Comment couler un porte-avion de la Marine US


La Chine se tourne vers la France pour y pêcher des idées.

La révélation qu’un groupe de porte-avions de l’US Navy pourrait être très vulnérable à un sous-marin nucléaire n’a pas fait la une des grands médias… Cependant la presse chinoise de la Défense n’a pas laissé passer grand chose.


Par Lyle J. Goldstein – Le 13 décembre 2015 – Source The National Interest

Au début de 2015, un article étrange et inquiétant a émergé brièvement puis a disparu – presque sans laisser de trace. L’article, apparemment rapidement retiré après publication, avait été diffusé par le ministère français de la Défense et concernait les opérations réussies du sous-marin nucléaire français Safir dans un exercice l’opposant au groupement tactique du porte-avion de la Marine américaine, le Theodore Roosevelt. Le contenu quelque peu choquant de l’article – que le sous-marins français avait réussi à couler «la moitié du groupement tactique» au cours de l’exercice – peut expliquer sa suppression rapide sur internet. Après tout, des frères d’armes proches peuvent démontrer leurs prouesse tactiques et opérationnelles dans un exercice naval, mais ils ne devraient pas s’en glorifier, et surtout pas en public – n’est-ce pas ? Continuer la lecture

La Syrie va-t-elle connaitre le destin de la Libye, pays qui n’existe plus ?

Préambule

Lorsque l’équipe de France de football gagne un match le pays entier se sent fier, mais lorsqu’une décision politique du gouvernement français a des effets catastrophiques personne ne se sent responsable. De plus les deux principaux instigateurs de la catastrophe libyenne, BHL et Sarkozy, continuent impunément à se promener sur les plateaux télévisés, où les journalistes ne les confrontent jamais à leurs erreurs criminelles ; l’un deux a même le toupet de briguer de nouveau l’investiture suprême sans rencontrer beaucoup de résistance. La France et les Français ne connaissent-ils donc pas la honte ? Le peuple français est-il donc si complice ? Ou alors est-il, tel un junkie, complètement déconnecté de la réalité et totalement apathique ?

Le Saker Francophone

Le 8 décembre 2015 – Source sputniknews

Students march in Green Square in Tripoli, Libya in 1986

© AP Photo/ John Redman

La Libye, largement décrite par des médias complices comme étant la dictature militaire de Kadhafi, a été détruite avec succès en 2011 pour préparer le chemin vers une vraie démocratie. Alors que maintenant les mêmes médias demandent à ce que le président Assad de Syrie soit renversé lui aussi, jetons un coup d’œil à ce que la Libye a perdu et qu’elle n’aura plus.

Contrairement à la croyance populaire, la Libye, que les médias décrivaient comme la dictature militaire de Kadhafi, était en réalité le pays le plus prospère d’Afrique.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), avant la campagne de bombardement occidentale en 2011, elle avait l’index de développement humain le plus élevé, le PIB par habitant le plus élevé, le taux de mortalité infantile le plus bas et celui d’espérance de vie le plus haut de toute l’Afrique.

Selon un rapport du PNUD de 2010, l’espérance de vie à la naissance était de 74,5 ans, le taux d’alphabétisation adulte de 88,4%, le taux brut de scolarisation de 94,1%, faisant de la Libye un pays à haut niveau de développement humain dans la région du Moyen Orient et de l’Afrique.

A woman mourns for the Egyptian Coptic Christians captured in Libya and killed by militants affiliated with the Islamic State group, outside of the Virgin Mary church in the village of el-Aour, near Minya, 220 kilometers (135 miles) south of Cairo, Egypt, Monday, Feb. 16, 2015

Une femme pleure la mort des chrétiens coptes tués par EI en Libye de el -Aour le 16 février 2015

«Pendant le bombardement de la Libye par l’OTAN, les journaux occidentaux ont oublié, de manière bien commode, de mentionner que les Nations Unies venaient  de terminer un long dossier louant les réalisations de M. Kadhafi dans le domaine des droits humains», écrit le professeur Garikai Chengu, un professeur spécialiste du Moyen-Orient a l’université de Harvard, dans un article de Foreign Policy Magazine datant de 2013.

