Le déplacement des plaques tectoniques géopolitiques éloigne les États-Unis du centre de l’action

Wayne Madsen

Wayne Madsen

Par Wayne Madsen – Le 16 mars 2015 – Source strategic-culture

L’échec de l’administration Obama à purger ses rangs des néoconservateurs nostalgiques intégrés dans l’administration précédente, celle de Bush, a conduit à des changements géopolitiques éloignant les grandes nations et les alliances régionales des États-Unis.

La présence et les politiques adoptées par des néoconservateurs comme la secrétaire d’État adjointe aux affaires européennes et asiatiques, Victoria Nuland, et son homologue pour l’hémisphère occidental, Roberta Jacobson, ont beaucoup éloigné des États-Unis l’Amérique latine, des nations européennes comme l’Allemagne et la France, provoquant un réalignement international majeur dans le monde entier.

Tom Cotton, le sénateur US à l’initiative de la lettre des 47 néocons opposés à l’accord avec l’Iran

Et ce n’est pas seulement au sein de l’administration Obama que les néoconservateurs ont causé des dommages à l’image des États-Unis. Il est inhabituel que les dirigeants iraniens et allemands s’accordent pour critiquer la politique étrangère états-unienne. Pourtant, c’est exactement ce qui s’est passé lorsque, peu après que l’ayatollah iranien Ali Khamenei a accusé les États-Unis de sabotage après avoir transmis à l’Iran une lettre signée par 47 sénateurs républicains néocons. La lettre garantissait l’abrogation immédiate par les États-Unis de tout accord P5+1 sur le programme nucléaire iranien dès la fin du mandat d’Obama. Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a rejoint Khamenei en reprochant aux sénateurs états-uniens d’avoir envoyé cette lettre. Les remarques de Steinmeier ont été reprises à Paris par des responsables importants du gouvernement français.

L’irritation de Berlin et de Paris à l’égard de Washington ne se limite pas seulement à l’initiative envers l’Iran. Les Allemands et les Français, tout comme les Italiens, sont de plus en plus alarmés par l’attitude américaine envers la Russie à propos de l’Ukraine et d’autres questions. Peut-être que la vieille Europe (les premiers membres de l’Otan en Europe de l’Ouest) désignée ainsi par l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld est en train de décider que son avenir ne se trouve pas dans un partenariat transatlantique hautain exclusivement à sens unique, avec Washington qui dicte les conditions des alliances, mais dans des ententes multilatérales de nature eurasienne [respectueuse des souverainetés, NdT].

Bien que l’administration Obama accorde beaucoup d’importance à son pivot vers l’Asie, c’est l’Asie qui pivote vers l’Europe et, par conséquent, neutralise Washington dans une de ses sphères d’influence historiques. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), considérée comme une rivale de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan), a officiellement entériné l’initiative économique de la Route de la soie, qui promeut le développement de nouvelles routes commerciales, par terre, par rail et par mer, de l’Asie vers l’Europe.

La Russie a reçu la garantie de la Chine que Beijing soutiendrait la pleine adhésion de l’Inde dans l’OCS. Pour équilibrer l’entrée de Dehli, il y a aussi un soutien pour étendre la pleine adhésion dans l’OCS au Pakistan, allié de longue date de la Chine. Si l’adhésion à l’OCS de l’Inde et du Pakistan peut servir à quelque chose, c’est de facteur modérateur dans leurs relations mutuelles, d’autant que le leadership de l’Otan a souvent pesé sur les tensions entre ses membres, la Grèce et la Turquie. Une OCS élargie, avec la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Inde et le Pakistan, peut faire beaucoup pour stopper la poussée de l’Otan vers l’Est, ainsi que de futurs plans de changement de régimes par des révolutions de couleur à l’est de l’Oural.

