Pourquoi les États-Unis tentent-ils de remplacer le gouvernement Assad par al-Qaïda en Syrie ?

«Dans le cas de la Syrie, notre opposition au gouvernement Assad est tellement obstinée que nous serions apparemment prêts à défaire un gouvernement qui n’est pas notre ennemi afin de le remplacer par un autre qui l’est.»

Paul Larudee

Par Paul Larudee – Le 26 mai 2015 – Source veteransnewsnow

 

 

 

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Cannes 2015 – La Loi du marché : la déshumanisation des travailleurs

Par Rosa Llorens – Le 28 mai 2015

C’est la bonne surprise qu’on attendait dans le cinéma français, un film de qualité (comme La Dilettante ou Quand la mer monte) qui émeut ou séduit et qui marche, sans grosse campagne publicitaire (avant d’être récompensé à Cannes, il avait déjà fait 200 000 entrées).

C’est aussi la grosse sensation  de la soirée du palmarès de Cannes, le seul moment d’émotion dans cette cérémonie léthargique ou grotesque, marquée par le long laïus lacrymatoire, façon valise en carton, d’Agnès Varda, le léchage de bottes indécent du représentant de l’Alena, le Mexicain Michel Franco qui lance aux Présidents Coen et Coen : «Vous êtes mes héros!», les courbettes tous azimuts du bouffon J. Audiard – et tous ces autres lauréats qui n’ont rien à dire (Ely Dagher, Prix du court métrage, s’acquitte de la corvée d’un simple : «C’est super!»). Seul le Prix de la mise en scène, le Taïwanais Hou Hsiao Hsen, fait entendre sa différence par un gag discret : «J’avais déjà eu un prix, mais je ne me rappelle plus lequel.»

L’annonce du Prix d’interprétation de Vincent Lindon a d’abord été saluée par une ovation (bien différente des applaudissements polis qu’on a souvent entendus), puis son discours a fait, enfin, entendre la voix d’un homme, d’une personnalité généreuse, qui partageait sa joie avec les autres (à la différence des narcissiques et arrogantes A. Varda et Emmanuelle Bercot) : oui, son prix a fait plaisir à tout le monde, et la sympathie qu’il a ainsi suscitée a rejailli sur le réalisateur Stéphane Brizé («Il est à moi – je vous le prêterai, mais il est à moi», autre déclaration attendrissante de Lindon, avec le désormais célèbre «Je n’avais jamais eu de prix.»).

Et, bien sûr, on avait terriblement envie de voir le film. Qu’en est-il donc? Est-ce Lindon qui met en valeur La Loi du marché? Ou le film qui met en valeur l’acteur? En fait, ils sont indissociables : le film lui-même est fort et émouvant, et on voit avec surprise un Lindon tout en intériorité, qui ne semble même pas jouer (à l’unisson des autres personnages, dont aucun n’est un professionnel). Brizé a réalisé un film rigoureux comme une démonstration, mais plein d’humanité, en vingt séquences (à peu près), qui se succèdent de façon sèche, sans amabilité, pourrait-on dire pour reprendre la séquence du débriefing d’entretien de Thierry, et qui sont autant de pas dans l’itinéraire du héros.

Film réaliste, aux allures de documentaire, il échappe à toute faute de tact, à toute invraisemblance : comme Ken Loach, Brizé ne pense pas que, pour être réaliste, il faut forcer sur la noirceur (contrairement au film Jamais de la vie, de P. Jolivet, où le héros gardien de nuit est radicalement seul, nanti seulement d’une sœur qui est une vraie pute, et qui raille cruellement son action de syndicaliste). Thierry, lui, a une femme avec qui il forme un couple parfaitement solidaire ; certes leur fils est handicapé, il a du mal à articuler, mais il est intelligent, il passe son bac et va faire des études de biologie (il y a même dans le film un moment de bonheur sans mélange : la leçon de danse du couple).