«Le rapport des Nations Unies louait la Libye pour son amélioration de la protection juridique de ses citoyens, faisant des droits de l’homme une priorité, améliorant les droits des femmes, l’accès à l’éducation et à la propriété foncière. Durant l’ère Kadhafi l’accès à la propriété foncière était considéré comme un droit humain. En conséquence il n’y avait quasiment pas de personne sans toit ou dormant sous les ponts», ajoute-t-il.

Libyan military soldiers check on an area asLibyan military soldiers check on an area as they battle with Islamic extremist militias in Benghazi, Libya, Thursday, Oct. 30, 2014.  they battle with Islamic extremist militias in Benghazi, Libya, Thursday, Oct. 30, 2014.

Des militaires libyens en lutte contre les extrémistes islamistes à Benghazi © AP PHOTO/ MOHAMMED EL-SHEIKHY

Et le nombre de gens vivant dans la pauvreté y était plus faible qu’aux Pays-Bas.

«Combien de maisons et de ponts libyens ont été détruits par les bombardements de l’Otan ?», se demande alors l’auteur.

 

Libyan women raise red cards during a protest against the national unity government proposed by United Nations envoy Bernardino Leon on October 9, 2015 in Tripoli's central Martyrs Square.

Des femmes libyennes protestent à Tripoli en octobre 2015 contre le gouvernement proposé par les Nations Unies

Un domaine où le conseil des Nations Unies pour les droits humains a particulièrement loué Kadhafi a été celui des droits des  femmes, précise-t-il. «A la différence de nombreuses autres nations du monde arabe, les femmes en Libye avait le droit à l’éducation, le droit de travailler, de divorcer, d’être propriétaire et d’avoir un revenu.»

«Une des premières lois mises en place par Kadhafi dès 1970 a été celle qui garantissait un salaire égal pour un travail égal, seulement quelques années après qu’une même loi soit passée aux États-Unis.»

«De plus, les mères libyennes au travail bénéficiaient d’avantages spéciaux tels que des primes pour chaque enfant, des garderies gratuites, des centres de soins gratuits et la retraite à 55 ans.»

L’éducation dans la Libye de Kadhafi

«Dans la Libye de Kadhafi, l’éducation était un droit humain et était gratuite pour tout les Libyens. Si un Libyen ne trouvait pas de travail après avoir obtenu son diplôme, l’État lui versait l’équivalent d’un salaire moyen de sa profession», nous explique Chengu.

«N’est ce pas ironique que les États-Unis aient bombardé la Libye pour soi-disant répandre la démocratie alors que précisément l’éducation devient de plus en plus un privilège en Amérique, n’est plus un droit, et se termine le plus souvent par un fort endettement ?» se questionne-t-il.

Si un enfant talentueux du pays le plus riche du monde ne peut se permettre d’aller dans les meilleures écoles, nous explique-t-il, alors la société a manqué à son devoir vis-à-vis de cet enfant. En fait, pour la jeunesse du monde entier, l’éducation est un passeport pour la liberté. Donc un pays qui fait payer cher un tel passeport n’est libre que pour les riches, pas pour les pauvres.

Les Libyens ne profitaient pas seulement d‘une éducation et d’un système de santé gratuits, ajoute l’auteur, ils bénéficiaient aussi de l’électricité gratuite et de prêts à taux zéro. Le prix de l’essence tournait autour de 0,14$ le litre et 40 miches de pain coûtaient 0,15$ seulement.

Avec ces chiffres en tête, voici quelques extraits du rapport sur la Libye de Human Right Watch en 2015, qui montre clairement comment ce pays autrefois prospère a sombré dans le chaos.

«Les combats ont causé d’immenses destructions de propriétés, de civils blessés ou morts. Environ 400 000 personnes ont été déplacées dont 100 000 résidents de Tripoli. Plus de 150 000 personnes, dont les étrangers, ont fui le pays. La plupart des ambassades étrangères, les Nations Unies, la Croix-Rouge internationale et les autres agences internationales ont retiré leurs employés et fermé leurs missions en juillet», selon ce rapport.