La promesse du Premier ministre indien de rejoindre l’OCS est renforcée par son désir de mettre sur pied une Association régionale pour l’océan Indien [Indian Ocean Regional Association (IORA)] qui inclurait l’Inde, l’île Maurice, les Maldives, le Sri Lanka, les Seychelles et d’autres pays de cette région maritime. Modi a émis ce désir lors d’une récente visite à l’île Maurice. La création d’une mini-OCS dans l’océan Indien sous l’acronyme SAGAR – Security and Growth for All in the Region [Sécurité et croissance pour tous dans la région, NdT] sera un défi direct à Washington et à l’Otan, qui voient l’océan Indien comme un terrain de jeu pour leurs activités militaires, celles-ci principalement ancrées sur la base militaire états-unienne de Diego Garcia et des bases plus petites à Oman et Djibouti, ainsi qu’une future base aérienne sur les îles australiennes Cocos (anciennement îles Keeling).

L’Asie constitue aussi un défi pour les États-Unis sur le front financier international. La décision du Royaume-Uni d’être le premier pays du G7 à rejoindre la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) d’initiative chinoise, une concurrente de la Banque asiatique de développement dirigée par les États-Unis et le Japon sous l’égide de la Banque mondiale basée à Washington, a eu pour résultat un échange hostile entre Londres et Washington. Il était reproché que la décision britannique menaçait la relation spéciale anglo-américaine. L’Allemagne [et la France, NdT] pourraient suivre la Grande-Bretagne et rejoindre l’AIIB.

La Chine n’a pas caché le fait que l’AIIB, qui compte actuellement 21 membres, allait travailler aux côtés de la Banque de développement des BRICS, un effort conjoint entre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud pour créer une alternative à la Banque mondiale et au Fond monétaire international (FMI) de Washington, sous la coupe des États-Unis.

Le différend entre l’Occident et la Russie à propos de l’Ukraine a débouché sur les sanctions des faucons de Washington dont la finalité est d’expulser la Russie du réseau international de transactions financières électroniques SWIFT [Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications]. Couper les liens entre ROSSWIFT, le sous-réseau SWIFT russe, et SWIFT aurait des conséquences graves pour les économies européennes, qui dépendent du commerce avec la Russie. Par conséquent, cela n’a pas été une surprise quand SWIFT a annoncé qu’un Russe pourrait siéger dans son conseil d’administration. La décision était un autre signe du malaise croissant des Européens à propos des sanctions du trio à Washington, composé du directeur du Service de contrôle des actifs étrangers du Trésor (OFAC), Adam Szubin; par Jennifer Shasky Clavery, directrice du Réseau de lutte contre la criminalité financière [Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN)]; et, jusqu’à sa nomination comme directeur de l’Agence centrale de renseignements [Central Intelligence Agency (CIA)], David S. Cohen, le secrétaire adjoint du Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier [Secretary for Terrorism and Financial Intelligence].

Ce trio, avec les néoconservateurs dans la hiérarchie du département d’État, a aussi irrité l’Amérique latine avec ses tactiques agressives de guerre économique contre le Venezuela. Le 12 mars 2015, l’administration Obama a imposé le même type de sanctions au Venezuela, qui comprennent l’interdiction d’entrée aux État-Unis d’officiels vénézuéliens et le gel de leurs actifs, comme celles qu’il avait imposées aux responsables de la République russe autonome de Crimée, des Républiques ukrainiennes orientales de Lugansk et de Donetsk, et de la Russie elle-même.

Obama a aussi déclaré que le Venezuela était  une menace extraordinaire pour la sécurité nationale des États-Unis. Toutes les organisations d’Amérique latine, de la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (CELAC) et de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), jusqu’à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ainsi que le secrétaire général de l’Organisation des États américains José Miguel Insulza ont immédiatement condamné les actes de Washington. Non seulement Washington est resté sourd à leurs protestations, mais il a aggravé la situation en révoquant le visa états-unien du Premier ministre de Saint-Christophe-et-Niévès, Denzil Douglas, comme avertissement de ce qui pourrait arriver à tout dirigeant caribéen qui, comme Douglas, pousserait leur nation à adhérer au bloc de l’ALBA, une création de l’ancien président du Venezuela Hugo Chavez.

