Un Iceberg ? Quel Iceberg ?


Par Aurelien – Le 15 Avril 2026 – Source Blog de l’auteur

La première fois que j’ai traversé une frontière terrestre en Europe, j’étais adolescent, dans un train en provenance d’un endroit en Belgique dont j’ai oublié le nom, en route pour Amsterdam. Pendant le voyage, deux douaniers néerlandais ont remonté le train, vérifiant que tout le monde avait un passeport ou une carte d’identité. Après tout, nous traversions une frontière nationale et allions dans un autre pays.

Non pas que c’était difficile à l’époque. Parce que je ne savais pas dans combien de temps je voyagerais à nouveau à l’étranger, je m’étais rendu au bureau de Poste local avec une photo d’identité pour acheter un passeport de visiteur britannique, valable un an. Cela m’avait coûté dix shillings et m’avait permis de voyager pratiquement partout en Europe occidentale. L’ensemble du processus m’a pris environ quinze minutes, si je me souviens bien. Quelques années plus tard, des amis de l’Université ayant plus d’argent ont passé l’été à faire de l’auto-stop en Grèce et à dormir sur la plage, ce qui était tout à fait possible même au temps des colonels. Certains sont allés jusqu’en Afghanistan, sans trop de difficultés.

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Epstein et pathologie du pouvoir. Comment l’institution protège les monstres


Par Vincent Verschoore − Le 15 avril 2026 − Source Ze Rhubarbe Blog

Marcos Paulo Candeloro analyse la publication des dossiers Epstein comme révélation d’une pathocratie contemporaine ; un système où une classe dominante d’individus psychopathes, pédocriminels et corrompus capturent les institutions pour servir leurs pathologies et protéger leurs crimes.

Le cadre législatif illustre d’abord le fossé entre la volonté démocratique et son exécution. Le Congrès a adopté l’Epstein Files Transparency Act par 427 voix contre 1, interdisant catégoriquement toute rétention de documents pour motifs d’embarras ou de sensibilité politique. Pourtant, sur six millions de pages identifiées, seulement trois millions et demi ont été publiées. Deux millions et demi demeurent dans un « limbo procédural » où la bureaucratie invoque privilèges et exceptions techniques avec la même désinvolture qu’on offre du café à un invité gênant. Le procureur général adjoint Todd Blanche a déclaré le 30 janvier 2026 que la publication était « complète », administrant avec calme le record documentaire du plus grand réseau de trafic sexuel d’enfants de l’histoire judiciaire américaine.

Les co-auteurs de la loi, Thomas Massie et Ro Khanna, ont découvert dans la salle de lecture sécurisée du DOJ que les documents restaient partiellement caviardés. Massie a posé le diagnostic : sans menottes, le pays n’a pas de justice fonctionnelle. C’est la constatation d’une république en décomposition institutionnelle où la loi existe, est votée, promulguée, mais sa réalisation reste suspendue dans une quarantaine administrative permanente.

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C’est comme ça. Et ça a toujours été comme ça, en fait.


Par Aurelien – Le 8 avril 2026 – Source Blog de l’auteur

Au cours des deux dernières semaines, j’ai exposé les deux tiers d’un argument, que j’espère terminer aujourd’hui. En bref, je suggère que la nature du conflit sous tous ses aspects (militaire et technologique, mais aussi économique et politique) a changé et continue de changer, et généralement au détriment de l’Occident. L’espace de combat militaire n’est plus régi par des armements de haute technologie extrêmement coûteux, dont l’efficacité est de plus en plus contestée par les drones et les missiles. Ces nouveaux systèmes peuvent rendre toute attaque extrêmement chère, mais ils peuvent également être utilisés de manière offensive, et s’en défendre est difficile. De plus, les ressources et les technologies nécessaires pour les construire et les utiliser sont relativement modestes et dans les capacités de beaucoup de nations qui ne pouvaient se permettre de produire un avion à réaction de cinquième génération. De même, des leviers économiques non exploités auparavant deviennent des armes avec les nouvelles capacités que ces systèmes offrent.

Ces développements poseraient moins de problèmes si les États occidentaux disposaient d’une plus grande flexibilité intellectuelle et de systèmes gouvernementaux plus opérationnels. Mais coincés entre des déclarations ambitieuses mais nébuleuses et leur mise en œuvre effective sur le terrain, ils ont perdu la capacité de faire des plans au niveau opérationnel et de les mener à bien. Cela suggère qu’à mesure que les conséquences indirectes de la crise iranienne commenceront à se faire sentir, les gouvernements occidentaux seront de moins en moins capables d’y faire face à mesure qu’elles affecteront leurs économies et leurs sociétés et, en effet, n’auront pas la capacité de planifier, et même de comprendre ce qui se passe.

Tout cela suggère qu’il y aura un rééquilibrage considérable du pouvoir stratégique et politique dans le monde au cours des prochaines années. La dimension purement militaire est importante, bien sûr, mais ce n’est pas la seule, car la puissance économique, l’utilisation du contrôle sur les matières premières, la transformation et la fabrication, et même la stabilité interne des pays font également partie de l’équation. Alors, que pouvons-nous dire sur la façon dont ces tendances pourront évoluer et se combiner dans les années à venir ?

