La magie du Novitchok


Par Moon of Alabama – Le 16 juillet

Cette (fausse) publicité avant-après d’un parfum Novitchok présenté par Ioulia Skripal, a fait le buzz il y a quelque temps.

Cette « annonce » a été publiée avant le 27 mai. Son créateur doit être un visionnaire. Continuer la lecture de La magie du Novitchok

États-Unis : 12 Russes inculpés pour piratage


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 13 juillet 2018

Il n’y a aucune preuve dans l’acte d’accusation de Mueller contre les 12 Russes. Sa publication a pour but de saboter le sommet prévu entre Trump et Poutine.

Le conseiller spécial Robert Mueller a publié un acte d’accusation (pdf, 29 pages) contre 12 personnes soupçonnées d’être des officiers ou des agents de la GRU, le service de renseignement militaire russe. Ces personnes, affirme l’acte d’accusation, travaillent pour une sous-unité opérationnelle (26165) et une sous-unité technique (74455) de la GRU. Continuer la lecture de États-Unis : 12 Russes inculpés pour piratage

Sergueï Lavrov : «Nous sommes déjà dans un monde post-occidental»


« Toutes les actions de l’Occident ‘civilisé’ au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont en faveur des terroristes. »
Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie


Par Sayed – Le 6 juillet 2018 –Source sayed7asan

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la chaîne britannique Channel 4, Moscou, 29 juin 2018

 Révision et sous-titres par Sayed*

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Transcription :

Channel 4 : – Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, le sommet entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump va bien se tenir à Helsinki. Est-ce là l’ordre mondial « post-occidental » que vous avez évoqué par le passé ? Y sommes-nous déjà ?

Sergueï Lavrov : – Vous savez, je pense que nous vivons déjà dans le monde post-occidental, mais que sa formation n’est pas terminée et sera encore longue. En fait, nous vivons une époque historique. Il est clair qu’après environ cinq siècles de domination de ce qu’on appelle l’Occident collectif, il n’est pas si simple de s’adapter aux nouvelles réalités. À présent, il existe d’autres centres de pouvoir, économiques, financiers et politiques : la Chine, l’Inde, le Brésil… De plus, les pays africains joueront un rôle de plus en plus important dès qu’ils auront réglé au moins une partie des conflits sur leur continent. Bien évidemment, la Russie veut être un acteur indépendant sur la scène internationale, dans le sens où nous ne voulons violer aucune norme ou loi du droit international, mais nous souhaitons que les décisions qui seront prises sur la base du droit international ne soient plus influencées pas des pressions, de l’argent, des sanctions, des menaces ou quoi que ce soit d’autre. 

Channel 4 : – Et с’est la Russie qui façonne ce nouvel ordre mondial ?

Sergueï Lavrov : – Ce n’est pas la Russie qui façonne le nouvel ordre mondial : ce processus est dicté par l’évolution historique, c’est le développement lui-même. Il est vain d’espérer que les nouveaux acteurs, forts économiquement et financièrement, puissent être contenus. On ne peut pas ignorer leur rôle dans le commerce et l’économie mondiale.

Des tentatives sont entreprises aujourd’hui pour ralentir ce processus avec de nouvelles taxes et sanctions qui enfreignent, d’une manière ou d’une autre, les principes de l’OMC. Mais je pense que cette réaction est logique, à savoir s’efforcer de freiner la formation d’une nouvelle réalité objective ne dépendant pas du gouvernement d’un pays en particulier.  

Channel 4 : – Mais l’Europe a du souci à se faire avec l’instauration de l’ordre mondial que vous avez décrit. 

Sergueï Lavrov : – Pardon ?  

Channel 4 : – Ce (nouvel) ordre mondial que vous avez décrit implique différents types de pays, mais vous n’avez pas dit quelle y serait la place des pays de l’UE : ont-ils des raisons de s’inquiéter de ce nouvel ordre mondial ? 

Sergueï Lavrov : – L’UE fait évidemment partie de l’Occident collectif, ainsi que certains pays membres d’Europe de l’Est. Mais l’UE est indéniablement un pilier très important de tout ordre mondial.