Le souci de Washington à l’égard des petites nations n’a pas cessé avec Saint-Christophe-et-Niévès. Les sanctions des faucons à Washington choisissent aussi de prendre des mesures contre la Banque privée d’Andorre [Banca Privada d’Andorra (BPA)], une banque privée dans la petite principauté d’Andorre, nichée dans les Pyrénées. La banque a été accusée de blanchir de l’argent pour la société Petróleos de Venezuela (Pdvsa), la compagnie pétrolière propriété de l’État du Venezuela.

Les nations autour du globe deviennent aussi plus méfiantes à l’égard des efforts de l’administration Obama pour favoriser et soutenir les prétendues révolutions à thème ou colorées partout dans le monde. L’échec des opérations de George Soros/Victoria Nuland pour faire quitter le pouvoir au Premier ministre Nikola Gruevski à Skopje par un coup d’État anti-constitutionnel dirigé par l’Union européenne et le remplacer par un militant pro-US, Zoran Zaev, membre du parti social-démocrate financé par Soros, a été un échec cuisant pour les ingénieurs de la démocratie du Département d’État, de la CIA et de l’Institut pour une société ouverte [Open Society Institute (OSI)] de Soros, ce dernier étant une CIA virtuelle privatisée.

La persistance au pouvoir du président Nicolas Maduro au Venezuela a provoqué la colère d’un officiel du Secrétariat d’État, Jacobson, un diplomate indélicat pétri dans le moule de la vulgaire Nuland. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Delcy Rodriguez a récemment dit que Jacobson était irritable et mal élevé, comme en témoigne sa manière de marcher et de mâchouiller. Rodriguez a dit qu’on doit avoir des bonnes manières lorsqu’on discute avec des peuples et des pays. Le manque de correction de Jacobson va bien avec Nuland, dont on se souvient qu’elle a dit à l’ambassadeur états-unien à Kiev «Fuck the EU» et qu’elle a traité la réticence allemande à renforcer les sanctions contre la Russie comme «les conneries de Moscou». L’administration Obama a vu les relations des États-Unis avec l’Amérique latine et l’Europe plonger largement comme un résultat des manières de harengères grossières des deux diplomates féminines importantes qui ont été placées à ces hauts postes par Hillary Clinton quand elle était Secrétaire d’État.

Pendant ce temps, les changements géopolitiques des nations et des alliances continuent à bénéficier à ceux qui décident de limiter le trafic d’influence de Washington. Ce message devient clair pour les nations qui voient une amélioration de leur sort à coopérer à des projets non états-uniens, depuis l’oléoduc Balkans Stream et l’initiative de la Route de la Soie jusqu’à l’ALBA et à la IORA [Indian Ocean Rim Association]. La marque Amérique a perdu de sa superbe sur la scène mondiale.

Wayne Madsen

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

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Tariq Ali: Le temps est venu pour une révolution de palais

Par Chris Hedges – Le 11 mars 2015 – Source vineyardsaker

Tariq Ali

Tariq Ali

Tariq Ali appartient à la famille royale de la gauche. Ses plus de vingt ouvrages de politique et d’histoire, ses sept romans, ses scénarios et pièces de théâtre et ses articles dans le Black Dwarf, la New Left Review et d’autres publications ont fait de lui l’un des critiques les plus virulents du capitalisme de marché. Il lance ses foudres rhétoriques et ses critiques torrides sur les spéculateurs obséquieux et les oligarques des multinationales qui manipulent la finance mondiale et les idiots utiles dans la presse, le système politique et l’université qui les soutiennent. L’histoire de la fin du XXe et du début du XXIe siècles a prouvé qu’Ali, un intellectuel formé à Oxford et longtemps mouche du coche, une fois candidat trotskyste au Parlement britannique, est superbement prophétique.