Matériellement aussi, tout est crédible, de la cuisine Ikéa (on voit trop de cuisines de luxe au cinéma) aux costumes, qui méritent une mention spéciale, par leur souci d’exactitude balzacienne : ils permettent de hiérarchiser tout de suite le gérant du magasin, avec son costume qui fait des poches, et le représentant de la direction, au costume impeccable ; ils font aussi une grande partie du pathétique, lors de la comparution du deuxième voleur, le petit vieux propre sur lui, qui essaie de garder sa dignité en soignant sa tenue, mais dont la cravate est tellement de mauvais goût.

Mais le plus important, c’est bien sûr le réalisme psychologique, l’évolution qui va amener Thierry à la décision finale : chaque séquence apporte son élément d’explication, de sorte que quand elle se produit (Thierry ne prononce pas un mot, il quitte discrètement l’image), on n’a  besoin d’aucun éclaircissement supplémentaire ; la fin est à la fois brutale et indiscutable. Car le film pose un problème, moral et social à la fois : jusqu’où peut-on aller pour trouver ou garder un emploi? Il rejoint ainsi K. Loach, dans A free world, ou La Part des anges, et les Dardenne, dans Deux jours, une nuit, film qui pourrait avoir pour titre Le Prix d’une femme, comme La Loi du marché a été traduit en anglais par The Measure for a man.

Le choix final de Thierry, entre les contraintes matérielles et la raison de bon sens d’un côté, et de l’autre la dignité personnelle et les relations avec les autres, peut soulever une question : ce film est-il le récit d’un échec? Pour Les Cahiers du cinéma, il montre l’engrenage d’un échec (mais les Cahiers éreintent tout film social). D’autres voient aussi chez Thierry du défaitisme ; quand son camarade syndicaliste propose de continuer le combat judiciaire contre l’entreprise qui les a licenciés, Thierry exprime son ras-le-bol : il est temps de tourner la page. Mais ce n’est pas une attitude négative, au contraire : il ne s’enferme pas dans les regrets et la hargne, et constate (sans théoriser) l’échec de l’action syndicale. Il y a longtemps que K. Loach avait fait le même constat à l’égard du Labour et des syndicats anglais (dès 1993, dans Raining Stones).

Pendant tout le film, Thierry fait donc face et, plusieurs fois, il montre qu’il a encore la force de dire non (ainsi quand la conseillère de sa banque lui suggère de vendre son appartement, fruit de toute une vie de travail et de couple). Son choix final est l’aboutissement de cette logique. Face à des conditions de travail révoltantes (il doit espionner ses collègues caissières et dénoncer leurs irrégularités), il dira encore non, et ce non est une affirmation morale : la vie et la dignité d’un homme, ou d’une femme, n’a pas de prix (on retrouve le thème de Deux Jours, une nuit, celui des 30 deniers de Judas, même si, ici, il n’y a pas de parabole religieuse affirmée).

Cette affirmation a mûri en particulier dans ces moments forts du film que sont les jugements des quatre délinquants dénoncés par Thierry et son collègue vigile. Le premier a un aspect comique : le chenapan qui a volé un chargeur pour son portable essaie d’abord de crâner, et puis il règle simplement le prix de l’article. Puis ils deviennent dramatiques, avec le papy qui a volé de la viande parce qu’il a épuisé l’argent du mois, puis les deux caissières qui ont mis de côté des bons de réduction : chaque fois, le coupable est filmé de face, sur un fond de mur blanc et nu, comme si on était au commissariat ou au tribunal (on pense à la séquence du procès, au début de La Part des anges, quand on juge une mère de famille qui a travaillé au noir pour arrondir ses allocations de chômage et pouvoir subvenir aux besoins de ses enfants). Cette stigmatisation de personnes adultes, humiliées et infantilisées pour un délit mineur («Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? C’est du démarquage»), par des gens sans aucune autorité morale ni légale, mais face auxquels elles sont totalement vulnérables puisqu’elles sont leurs employées, est observée par un Thierry silencieux, souvent filmé de dos ; mais le spectateur ressent tout ce qui se passe dans sa tête, il a honte avec lui, pour les coupables, et pour lui, obligé de participer à leur lynchage moral, qui aboutira, avec le suicide d’une caissière, à un véritable meurtre.

