, ce qui était tout à fait possible même au temps des colonels. Certains sont allés jusqu’en Afghanistan, sans trop de difficultés.

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C.S. Lewis – l’Abolition de l’Homme

Par Jose Marti − le 7 avril 2026

Nous publions notre traduction de l’ouvrage publié en 1943 par Clive Staples Lewis, The Abolution of Man.

L’ouvrage est disponible aux formats PDF, EPUB et MOBI.

« Un classique moderne sur le rôle de l’éducation dans la formation morale de l’homme. »

Dans ce petit livre incisif et prophétique, C.S. Lewis (1898-1963), l’auteur du Monde de Narnia et éminent critique de la modernité, s’attaque à ce qu’il considère comme la tentative la plus dangereuse de notre époque : réduire l’être humain à un simple objet de manipulation.

Prenant pour cible un manuel scolaire ordinaire, Lewis débusque une philosophie insidieuse qui, sous couvert de « démystifier » les valeurs traditionnelles, prépare en réalité l’avènement des « Conditionneurs » : une élite qui prétendra façonner l’humanité à son gré, au nom de la science et du progrès.

Contre le relativisme et le réductionnisme scientiste, Lewis défend l’existence d’une Loi Naturelle universelle — le Tao — seul fondement solide de toute morale et de toute éducation digne de ce nom. Avec une logique implacable et une ironie mordante, il montre que « l’abolition de l’homme » est le prix à payer lorsque l’homme renonce à ce qui fait sa dignité : la capacité de discerner le bien et le mal, le juste et l’injuste, le beau et le laid.

The Abolition of Man est un texte fondateur de la philosophie morale contemporaine, une lecture essentielle pour quiconque s’interroge sur le sens de l’éducation, le pouvoir de la science, et l’avenir de l’humanité.

« Le plus grand livre de C.S. Lewis. » — The New Yorker

Une prophétie qui n’a rien perdu de sa force et de son urgence.

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Les affamés de pouvoir ont-ils un jugement unilatéral ?


Par Ariane Callot – Avril 2026 – Source Espace francophone jungien

Pourquoi certains dirigeants paraissent-ils à la fois rationnels et aveugles ? Comment une pensée structurée peut-elle devenir imperméable à la réalité ? Lorsqu’un jugement devient unilatéral, il ne dévie pas : il se ferme.

Les jugements aberrants des hommes de pouvoir

Je ne pense pas être la seule à m’exclamer, face à certains jugements émanant de ceux qui sont au sommet du pouvoir : C’est absurde ! C’est délirant ! Quelle erreur de jugement !

C’est penser trop vite car ce qui frappe, si l’on s’interroge vraiment, ce n’est pas l’absence de logique mais, au contraire, sa présence trop exclusive. Une cohérence qui ne se laisse jamais entamer par ce qui la contredit. Ils tracent droit leur sillon dans l’exercice de leur puissance d’agir.

Il ne s’agit donc pas de délire. Ces hommes possèdent une pensée structurée, argumentée, parfois même brillante. Comment alors leur jugement peut-il les conduire à des positions aussi rigides, aussi imperméables à la réalité mouvante ?

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Que va-t-il se passer après le retrait des Etats-Unis ?


Par Lord Robert Skidelsky – Le 5 mars 2026 – Source Blog de l’auteur

I

Qu’arrive-t-il à « l’ordre international fondé sur des règles » invoqué désespérément par des dirigeants européens déconcertés ? La réponse générale est que nous vivons le recul de l’hégémonie américaine, masqué par des fanfaronnades et marqué par des contradictions. Ce retrait a deux aspects, économique et géopolitique. Les économistes parlent des taxes douanières de Trump qui brisent l’ordre basé sur le libre-échange ; les géopoliticiens sur le corollaire de Trump qui brise le système de l’OTAN. Ceux-ci font partie d’une histoire unique et raisonnablement cohérente. Mais le retrait n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Comment le bombardement de l’Iran s’inscrit-il là-dedans ?

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Penser à rebours et en attendre des miracles


Par Aurelien – Le 25 février 2026 – Source Blog de l’auteur

J’espérais éviter d’écrire un autre essai sur la guerre en Ukraine et ses conséquences, mais les inepties issues de la récente Conférence de Munich sur la sécurité et le niveau décourageant des commentaires à ce sujet me laissent penser que, encore maintenant, l’Occident ne comprend rien. Je ne parle pas seulement de l’idée que la Russie pourrait “perdre” car, après tout, si vous créez des conditions de victoire fantastiques et impossibles à atteindre et les faites passer pour les objectifs russes, alors bien sûr, vous pourrez toujours prétendre qu’ils ont « perdu« . En effet, au cours des derniers jours, le quatrième anniversaire de la guerre a été la bonne occasion pour diffuser une analyse de ce genre, approximative et mal informée. En fin de compte, bien sûr, l’inévitable « ils gagnent mais à un coût trop élevé » est une affirmation qui est logiquement impossible à réfuter, tant que vous pouvez contrôler la définition des mots “élevé” et “coût