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Ne bluffez pas quelqu’un qui ne peut pas se coucher


Par Arnaud Bertrand – Le 9 avril 2026 – Source Blog de l’auteur

La guerre contre l’Iran n’est pas encore terminée, mais il semble que nous soyons peut-être en train de regarder l’une des plus grandes défaites de l’histoire des États-Unis et d’Israël.

Comme l’a dit Ben Rhodes, ancien Conseiller adjoint à la sécurité nationale des États-Unis : « Il est difficile de perdre une guerre aussi courte de manière aussi complète ». Yair Lapid, ancien Premier ministre israélien et chef de l’opposition, a déclaré qu’il n’y avait « jamais eu un tel désastre politique dans toute notre histoire » et l’a qualifié d’« effondrement stratégique ».

Rhodes et Lapid ont raison. Le montant des dommages que les États-Unis et Israël se sont infligés en si peu de temps – et le montant gagné par l’Iran – est vraiment stupéfiant.

Je veux dire, à quel point c’est fou : JP Morgan a calculé que, conformément au nouvel accord de péage d’Ormuz (dont les États du Golfe ont confirmé qu’il était autorisé dans le plan de cessez-le-feu), l’Iran pourrait obtenir 70 à 90 milliards de dollars de revenus annuels supplémentaires, représentant un stupéfiant 20% de son PIB, en revenus supplémentaires. Hilarant, Trump a commenté sur Truth Social que l’arrangement signifie que « beaucoup d’argent sera gagné » et « l’Iran peut commencer son processus de reconstruction ». Tout à fait ça ; ils ont gagné la rente géographique la plus précieuse sur terre, avec une marge énorme. À titre de comparaison, le canal de Suez rapporte à l’Égypte “seulement9 à 10 milliards de dollars/an, et le canal de Panama environ 5 milliards de dollars.

Impressionnant.

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Aucune vue d’ensemble, comme le montre la crise iranienne


Par Aurelien – Le 1er avril 2026 – Source Blog de l’auteur

Je n’écris normalement pas d’essais qui continuent directement les précédents mais, étant donné la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, j’ai pensé qu’il serait utile cette semaine de développer un peu plus certaines des idées de mon dernier essai, d’autant plus qu’elles se réfèrent à des problèmes de compréhension et de prise de décision du gouvernement. Comme auparavant, je ne vais pas me livrer à des prophéties ni essayer de parler des détails des opérations militaires mais je commenterai certaines choses qui devraient être évidentes, mais dont les médias commencent à peine à parler.

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Les audacieux mouvements stratégiques de l’Iran qui déclare « la domination balistique sur les Territoires Occupés »


Par Alastair Crooke – Le 23 mars 2026 – Source Conflicts Forum

Alors que nous entrons dans la quatrième semaine de guerre, vers où se dirige-t-on ?

Premièrement, bien que l’Iran ait été soumis à des bombardements intensifs, leur efficacité militaire est loin d’être évidente. La capacité de l’Iran à riposter en touchant les intérêts américains et israéliens dans les États du Golfe se poursuit avec une puissance croissante ; ses dirigeants opèrent efficacement dans un système opaque délibérément choisi (appelé mosaïque) ; et l’Iran persiste avec des salves régulières de missiles et de drones, tout en augmentant progressivement la sophistication de ses tirs balistiques. Le soutien populaire à l’État iranien s’est consolidé.

Les barrages américains et israéliens causent de lourds dommages à l’Iran, mais il y a peu de preuves que ces frappes aient trouvé – ou détruit – les « centres » de missiles iraniens dispersées et profondément enfouies, réparties sur l’étendue du pays. Les indices suggèrent plutôt qu’échouant à détruire l’infrastructure militaire cachée de l’Iran, les États-Unis et Israël se retournent contre des cibles civiles pour essayer de démoraliser la population, comme cela est en train de se passer dans l’arène libanaise et palestinienne.

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Envisager l’impensable. Le plan iranien pour mettre fin à la présence étasunienne au Moyen-Orient


Par Michael Hudson – Le 12 juin 2026 – Wild Minds

L’Iran et Donald Trump ont chacun expliqué pourquoi le fait de ne pas mener la guerre actuelle jusqu’au bout conduirait simplement à une nouvelle série d’attaques mutuelles. Trump a annoncé le 6 mars que « il n’y aura pas d’accord avec l’Iran sauf en cas de reddition inconditionnelle » et a annoncé qu’il devait avoir son mot à dire pour nommer ou au moins approuver le nouveau dirigeant iranien, comme il vient de le faire au Venezuela. « Si l’armée américaine doit le vaincre complètement et provoquer un changement de régime, sinon « vous passez par-là, et puis dans cinq ans, vous réalisez que vous avez placé quelqu’un qui n’est pas mieux » ». Il faudra à peu près autant de temps à l’Amérique pour remplacer l’armement qui a été épuisé, reconstruire son radar et ses installations connexes et organiser une nouvelle guerre.