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Russie et islam, Acte VII: les échappatoires de M. Météo

Par le Saker original – Le 20 mars 2013 – Source vineyardsaker

PREMIÈRE PARTIE – INTRODUCTION ET DÉFINITIONS.
SECONDE PARTIE  – LE CHRISTIANISME ORTHODOXE
TROISIÈME PARTIE – LA RUSSIE ACTUELLE
QUATRIÈME PARTIE – LA MENACE ISLAMIQUE
CINQUIÈME PARTIE – L’ISLAM, UN ALLIÉ
SIXIÈME PARTIE      – LE KREMLIN

Au cours de cette triste période où j’ai travaillé comme analyste [dans les services de renseignements US, Note du Saker Fr] pour gagner ma vie, j’ai eu un patron qui insistait toujours pour que je lui fournisse plusieurs scénarios possibles. Il voulait que je lui dise : «Il pourrait se passer X ou Y, mais si cela ne se produit pas alors la scène probable sera Z.» Dans son esprit, les analyses réalisées par notre service ne pourraient jamais être erronées si l’on tenait compte de toutes les possibilités, et ses supérieurs ne pourraient que le considérer compétent et méthodique. J’ai toujours détesté cette façon de voir les choses.

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L’Empire du Chaos s’installe en Europe
L’ État islamique en Ukraine

Justin Raimondo

Justin Raimondo

Par Justin Raimondo – Le 6 mars 2015 – Source Antiwar.com 

Kiev et les djihadistes: une sombre alliance

Alors que nous combattons l’État islamique, l’EI, alias ISIS, en Irak et en Syrie, et que les responsables américains soulignent le prétendu danger d’une attaque sur le territoire américain, Washington et le Califat se battent du même côté en Ukraine. Dans une remarquable série d’articles dans l’Intercept, Marcin Mamon s’est penché sur un aspect du conflit en Ukraine auquel personne d’autre n’a fait attention: le rôle joué par le Bataillon Doudaïev, «une force de combat des islamistes radicaux composée de Tchétchènes, mais incluant également des combattants de tout le Caucase ainsi que quelques Ukrainiens».

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Ukraine:
La démocratie de la baston
Les néo-nazis s’entre-dévorent

Par Le Saker original – le 8 mars 2015 – Source thesaker.is

Mon monstre favori à Kiev est l’infâme Oleg Liashko, qui amuse le monde toutes les semaines avec un nouveau scandale. Le dernier en date est un combat avec Sergei Melnichuk, le chef de l’escadron de la mort Aïdar. Sachant que Liashko a été élu grâce au prétendu soutien des membres d’Aïdar, il est assez cocasse de voir les deux hommes s’accuser mutuellement de trahison. Jugez par vous-même
sur la vidéo (sous-titres anglais [mais l’ambiance vaut le coup d’oeil, NdT]).

https://www.youtube.com/watch?v=iPSHIBdskfE

Bien sûr, l’importance de cette dernière confrontation entre les monstres réside dans le fait de la crise bien réelle à Kiev et dans le spectacle des nazis qui s’entre-déchirent en s’accusant mutuellement d’être des agents de Moscou. Que la paranoïa concernant les agents russes soit partout est aussi une bonne nouvelle car elle crée une atmosphère de panique, de suspicion, et ce chaos va certainement contribuer à la chute du régime actuel.

Sergei Melnichuk

Hélas, la question est de savoir si le prochain régime au pouvoir sera meilleur ou pire. Mon sentiment personnel est que ce sera encore pire ou que, à tout le moins, la toxicité sera plus visible. Pourtant, ce processus est probablement une fatalité historique et, selon l’expression consacrée, l’Ukraine devra toucher le fond pour se ressaisir à nouveau.

The Saker

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Y aurait-il une once de vérité dans la propagande ethnique ukrainienne?

Par Le Saker original – Le 6 mars 2015 – Source thesaker.is 

Nous avons tous entendu la position nationaliste ukrainienne: il sont les véritables héritiers slaves des Rus’ de Kiev alors que les Russes modernes sont en réalité soit des Tatars soit des Finno-ougriens, ou Dieu sait quoi d’autre. Et il y a ensuite cette fameuse citation de Napoléon, je crois, qui a dit : « Grattez le Russe et vous trouverez le Tatar ».