En ce qui concerne la Fédération de Russie, pour nous l’UE est le plus grand partenaire commercial, et ce malgré tous les événements et la situation regrettable à cause de la mauvaise interprétation de la notion de coup d’État (Crimée). Depuis 2014, les échanges entre la Russie et l’UE ont chuté de 50%, mais ils dépassent tout de même les 250 milliards de dollars. L’Union européenne est notre principal partenaire commercial, si nous considérons tous ses pays comme un ensemble. Mais il est certain que l’UE lutte actuellement pour s’assurer de ne pas être reléguée dans ce nouvel ordre mondial en formation, et ce n’est pas facile, car l’UE compte en grande partie sur les États-Unis, et certains membres de l’Union voudraient maintenir cette situation.

D’autres pays membres pensent que l’UE doit être plus autonome, par exemple sur les questions militaires. Il faut mentionner l’initiative du président Emmanuel Macron et de l’Allemagne d’envisager un système défensif européen, qui en est une manifestation.

Jusqu’à présent, je suis de près le sommet de l’UE qui se déroule actuellement, notamment les discussions sur les questions migratoires, qui m’ont donné une idée intéressante concernant les relations entre l’OTAN et l’UE. L’OTAN a activement bombardé la Libye, ce qui l’a transformée en une sorte de « trou noir » d’où des vagues de migrants illégaux se sont précipitées vers l’Europe. Et à présent, l’UE doit recoller les morceaux et faire le ménage derrière l’OTAN, donc je pense…

Channel 4 : – Vous avez mentionné les agissements de l’OTAN en Libye, mais qu’en est-il de l’ingérence de la Russie en Syrie ? C’est également la cause de l’exode de millions de migrants. 

Sergueï Lavrov : – Oui, mais je vous rétorquerais que les actions de la Russie en Syrie s’appuient sur la requête officielle du gouvernement légitime du pays qui est reconnu en tant que représentant officiel de la Syrie à l’ONU.

L’invitation officielle a été formulée en septembre 2015 – quatre ans et demi après le début du Printemps arabe en Syrie. Quand nous sommes venus en aide aux autorités légitimes du pays, la plupart des réfugiés avaient déjà quitté ses frontières.

Channel 4 : – Vous parlez du « gouvernement légitime de la Syrie », mais c’est justement lui qui est responsable d’avoir tué des centaines de milliers de ses citoyens, rendu des millions de personnes sans toit. « Une bête féroce qui tue par le gaz » : c’est ainsi que Donald Trump, votre allié, a qualifié (Bachar al-Assad). Pouvez-vous dormir en paix avec un tel allié ?

Sergueï Lavrov : – Je ne souhaite pas commenter les épithètes utilisées par Donald Trump vis-à-vis de certains dirigeants mondiaux. Ce ne sont pas des mesures concrètes, et de simples avis peuvent évoluer.

Ce que je veux dire, c’est que c’est une guerre. Une guerre qui a été déclenchée à cause d’erreurs commises par toutes les parties, y compris le gouvernement syrien. Je pense que ces perturbations auraient pu trouver une issue politique à l’étape initiale [Assad était prêt à faire des réformes structurelles, mais dès le début, il s’agissait de renverser le régime par la force].

Mais ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat des tentatives de certaines forces extérieures de profiter de la situation pour redessiner la carte du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en entrant sur le territoire syrien sans invitation et en y mettant en œuvre leur propre agenda.

Par conséquent, les efforts entrepris par la Russie avec la Turquie et l’Iran – les forces de ces deux pays sont présentes sur le territoire syrien, celles de la Turquie sans invitation et celles de l’Iran sur invitation officielle du gouvernement syrien – ont permis de lancer le processus d’Astana, le format d’Astana. Étant donné que la coopération de la Russie et de l’Iran avec la Turquie a permis de réduire l’intensité du conflit, le gouvernement syrien a soutenu la création du format de négociations d’Astana, et il y participe, de même que des représentants de l’opposition armée.