«Les milices attaquent, menacent, assaillent ou détiennent arbitrairement les journalistes, les juges, les activistes, les politiciens et les citoyens ordinaires en toute impunité. Le manque de protection pour le système judiciaire a entrainé la disparition quasi-totale de la justice dans des villes comme Tripoli, Benghazi, Sebha et Derna.»

«Le manque de contrôle aux frontières et les combats entre tribus ont aggravé la situation sécuritaire, permettant trafic d’humains, de drogues et d’armes en continu à travers les frontières avec le Tchad, le Soudan, l’Égypte et l’Algérie.»

«Le système judiciaire libyen a subi de sérieux revers. Les milices attaquent les juges, les procureurs, les avocats et les témoins, entrainant la fermeture des tribunaux et des bureaux de procureurs à Benghazi, Derna, Sirte et Sebha et le quasi effondrement du système judiciaire. Le ministère de la justice à Tripoli a fermé en juillet à cause des combats.»

«A cause de l’effondrement de la loi et de l’ordre, et du climat d’impunité régnant, les femmes continuent à souffrir de discrimination. Des groupes armés imposent des restrictions aux femmes basées sur leurs croyances idéologiques. Des gardes harassent les étudiantes des universités de Tripoli qui refusent de porter le voile. D’autres sont harcelées alors qu’elles essayent de sortir de Libye sans un gardien masculin

Un nombre record de migrants et de demandeurs d’asile s’embarquent dans une périlleuse traversée de la Libye vers l’Europe, dont 60 000 ont atteint l’Italie rien qu’en 2014. Les opérations de sauvetage de la marine italienne, Mare Nostrum, ont sauvé environ 100 000 personnes embarquées sur des bateaux inadaptés, mais au moins 3 000 personnes ont péri en mer.

Le professeur Garikai Chengu fait remarquer que l’Occident a démontré que des marchés totalement dérégulés et des élections authentiquement libres ne peuvent cohabiter

«L’avidité organisée gagne toujours contre des démocraties désorganisées. Comment le capitalisme et la démocratie peuvent-ils cohabiter alors que le premier concentre richesse et pouvoir dans les mains de quelques uns pendant que la deuxième cherche à répartir richesse et pouvoir entre tous ?»

Donc, s’il n’est pas trop tard, les États-Unis devraient laisser la Syrie tranquille pour qu’elle puisse décider elle-même comment répartir le pouvoir économique parmi les démunis plutôt qu’entre quelques privilégiés.

Muammar Gaddafi

Syrte était la ville d’origine de Khadaffi. Il a été assassiné par l’Otan en 2011

Traduit par Wayan, édité par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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La barbarie gagne du terrain


Par Luciana Bohne – Le 16 décembre 2015 – Source CounterPunch

En octobre  1930, Thomas Mann a lancé un «Appel à la raison» dans le Berliner Tageblatt :

«Cet état d’esprit fantastique, d’une humanité qui n’a plus d’idées, est compensé par une mise en scène politique grotesque, qui utilise les techniques de l’Armée du Salut : alléluias, tintements de cloche et répétition de slogans monotones à la manière des derviches, jusqu’à ce que tout le monde ait l’écume à la bouche. Le fanatisme se transforme en une source de salut, l’enthousiasme en extase épileptique… et le visage de la raison disparaît sous un voile.»

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Le solstice d’hiver annonce-t-il la chute de l’ordre (?) financier mondial ?


Valentin Katasonov

Par Valentin Katasonov – Le 17 décembre 2015 – Source strategic-culture

Le monde est entré dans une phase chaotique. Selon des allégations récentes, les États-Unis auraient commencé à créer un chaos gérable à l’échelle mondiale. Mais les événements au Moyen-Orient ont dissipé l’illusion que l’instigateur de ce chaos soit capable de le gérer. Et ce chaos ingérable peut très bientôt submerger le monde de la finance internationale. Les États-Unis sont de nouveau coupables d’avoir inauguré un chaos financier ingérable, et la dette de $3 Mds de l’Ukraine à la Russie servira à provoquer l’avalanche.