Ce qui nous intéresse ici, c’est qu’il pourrait bien y avoir un peu de vérité là-dedans, et pas seulement un grain.

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un Tatar? Bon, à l’époque moderne, un Tatar est une catégorie bien définie, à la fois d’un point de vue historique et du point de vue moderne (voir la fiche Wikipédia Tatar). Le problème est ce qui manque à ces définitions, à savoir l’ancien usage de ce mot. Même de nos jours, les différentes personnes qualifiées de « Tatars » ont très peu en commun. Elles ont encore moins en commun avec les Mongols modernes. Donc pourquoi les livres russes parlent-ils d’un joug tatar-mongol? Qui étaient ces Tatars-Mongols, en réalité?

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La théorie de l’échec – par Orlov

Par Philippe Grasset – Le 6 mars 2015 – Source dedefensa.org

Préambule

Philippe Grasset analyse en détail un texte d’Orlov en le connectant à ses propres intuitions, bien connues de ceux qui suivent depuis longtemps l’évolution de ses conceptions méta-historiques. Le côté décalé et paradoxal de l’approche d’Orlov, persifleur comme dirait Philippe Grasset, ne doit pas masquer le fait, par ailleurs relevé par un lecteur dans un commentaire de son article sur dedefensa.org , que la conduite par les Américains des affaires de la planète n’est pas un échec pour tout le monde. La théorie du chaos pour les 99% et des intérêts pour le 1% restant n’étant finalement que les deux faces de la même pièce de monnaie.

Le commentaire en question

Echec de qui, de quoi ?
Frédéric GUILLIEN 06/03/2015

Quand on consulte l'évolution des transnationales et de leurs pouvoirs, on ne peut que constater que la politique système est un énorme succès. Y compris quand une campagne militaire comme l'Irak ou l'Afghanistan se termine en fiasco géopolitique (et encore, est-ce tant un fiasco que cela ? Le chaos est-il tant un fiasco que cela ? il permet de justifier d'autres ponctions sur le grand nombre, au nom de la lutte contre le chaos...)

Le Saker Francophone

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Entre les US et la Russie
La dissonance cognitive de la position de l’Union européenne

Par Mikhail Khazin – Le 5 mars 2015 – Source thesaker.is

Les problèmes avec l’idéologie de base de l’Union européenne impliquent bien sûr, au premier chef, la position de l’Allemagne. Pour voir avec la plus grande clarté, nous devons nous rappeler que dans le mantra [leitmotiv incantatoire] des partisans du libéralisme occidental, qu’ils soient de l’Union européenne, des États-Unis ou du cru [russe], l’objectif principal de l’Occident par rapport à la Russie est d’expliquer que l’adoption de valeurs libérales fondamentales conduiront inévitablement à une économie florissante et au bonheur de tous. Si nous faisons la moindre tentative de fourrer le nez dans les résultats réels, ils expliquent que nous, nous faisons tout mal; et que, plus spécifiquement, nous avons créé la corruption sur une vaste échelle.

Je vais laisser de côté le fait que les consultants occidentaux qui nous ont bourré le crâne avec leurs valeurs libérales étaient eux-mêmes une source de corruption. Ce n’est un secret pour personne que beaucoup d’entre eux, personnes physiques ou morales, ont rempli leur tiroir-caisse pendant le processus de privatisation. Ce n’est pas un secret non plus que ces privatisations étaient un processus entièrement criminel qui a non seulement créé une immense cohorte de fonctionnaires corrompus, mais a aussi empêché complètement le développement normal des petites et moyennes entreprises. Lorsque le processus de privatisation a été terminé, les corrupteurs libéraux se sont transformés en sicaires des multinationales, détruisant les entreprises qui se sont développées en dehors de leur contrôle.