Dans le cadre de ce processus, les parties se réunissent régulièrement pour travailler à la création des conditions nécessaires pour mettre en œuvre la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies (en faveur d’un cessez-le feu et d’une transition politique, à l’exclusion des groupes terroristes).

Channel 4 : – Permettez-moi de reposer une question sur Bachar al-Assad. Beaucoup de personnes se demandent ce que vous aimez chez le Président syrien.

Sergueï Lavrov : – Nous n’aimons (ou n’aimons pas) personne (il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un nous plaît ou non). La diplomatie et la politique ne consistent pas en de l’affection ou de l’aversion (personnelles). Cette terminologie relève (exclusivement) de la communication entre les êtres humains en tant que particuliers.

Le président Assad défend la souveraineté de son pays. Il défend son pays et, dans un sens plus large, toute la région contre les terroristes qui, en septembre 2015, pouvaient prendre Damas en quelques semaines. Nous ne voulions pas voir se reproduire les tragédies des deux dernières décennies à cause des aventures… Et même plus de deux décennies, car tout cela a commencé vers la fin du siècle dernier en Afghanistan (1979), lorsque les États-Unis ont décidé d’apporter un soutien militaire, financier et autre aux moudjahidines qui se battaient contre les forces soviétiques.

Je ne vais pas m’arrêter en détail sur le fait de savoir pourquoi les forces soviétiques se trouvaient en Afghanistan : elles étaient légitimement présentes dans le pays parce qu’elles avaient été invitées légalement par le gouvernement afghan. Les États-Unis ont décidé d’utiliser les moudjahidines pour combattre les troupes soviétiques. Les Américains espéraient qu’après l’accomplissement de leur mission, les moudjahidines pourraient être contrôlés. C’est ainsi qu’al-Qaïda est apparue et que les États-Unis ont complètement perdu le contrôle du « monstre » qu’ils avaient créé.

Puis a commencé l’aventure militaire des États-Unis en Irak, une aventure illégale basée sur un mensonge délibéré, comme tout le monde le sait aujourd’hui – même l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a reconnu que l’opération était une erreur. Cependant cela ne change pas le fond des choses : de la même manière qu’al-Qaïda est apparue en Afghanistan à cause de l’activité des États-Unis, Daech a été la conséquence de l’intervention en Irak.

Et dernièrement, la Libye a été envahie, en transgression flagrante de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, tout comme la Syrie (a été attaquée), et un autre « monstre » est apparu : le Front al-Nosra. Peu importe le changement de nom de cette organisation, son essence terroriste reste inchangée. Toutes les actions de l’Occident « civilisé » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont en faveur des terroristes.
 
Channel 4 : – C’est un détour très impressionnant dans l’histoire, mais c’est le présent qui m’intéresse, et notamment le président Assad. Vous dites que la question n’est pas qu’il vous plaise ou non. Est-ce que cela signifie que la Russie est prête à une situation où il quitterait son poste après avoir mené à bien la tâche de mettre fin à la guerre ?

Sergueï Lavrov : – Ce n’est pas la position de la Russie, mais de tout le Conseil de sécurité des Nations unies – une institution approuvée par tous les pays de la planète sans exception. Elle souligne qu’une nouvelle Constitution doit être adoptée et que conformément à celle-ci, des élections libres et justes doivent être organisées sous l’observation de l’ONU, sachant que tous les citoyens syriens, où qu’ils soient, auraient le droit de vote.

Channel 4 : En d’autres termes, peu importe pour la Russie si Bachar al-Assad part ou reste, ce sera au peuple syrien d’en décider ?

Sergueï Lavrov : Oui, c’est aux Syriens de décider. Et je pense que cette position, qui était rejetée par certains pays après le début du conflit syrien, est partagée aujourd’hui par de plus en plus de pays.

Channel 4 : – L’important pour vous est (de savoir) quand est-ce que la Russie retirera ses troupes de Syrie. Le président Poutine a évoqué cette perspective pour la première fois en mars 2016, en déclarant que la Russie avait largement accompli les objectifs de son opération militaire en Syrie. En décembre 2017, nous avons entendu une autre déclaration similaire. Peut-on s’attendre à un retrait de la Russie de Syrie d’ici la fin de l’année ?