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L’Otan va dans le mur en Syrie, c’est écrit… sur le mur


Le nouveau plan : donner le contrôle de la Syrie du Nord aux rebelles modérés anti-Assad (dominés par al-Qaïda) et tolérer ISIS battu mais consolidé dans l’ouest du pays


Par Pepe Escobar – Le 15 décembre 2015 – Source Russia Insider

Les Services de renseignement russes, FSB, SVR et GRU, en décryptant toutes les bonnes connexions, ne peuvent pas s’empêcher de conclure que Washington laisse la guerre froide 2.0 dégénérer jusqu’au point d’ébullition.

Mettez-vous à la place des Services de renseignement russes arpentant l’échiquier géopolitique.

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Rendre au peuple le pouvoir sur sa monnaie, c’est possible


…par la réinvention du rôle de la banque : projets en cours de la Russie à l’Islande en passant par l’Équateur


Par Ellen Brown – Le 11 décembre 2015 – Source EllenBrown

Les développements mondiaux dans la finance et la géopolitique incitent à repenser la structure de la banque et la nature de l’argent lui-même.


Voici les nouvelles intéressantes :

– En Russie, la vulnérabilité aux sanctions occidentales a conduit à des propositions pour un système bancaire qui est non seulement indépendant de l’Occident, mais est aussi basé sur des principes différents.

– En Islande, les hauts et les bas qui ont abouti à la crise bancaire de 2008/2009, ont incité le législateur à envisager un plan pour enlever aux banques privées le pouvoir de créer de l’argent.

– En Irlande, en Islande et au Royaume-Uni, une pénurie locale de crédit, induite par la récession, a incité à des propositions pour un système de banques publiques à intérêts sur le modèle des Sparkassen [Caisses d’épargne] en Allemagne.

– En Équateur, la banque centrale riposte à une pénurie de dollars des États-Unis (la monnaie équatorienne officielle) par l’émission de dollars numériques grâce à des comptes auxquels tout le monde a accès, créant effectivement une banque du peuple.

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La chute de la société méditerranéenne pendant l’âge de bronze


Pourquoi ne comprenons-nous toujours pas l’effondrement des civilisations ?


 

Par Ugo Bardi – Le 7 décembre 2015 – Source cassandralegacy

Eric Cline a écrit un excellent livre sur la fin de l’Âge du Bronze dans la région méditerranéenne, mais, malheureusement, il ne parvient pas à une conclusion définitive sur les raisons de cet effondrement. Cline suggère que «plusieurs facteurs de stress» ont travaillé ensemble pour provoquer la disparition de cette civilisation. Mais c’est pour le moins décevant. C’est comme un mystère avec un assassinat où, à la fin, on nous dit que le tueur de Miss Scarlett aurait pu être le professeur Plum, Mme Peacock, Mme White, le révérend Green ou le colonel Moutarde, mais vraiment, il semble que tous l’aint poignardé simultanément.
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Au revoir… ou pas ?


Chantage au Brésil – l’odyssée de la destitution de Dilma


Par Pedro Marin – Le 6 décembre 2015 – Source Global Independent Analytics

 

Dilma Roussef

S’il y a quelque chose qu’on ne peut dénier aux Brésiliens, c’est leur capacité à résoudre les conflits par la recherche d’un accord. Notre réputation d’être chaleureux a teinté toute notre histoire. Il y a de nombreux exemples : lorsque les colons portugais sont arrivés, la première chose qu’ils ont faite a été de commercer avec les autochtones – des objets comme les miroirs ont été abondamment négociés contre de l’or – dans le but d’exploiter les riches ressources naturelles du pays et d’utiliser les conseils des habitants d’origine. Continuer la lecture

Sombres pressentiments : l’Amérique à la croisée des chemins


… Attendez-vous à voir l’ethnocentrisme américain se ratatiner dans un chaudron bouillant. Norman Pollack


Par Norman Pollack – Le 11 décembre 2015 – Source CounterPunch

Non, ni le prophète hébreu Amos, ni Cassandre, la fille de Priam, ne m’inspirent ces pensées mais, la condition réelle, idéologique et psychologique de la mentalité américaine contemporaine, de ses fondements matériels ; un stade trop décomposé du développement capitaliste, nécessitant une projection constante de puissance à l’étranger et une certitude domestique contrainte, afin de maintenir un taux acceptable de croissance économique ; enfin, la conviction que la force militaire est suffisamment intimidante et une preuve acceptable pour le droit à façonner unilatéralement la structure mondiale d’après son propre désir et sa propre vision.