Vous n’avez qu’à regarder la formulation des lois sur la faillite, les décisions des tribunaux, et ainsi de suite. Cette situation est le résultat de la privatisation, et tant que ce résultat n’est pas condamné et remis en cause, il sera très naïf de s’attendre à voir le pays connaître une croissance constructive quelconque. Les gens qui ont volé des millions sinon des milliards ne permettront jamais un environnement normal des affaires, parce qu’ils ne peuvent pas fonctionner dans des conditions normales de concurrence; la majorité d’entre eux doivent leur existence au vol dans les caisses de l’État ou à l’appui du gouvernement.

Mais revenons au sujet principal. Les gens qui gouvernent aujourd’hui notre pays, toute notre élite qui a été formée à partir de la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, épousent l’idéologie libérale. Ils sont sincèrement prêts à défendre le droit sacré à la propriété privée et à prendre leurs ordres de Washington. Ils ne veulent tout simplement pas prendre des risques ni partager le pouvoir dans notre pays.

Washington tolère souvent de telles situations. Les anciennes dictatures d’Amérique latine et la monarchie saoudienne ne peuvent pas être appelés des bastions de la démocratie et de la liberté. Et Israël, le chouchou des États-Unis est loin d’être un ange. Mais avec la Russie, quelque chose s’est mal passé. Ce qui est arrivé ici est complexe et peut être discuté longuement. Il est possible que les efforts d’un quart de siècle pour inculquer aux gens les valeurs libérales ont échoué, et Washington a décidé qu’au début de la crise mondiale la politique de libéralisation devait être intensifiée. Mais l’élite russe a résisté, craignant une véritable agitation populaire. Malgré cela, les États-Unis ont continué.

Bien sûr, cette situation ne convenait pas à l’Union européenne; ce n’était ni du goût de Bruxelles, ni de celui de Berlin, qui faisaient beaucoup d’affaires avec Moscou et ont été fermement convaincus que tôt ou tard ils en récolteraient les fruits. Et l’Ukraine était dans leurs plans. Mais l’idée générale que le centre du pouvoir pour l’Europe orientale ne devait pas être à Moscou, mais à Washington, n’a pas été envisagée. Et ici se trouvent les problèmes.

Moscou a posé, à plusieurs reprises, la même question: si votre objectif est d’inculquer certaines valeurs en nous, et si nous sommes prêts à les accepter, pourquoi voulez-vous éloigner l’Ukraine de la Russie? En effet, on a travaillé avec l’Europe de l’Est, aidés par Gorbatchev. Mais c’était une période de peur car on craignait que soudainement de vrais patriotes arrivent au pouvoir dans la Fédération de Russie ou ailleurs? Mais, maintenant, où est le problème? Même aux États-Unis, il y a des politiciens qui comprennent ceci: http://worldcrisis.ru/crisis/1828187 [en russe seulement].

Mais aujourd’hui, une telle question ne compte pas pour les États-Unis, qui ont une politique purement impériale et ne participent pas à ces discussions – [Jennifer] Psaki étant un bel exemple. Ils doivent mentir sur les faits? Alors ils mentent. Ils doivent répondre par le silence à une question délicate? Alors ils se taisent. Et rien ne peut être fait à ce sujet, parce que personne ne peut punir les États-Unis – pour l’instant. Mais à mon avis, une telle position va se retourner contre eux assez rapidement. Et la situation soulève des questions à Berlin et Bruxelles.

Ils se sont mis dans la tête d’amener l’Ukraine dans leur propre sphère d’influence (américaine, plus précisément). Je ne vais même pas discuter pourquoi; le fait est évident. Ils ne peuvent pas se permettre d’ignorer diverses questions et des faits désagréables, de sorte qu’ils doivent s’engager dans la discussion. La même question se pose en permanence, en différentes versions et interprétations: «Pourquoi ne voulez-vous pas que l’Ukraine se rapproche de l’UE avec la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan?» Dès que cette question revient, le représentant allemand/UE panique.

