Une “NEP” aux caractéristiques chinoises


Par Bruno Guigue − Le 30 mars 2026 − Source Blog de l’auteur

Les succès de la Chine contemporaine ne cessent d’interroger nos conceptions habituelles. Savons-nous seulement quels sont les ressorts de cette modernisation réussie, et quelles perspectives elle offre pour l’avenir du socialisme ? Une des questions fondamentales qu’il convient de se poser à propos de la Chine contemporaine est la suivante : de quelle nature est la formation sociale chinoise actuelle ? Qu’est-ce qui la spécifie en regard d’autres formations sociales ?

Poser cette question centrale a pour vertu d’ouvrir deux pistes de réflexion, sur lesquelles ces quelques notes ont pour seule ambition d’ouvrir le débat et de stimuler les recherches.

La première piste de réflexion est la suivante : quels sont les modes de production qui figurent dans cette formation sociale, et comment s’articulent-ils ? Quelle signification faut-il accorder à l’existence d’un secteur capitaliste en Chine ? Autrement, dit, quel est le mode de production dominant autour duquel se déploie la structure propre à cette formation sociale ?

La deuxième piste de réflexion est la suivante : quelle est la genèse historique de cette formation sociale originale ? Quelles étapes a-t-elle franchies pour parvenir au stade actuel ? Cette genèse historique présente-t-elle des similitudes avec la Nouvelle politique économique (NEP) menée par le pouvoir soviétique de 1921 à 1928 ? A-t-elle l’aspect d’une trajectoire linéaire, ou au contraire d’un processus itératif, marqué par des accélérations, mais aussi des retours en arrière ?

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Ce que vous obtenez n’est pas forcément ce que vous voyez


Je sens bien que tout Internet est en train de se lasser des prédictions apocalyptiques. − Catturd sur X


Par James Howard Kunstler – Le 16 mars 2026 – Source Clusterfuck Nation

Les mystérieux marchés financiés dit « repo » — que pratiquement personne en dehors du secteur bancaire ne comprend (et même certains initiés du secteur bancaire non plus) — sont à nouveau en train de dérailler, comme en septembre 2019, juste avant que « Vous-Savez-Qui » ne frappe le monde de plein fouet avec des confinements, des élections truquées et des faux vaccins. La moitié de l’Amérique n’a toujours pas remis les idées en place… et c’est reparti pour un tour.

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La guerre contre l’Iran. L’impossibilité à comprendre l’Iran – Illusions de guerre – Perte du statut de superpuissance


Par Moon of Alabama – Le 3 avril 2026

Le discours de Trump mercredi soir n’offrait rien de nouveau. Mais pris avec ses menaces de bombarder jusqu’à ramener l’Iran à l’âge de pierre, cela indique son intention de lancer une nouvelle escalade de la guerre.

Trump et certains dans son entourage ne comprennent toujours pas l’Iran. Parce qu’ils n’ont jamais, dans leur propre vie, tenu un principe dont ils ne s’écarteraient pas si de l’argent devait être gagné. L’Iran, en revanche, a des principes qui ne sont pas à vendre. Trump ne peut pas comprendre une telle chose :

Lors d’un entretien téléphonique le lendemain matin [2 avril], Trump a déclaré à TIME que l’Iran était impatient de conclure un accord pour mettre fin aux combats. « Pourquoi n’appelleraient-ils pas ? Nous venons de faire sauter leurs trois grands ponts hier soir« , a déclaré le président. « Ils sont décimés. Ils disent que Trump ne négocie pas avec l’Iran. Je veux dire, c’est pourtant une négociation facile ».

L’Iran ne fonctionne pas comme ça. Il n’est pas gouverné par des vendus.

Trump et ceux qui le soutiennent sont encore profondément délirants quant à leur véritable pouvoir. Considérez l’éditorialiste du Washington Post, Marc Thiessen, qui insiste (archivé) sur le fait que les États-Unis ont les moyens militaires de gagner la guerre en quelques semaines :

Plutôt que d’attendre que l’Iran accepte les conditions qu’il a mises sur la table, [Trump] peut simplement imposer les conditions de paix qu’il a fixées unilatéralement.

