US-Russie : la guerre est-elle inévitable ?


Alors que les tensions entre les États-Unis et la Russie ont augmenté, des changements fondamentaux dans l’environnement militaro-technologique menacent d’éroder la stabilité stratégique entre les deux pays.


Averting the US-Russia Warpath

Note du Saker Francophone

Nous avons retenu cette analyse, bien qu'elle émane de membres travaillant pour des think tanks américains, et qui, à ce titre, sont très respectueux de la doxa dominante, et imprégnés, jusqu'à la naïveté, de leur exceptionnalisme, comme on peut le constater dans certaines de leurs affirmations précipitées - i.e. non prouvées - car elle résume bien l'état des lieux du domaine. 

Et nous pensons qu'il est toujours profitable de tenter de comprendre la façon de raisonner (?) de nos adversaires, surtout quand ils sont dangereux et que leurs raisonnements se bornent à projeter sur l'autre l'image de leurs propres turpitudes, dont le déni est finalement la seule cause de leur angoisse.

Il faut noter qu'elle a été publiée quelques jours avant le fameux discours de Poutine devant la Douma russe le 1er mars 2018. Vous pouvez donc constater qu'ils étaient, bien sûr, parfaitement informés, sinon de l'opérationnalité des nouvelles armes évoquées par Poutine, du moins de la possibilité de leur existence.

Par James N. Miller,
Richard Fontaine,
Alexander Velez-Green – Le 25 février 2018  – Source Strategic Culture

Pendant près de vingt ans après la fin de la guerre froide, la confrontation militaire entre les États-Unis et la Fédération de Russie semblait improbable. Même pendant les périodes de tension, comme lors de la crise du Kosovo à la fin des années 1990, peu de gens pensaient qu’un désaccord entre Washington et Moscou pouvait entraîner une crise grave, encore moins une guerre.

Continuer la lecture →

Droits sur les armes à feu et restrictions sur la santé mentale : une pente glissante


Par Brandon Smith – Le 28 février 2018 – Source alt-market.com


Dans la foulée de la fusillade de Parkland, comme à la suite de toute tuerie de masse, divers groupes politiques se sont rués pour établir les responsabilités de cette violence. Tout le monde est à la recherche de la source du mal qui cause ces événements, en vain. Dans la plupart des cas, au moins quand il s’agit de l’extrême-gauche, le blâme est placé directement sur les armes elles-mêmes. C’est évidemment une notion absurde. Accuser l’outil spécifique utilisé dans un crime ne résout pas le problème du criminel et ce qui a conduit à passer à l’acte. Que l’outil ait rendu le crime plus facile ou non n’a aucune incidence sur le dessin général.

Continuer la lecture →

Comment Washington a provoqué et peut-être perdu une nouvelle course aux armements nucléaires


Poutine déclare que la longue tentative des États-Unis d’obtenir la supériorité nucléaire sur la Russie a échoué et espère que Washington « écoutera maintenant ».


How Washington provoked, and perhaps lost, a new nuclear-arms race - Stephen Cohen

© Michael Dunning / Getty Images


Par Stephen Cohen – Le 8 mars 2018 – Source Russia Today

Stephen F. Cohen, professeur émérite d'études et de politiques russes à New York et à Princeton, et John Batchelor poursuivent leurs discussions (habituellement) hebdomadaires sur la nouvelle guerre froide américano-russe. (Les contributions antérieures, maintenant dans leur quatrième année, sont accessibles sur le site TheNation.com).

Cohen explique que le discours du président Poutine devant les deux chambres du parlement russe le 1er mars, un peu comme le discours annuel du président américain sur l’état de l’Union, était composé de deux parties distinctes. Les premiers deux tiers environ concernaient la prochaine élection présidentielle russe, le 18 mars, et répondait aux préoccupations nationales des électeurs russes, qui ne sont pas sans rappeler celles des électeurs américains : stabilité, emploi, santé, éducation, impôts, infrastructures, etc. La dernière partie du discours était cependant consacrée uniquement aux récentes réalisations des armes stratégiques ou nucléaires de la Russie. Ces remarques, bien que de valeur électorale, s’adressaient directement à Washington. Le point essentiel de Poutine était que la Russie a contrecarré les deux décennies d’efforts de Washington pour obtenir la supériorité nucléaire – et donc une capacité de première frappe capable de survivre contre la Russie. Sa conclusion connexe était qu’une ère dans les relations stratégiques russo-américaines post-soviétiques est terminée et une nouvelle a commencé. Cette partie du discours de Poutine contient le plus important de ce qu’il a livré au cours de ses 18 années au pouvoir.

Continuer la lecture →

Aux États-Unis, le mensonge s’institutionnalise.


Les services de renseignements ne veulent plus faire leur boulot, fournir de vrais renseignements sur le monde et en particulier l’Iran et la Corée du Nord.