Bon, ils ne peuvent pas vraiment dire la vérité: en soutenant liberté et démocratie, nous reconnaissons que les États-Unis peuvent violer ces valeurs quand et où il veulent. Mais les États-Unis veulent arracher l’Ukraine à la Russie (parce que [Zbigniew] Brzezinski l’a dit, et que c’est une raison comme une autre), et nous devons l’aider, même si nous comprenons que cela menace les valeurs tant ressassées. Nous acceptons que la politique américaine soit fondée uniquement sur ses intérêts impériaux, et qu’elle crache sur la liberté et   la démocratie (je ne vais pas rappeler les conversations infâmes de [Victoria] Nuland, l’ingérence dans le décompte des voix lors de l’élection en Ukraine et ainsi de suite parce que cela a déjà tellement été dit). Nous reconnaissons que nous ne nous opposerons jamais à la position américaine et nous ne laisserons personne imaginer de pouvoir le faire. Tant que cela nous convient, bien sûr.

En conséquence, Berlin/ UE est dans une position extrêmement faible. Ils imposent la servitude à l’Ukraine avec un accord qui détruit complètement son économie, ils soutiennent le coup d’État, ils permettent à une faction pro-américaine en Ukraine de truquer grossièrement et cyniquement les élections. Et après tout cela, leur discours sur la liberté et la démocratie apparaît hautement suspect, non seulement à Moscou, mais aussi dans d’autres villes et pays. Que peuvent-ils faire dans une telle situation?

Continuer à parler de liberté et démocratie? Pour les personnes qui peuvent voir comment ils attirent l’Ukraine vers la liberté, l’organisation d’escadrons de la mort, les bombardements des quartiers résidentiels avec des armes de gros calibre et l’interdiction à  leurs concitoyens de donner leur opinion (si ça vous passionne, vous pouvez lire la façon définitive dont les bataillons du Secteur Droit se comportent dans le Donbass et dans les territoires qu’ils occupent). Je ne dirai rien du tout sur l’économie.

Dire la vérité? Mais alors il y aurait le danger que le pouvoir de l’opposition anti-élite, qui (sauf en Hongrie et en Grèce) commence juste à faire sentir sa présence dans l’UE, augmente considérablement. Si l’élite actuelle perd le contrôle sur les budgets et les devises, ils peuvent perdre à jamais le pouvoir. Et cette perspective est extrêmement désagréable pour eux.

Vous voulez une sorte de scénario extravagant? Par exemple, si les néo-nazis arrivent au pouvoir en Allemagne, ils vont s’entendre à merveille avec le Secteur Droit en Ukraine. Mais eux non plus ne s’accorderont pas avec l’élite pro-américaine actuelle, dont ils n’auront plus besoin.

En général, Merkel & Co ont de graves problèmes. Si l’économie était encore forte, il serait possible, comme toujours, de coller du papier peint sur les fissures et les absurdités de la version officielle avec des perfusions d’argent. Mais qu’est ce qui peut être fait dans la situation actuelle? Il n’y a pas de bonne réponse. Merkel continue ses efforts pour arrêter ce qui est clairement une guerre et pour persuader les États-Unis de se calmer, même si ce n’est que pour un temps. Mais c’est en vain parce que les États-Unis ont en fait déjà perdu la guerre, et leur arrogance impériale ne permettra pas que ça s’arrête, surtout avec une élection à portée de main. Parler de liberté et de démocratie est de plus en plus irritant, même au sein de l’UE. Merkel ne peut pas non plus  faire pression sur les États-Unis pour obtenir de l’argent. Je ne vais même pas parler de Bruxelles.

En général, il y a une seule chose que nous pouvons dire: si la base idéologique de l’Union européenne, une entité gouvernementale complexe, est construite sur une contradiction aussi sinistre, comme on le voit à l’évidence, alors ses jours sont comptés. Et rien ne peut être fait à ce sujet.

Traduit du russe par Robin  – Source russe worldcrisis.ru

Traduit de l’anglais par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone.