Voici comment procéder en cinq étapes :

Terminez toutes les tâches militaires restantes. Trump a déclaré que la guerre « se poursuivra jusqu’à ce que nos objectifs soient pleinement atteints». Alors, quelles tâches restent à faire ? Saisir ou détruire les matières fissiles iraniennes afin que le régime ne puisse pas facilement redémarrer son programme nucléaire (ou donner ce que Trump appelle sa « poussière nucléaire » à des terroristes pour en faire une bombe sale). Éliminez toutes les cibles restantes sur la liste des militaires. Mettre en œuvre le plan novateur que des sources m’ont indiqué. Le commandant du Centcom Adm., Brad Cooper, s’est préparé à ouvrir le détroit d’hormuz par la force, puis à confier la mission à une armada multinationale composée de pays qui reçoivent du pétrole du détroit, qui doivent assumer la responsabilité de le maintenir ouvert. Ou, alternativement, les États-Unis peuvent facturer des “frais d’escorte” substantiels pour chaque navire traversant le détroit, frais qui seraient annulés pour les pays participant à la mission. Et puis, enfin, soit prendre le contrôle de l’île de Kharg, en saisissant ou en bloquant ce pivot du secteur iranien des exportations d’énergie, soit le détruire pour paralyser la capacité de l’Iran à financer des proxys terroristes et sa reconstruction au niveau militaire.

Si les États-Unis accomplissent ces tâches, ils auront la mainmise sur l’Iran et le régime ne pourra plus jamais prendre en otage l’économie mondiale. Les commandants militaires américains estiment que ces objectifs peuvent être atteints dans les deux à trois prochaines semaines, …

Trump, probablement après avoir lu la brochure de Thiessen, semble d’accord avec cela :

Avec un peu plus de temps, nous pouvons facilement OUVRIR LE DÉTROIT D’Hormuz, PRENDRE LE PÉTROLE ET FAIRE FORTUNE. CE SERA UN  » GEYSER” POUR LE MONDE ??? Président DONALD J. TRUMP

(TS: 03 avril 08: 22 ET)

L’uranium enrichi de l’Iran est caché sous une montagne. Une opération commando à grande échelle sous le feu aurait besoin de semaines pour s’en sortir. Kharg peut être détruit par les États-Unis aussi facilement que l’Iran peut détruire tous les ports pétroliers du côté ouest du golfe. Le résultat serait des dommages économiques encore plus graves :

Le Dated Brent, le prix des expéditions achetées et vendues en mer du Nord, a atteint jeudi 141,36 dollars le baril, contre 128,46 dollars la veille, selon S&P Global, un groupe de recherche.

Il n’y a aucun moyen « d’ouvrir » Hormuz tant que l’Iran contrôlera la côte le long de celle-ci. Il n’y a pas non plus les plus de 100 000 soldats américains nécessaires pour prendre et sécuriser ce littoral.

C’est le détroit où se décidera cette guerre (archivé) :

La capacité de Téhéran à contrôler cette voie navigable internationale, par laquelle transitait un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, est devenue le principal levier de l’Iran contre les États-Unis, ses voisins du Golfe et l’économie mondiale. Que la guerre se termine par un succès ou une défaite pour l’Iran dépend d’abord et avant tout de la question de savoir si Téhéran sort de ce conflit en détenant toujours le détroit et, avec lui, les clés des marchés mondiaux de l’énergie.

Au cours des derniers jours, les États-Unis et Israël ont bombardé plus de 600 hôpitaux et centres médicaux en Iran, y compris son très réputé Institut Pasteur. Ils ont frappé la maison d’un ancien ministre iranien des Affaires étrangères qui aurait été en pourparlers avec le vice-président JD Vance via le Pakistan.