Non, ce que je veux aborder ici, c’est le problème de l’ignorance combiné à un problème de pensée incohérente. J’ai déjà abordé chacun d’eux, dans le cadre de mon argument selon lequel la défaite de l’Occident est essentiellement intellectuelle. Prenons donc d’abord le problème de l’ignorance, en distinguant au fur et à mesure entre le refus de reconnaître la défaite, qui est essentiellement politique, et l’incapacité à comprendre la défaite, qui est une défaillance intellectuelle. Dans chaque cas, le processus de réflexion commence par la fin, en partant de conclusions prédéterminées, et s’agite à la recherche de preuves pour étayer les conclusions imposées au départ. Prenons d’abord le premier problème.

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Rien que de l’anarchie. Mais à quoi vous attendiez-vous, les libéraux ?


Par Aurelien – Le 14 janvier 2026 – Source Blog de l’auteur

Le néo-libéralisme tue

 La semaine dernière j’ai suggéré que, ces temps-ci, les gouvernements et le secteur privé suivaient de plus en plus une politique de destruction nihiliste, qui était le résultat logique, bien qu’inconfortable, du genre d’individualisme apocalyptique qui sévit maintenant partout après le triomphe incontesté des idées libérales.

Je pense que ce cas est suffisamment bien établi et cette semaine je veux examiner plus en détail les domaines spécifiques où cela se produit, ou s’est même produit, et examiner quelles pourraient être certaines des conséquences pratiques. Ils sont tous logiquement déductibles de l’état d’esprit ultra-individualiste, presque autiste, que le libéralisme, dans ce qu’il a de pire, implique et il vaut peut-être la peine d’en dire d’abord un mot.

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Le gaullisme peut-il devenir un confucianisme européen ?


Par Arnaud Bertrand – Le 16 janvier 2026 – Source Blog de l’auteur

Il y a peu de controverse de nos jours pour dire que l’Europe, plutôt l’Occident dans son ensemble, est spirituellement et idéologiquement morte.

Il est loin le triomphe supposé de l’hégémonie libérale illustré par la “Fin de l’Histoire” de Fukuyuama il y a à peine 3 décennies. Il n’est même plus sous assistance respiratoire : il est à la morgue, en attente d’autopsie.

Étrangement, beaucoup dans la classe dirigeante européenne n’ont pas encore semblé s’en rendre compte (ou n’osent pas le dire à haute voix). Ironiquement, le dernier endroit sur terre où vous entendrez une défense à gorge déployée de l’hégémonie libérale dirigée par les États-Unis n’est pas Washington – ils ont bien compris que c’était fini – mais à Bruxelles. Cela ne rend pas l’idéologie moins morte mais fait simplement de ces dirigeants de l’UE les derniers fidèles d’une secte dont le gourou se moque maintenant ouvertement d’eux pour y avoir cru (littéralement, il suffit de lire la dernière Stratégie de sécurité nationale des États-Unis pour le voir).

La question qui s’ensuit logiquement est : qu’est-ce qui pourrait combler le vide idéologique ?

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Comment les grandes entreprises voient (et possèdent) l’armée américaine


Par Christian – Le 26 décembre 2025 –  Source The Business of War

Une société à but lucratif est une organisation commerciale conçue pour maximiser ses profits à court terme. Le travail des dirigeants d’entreprise est donc de maximiser ce profit, tandis que le conseil d’administration s’assure que le travail soit fait en ce sens.

La première façon pour une entreprise de maximiser ses profits est de sous-payer ses travailleurs.1 Les travailleurs créent du profit, mais n’en reçoivent pas une part équivalente. Les dirigeants canalisant ce profit vers les investisseurs et vers eux-mêmes.

Il va sans dire que les travailleurs ne sont pas responsables. Ils ne sont pas autorisés à prendre les décisions commerciales dans une société donnée. Les dirigeants prennent ces décisions. Il n’y a pas de démocratie sur le lieu de travail.

C’est la situation dans n’importe quelle industrie, y compris l’industrie de la guerre.

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  1. Agresser les travailleurs est essentiel. Les cadres licencient sommairement les travailleurs, démantèlent les syndicats, automatisent les emplois, classent les travailleurs en tant qu’entrepreneurs indépendants et envoient des emplois à l’étranger où ils paient encore moins les travailleurs.