« Si nous ne mettons pas fin à la guerre, la guerre en finira avec nous »


L’Europe est maintenant engluée jusqu’au cou dans des sanctions économiques de grande envergure à l’encontre de la Russie, et elle est incapable d’en affronter les conséquences.


Par Alastair Crooke – Le 13 juin 2022 – Source Strategic Culture

1Emmanuel Macron a irrité beaucoup de monde (tout comme Kissinger au FEM), lorsqu’il a déclaré « nous ne devons pas humilier Vladimir Poutine » , car il doit y avoir un règlement négocié. C’est la politique française depuis le début de cette saga. Plus important encore, c’est la politique franco-allemande, et elle pourrait donc finir par être la politique de l’UE également.

Le qualificatif « pourrait » est important : en matière de politique ukrainienne, l’UE est plus divisée que pendant la guerre d’Irak. Et dans un système (le système européen) qui insiste structurellement sur le consensus (même s’il est factice), lorsque les blessures sont profondes, la conséquence est qu’une seule question peut bloquer l’ensemble du système (comme lors de la préparation de la guerre en Irak). Aujourd’hui, les fractures en Europe sont plus larges et plus acrimonieuses (c’est-à-dire aggravées par l’application de la primauté de la loi). Continuer la lecture

  1. Le titre est une citation de H.G. Wells

Briser la Russie pour « sauver l’ordre libéral » , alors que les spectateurs deviennent des « victimes collatérales l’accident de la route »


Il est compréhensible que les États du Moyen-Orient restent à l’écart, en tant que « spectateurs » , mais cela ne veut pas dire qu’ils ne deviendront pas des « victimes de l’accident » dans cette euro-collision. C’est inévitable.


Par Alastair Crooke – Le 12 juin 2022 – Source Al Mayadeen

Berlusconi a écrit dans Il Giornale cette semaine que l’Occident est isolé en raison de sa monomanie ukrainienne : « La réponse de l’Occident [à l’Ukraine] a été unanime, mais qu’entendons-nous par Occident ? Les États-Unis, l’Europe et certains pays de la région Pacifique qui ont des liens traditionnels avec les États-Unis, dont l’Australie et le Japon. Et les autres pays du monde ? Presque rien » .

C’est précisément cela. L’Ukraine est au centre d’une lutte identitaire intra-européenne qui remonte à la chute de Rome. Continuer la lecture

L’Europe ensommeillée et en pause estivale, comme en 1914 …


Alors que l’Occident pense que la crise ukrainienne se transforme en quelque chose de similaire à la guerre froide, les circonstances historiques et matérielles disent tout autre chose : le monde est à la veille d’un événement de l’ampleur de la Première Guerre mondiale.


Par Alastair Crooke – Le 5 juin 2022 – Source Al Mayadeen

Le récit courant est que l’Occident est entré dans une guerre froide similaire à celle menée contre l’Union soviétique ; et que, comme pour cette lutte antérieure, son issue doit être la réaffirmation primordiale du modèle économique, politique et civilisationnel américain.

Une bien meilleure analogie serait toutefois de considérer une époque antérieure qui s’est terminée non pas par le triomphe de la guerre froide, mais plutôt par un tsunami de guerre chaude qui a désemparé le monde entier. Il s’agissait d’une période où les décideurs politiques (et les marchés) n’ont pas su apprécier le danger croissant qui s’accumulait pendant la période de sommeil estival qui s’est écoulée entre l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand fin juin 1914 et le déclenchement de la guerre, cinq semaines plus tard. Continuer la lecture

Le monde ne fonctionne plus de cette façon maintenant


La fixation sur l’Ukraine n’est essentiellement qu’un vernis qui recouvre les réalités d’un ordre mondial en décomposition.


Par Alastair Crooke – Le 6 juin 2022 – Source Strategic Culture

La Première Guerre mondiale a marqué la fin d’un ordre mercantile qui avait évolué sous l’égide des puissances européennes. Cent ans plus tard, un ordre économique très différent est en place (le cosmopolitisme néolibéral). Considérée par ses architectes comme universelle et éternelle, la globalisation a fasciné le monde pendant un long moment, mais a ensuite commencé à s’affaisser à partir de son zénith, précisément au moment où l’Occident donnait libre cours à son triomphalisme lors de la chute du mur de Berlin. L’OTAN, en tant que système de régulation de l’ordre, a répondu à la « crise identitaire » qui l’accompagnait en poussant à l’expansion vers l’est, vers les frontières occidentales de la Russie, au mépris des garanties qu’elle avait données et des objections virulentes de Moscou. Continuer la lecture

L’inquiétude de Davos et la peur inavouée de l’échec – Les prémices d’un changement de cap pour les États-Unis en Ukraine


La crainte inexprimée des participants à Davos est celle d’une nouvelle débâcle, après celle de l’Afghanistan.