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Novorussie SITREP du 4 mars 2015

Par Le Saker original –  Le 6 mars 2015 – Source thesaker.is

Aujourd’hui la situation en Ukraine est trompeusement calme. Si les Novorusses ont achevé le retrait de leurs armes lourdes, les forces de la junte en sont loin; elles en ont retiré quelques-unes, mais pour le reste il s’agit plus d’une relocalisation ou d’une rotation que d’un retrait. L’OSCE le sait très bien, mais il n’y a rien qu’ils puissent faire. En outre, il y a eu une avalanche de contacts dans les coulisses entre Hollande, Merkel, Poutine et Porochenko, et entre Kerry et Lavrov, mais rien de substantiel n’a été révélé, du moins pas pour le grand public. Il est difficile pour moi de croire que la junte prépare une offensive de printemps après avoir reçu une telle raclée l’été dernier et cet hiver, mais cela soulève la question de ce qui est vraiment le pire pour les monstres au pouvoir à Kiev, une défaite militaire ou une paix qui les laisse face à face avec une population extrêmement insatisfaite.

Parlant de l’offensive d’hiver, Oncle Martin a publié une traduction en anglais de l’analyse détaillée du colonel CASSAD au sujet de ce qui est arrivé près de Donetsk et Debaltsevo et il montre que les choses n’étaient pas l’image parfaite que certains pouvaient supposer. Lisez l’article ici (en anglais), c’est une lecture très intéressante: La bataille pour Debalcevo, Résultats.

En attendant, dans la partie de l’Ukraine contrôlée par la junte, la persécution de la population orthodoxe par des voyous uniates se poursuit sans relâche. Les militants des droits humains de Kiev ont rapporté que les chrétiens orthodoxes ont été agressés et menacés dans leur église au cours d’une cérémonie religieuse.

Les dirigeants américains et européens ont déclaré qu’ils se penchent sur de nouvelles sanctions contre la Russie au cas où l’accord de Minsk-2 échouerait en Novorussie. Apparemment, ils supposent que cela ne pourrait se produire que par la faute des Novorusses et de la Russie. Dans l’intervalle, les noms de domaine Internet enregistrés en Crimée sont retirés par l’ICANN (voir ici pour plus de détails).

Conclusion: la situation semble calme, mais comme rien n’a vraiment changé, ce calme est probablement temporaire, au mieux.

Le Saker

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Washington force le bouledogue britannique à marcher au pied

Finian Cunningham

Finian Cunningham

Par Finian Cunnigham – Le 4 mars 2015 – Source strategic-culture

 

 

Dans une démonstration éhontée de remise au pas de leur relation spéciale, les politiciens américains et les chefs du Pentagone sont en train de réprimander ouvertement le gouvernement britannique pour qu’il maintienne ses énormes dépenses militaires dans l’Alliance atlantique (OTAN) – éventuellement au détriment de services publics déjà en déliquescence dans une Grande-Bretagne assommée par l’austérité. L’injonction de Washington soulève de sérieuses questions sur la nature de la démocratie en Grande-Bretagne – l’auto-proclamée mère de tous les parlements.

Les allégations farfelues sur l’agression russe et les sinistres ambitions mondiales de Vladimir Poutine ont été invoquées pour justifier ce qui est par ailleurs une extraordinaire violation des droits démocratiques de la Grande-Bretagne par les États-Unis.

L’intrusion américaine dans les affaires britanniques s’inscrit dans la course électorale parlementaire de mai prochain, lorsque cinq années d’implacable austérité économique sous la coalition libérale-conservatrice au pouvoir seront soumises au test électoral. Le dirigeant conservateur (Tory) et Premier ministre David Cameron est mis sous pression par la population pour qu’il préserve les budgets de l’éducation et de la santé, pendant que les dépenses militaires, surdimensionnées pour le pays, sont pointées comme le secteur qui devrait procéder aux nécessaires coupes budgétaires. Continuer la lecture →