Les États-Unis offrent à l’Inde un rôle central dans le détroit d’Ormuz


Par M.K. Bhadrakumar – Le 29 mars 2026 – Source Indian Punchline

Le ministre des Affaires extérieures, S. Jaishankar, et le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, s’efforcent constamment de remettre les relations américano-indiennes sur les rails. Leur conversation de vendredi en marge de la réunion du G7 à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay, un ancien monastère cistercien du nord de la France [en fait à 30 km au sud ouest de Paris, NdSF] entouré d’une nature préservée, qui portait sur la fermeture du détroit d’Ormuz, semble avoir retrouvé une certaine gravité dans le contenu stratégique de leur relation.

Les États-Unis transforment la crise du détroit d’Ormuz, qui est la priorité numéro un aujourd’hui pour le président Donald Trump, en une opportunité de travailler avec New Delhi et de créer une synergie pour les relations américano-indiennes. De son côté, Delhi doit calculer qu’elle peut créer une certaine équité en aidant Trump qui se trouve dans une impasse difficile à mettre fin à la guerre, alors qu’il se rend compte tardivement qu’elle n’est pas gagnable.

La semaine dernière, Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio ont téléphoné à leurs homologues indiens et leur discussion s’est concentrée sur la situation au Moyen-Orient où l’objectif de l’administration Trump est de mettre fin au conflit, ce qui n’est possible que si l’Iran autorise la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

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L’Iran est sur le point d’avoir le dernier mot


Par M.K. Bhadrakumar – Le 26 mars 2026 – Source Indian Punchline

Les guerres sont toujours imprévisibles. L’exemple le plus célèbre est celui d’une autre armada comme celle des États-Unis dans le golfe Persique en ce moment, l’Armada espagnole, une flotte navale de 130 navires envoyée par l’Espagne en 1588, commandée par Alonso de Guzmán duc de Medina Sidonia, un aristocrate nommé par Philippe II d’Espagne pour envahir l’Angleterre, déposer la reine Elizabeth I et restaurer le catholicisme.

Malgré sa force, l’Armada espagnole a été vaincue dans la Manche par une force anglaise plus petite utilisant des bateaux à feu et une meilleure artillerie, puis en grande partie détruite par les tempêtes alors qu’elle battait en retraite autour de l’Écosse et de l’Irlande.

L’armada tant vantée du président américain Donald Trump a plus ou moins la même mission que l’Armada espagnole ; cherchant un changement de régime pour renverser un système de gouvernance islamique, rappelant le leitmotiv tacite d’une croisade. Curieusement, il semble également destiné à une fin misérable similaire, malgré la supériorité militaire écrasante des États-Unis.

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La guerre du Golfe. L’Inde se fourre dans une impasse


Par M.K. Bhadrakumar – Le 22 mars 2026 – Source Indian Punchline

Les deux comptes-rendus de l’appel téléphonique entre le Premier ministre Narendra Modi et le président iranien Masoud Pezeshkian est que les relations bilatérales entre les deux « États civilisation » sont devenues tendues ces derniers temps. La divergence d’opinion n’est que trop apparente.

L’appel fut un dialogue de sourds. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu peut se féliciter d’avoir créé cette situation impensable ; un petit pays de 8 ou 9 millions d’habitants soumettant un Léviathan de 1,4 milliards d’habitants pour danser au son de sa flute. Mais il ne fait aucun doute que la faute repose sur Delhi d’avoir permis à Israël d’entrer dans la tente des décideurs indiens et de finalement s’en emparer ; une catastrophe qui aurait pu être prédite.

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Les États-Unis forcent l’Inde à jouer dans un cirque


Par M.K. Bhadrakumar – Le 8 mars 2026 – Source Indian Punchline

Un outil bien rodé dans la boîte diplomatique des États-Unis consiste à frotter le nez de ses États vassaux dans la poussière, de temps en temps, pour leur rappeler qu’ils sont une forme de vie inférieure, tout en proclamant au monde entier qu’un État vassal restera toujours un État vassal. Le sabotage du gazoduc allemand Nord Stream en septembre 2022 en est un exemple flagrant. Plus récemment, l’Inde a été également soumise par les États-Unis à un traitement sévère similaire.