L’Iran a riposté. La grande raffinerie de Mina Al-Ahmadi au Koweït brûle après une frappe de drone. Une grande installation de gaz aux Emirats a également été touchée. Plusieurs incendies étaient visibles au-dessus d’installations industrielles à Bahreïn. Diverses cibles militaires et industrielles en Israël ont été endommagées. L’Iran a menacé de frapper des ponts dans les États du Golfe après que les États-Unis ont détruit un pont nouvellement construit en Iran.

Aujourd’hui, un avion de chasse américain a été abattu dans l’espace aérien iranien que les États-Unis prétendent contrôler.

Mais tout cela n’est qu’un petit changement si l’on considère ce qui est en jeu pour la position mondiale des États-Unis d’Amérique. Selon les théories d’Alfred Mahan, le statut de superpuissance mondiale des États-Unis dépend du contrôle de sa Marine sur les voies maritimes :

Mahan pensait que la grandeur nationale était inextricablement associée à la mer, à son utilisation commerciale en temps de paix et à son contrôle en temps de guerre ; [ … ] Le cadre de Mahan dérivait de celui de Jomini et mettait l’accent sur les emplacements stratégiques (tels que les goulots d’étranglement, les canaux et les stations de charbon), ainsi que sur les niveaux quantifiables de puissance de combat dans une flotte.

Dans leur guerre contre les Houthis, les États-Unis et leur marine n’avaient déjà pas réussi à rouvrir la mer Rouge. L’échec, plus public, de garder le détroit d’Hormuz sous contrôle fera d’énormes dégâts à leur image mondiale. Si les États-Unis ne parviennent pas à soumettre l’Iran et à rouvrir le détroit, ils perdront leur statut de superpuissance mondiale.

C’est pourquoi les États-Unis risquent d’intensifier encore plus cette guerre.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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Sélection multi-niveaux 2/2


La sélection multi-niveaux dans la macroévolution culturelle


Par Peter Turchin − Le 27 février 2026 − Source Cliodynamica

Dans le précédent article sur ce sujet, intitulé « La controverse sur la sélection multi-niveaux », j’ai abordé la sélection multi-niveaux (SMN) en général, ainsi que son application à la résolution du casse-tête des transitions évolutives majeures. Mais pour mon programme de recherche, l’application la plus intéressante de la SMN se trouve dans la macroévolution culturelle.

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La guerre contre l’Iran. Le meilleur choix est de battre en retraite mais l’escalade est plus probable


Par Moon of Alabama – Le 1er avril 2026

Le président américain Donald Trump prononcera un discours en direct ce soir à 21h00 H.

Il pourrait annoncer que :

  • les États-Unis se retireront de la guerre contre l’Iran qu’il a lancée ou que
  • les troupes américaines ont commencé à envahir le territoire iranien.

Le numéro 1 semble peu probable car l’AIPAC, les Républicains bellicistes et les Démocrates sionistes sont tous contre un plan de retrait américain.

Le numéro 2 semble irrationnel car toute invasion du territoire iranien est vouée à se terminer par une défaite.

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Qui se cache derrière la mystérieuse « cellule terroriste soutenue par l’Iran » qui hante l’Europe ?


Par Wyatt Reed – Le 28 mars 2026 – Source The Grayzone

Les déclarations selon lesquelles un groupe soutenu par l’Iran mène des attaques dans des villes européennes soulèvent des questions sur les raisons pour lesquelles ils ne ciblent pas les pays directement impliqués dans la guerre américano-israélienne, et pourquoi ils semblent communiquer entre eux comme des Israéliens.

Étrangeté supplémentaire, les suspects arrêtés lors des attentats ont été libérés sous caution.

Un spectre hante l’Europe, le spectre d’Ashab al-Yamin. Officiellement connu sous le nom de « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia (HAYI) », ou « Mouvement islamique des Compagnons de la Justice« , le groupe est mystérieusement apparu début mars et, selon les médias grand public, il prend d’assaut le continent européen.

Mais un examen plus attentif de l’organisation terroriste prétendument soutenue par l’Iran suggère qu’elle n’existe sous aucune forme concrète et pourrait être une confection des renseignements israéliens.

