Par Alastair Crooke − Le 4 novembre 2019 − Source Strategic Culture
Oh, oh, nous y sommes encore ! En 1967, c’était alors la «menace» permanente des armées arabes – et la guerre de six jours qui a suivi contre l’Égypte et la Syrie ; en 1980, c’était l’Iran – et la guerre irakienne qui s’ensuivit contre l’Iran ; en 1996, David Wurmser et son document intitulé Coping with Crumbling States [Se farcir les pays en ruines] – déjection de l’infâme document de stratégie politique Clean Break – ciblaient à l’époque les États nationalistes arabes et laïques, éreintés à la fois comme « des reliques en ruine de l’URSS diabolique » et intrinsèquement hostiles à Israël ; et dans les guerres de 2003 et 2006, c’était d’abord Saddam Hussein ; puis le Hezbollah, qui menaçait la sécurité de l’avant-poste de la civilisation occidentale au Moyen-Orient.

Dans tout ce tintamarre dû au Brexit et aux querelles parlementaires qui y sont associées, on a peu remarqué comment Dominic Cummings et Boris Johnson tentent de changer la nature même du paysage politique britannique. Bien sûr, l’angoisse du Brexit rend la tentative de susciter un changement politique stratégique beaucoup plus visible et plus aiguë. Pourtant, en fait, les changements ne sont pas entièrement, ou même principalement liés au Brexit, mais reflètent des plaques tectoniques sous-jacentes en train de s’affronter.
La formule « pression maximale pour rendre sa grandeur à l’Amérique » ne va pas marcher, pour la simple raison qu’elle consomme le « capital social » américain à un rythme effréné. Elle ne rétablira ni la base manufacturière étasunienne, ni son hégémonie politique. Elle ne fait que fortement polariser le monde. Le monde entier comprend aujourd’hui que MAGA consiste à tout faire pour apporter n’importe quel avantage aux États-Unis, et que le reste du monde en paye le prix et se coltine les pertes. Même les Européens l’ont enfin compris. Le trumpisme manque de « profondeur » au-delà de son côté mercantile. Pourtant, s’il pouvait raconter une « souveraineté-isme » culturelle comme étant plus qu’une simple « politique anti-identité », il pourrait survivre plus longtemps.
Daniel Levy, un ancien négociateur israélien avec les Palestiniens,