Des déclarations et des remarques exceptionnellement grossières ont afflué des responsables de l’administration Trump exigeant que l’Inde se conforme au diktat américain de mettre fin à ses importations de pétrole en provenance de Russie. L’alibi étant que le commerce du pétrole indien générait des revenus supplémentaires pour la Russie, ce qui aidait à financer la guerre en cours du Kremlin en Ukraine.

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Trump joue un rôle concret dans les pourparlers avec l’Iran


Par M.K. Bhadrakumar – Le 17 février 2026 – Source Indian Punchline

Reprenant la discussion là où je l’ai laissé la dernière fois sur les négociations américano-iraniennes dans mon blog intitulé Les chances sont de 8 contre 1 que Trump ne déclenchera pas de guerre du Golfe, les pourparlers qui débutent à Genève aujourd’hui vont être cruciaux. Une délégation américaine, comprenant les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner, rencontrera les Iraniens mardi matin.

La toile de fond étonnante est l’inattendue révélation par le président américain Donald Trump hier que “Je serai impliqué dans ces pourparlers, indirectement. Et ils seront très importants“. Trump a ajouté que les Iraniens étaient motivés cette fois-ci à négocier.

De toute évidence, le canal d’arrière-plan est hyperactif. L’importance ici doit être soigneusement notée : Trump, qui a récemment menacé et cajolé Téhéran, s’identifie maintenant ouvertement à la diplomatie. C’est quelque chose qui n’est jamais arrivé auparavant.

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Lavrov prévoit une nouvelle ère de développement mondial


Par M.K. Bhadrakumar – Le 13 février 2026 – Source Indian Punchline

La rare apparition du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la Douma d’Etat est toujours une occasion spéciale de lire le marc de café de la politique russe. L’importance ici, à mon avis, réside dans la confirmation, s’il en était besoin, que le Kremlin observe avec une anxiété croissante la transition de la politique étrangère américaine qui, contrairement aux affirmations énoncées par l’administration Trump au cours de la dernière année annonçant une sorte de retrait de la politique internationale, se dirige en réalité vers une nouvelle forme de domination mondiale des États-Unis.

Il est tout à fait concevable que la capitulation de l’Inde ait été un grand choc pour Moscou et cela si peu de temps après la fanfaronnade théâtrale du Premier ministre Modi au sommet de l’OCS à Tianjin en août/septembre. Les remarques prudentes de Lavrov sur le saut périlleux de l’Inde vis-à-vis de l’achat de pétrole russe sont teintées de déception – du genre popularisée par Shakespeare dans sa pièce où César, en voyant son ami de confiance Marcus Brutus parmi ses assassins a assimilé le choc ultime, l’incrédulité et la trahison par un proche allié en rappelant la phrase latine « Et tu, Brute » [Toi aussi, Brutus?].

La voix de Lavrov semblait distante. Il est concevable que ce moment aussi passera dans la saga des relations russo-indiennes, mais il n’en reste pas moins que le monde de demain que le grand maître de la diplomatie internationale décrit ici – reliant le Venezuela, Cuba, le Groenland, le Conseil de Paix, l’Iran, le détroit de Taiwan et la mer de Chine Méridionale comme des maillons inséparables d’une chaîne d’événements, montre bien que l’Inde vit sur une autre planète, dans un état d’abondon langoureux désirant seulement vivre dans une indolente aisance.

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Les chances sont de 8 contre 1 que Trump ne déclenchera pas une guerre du Golfe


Par M.K. Bhadrakumar – Le 10 février 2026 – Source Indian Punchline

L’hostilité mutuelle entre les États-Unis et Israël d’un côté et l’Iran de l’autre, depuis la Révolution islamique de 1978 et la mise en place du système politique unique connu sous le nom de Vilayat-e Faqih ou tutelle de Faqīh (un juriste islamique), est vieille de près d’un demi-siècle. Le nouvel ordre politique de la démocratie islamique, basé sur le nationalisme iranien, a posé un défi sans précédent et une menace perçue pour les États-Unis et les États régionaux dans son orbite stratégique, y compris les monarchies pétrodollars, pour qui l’idée même d’un régime représentatif fondé sur la doctrine de la justice, de l’équité et de la résistance était un anathème.

