Par Arnaud Bertrand – Le 15 octobre 2026 – Source Blog de l’auteur
C’est l’un des grands mystères géopolitiques de l’année : pourquoi la Chine vient-elle de sauver l’économie mondiale ?
Parce que, croyez le bien, c’est vraiment le cas. Les analystes sont à peu près unanimes à ce sujet : si la Chine n’avait pas considérablement – et j’insiste sur le mot considérablement – réduit ses importations de pétrole cette année, le prix du pétrole brut aurait explosé et entraîné l’économie mondiale dans une chute.
Pour preuve, regardez la vidéo ci-dessous dans laquelle Javier Blas de Bloomberg – largement reconnu comme l’un des meilleurs analystes au monde sur le domaine de l’énergie– explique, à Jake Sullivan et Jon Finer sur leur podcast “The Long Game”, ce que la Chine a fait. Comme le dit Blas, la Chine est passée « de 11, 12 millions de barils par jour à moins de 6 millions de barils par jour » d’importations de brut par voie maritime, ce qui « a libéré beaucoup de pétrole pour d’autres pays, en particulier en Asie ». L’Inde, le Japon, la Corée et l’Asie du Sud-Est « pouvaient alors acheter les barils que la Chine n’achetait pas ».
Pour être clair, la Chine ne fut pas le seul facteur – la flambée des exportations américaines et le déstockage d’urgence de l’AIE ont également aidé – mais c’était de loin le plus important : JPMorgan estime que la Chine fut la source de 74% de la baisse du commerce mondial de brut.
Le groupe jouait déjà avant que le navire ait fini d’accoster. Le 16 janvier 2019 au matin. Des fonctionnaires de la municipalité se tiennent le long du quai, arborant des petits drapeaux philippins. Des danseurs en costume traditionnel dansent sur la jetée. Les étals de souvenirs sont en place, les bus touristiques tournent au ralenti et, lorsque les passagers descendent la passerelle, les fonctionnaires se penchent et leur passent des guirlandes de fleurs autour du cou.
L’Organisation de coopération de Shanghai a clôturé son 26e sommet des chefs d’État, à Bichkek le 1er septembre, par une déclaration commune – la Déclaration de Bichkek – programmée pour le 25e anniversaire du bloc et signée par les dirigeants des dix États membres : Russie, Chine, Inde, Pakistan, Iran, Biélorussie, Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan et le pays hôte, le Kirghizistan. Il s’agit d’un long texte anniversaire, adopté aux côtés de quelque 28 autres documents finaux et amendements à la Charte de l’OCS, et son libellé sur la guerre en Iran est sans ambiguïté. Mais le fait le plus important de la déclaration n’est pas ce qu’elle dit. Le plus important est qui l’a signée. L’Inde de Narendra Modi – un membre du Quad, un partenaire stratégique des États-Unis et un pays que la même déclaration protège implicitement contre les tarifs douaniers de Washington – a mis son nom sur un texte condamnant l’action militaire américaine et israélienne, pleurant un dirigeant suprême iranien décédé et rejetant l’architecture de sanctions que les États-Unis ont construite. Cette signature est le fait historique.
Les menaces nucléaires prononcées par Elbrige Colby contre la Chine dépassent le stade de la folie.
Les commentaires faits par les analystes occidentaux ont fait de l’accord de La Mecque un événement confortable. Lorsque l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé l’Accord de défense conjoint de La Mecque le 7 août – une attaque armée contre l’un devant être traitée comme une attaque contre tous – l’étiquette apposée par réflexe fut “une OTAN islamique”, un bloc sunnite, trois des plus grandes armées du monde musulman soudées par une identité sectaire. Cette lecture est devenue obsolète avant que l’encre ne sèche. Ce qui se dessine en réalité n’est pas une alliance sunnite contre l’Iran. C’est le premier pilier porteur d’une architecture de sécurité post-américaine que la Russie et la Chine réclament depuis un moment – et Téhéran est sur le point d’en franchir la porte.
En mai 2026, le paysage géopolitique mondial a été redéfini par deux philosophies de violence divergentes.
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