Le nouveau Grand Jeu [7/8]

Une zone d’extrême tension

Préambule

Il y a des jours heureux ou l'on découvre des pépites au détour de nos pérégrinations sur le web francophone et le texte que l'on vous propose est de celles là. Le texte est découpé en huit parties et mérite vraiment qu'on s'y attarde. L'auteur, Christian Greiling, a publié ce texte en août 2014.

Je vous conseille de commencer cette lecture avec la présentation par l'auteur, qui a lui-même pris le temps de faire un amuse-bouche résumant ce qu'il est indispensable d'avoir à l'esprit pour bien comprendre les mouvements tactiques, stratégiques des grandes puissances et des chefs de guerres. Il est vraiment plaisant de découvrir qu'il existe tant de talent et de travail et notre mission est de vous les faire connaître pour améliorer notre connaissance et notre conscience commune. Alors ne boudons pas notre plaisir d'apprendre. Bonne lecture.

Le Saker Francophone

Par Christian Greiling – août 2014 – Source CONFLITS

 

Reste un point à évoquer, fondamental. Le Grand jeu pour le contrôle de l’Asie centrale et de ses ressources énergétiques se déroule dans une zone de conflits nombreux et variés, susceptibles de contrecarrer la stratégie des différents acteurs. Conséquence de l’incroyable richesse de son histoire, l’Asie centrale est un véritable casse-tête de peuples et de religions entremêlés dont la formidable et parfois explosive diversité est à prendre en compte. Mis à part le Turkménistan, le Kirghizstan et le Kazakhstan, relativement homogènes malgré une importante minorité russe pour ce dernier, tous les États de la région sont des mosaïques ethnique ou confessionnelle génératrices de conflits potentiels. A cela s’ajoutent des querelles territoriales anciennes et un renouveau partiel de l’islamisme.

Il est également important de souligner que ces zones de tension se situent dans un mouchoir de poche, un territoire à peine deux fois plus grand que la France !