Par Ted Snider – Le 1er mars 2018 – Source Consortium News

Le 13 février, la communauté américaine du renseignement a publié son Évaluation de la menace mondiale pour 2018. C’est un document effrayant à lire, mais peut-être pas pour les raisons auxquelles vous vous attendez. Il n’est pas effrayant à cause de la menace qui pèse sur l’Amérique ou le monde qu’il révèle, mais plutôt parce qu’il montre l’incapacité des services de renseignement à entendre ou à voir ce que disent ou font les adversaires américains.

Sur la Corée du Nord, par exemple, les agences qui entendent tout ne semblent pas avoir entendu ce que la Corée du Nord a dit ; sur l’Iran, les agences qui voient tout ne semblent pas voir ce qu’elles savent depuis longtemps.

Continuer la lecture →

La stratégie de New Delhi du confinement chinois soutenue par les États-Unis dans l’océan afro-indien


Par Andrew Korybko – Le 14 février 2018 – Source Oriental Review

India China containmentLa stratégie de « confinement » anti-chinoise de l’Inde vise à amener New Delhi à prendre le contrôle des nœuds stratégiques le long des lignes maritimes de communication (LMDC) dans l’océan afro-indien, mais les plans du pays sont contrecarrés par l’ingéniosité de la Chine qui bricole des solutions de contournement asymétriques autour de ces goulets d’étranglement.

Continuer la lecture →

Éclairage


Par James Howard Kunstler – Le 5 mars 2018 – Source kunstler.com

Batman is Poutin, Robin is Medvendev

Il doit être difficile pour les éditeurs du New York Times de se motiver jour après jour dans leurs efforts pour démarrer la troisième guerre mondiale. L’histoire d’aujourd’hui, La menace russe sur deux fronts rencontre le vide stratégique aux États-Unis, vise à continuer d’élever l’hystérie ambiante au sujet d’un différentiel qualitatif sur des missiles et la peur de l’ingérence russe dans les élections de 2018 à mi-mandat.
Continuer la lecture →

La CIA a-t-elle saboté la Russie aux Jeux olympiques ?


Par Rick Sterling – Le 26 février 2018 – Source Oriental Review

L’équipe russe de curling Alexandre Kruchelnitsky et Anastasia Bryzgalova

Il y a quelque chose de très louche avec les violations des règles antidopage pour lesquelles le joueur de curling et la bobeuse russe ont été épinglés la dernière semaine des Jeux olympiques d’hiver de Peyongchang.

Il n’est pas logique qu’un athlète consomme une seule fois un produit chimique qui n’a aucune valeur dans des circonstances où il est presque certain d’être détecté, avec d’énormes conséquences négatives. Continuer la lecture →

US : un bilan financier déficitaire abyssal en 2017


Le Département du Trésor US annonce un déficit de mille deux cent milliards de dollars.

« Mais vous inquiétez pas, c’est nous qu’on paye… » Coluche


Par Simon Black – Le 27 février 2018 – Source Zero Hedge

Au début du mois de février, le gouvernement des États-Unis a publié son rapport financier annuel pour l’année 2017 [attention, il est long à télécharger, NdT].

C’est quelque chose que le gouvernement fait chaque année, comme toutes les grandes entreprises telles que Apple, ou Berkshire Hathaway de Warren Buffett, publient leurs propres rapports annuels.

Cependant, contrairement à Berkshire et Apple, dont les rapports financiers montrent généralement des résultats solides et positifs, les rapports financiers du gouvernement américain sont des annonces totalement abominables.

Dès le début du rapport, le gouvernement explique que sa perte nette pour l’année s’est élevée à un vertigineux et incroyable montant de mille deux cent milliards de dollars.

Continuer la lecture →

Un nouveau système de sécurité globale pour un monde multipolaire


Le rôle de la Russie et de la Chine


Par Tayyab Baloch – Le 17 novembre 2017 – Source katehon.com

La Chine a émergé sur la scène internationale en tant que « puissance mondiale » dotée d’une incontestable capacité militaire et de la croissance économique la plus fulgurante au monde. Le commandement chinois n’a pas seulement mis un frein aux manœuvres étasuniennes visant à empêcher la Chine de devenir une puissance mondiale, il a également prouvé que les Chinois ont les moyens de réparer, grâce au développement économique, les dégâts causés par les tentatives US de maintenir leur hégémonie. La lutte menée par la Russie pour réintégrer l’échiquier international en tant que superpuissance comparable à ce qu’était l’URSS a porté ses fruits sous la direction de Vladimir Poutine. Les dirigeants des deux pays, Chine et Russie, ont pris conscience du fait que le seul moyen de mettre en échec le monde unipolaire réside dans la mise en place des institutions d’un nouveau monde multipolaire passant par un basculement des centres de pouvoir. Concrètement, le partenariat stratégique sino-russe met en place un nouvel ordre mondial fondé sur la paix et le développement.