Les responsables iraniens ont, de leur côté, déclaré que les attaques américaines continueront jusqu’à ce que les États-Unis soient chassés du Moyen-Orient. Ayant accepté un cessez-le-feu en juin dernier au lieu d’utiliser son avantage lorsque les défenses antimissiles israéliennes et régionales américaines étaient épuisées, l’Iran se rend bien compte que la guerre reprendra dès que les États-Unis seront en mesure d’avoir réarmé leurs alliés et restauré leurs bases militaires pour recommencer ce que les deux parties admettent être une lutte jusqu’à une sorte de solution finale.

La guerre qui a débuté le 28 février peut être considérée de manière réaliste comme l’ouverture officielle de la Troisième Guerre mondiale car ce qui est en jeu sont les conditions dans lesquelles le monde entier pourra acheter du pétrole et du gaz. Pourront-ils acheter cette énergie auprès d’exportateurs dans des devises autres que le dollar, avec en tête la Russie et l’Iran (et jusqu’à récemment, le Venezuela) ? La tentative actuelle des États-Unis de garder le contrôle du commerce international du pétrole obligera-t-elle les pays exportateurs de pétrole à le fixer en dollars, et à recycler leurs recettes d’exportation et leur épargne nationale en investissements dans des titres, obligations et actions du gouvernement américain ?

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Que va-t-il se passer après le retrait des Etats-Unis ?


Par Lord Robert Skidelsky – Le 5 mars 2026 – Source Blog de l’auteur

I

Qu’arrive-t-il à « l’ordre international fondé sur des règles » invoqué désespérément par des dirigeants européens déconcertés ? La réponse générale est que nous vivons le recul de l’hégémonie américaine, masqué par des fanfaronnades et marqué par des contradictions. Ce retrait a deux aspects, économique et géopolitique. Les économistes parlent des taxes douanières de Trump qui brisent l’ordre basé sur le libre-échange ; les géopoliticiens sur le corollaire de Trump qui brise le système de l’OTAN. Ceux-ci font partie d’une histoire unique et raisonnablement cohérente. Mais le retrait n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Comment le bombardement de l’Iran s’inscrit-il là-dedans ?

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Penser à rebours et en attendre des miracles


Par Aurelien – Le 25 février 2026 – Source Blog de l’auteur

J’espérais éviter d’écrire un autre essai sur la guerre en Ukraine et ses conséquences, mais les inepties issues de la récente Conférence de Munich sur la sécurité et le niveau décourageant des commentaires à ce sujet me laissent penser que, encore maintenant, l’Occident ne comprend rien. Je ne parle pas seulement de l’idée que la Russie pourrait “perdre” car, après tout, si vous créez des conditions de victoire fantastiques et impossibles à atteindre et les faites passer pour les objectifs russes, alors bien sûr, vous pourrez toujours prétendre qu’ils ont « perdu« . En effet, au cours des derniers jours, le quatrième anniversaire de la guerre a été la bonne occasion pour diffuser une analyse de ce genre, approximative et mal informée. En fin de compte, bien sûr, l’inévitable « ils gagnent mais à un coût trop élevé » est une affirmation qui est logiquement impossible à réfuter, tant que vous pouvez contrôler la définition des mots “élevé” et “coût

Non, ce que je veux aborder ici, c’est le problème de l’ignorance combiné à un problème de pensée incohérente. J’ai déjà abordé chacun d’eux, dans le cadre de mon argument selon lequel la défaite de l’Occident est essentiellement intellectuelle. Prenons donc d’abord le problème de l’ignorance, en distinguant au fur et à mesure entre le refus de reconnaître la défaite, qui est essentiellement politique, et l’incapacité à comprendre la défaite, qui est une défaillance intellectuelle. Dans chaque cas, le processus de réflexion commence par la fin, en partant de conclusions prédéterminées, et s’agite à la recherche de preuves pour étayer les conclusions imposées au départ. Prenons d’abord le premier problème.

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Qui peut arrêter l’ambitieuse « Amérique d’abord » de s’imposer au monde ? La Chine peut le faire


Par Alastair Crooke – Le 18 février 2026 – Source Conflicts Forum

Nous pouvons maintenant voir plus clairement la voie choisie par l’administration Trump. À la suite du Forum de Davos et de la Conférence de Munich nous avons un peu de clarté, à la fois sur les ambitions imposantes de Trump et sur les moyens par lesquels il espère les réaliser. Il est peut-être néanmoins trop tard. Les politiques passées entravent l’avenir de l’Amérique. La Russie agissant seule ne pourra peut-être pas faire éclater la bulle de Trump, mais la Chine, la Russie et l’Iran ensemble le peuvent, et le devront.

À Munich, Marco Rubio a exposé le contexte d’une ambition impudemment impétueuse : Sa prémisse est fondée sur l’idée que la décolonisation était effectivement un sinistre complot communiste qui a détruit 500 ans d’empires occidentaux :

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