Sergueï Lavrov : – Non. Et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question dont nous puissions parler de manière raisonnable. Nous n’aimons pas les délais artificiels. Cependant, nous réduisons progressivement notre présence militaire en Syrie. Le dernier retrait (partiel) a eu lieu il y a quelques jours, comme l’a dit récemment le président Poutine : plus de mille militaires, ainsi qu’une partie des avions et du matériel, sont revenus en Russie.

Tout dépend de la situation réelle sur le terrain. Oui, avec nos collègues, avec l’armée syrienne et avec l’aide de l’opposition que je qualifierais d’« opposition patriotique », nous avons réussi à empêcher la réalisation des plans de création d’un califat par les terroristes de Daech. Mais certains éléments de Daech restent présents sur le territoire du pays, tout comme des terroristes du Front al-Nosra. Aujourd’hui, ils cherchent à empêcher la mise en œuvre complète de l’accord sur la zone de désescalade au sud de la Syrie. En d’autres termes, une partie des terroristes poursuit son activité.

De plus, nous avons des sites militaires en Syrie – je ne peux pas les qualifier de bases à proprement parler – notamment deux sites où sont stationnés des navires de guerre et de l’aviation, et il sera certainement opportun de les conserver pendant un certain temps.

Channel 4 : – Le dossier syrien sera donc de toute évidence à l’ordre du jour du sommet d’Helsinki. Je voudrais maintenant évoquer une série d’autres questions. Par exemple les sanctions, que vous avez mentionnées. Pensez-vous que les sanctions seront levées contre la Russie, même si, il y a encore très peu de temps, l’UE évoquait leur prolongation ? Pensez-vous que vous parviendrez à vous entendre avec le Président Trump à ce sujet ?

Sergueï Lavrov : – J’ai mentionné les sanctions uniquement dans le contexte de la détérioration des relations. Nous ne décrétons pas des contremesures pour que les sanctions déjà déployées contre nous soient levées, ce ne sont pas nos affaires. Cette décision doit être prise par ceux qui ont initialement adopté ces sanctions. Ce sont eux qui doivent décider pour eux ce qu’ils veulent : le maintien de la situation actuelle ou la victoire du bon sens.

Channel 4 : – Mais très récemment, le président (russe) a dit qu’il souhaitait la levée des sanctions (contre la Russie).

Sergueï Lavrov : – Évidemment. Nous ne nous opposons pas à la levée des sanctions. Mais nous pouvons également profiter de l’opportunité qu’elles offrent pour développer nos propres capacités dans les secteurs-clés de l’économie, de la sécurité nationale et dans d’autres domaines essentiels pour un État souverain.

Ces dernières années, nous avons beaucoup appris, notamment qu’on ne pouvait pas compter sur l’Occident dans ces domaines. On ne peut pas compter sur les technologies occidentales parce que leur fonctionnement peut être suspendu à tout moment, pas plus qu’on ne peut compter sur les produits du quotidien pour la population en provenance de l’Occident parce que les livraisons peuvent être suspendues à tout moment.

Nous avons tiré de nombreuses leçons précieuses. Cependant, nous ne nous opposerons certainement pas à la levée des sanctions, et si cela arrivait, nous répondrions symétriquement en levant nos contremesures.

Channel 4 : – Quelles concessions la Russie serait-elle prête à faire lors du prochain sommet ? Supposons que Donald Trump dise qu’il souhaite que le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden soit livré aux États-Unis. Êtes-vous prêt à envisager une telle possibilité, à la mettre sur la table ?

Sergueï Lavrov : – Je n’ai jamais parlé d’Edward Snowden avec la nouvelle administration américaine. Le président russe Vladimir Poutine a exprimé la position de la Russie à ce sujet il y a quelques années déjà : la décision de revenir ou non aux États-Unis revient uniquement à Edward Snowden. Nous respectons ses droits et ne pouvons pas simplement l’expulser du pays contre son gré. Edward Snowden s’est retrouvé en Russie sans passeport américain parce que celui-ci avait été annulé au moment de son vol en partance de Hong Kong.