Continuer la lecture →

Afghanistan – Le pipeline, la paix, et les saboteurs


Moon of Alabama

Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 2 mars 2018

Les négociations de paix en Afghanistan ont longtemps été au point mort. Mais cela vient de changer à la surprise générale. Il y a dû avoir pas mal de négociations secrètes entre de nombreux acteurs pour parvenir soudain à ces deux résultats :

Les talibans s’engagent à protéger le projet de gazoduc TAPI – VOA, 24 février

Afghanistan – Ghani propose des pourparlers « sans conditions préalables » aux talibans – Reuters, 28 février

Les deux décisions, le soutien des talibans au TAPI et l’offre du président Ghani marquent un changement. Il y a tout juste deux semaines, Ghani rejetait toujours des pourparlers sans conditions.

Pour agrandir

Le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI) est en négociation depuis le début des années 1990. Il est censé apporter du gaz d’Asie centrale au Pakistan et en Inde. Seuls les gazoducs russes relient actuellement le Turkménistan et ses grandes réserves de gaz à ses marchés d’exportation. C’est une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont toujours soutenu le projet. La société américaine Unocal s’y est fortement impliquée. Un de ses consultants, Zalmay Khalilzad, est devenu plus tard ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, puis en Irak.

Les troubles ont jalonné la longue histoire du projet de pipeline. Le projet TAPI était une des principales raisons pour lesquelles les États-Unis voulaient renverser les talibans. Le 11 septembre 2001 leur a donné un prétexte pour envahir l’Afghanistan et, à la fin de 2001, le gouvernement taliban avait mis fin à ses activités.

Mais il a fallu encore 14 ans pour que les premiers tuyaux de ce projet de pipeline d’une valeur de 10 milliards de dollars, soient posés. Après le renversement en Afghanistan du gouvernement taliban qui lui était inféodé, le Pakistan est devenu hostile au projet de gazoduc. Il y a également eu des différends au sujet des prix, et des conflits entre l’Inde et le Pakistan. Le Pakistan a ensuite négocié avec l’Iran pour lui acheter du gaz. Les États-Unis ont fait pression sur l’Inde pour qu’elle n’achète pas de gaz à l’Iran. Mais le gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI) n’a jamais été achevé. Le Pakistan revient maintenant soutenir TAPI. C’est probablement la raison pour laquelle les talibans ont accepté de protéger le projet dans les zones qu’ils contrôlent. Mais à mon avis, il y a autre chose derrière cette décision. Je crois qu’un accord plus large sur l’avenir de l’Afghanistan a été conclu. Combien de sièges ministériels les talibans peuvent-ils obtenir ? Quelle influence le Pakistan peut-il exercer ?

Au Turkménistan, la construction du gazoduc TAPI a commencé en 2015. En Afghanistan, la construction a commencé le 24 février de cette année. Les États-Unis contrôlent le financement de l’ensemble du projet.

Il ne faut pas parier sur la date de mise en service du pipeline. Le soutien des États-Unis au gazoduc a pour objectif de limiter l’influence russe et chinoise en Asie centrale. Une analyse du marché du gaz permet de discerner plusieurs raisons de saboter le projet :

TAPI est en concurrence directe non seulement avec le projet iranien IPI, mais aussi avec les exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), parmi lesquels figurent des pays comme le Qatar, l’Australie, les États-Unis, le Canada et la Russie, qui, à eux tous, exportent environ 30 milliards de m³/an en Inde.

En construisant le gazoduc TAPI, les États-Unis tentent de prendre le dessus dans une région qui est loin de ses rivages et sur laquelle ils ont peu de contrôle. Plus de 25 ans après sa conception, l’entreprise nécessite et nécessitera encore des tonnes d’argent, des années de travail et beaucoup de chance pour se réaliser. Il y a de nombreux acteurs qui pourraient vouloir s’ingérer dans l’affaire et qui connaissent la région beaucoup mieux que les États-Unis ne le feront jamais.

Le plus grand risque, cependant, est l’approche agressive et militante que les États-Unis continuent d’adopter à l’égard des talibans. L’intense campagne aérienne américaine contre leurs intérêts et leurs opérations se poursuit sans grand résultat. Les talibans continuent de contrôler près de la moitié du pays. Une série d’attaques contre le gouvernement central à Kaboul a ébranlé la confiance du public dans le gouvernement de Ghani. Aujourd’hui encore, un attentat-suicide a frappé la capitale.

Les récentes annonces montrent que les négociations de paix et le gazoduc sont intimement liés. Si les pourparlers échouent, le soutien des talibans au gazoduc prendra également fin. Si le pipeline tarde à être opérationnel, les États-Unis pourraient se décider à quitter le pays. Beaucoup de gens ne souhaitent sans doute rien d’autre, et ils feront ce qu’ils peuvent pour y parvenir.

Traduction : Dominique Muselet

   Envoyer l'article en PDF