Mais ce n’est pas toute l’histoire. Michel Foucault, philosophe français, historien des idées, écrivain, militant politique et critique littéraire, avait une autre explication. Une nuit, alors qu’il se promenait dans les rues de Téhéran qui souffraient des douleurs de l’enfantement de la Révolution islamique, Foucault rencontra quelqu’un qui lui dit : “Ils (les Américains) ne nous lâcheront jamais de leur propre gré. Pas plus qu’au Vietnam”.

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La Russie et la Chine prennent des chemins différents en Occident


Par M.K. Bhadrakumar – Le 16 janvier 2026 – Source Indian Punchline

Dans une référence précise aux dirigeants chinois par leur nom, l’agence de presse d’État russe Tass a pris note des critiques de Pékin sur l’agression américaine contre le Venezuela. Sans surprise, Tass a cité une tierce partie, Karin Kneissl, ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères et actuelle directrice du centre G.O.R.K.I. de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg – une chambre d’écho bien connue de l’establishment du Kremlin – pour signaler que le président chinois Xi Jinping avait gardé le silence sur le sujet.

Kneissl elle-même a montré qu’elle comprenait la réticence de Xi, sa peur d’exprimer une réaction personnelle, considérant que “c’est toujours une politique personnalisée que Trump poursuit. Cela signifie que si quelqu’un veut y répondre, il devra faire de même. À la fin de la journée, nous voyons des déclarations du ministère chinois des Affaires étrangères et des communiqués de presse de divers autres endroits, mais que s’est-il réellement passé ?

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Le Venezuela n’est pas une affaire de drogue ou de migration. C’est le « moment Ukraine » de Trump


Par M.K. Bhadrakumar – Le 27 décembre 2025 – Source Indian punchline

Le Pentagone a déployé des avions d’opérations spéciales, des troupes et du matériel dans la région des Caraïbes près du Venezuela, ont rapporté le Wall Street Journal et d’autres médias le 23 décembre. Une force importante s’est amassée à Porto Rico, qui sert traditionnellement de plaque tournante essentielle pour les opérations de ravitaillement en carburant, de réapprovisionnement et de surveillance.

La 27e Escadre d’Opérations spéciales et le 160e Régiment d’Aviation d’Opérations spéciales déployés dans les Caraïbes sont spécialisés dans le soutien des missions d’infiltration et d’extraction à haut risque et fournissent un appui aérien rapproché tandis que les Rangers de l’Armée sont chargés de s’emparer des aérodromes et de protéger les unités d’opérations spéciales telles que Delta Force lors de missions de destruction ou de capture de précision.

Une photo satellite publiée cette semaine par la société privée chinoise de renseignement aérospatial Mizar Vision montrait la flotte de F-35 de l’US Air Force. Les quelque 20 avions de combat comprennent un mélange de F-35A et de F-35B du Corps des marines des États-Unis. Ces déploiements suggèrent que des forces sont prépositionnées pour une action potentielle.

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Le basculement de l’Amérique latine vers la droite est en phase avec la stratégie sécuritaire de Trump


Par M.K. Bhadrakumar – Le décembre 2025 – Indian punchline

En liesse, quand la nouvelle lui est parvenue que le candidat conservateur, José Antonio Kast, était sorti victorieux de l’élection présidentielle chilienne, le président de droite argentin, Javier Milei, a posté une carte de l’Amérique du Sud sur X dimanche soir avec la moitié supérieure colorée en rouge et la moitié inférieure en bleu conservateur. Milei l’a sous-titré avec vantardise, « LA GAUCHE RECULE, LA LIBERTÉ AVANCE« . 

Kast a remporté une victoire écrasante, à 58% contre 42% sur son adversaire communiste Jeannette Jara. En effet, la liste des dirigeants favorables aux États-Unis s’allonge régulièrement en Amérique latine à un moment où le président Donald Trump a fait de la région une priorité absolue dans son récent document de Stratégie de sécurité nationale des États-Unis.

La victoire électorale de Kast ne reflète pas fidèlement sa popularité puisque l’élection de dimanche était un second tour au cours duquel il avait réussi à rallier l’éventail des forces de droite chiliennes. Il était arrivé deuxième au premier tour en obtenant 24%, derrière Jara qui était la favorite avec 27%.

Mais cela n’enlève rien au message que transmettent, ces derniers temps, les nombreux virages à droite de la politique dans l’hémisphère occidental. Élection après élection, l’Amérique latine semble produire des gagnants de droite, et pas avec de petites marges.

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