Mais Stéphane Brizé a fait dans son film un choix moral : en faisant le choix héroïque de la dignité et de la solidarité, Thierry rend justice à ces personnes laissées pour compte par la société néo-libérale, qui trouvent ainsi la considération qu’elles méritent (selon les paroles de Lindon dans son discours à Cannes), et permet au spectateur de repartir avec un sentiment d’espoir .

Rosa Llorens est normalienne, agrégée de lettres classiques et professeure de lettres en classe préparatoire.

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Santiago du Chili : la place financière du yuan en Amérique Latine

Les relations économiques entre la Chine et l'Amérique latine connaissent des tensions croissantes du fait de la déflation (baisse des prix) à l'échelle mondiale, l'Amérique latine souffre. En effet, l'essentiel de  ses exportations vers la Chine se concentre sur les matières premières. Toutefois, l'installation du premier centre financier du yuan en Amérique latine à Santiago du Chili, convenu lors de la visite du Premier ministre chinois, Li Keqiang, promet de déclencher une tornade d'investissements technologiques qui stimulera l'industrialisation périphérique et commencera à réduire la domination du dollar dans les pays du Cône Sud.

Ariel Noyola Rodríguez

Par Ariel Noyola Rodríguez – Le 28 mai 2015 – Source alainet.org

Au cours de sa visite au Brésil, en Colombie, au Pérou et au Chili, le Premier ministre Li Keqiang a monnayé l’influence de la Chine en Amérique latine grâce à la mise en œuvre de deux objectifs fondamentaux : la transformation de la carte économique de la région pour renforcer le rôle de l’Asie-Pacifique, et pousser le yuan sur le territoire sud-américain par l’établissement d’une plate-forme financière pour la négociation de la devise chinoise à Santiago du Chili.

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Les gens polis de Novorussie

Préambule

Le passage sur Saker Francophone Facebook porte ses fruits. De nombreux contacts viennent déjà enrichir notre lectorat avec, parmi eux, Erwan qui s'est manifesté dès le 1er jour. Nous publions aujourd'hui l'un de ses textes. 

Il combat dans le Donbass et côtoie donc la souffrance de cette population.

Le but n'est pas de faire l'apologie de la violence et de l'engagement guerrier, mais de proposer le témoignage d'un acteur de la lutte anti-Système, sa vision à la hauteur de son engagement. Les témoignages concrets sont toujours révélateurs d'une réalité que l'on perçoit forcément altérée derrière un écran.

Nous remplaçons les médias, défaillants dans leur vocation, pour faire connaître la vision des «autres», ignorés ou diabolisés par ces mêmes médias qui «tapinent pour le Système» et ce témoignage y contribue. Vous pouvez consulter d'autres informations et des SITREP sur son site http://alawata-rebellion.blogspot.fr.

En 2014, alors que l'Ukraine implosait sous le choc du Maïdan, les régions russophones du pays refusant légitimement le coup d'État inconstitutionnel orchestré par les USA faisaient appel au droit sacré des peuples à disposer d'eux mêmes pour se protéger de la folie fasciste  des nouveaux maîtres de Kiev. D'Odessa à Kharkov, l'inquiétude des populations stigmatisées par les putschistes se transforma rapidement en manifestations de  protestation puis en revendication fédéraliste...

La première région à basculer dans la rébellion fut la Crimée, protégée par la présence légale des Forces armées russes de la Flotte de la mer Noire basée dans la péninsule. Dès le référendum organisé et annoncé début mars 2014, les unités militaires russes se sont déployées dans la péninsule pour protéger la population et prévenir les réactions violentes d'une dictature ethnocentrée de plus en plus menaçante.