Par Alastair Crooke – Le 30 mai 2022 – Source Strategic Culture

Klaus Schwab, passionné par l’Ukraine, a essentiellement configuré le Forum économique mondial (FEM) pour mettre en valeur Zelensky et exploiter l’argument selon lequel la Russie devrait être mise à la porte du monde civilisé. La cible de Schwab était la crème de la crème des chefs d’entreprise du monde entier réunis à cette occasion. Zelensky a frappé fort : « Nous voulons plus de sanctions et plus d’armes » ; « Tout commerce avec l’agresseur devrait être arrêté » ; « Toutes les entreprises étrangères devraient quitter la Russie afin que vos marques ne soient pas associées à des crimes de guerre » , a-t-il déclaré. Les sanctions doivent être globales ; les valeurs sont essentielles. Continuer la lecture

Une OTAN à géométrie variable ? Vraiment ?


La question de l’Ukraine a fait naître en Occident des peurs existentielles (ainsi que de profondes tendances russophobes) qu’aucune autre situation d’urgence comparable n’aurait pu faire naître.


Par Alastair Crooke – Le 29 mai 2022 – Source Al Mayadeen

Il est clair que Biden est pris de panique face au prix record de l’essence aux États-Unis. Il s’agit probablement de la question la plus névralgique de la politique intérieure américaine. Il se fait attaquer et sa phrase « C’est la hausse des prix de Poutine » est ridiculisée (les prix de l’essence avaient augmenté de 30 % avant même l’Ukraine). Sa « guerre » précédente contre les combustibles fossiles et la restriction de la production nationale est revenue le hanter dans les sondages. Continuer la lecture

L’échafaudage structurel d’une guerre potentielle au Moyen-Orient


Aujourd’hui, l’Iran est diabolisé et présenté comme une menace intolérable pour l’ordre mondial occidental. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.


Par Alastair Crooke – Le 23 mai 2022 – Source Strategic Culture

L’échafaudage structurel a été mis en place au début des années 1990. Mais cette structure a été érigée sur de fausses prémisses et des idées fausses et paresseuses. Ses défauts ont toutefois été masqués pendant près de deux décennies ; mais aujourd’hui, les changements intervenus dans le paradigme régional global impliquent que l’échafaudage est en train de s’inverser : il ne contient plus les conflits latents, mais nous pousse vers eux. Continuer la lecture

L’engagement américain dans la guerre en Ukraine est-il à un point de basculement ?


Pour l’instant, l’objectif de l’Ukraine et de ses alliés de l’OTAN devrait être de contenir l’offensive russe dans le sud-est de l’Ukraine, de repousser les forces de Poutine là où c’est possible et de rendre cette guerre trop douloureuse pour que la Russie la poursuive indéfiniment.


Par Alastair Crooke – Le 22 mai 2022 – Source Al Mayadeen

Assistons-nous à un point d’inflexion dans le conflit sur l’Ukraine, dont un nombre croissant de législateurs américains nous disent qu’il s’agit, en réalité, d’une « guerre » des États-Unis contre la Russie ? Ce que cela signifie n’est pas clair, mais cela ressemble à la mise en place d’un scénario pour une éventuelle escalade militaire. Mais une escalade militaire est-elle encore envisageable ?

Il est peut-être trop tôt pour parler d’« inflexion » stratégique, mais ce qui semble se produire, c’est que des calendriers mal coordonnés se heurtent à de dures réalités inéluctables. Continuer la lecture

Un Longer Telegram : l’Ukraine


Alors que les États-Unis allument des feux de brousse perturbateurs à la périphérie de la Russie – au Kazakhstan (encore), au Belarus (encore), en Géorgie, en Pologne, en Moldavie et en Transnistrie – pourquoi l’Axe n’attiserait-il pas quelques perturbations à la périphérie de l’Amérique ?


Par Alastair Crooke – Le 15 mai 2022 – Source Al Mayadeen

Nous devons prendre du recul et adopter une vision à long terme concernant l’Ukraine. Cependant, le point de départ – de façon un peu contre-intuitive peut-être – doit être l’Afghanistan. Pourquoi ? Parce que l’Afghanistan est – et reste – le modèle du bourbier déterré par un Occident qui a perdu ses cojones civilisationnelles pour se battre, autrement que par le biais de mandataires éloignés et d’une infoguerre sous faux drapeau. Continuer la lecture

Le chemin qui conduit des sanctions à l’escalade militaire est pavé de conceptions erronées


Qu’est-ce qui se cache derrière ce gâchis ? Eh bien, d’une part, l’hubris, mais aussi l’incapacité à effectuer un travail de fond – et un manque de prévoyance stratégique.


Par Alastair Crooke – Le 8 mai 2022 – Source Al Mayadeen

Il semble que la guerre en Ukraine soit en train de se transformer, à la fois en s’élargissant, avec l’ouverture d’un front Moldavie-Transnistrie et d’un front polonais et en s’approfondissant, avec les États-Unis qui se préparent à une longue guerre d’usure de type Idlib destinée à affaiblir et émasculer la Russie.

Les « nouveaux fronts » sont les stratagèmes classiques pour disperser la concentration militaire précise de l’adversaire, en forçant l’attention sur des feux de brousse fragmentés allumés autour du périmètre et qui exigent une action et peut-être le déploiement de troupes. Continuer la lecture