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La guerre contre l’Iran. Cela revient moins cher de payer pour traverser Hormuz que de faire la guerre


Par Moon of Alabama – Le 31 mars 2026

Le président américain Donald Trump serait prêt à renoncer au passage du golfe Persique :

Trump dit à ses collaborateurs qu’il est prêt à mettre fin à la guerre sans rouvrir Ormuz (archivé) – WSJ

Ces derniers jours, Trump et ses collaborateurs ont estimé qu’une mission visant à ouvrir le goulot d’étranglement pousserait le conflit au-delà de son calendrier de quatre à six semaines. Il a décidé que les États-Unis devraient atteindre leurs principaux objectifs d’entraver la marine iranienne, épuiser ses stocks de missiles et mettre fin aux hostilités actuelles tout en faisant pression diplomatiquement sur Téhéran pour qu’il reprenne la libre circulation des échanges. En cas d’échec, Washington ferait pression sur ses alliés en Europe et dans le Golfe pour qu’ils prennent l’initiative de rouvrir le détroit, ont déclaré les responsables.

Il y a aussi des options militaires que le président pourrait choisir, mais elles ne sont pas sa priorité immédiate, ont-ils déclaré.

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La grosse erreur de Trump


Par Dmitry Orlov − Le 24 Mars 2026 − Source Club Orlov

Je n’ai pas pu écrire car je n’arrivais pas à rattraper mon retard en lecture : le rythme des événements est tel que le volume d’actualités et d’analyses que je dois traiter est devenu écrasant. Ce torrent d’informations n’a pas non plus permis de clarifier grand-chose quant à ce que ces événements donneront une fois que les décombres auront cessé de voler dans tous les sens et que les incendies se seront éteints.

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Ordre de bataille


L’histoire ne suit pas une ligne droite. Ce qui ressemble à de la stagnation peut être un prélude. Ne perdons pas espoir. − RVassil sur X


Par James Howard Kunstler – Le 13 mars 2026 – Source Clusterfuck Nation

Ne paniquez pas à cause des mines dans le détroit d’Ormuz et de la flambée du prix du pétrole. L’Iran dispose de plusieurs milliers de mines, il faut bien que quelqu’un les dépose dans l’eau. L’Iran n’a plus de navires de guerre. Il ne dispose que de petits bateaux. Les États-Unis peuvent voir tout ce qui bouge en surface ou qui est amarré aux quais. Nous les détruisons méthodiquement. Les médias qui veulent que les États-Unis échouent dans cette opération (à cause de Trump) veulent vous faire croire que nous n’avions aucun plan pour faire face à ce problème. Ce n’est pas le cas.

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Les États-Unis offrent à l’Inde un rôle central dans le détroit d’Ormuz


Par M.K. Bhadrakumar – Le 29 mars 2026 – Source Indian Punchline

Le ministre des Affaires extérieures, S. Jaishankar, et le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, s’efforcent constamment de remettre les relations américano-indiennes sur les rails. Leur conversation de vendredi en marge de la réunion du G7 à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay, un ancien monastère cistercien du nord de la France [en fait à 30 km au sud ouest de Paris, NdSF] entouré d’une nature préservée, qui portait sur la fermeture du détroit d’Ormuz, semble avoir retrouvé une certaine gravité dans le contenu stratégique de leur relation.

Les États-Unis transforment la crise du détroit d’Ormuz, qui est la priorité numéro un aujourd’hui pour le président Donald Trump, en une opportunité de travailler avec New Delhi et de créer une synergie pour les relations américano-indiennes. De son côté, Delhi doit calculer qu’elle peut créer une certaine équité en aidant Trump qui se trouve dans une impasse difficile à mettre fin à la guerre, alors qu’il se rend compte tardivement qu’elle n’est pas gagnable.

La semaine dernière, Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio ont téléphoné à leurs homologues indiens et leur discussion s’est concentrée sur la situation au Moyen-Orient où l’objectif de l’administration Trump est de mettre fin au conflit, ce qui n’est possible que si l’Iran autorise la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

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