Channel 4 : – Autrement dit, cette option ne sera pas évoquée dans votre…

Sergueï Lavrov : – J’ignore pourquoi tout le monde cherche à poser cette question précise à l’approche du sommet. Seul Edward Snowden peut décider de son propre sort.

Channel 4 : – Pendant le sommet, pouvez-vous – vous ou le président (russe) – donner des garanties au président Trump que la Russie ne s’ingérera pas dans les élections intermédiaires au Congrès dans quelques mois, étant donné que les renseignements américains estiment qu’une ingérence a eu lieu durant la dernière élection présidentielle ?

Sergueï Lavrov : – Nous préférerions que des faits soient présentés. Nous ne pouvons pas parler sérieusement de suppositions basées sur des arguments tels que « très vraisemblablement » (verbatim de l’accusation britannique contre la Russie dans l’affaire Skripal).

Channel 4 : – Mais c’est plus que du « très vraisemblablement », il y a eu…

Sergueï Lavrov : – Non, non, absolument pas. Depuis combien de temps dure l’enquête aux États-Unis ? Un an et demi ?…

Channel 4 : – L’ex-directeur du FBI Robert Mueller a présenté une accusation sur 37 pages à l’Agence des enquêtes en ligne sur l’ « usine à trolls » russe.

Sergueï Lavrov : – Une mise en accusation (sérieuse) nécessite un procès. Or, si je comprends bien, en ouvrant leur propre enquête, ils ont remis en question plusieurs points qui avaient été utilisés pour formuler l’accusation. Alors n’anticipons pas. J’aime beaucoup Lewis Carroll mais je pense que la logique de la Reine qui dit « D’abord la sentence, ensuite le verdict » est inadmissible.

À l’heure actuelle, pour tout ce qui concerne la présidentielle américaine, le Brexit, l’« affaire Skripal » et le crash tragique du Boeing malaisien, le postulat de base est que « l’enquête se poursuit mais vous (la Russie) êtes déjà coupables ». On ne peut pas faire ça.

Channel 4 : – Mais la Russie craint-elle la vérité ? Parce qu’on dirait que chaque fois qu’une organisation qui fait autorité, que ce soit l’ONU ou l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques), cherche à établir des faits, la Russie émet une objection.

Sergueï Lavrov : – Non, je pense que le public et de nombreux journalistes respectables, comme vous, ont été désinformés. L’OIAC doit agir dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) qui prescrit clairement une seule et unique procédure pour établir des faits : d’abord les experts de l’OIAC doivent eux-mêmes, sans déléguer leurs pouvoirs à qui que ce soit, se rendre sur les lieux de l’incident allégué et prélever des échantillons de leurs propres mains, en utilisant leurs propres équipements, et garder en main ces échantillons jusqu’à ce qu’ils parviennent à un laboratoire certifié.

Dans le cas des derniers événements, notamment de l’incident de Khan Cheikhoun en avril 2017, quand le gouvernement syrien a été accusé d’une frappe aérienne avec l’usage d’armes chimiques, les experts de l’OIAC ne se sont jamais rendus sur place, ils n’ont jamais prélevé d’échantillons eux-mêmes. Quand nous avons demandé où ils avaient trouvé les échantillons, ils ont répondu que c’étaient les Britanniques et les Français qui les leur avaient transmis. Nous avons alors demandé pourquoi ils ne s’étaient pas rendus eux-mêmes sur les lieux, et ils ont répondu…

Channel 4 : – Vous ne faites plus confiance à l’OIAC ?

Sergueï Lavrov : – Attendez une seconde, c’est une information importante, alors n’opérons pas avec des slogans mais avec des faits. Ils ne sont pas allés sur place mais ont dit avoir obtenu des échantillons. Nous avons demandé de qui, ils ont répondu que c’étaient les Britanniques et les Français qui avaient recueilli les échantillons pour eux. Pourquoi ne sont-ils pas allés eux-mêmes sur les lieux ? Ils ont dit que ce n’était pas sécurisé. Nous avons fait remarquer que si les Britanniques et les Français avaient réussi à y aller, c’est qu’ils avaient des contacts qui pouvaient assurer leur sécurité sur place. Pourquoi les représentants de l’OIAC ne pouvaient-ils pas demander à Paris et à Londres d’assurer une visite sécurisée à ses inspecteurs ?