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Brzezinski : « Comment Jimmy Carter et moi avons créé les moudjahiddin »


La CIA a reçu l’ordre d’aider les moudjahiddin afghans six mois avant l’intervention militaire soviétique


CounterPunch

Par Jeffrey St Clair et Alexander Cockburn – Le 15 janvier 1998 – Source CounterPunch

Jimmy Carter

Zbignew Brzezinski, rencontrant Ben Laden

Q : Robert Gates, ancien directeur de la CIA, raconte dans ses mémoires (From the Shadows), que le renseignement américain a commencé à aider les moudjahiddin en Afghanistan six mois avant l’intervention soviétique. Vous étiez à cette époque le conseiller à la Sécurité nationale du Président Carter. Est-il exact que vous avez joué un rôle dans cette affaire ?

Brzezinski : En effet. Selon la version officielle, l’aide de la CIA aux moudjahiddin a commencé au cours de l’année 1980, autrement dit, après que les Soviétiques eurent envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais en réalité, et le secret a été bien gardé jusqu’à présent [l’interview date de janvier 1998, NdT], c’était tout l’inverse : c’est le 3 juillet 1979 que le Président Carter a signé la première directive pour une aide secrète aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul. Et c’est ce jour-là que j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquai qu’à mon avis cette aide allait provoquer une intervention militaire soviétique.

Q : Malgré ce risque, vous avez plaidé pour cette opération secrète. Mais peut-être vous-même souhaitiez-vous cette intervention soviétique, et cherchiez-vous à la provoquer ?

Brzezinski : Ce n’est pas tout à fait cela. Nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous savions que nous augmentions la probabilité qu’ils le fassent.

Q : Quand les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils devaient contrer une ingérence secrète des États-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Et pourtant, il y avait du vrai dans cela. Vous ne regrettez rien aujourd’hui ?

Brzezinski : Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’entraîner les Russes dans le piège afghan et vous voudriez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au Président Carter : «Nous avons maintenant l’occasion d’offrir à l’Union Soviétique sa propre guerre du Vietnam». En effet, pendant près de dix ans, Moscou a dû mener une guerre qu’elle n’avait plus les moyens de mener, un conflit qui a mené à la démoralisation et finalement à l’effondrement de l’empire soviétique.

Q : Et vous ne regrettez pas non plus d’avoir soutenu l’intégrisme islamique, en ayant donné des armes et une formation aux terroristes futurs ?

Brzezinski : Qu’est-ce qui compte le plus dans l’Histoire du monde ? Les talibans ou l’effondrement de l’empire soviétique ? Quelques musulmans excités ou la libération de l’Europe de l’Est et la fin de la Guerre Froide ?

Q : Quelques musulmans excités ? Mais on nous l’a dit et répété : le fondamentalisme islamique représente une menace mondiale aujourd’hui.

Brzezinski : C’est absurde ! On a dit que l’Occident suit une politique globale pour traiter de la question de l’Islam. C’est stupide. Il n’y a pas d’Islam global. Considérez plutôt l’Islam d’un point de vue rationnel et sans démagogie ni émotion. L’Islam est la religion qui guide un milliard et demi de croyants dans le monde. Mais quel est le point commun entre le fondamentalisme saoudien, l’Islam modéré du Maroc, le militarisme pakistanais, le laïcisme de l’Egypte pro-occidentale ou celui de l’Asie centrale ? Rien de plus que les liens qui unissent les différents états du monde chrétien.

Interview par Jeffrey St Clair et Alexander Cockburn

Traduit par Ludovic, édité par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone

 

 

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