Depuis qu’il est sous les feux de l’actualité, l’Afghanistan est le cas le mieux connu. Terre de passage de tous les grands conquérants de l’histoire et de toutes les invasions – empire perse, Alexandre le grand, empire sassanide, invasions des peuples turcs, Gengis Khan, Tamerlan, le pays est un kaléidoscope de populations laissées là par l’Histoire. Les Tadjiks, population iranienne sunnite répandue sur tout le territoire et principale composante de l’Alliance du nord, y côtoient les Ouzbeks, groupe turcique sunnite présent dans le nord du pays, les Hazaras, population mongole persanisée et chiite dans le centre, et surtout les Pachtounes, à cheval sur l’Afghanistan et le Pakistan, qui constituent le plus grand groupe ethnique du pays et la majeure partie des bataillons talibans. En 2008, le chef d’état-major des Armées françaises, le général Georgelin, n’a pas mâché ses mots, parlant d’un « merdier ingérable ». De fait, mise à part la longue période de paix caractérisant le règne de Zaher Shah (1933-1973), l’Afghanistan fut durant presque toute son histoire en état de guerre, ses différentes composantes se battant entre elles, s’alliant ou se trahissant, parfois instrumentalisées par les puissances voisines. Le Pakistan joua constamment la carte pachtoune – les Talibans en dernier lieu – tout en manœuvrant avec circonspection, de peur de créer un appel d’air susceptible de pousser ses propres Pachtounes à revendiquer la création d’un « Pachtounistan » de part et d’autre de la frontière pakistano-afghane, créée artificiellement au XIXème siècle, on l’a vu. La situation des deux pays est intrinsèquement liée, à tel point qu’un acronyme a fait son apparition ces dernières années : Af-Pak pour Afghanistan-Pakistan, tant il est difficile d’envisager la situation de l’un sans prendre en compte celle de l’autre (sur l’Af-Pak, les relations intrinsèques qui existent entre les deux pays, leurs tentatives respectives de créer une « nation », on se réfèrera à l’excellente étude de Georges Lefeuvre intitulée Afghanistan, dans Le mondial des nations – 30 chercheurs enquêtent sur l’identité nationale, Choiseul, 2011, pp. 222-239). Par proximité culturelle ou confessionnelle, l’Iran compte sur les relais d’influence que sont les Tadjiks iranophones ou les Hazaras iranophones et chiites. Ennemi déclaré des Talibans, Téhéran soutint également Ismail Khan, le gouverneur de l’ancienne province iranienne d’Hérat dans son combat contre les fondamentalistes pachtounes. La Russie a peu ou prou les mêmes sympathies que l’Iran ; très méfiante vis-à-vis des Talibans et de leur maître pakistanais, Moscou a très vite soutenu l’Alliance du nord à majorité tadjike du feu commandant Massoud dans les années 90. Ironie de l’histoire quand on pense que les Tadjiks afghans ont constitué les principaux bataillons de moudjahidines résistant à l’invasion soviétique entre 1980 et 1988. La politique afghane de l’Inde suit la même voie, marquée par une proximité certaine avec les Tadjiks, sans doute renforcée par les excellentes relations que New Delhi entretient avec le Tadjikistan qui ont permis, comme nous l’avons vu, l’établissement de la base militaire de Farkhor – c’est d’ailleurs dans l’hôpital de cette base que mourra le commandant Massoud, grièvement blessé par l’attentat de deux terroristes d’Al Qaeda le 9 septembre 2001. On constate qu’en Afghanistan comme ailleurs, l’axe Russie-Inde-Iran issu de la Guerre froide semble perdurer. Cependant, les Indiens entretiennent également d’excellentes relations avec le gouvernement pachtoune modéré d’Hamid Karzaï. Les États-Unis quant à eux n’avaient pas d’idée bien préconçue au moment d’intervenir en Afghanistan, sinon d’« imposer » la démocratie et un régime favorable à leurs intérêts. Ces espoirs chimériques se sont une nouvelle fois fracassés sur la dure réalité du terrain. Plus long engagement militaire américain depuis la Guerre du Vietnam, ayant coûté jusqu’ici la bagatelle de 600 milliards de dollars sans compter les dépenses futures – traitement médicaux, prise en charge des vétérans etc, l’intervention en Afghanistan s’est révélée un bourbier pour Washington qui a dû revoir ses ambitions fortement à la baisse. Les attaques des Talibans n’ont jamais été aussi nombreuses, le gouvernement n’a toujours aucune réelle légitimité et peu de pouvoir en dehors de Kaboul, les zones tribales pakistanaises sont en effervescence, les seigneurs de la guerre, à l’abri dans leur fief, commencent à recruter leurs milices privées dans les rangs mêmes de l’armée dite « nationale » en prévision de l’après 2016 – le taux de désertion des soldats afghans est extrêmement élevé – tandis que la corruption et le trafic de drogue ont atteint des niveaux record. Un « failed State » selon la propre terminologie de Washington. Les Britanniques, qui ont le sens de la formule, parlaient de l’Afghanistan comme du « tombeau des empires ». Vingt-cinq ans après avoir attiré son ennemi soviétique dans le bourbier afghan provoquant sa désintégration, les États-Unis se retrouvent maintenant eux-mêmes enlisés. L’Histoire nous joue parfois de ces tours… Autre ironie, preuve s’il en est de leur impuissance, les Américains ont entamé depuis deux ans des discussions avec l’entourage du Mollah Omar, celui-là même, avec son protégé Ben Laden, qu’ils étaient venus chasser il y a douze ans ! Toutefois, dans ce contexte de ce qu’il faut bien appeler une défaite militaire – car, dans ce genre de guerre, ne pas gagner équivaut à perdre – tout n’est peut-être pas perdu pour Washington. Un gain stratégique a minima est encore possible, avec le maintien en Afghanistan de bases et d’une force de réaction d’une dizaine de milliers d’hommes jusqu’en 2016, au terme de négociations difficiles et parfois houleuses entre le gouvernement Karzaï et l’administration Obama. Cela pose néanmoins certaines questions. Les Talibans, qui sont en phase ascendante et offensive, vont-ils accepter le reste d’une présence américaine ? Cela semble peu vraisemblable et l’on se demande comment une petite armée de 10 000 hommes pourrait remporter une guerre que n’a pas été capable de gagner une coalition quinze fois plus nombreuse… Est-ce pour cela que Washington a fait des ouvertures au Mollah Omar ? Peut-on envisager une partition qui ne dit pas son nom, entre des zones pachtounes sous le contrôle des Talibans et un Afghanistan « utile » traversé par le fameux pipeline TAPI et protégé par les forces américaines restantes ? Toutefois, ce pipeline doit passer par les zones tribales pachtounes. Est-ce un autre thème des discussions américano-talibanes ? Quid du gouvernement afghan qui, sans le soutien des forces coalisées, s’écroulerait rapidement ? On le voit, beaucoup de questions et peu de réponses pour l’instant.