Le Saker Francophone

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Le système bancaire US est une bombe à retardement


Valentin Katasonov

Valentin Katasonov

Par Valentin Katasonov – Le 23 mai 2015 – Source Strategic Culture

Depuis 2009, toutes les grandes banques états-uniennes ont l’obligation de se soumettre à un examen nommé stress test. Le test vérifie la capacité des banques à résister aux changements des conditions économiques et financières. Dit simplement, il évalue la capacité des banques à survivre si l’Amérique était confrontée à une crise financière semblable à celle de 2007-2009.

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1945 – Opération Unthinkable, naissance de la Guerre Froide


Yuriy Rubtsov. Professeur à l’Université militaire du ministère russe de la Défense.

Par Yuriy Rubtsov – Le 25 mai 2015 – Source strategic-culture

À la fin de mai 1945, Josef Staline a ordonné au Marshall Georgy Zhukov de quitter l’Allemagne et de venir à Moscou. Il était préoccupé par les actions des alliés britanniques. Staline a déclaré que les forces soviétiques désarmaient les Allemands et les envoyaient dans les camps de prisonniers tandis que les Britanniques ne le faisaient pas. Au contraire, ils ont coopéré avec les troupes allemandes pour qu’elles maintiennent leurs capacités de combat.

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Discours du général Igor Sergun, chef du Service de renseignement russe, à propos du terrorisme


The Saker

The Saker

Par Le Saker original – Le 22 mai 2015 – Source thesaker.is

 

 

 

Préambule

Chers amis,

Je poste aujourd’hui le discours du colonel général Igor Sergun, chef du service principal des renseignements (GRU) des forces armées de Russie. Dire que cet homme, ou le GRU, sont discrets serait un euphémisme… Le GRU a pour habitude de ne jamais faire de déclaration publique; même pas la personne qui le dirige. Il est donc intéressant de voir qu’à l’une des rares occasions où le général Sergun accepte de s’exprimer en public, il choisisse de mettre l’accent sur les risques de l’extrémisme soi-disant islamique et que dans cette courte déclaration il fasse quatre références au fait que ces terroristes islamiques sont, à l’origine, une création de l’Occident. On pourrait être tenté de rétorquer «Rien de nouveau là-dedans, on sait déjà tout cela», mais ce serait manquer le point important qui nous dit que le renseignement militaire russe déclare ouvertement que le soi-disant terrorisme islamique n’est pas un phénomène indigène spontané mais un instrument dans la boite à outils de l’impérialisme occidental, outil utilisé pour déstabiliser les pays qui osent s’opposer à l’hégémonie mondiale de l’empire anglosioniste.

The Saker

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La vérité sur le pacte de non-agression germano-soviétique

«...Les Occidentaux, qui sont donc extrêmement sensibles aux actions russes, réelles ou imaginaires, sont toujours aveugles à l'effet de leurs actions sur la Russie. Cela s'est vérifié au cours des dernières années par la méconnaissance de la réaction de la Russie à l'expansion de l'Otan et à la politique occidentale en Ukraine et en Géorgie. C'était également vrai en 1939...»
Alexander Mercouris

Alexander Mercouris

Par Alexander Mercouris -Le 12 mai 2015 – Source Russia Insider

Dans aucune partie de son texte, le Protocole secret signé en marge du pacte germano-soviétique le 23 août 1939 n’a assigné les territoires polonais ou baltes à l’URSS ou à l’Allemagne nazie

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Le faux califat : l’atout stratégique des USA


Pepe Escobar

Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – 26 mai 2015 – Source : Sputnik News

Le monde civilisé verse d’immenses larmes de crocodile devant la prise de la perle du désert de l’ancienne Route de la Soie, Palmyre, par EIIS/EIIL/Da’ech.

Et pourtant… Ni le président des USA, Barack Obama, ni les 22 pays vassaux armés jusqu’aux dents faisant théoriquement partie de sa coalition de volontaires n’ont envoyé le moindre drone équipé de missiles Hellfire contre les brutes drapées de noir du faux califat.

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