Nous avons dit la même chose aux Français et aux Britanniques, qui ont répondu qu’ils ne pouvaient pas nous dévoiler comment ils avaient fait. Autrement dit, la procédure de prélèvement n’a pas été respectée, ni celle de transfert et de stockage, car les inspecteurs ne peuvent déléguer leurs pouvoirs à personne pour l’acheminement des échantillons vers le laboratoire. Toutes ces procédures, prescrites et fixées dans la Convention, ont été transgressées.

Et le rapport sur l’incident de Khan Cheikhoun, présenté par la Commission conjointe en automne dernier, était rempli de formulations du style « hautement probable », « en toute vraisemblance », « il y a des raisons de croire », etc. Nous avons invité les auteurs du rapport à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir de leur part la moindre information crédible, mais c’était impossible. Ils refusaient et ne cessaient de tergiverser. Nous avons déclaré que poursuivre le travail en violant les procédures de la Convention était impossible. Nous…

Channel 4 : – Vous employez un vocabulaire très fort.

Sergueï Lavrov : – Nous n’avons pas prolongé leur mandat, mais nous avons proposé un nouveau mécanisme en insistant pour qu’il ne bafoue aucune procédure prescrite par la Convention, et que…

Channel 4 : – Faites-vous, comme avant, confiance à l’OIAC ?

Sergueï Lavrov : Jusqu’à récemment nous lui faisions encore confiance, mais depuis quelque temps, nous constatons de sérieuses manipulations de l’Organisation. Il y a quelques jours, le Royaume-Uni et d’autres pays ont convoqué une réunion spéciale des États parties de la Convention pour voter une décision transgressant tous les termes de la Convention en attribuant au Secrétaire technique – c’est comme ça qu’on le désigne – le droit de désigner les coupables. Je pense que cette démarche était irréfléchie parce que c’est très dangereux.

Channel 4 : – Est-ce que cela représente un danger potentiel pour la Russie ? Parce qu’à présent, l’OIAC peut désigner des coupables, la Russie par exemple. Craignez-vous la vérité ?

Sergueï Lavrov : – Non, je crains pour l’avenir de l’OIAC et de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.

Channel 4 : – La Russie sortira-t-elle de l’OIAC ?

Sergueï Lavrov : – Si certaines personnes préfèrent enfreindre les termes de la Convention tout en disant que c’est la volonté de la majorité… Pour réunir cette conférence, ils ont utilisé tout un tas de ruses, allant jusqu’à mobiliser les petits pays qui n’ont pas de représentation à La Haye, payer leurs frais de transport et d’hôtel… Nous le savons et tout le monde le sait.

Quand la Convention est grossièrement enfreinte, cela suscite forcément de l’inquiétude. Nous essaierons de faire annuler cette décision. Mais si… Car cette décision doit encore être examinée par la Conférence des États parties. Mais si elle n’était pas annulée, je pense que les jours de l’OIAC seraient comptés – du moins elle cesserait d’être une organisation internationale.

Channel 4 : – L’OIAC était également chargée de l’enquête sur l’ « affaire Skripal ». Je voudrais vous demander : pensez-vous que l’empoisonnement d’un ex-espion, de sa fille et d’un policier par un gaz neuroparalytique dans une rue de Salisbury soit l’acte d’un État rationnel ?

Sergueï Lavrov : – Rationnel ? C’est tout le contraire. C’est un crime très grave. Et depuis le début, nous avons proposé de mener une enquête conjointe, car il s’agit de citoyens de notre pays – du moins la fille de Sergueï Skripal est une citoyenne russe, et lui-même semble avoir la double citoyenneté russe et britannique. Depuis le début nous avons proposé d’enquêter ensemble sur cet incident.

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