Le retrait de l’OTAN et ses conséquences sur l’évolution afghane seront observés de très près, notamment au Pakistan. Selon toute vraisemblance, les Talibans repasseront massivement du côté afghan pour tenter de prendre le pouvoir à Kaboul, ce qui soulagerait Islamabad dans ses zones tribales. Les dirigeants pakistanais ont en effet fort à faire par ailleurs. Le Baloutchistan représente une zone de turbulence et d’instabilité récurrente qui peut se révéler aussi explosive que les zones tribales, bien que beaucoup moins médiatique. Ayant constitué un royaume indépendant par le passé, les Baloutches ont vu d’un très mauvais œil la constitution de l’État pakistanais en 1947 et pas moins de cinq guerres insurrectionnelles ont eu lieu depuis, guerres que l’Inde est accusée d’avoir attisées afin d’affaiblir le frère ennemi. On a vu que la zone était d’une importance stratégique immense avec le nœud de Gwadar autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran. Quant au conflit du Cachemire, il est potentiellement le plus dangereux de la région. On en connaît l’histoire : une population majoritairement musulmane réclamant son rattachement au Pakistan en 1947, un maharadja hindou souhaitant son rattachement à l’Inde, une partition en deux qui laisse chacun sur sa faim. New Delhi veut récupérer la partie septentrionale ; Islamabad revendique la partie méridionale et instrumentalise les mouvements islamistes qui y mènent la guérilla. Une douzaine de groupes rebelles combattent au Cachemire indien pour son indépendance ou son rattachement au Pakistan, dans un conflit qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts. À partir du milieu des années 1990, ces mouvements furent rejoints par des djihadistes étrangers, arabes et afghans, formés au combat en Afghanistan lors du djihad contre les Soviétiques. L’on note depuis quelques mois une recrudescence d’activité de ces groupes et de récentes informations, que l’Inde prend très au sérieux, envisagent la perspective d’un futur afflux des djihadistes venant d’Afghanistan après le retrait des troupes de l’Otan l’année prochaine. Mais ce conflit dépasse le seul cadre territorial ou identitaire. Pour le pouvoir pakistanais, la question du Cachemire permet de mobiliser et d’unir derrière lui une société divisée et de faire passer au second plan l’impéritie économique des différents gouvernements qui se sont succédés. Quant à l’armée, elle justifie par ce conflit son budget colossal. Il faut noter enfin que le Cachemire est également un enjeu hydrographique, le Pakistan, et dans une moindre mesure l’Inde, étant fortement tributaires des rivières qui descendent de ses montagnes. Sous l’ombre du K2, cet abcès de fixation à la confluence de trois religions – islam, bouddhisme et hindouisme – est également à la croisée de trois puissances nucléaires. Au terme de l’agression chinoise de 1962, condamnée à la fois, fait rare, par l’URSS et les États-Unis, Pékin occupa définitivement le territoire indien de l’Aksaï Chin, bande de terre désolée mitoyenne du Cachemire et du Tibet. Le Pakistan a, de plus, cédé à la Chine une partie de son Cachemire septentrional gagné sur l’Inde, sans doute à dessein, afin de compliquer le règlement du conflit, car l’Inde ne peut évidemment pas reconnaître cette cession d’un territoire qu’elle a perdu et qu’elle revendique toujours. Le conflit cachemiri est inextricable et explosif, assurément l’un des points les plus chauds du globe malgré l’altitude glacée à laquelle il se déroule, et surveillé de près par tous les états-majors du monde. Au-delà du refus de rendre à l’Inde une région qu’il considère comme lui revenant de plein droit, il semble de toute façon impossible que le Pakistan envisage des négociations de restitution du Cachemire septentrional. Celui-ci est en effet devenu, avec le développement des relations sino-pakistanaises, un territoire stratégiquement essentiel : c’est le seul point de contact terrestre entre la Chine et le Pakistan, reliés par la fameuse Karakoram Highway, la route la plus haute du monde, par où transitent biens commerciaux et équipements militaires. Et demain, peut-être, le pétrole et le gaz coulant de Gwadar jusqu’au Xinjiang chinois.

Le Cachemire.Le Xinjiang justement, voisin du Cachemire. On a vu que ce territoire peuplé majoritairement (mais pour combien de temps ?) de turcophones musulmans, les Ouïghours, était en bute à un mouvement indépendantiste et à la répression de Pékin. Situé dans un environnement hostile – le Taklamakan en son centre, deuxième désert de sable du monde, entouré au nord par les Monts célestes, à l’ouest par le Pamir, au sud par les monts Kunlun et le plateau tibétain, à l’est par le désert de Gobi – ce que l’on nomme maintenant le Xinjiang fut la plaque tournante de la Route de la soie pendant deux millénaires, entre la Chine proprement dite et l’Asie centrale et occidentale, et, de ce fait, attira toujours les convoitises des dynasties impériales chinoises, sans succès. Islamisé dès le Xème siècle, le territoire fut finalement incorporé au XVIIIème siècle à l’empire chinois et nommé « Xinjiang », soit « nouvelle frontière » en mandarin, ce qui prouve d’ailleurs indirectement, par son nom même, le caractère expansionniste de la politique chinoise dans la région. Cependant, la tutelle de Pékin resta très légère voire nulle, la Chine entrant très vite en décadence et n’ayant pas les moyens d’asseoir une réelle domination dans ses provinces éloignées, trop occupée qu’elle était à faire face aux empiètements occidentaux et à tenter de mettre au pas les Seigneurs de la guerre. A l’instar du Tibet, le Xinjiang accepta donc la suzeraineté nominale de Pékin qui se contentait d’y envoyer quelques rares administrateurs. Cela n’empêcha d’ailleurs pas la région de se révolter (1933-1934 et 1944-1949) et de constituer une éphémère « République du Turkestan oriental », prouvant l’attachement des Ouïghours à leur indépendance. Pour le Xinjiang comme pour le Tibet, tout changea avec l’accession au pouvoir du Parti communiste en 1949 ; la tutelle se fit beaucoup plus dure, le Parti communiste tenta d’imposer par la force son idéologie religieuse athée tandis que les deux provinces, situées à un emplacement stratégique, étaient envahies par l’armée chinoise. Tout mouvement séparatiste ou supposé tel fut très brutalement réprimé et la « colonisation » par les Han, l’ethnie majoritaire en Chine, commença tandis que les bulldozers détruisaient et détruisent encore des pans entiers du patrimoine culturel des villes, comme c’est d’ailleurs le cas dans le reste de la Chine. Tibétains et Ouïghours se retrouvent minoritaires sur leur propre territoire et les poussées d’exaspération de la population sont immédiatement associées par Pékin à des mouvements séparatistes et impitoyablement réprimées. Les sanglantes émeutes tibétaines de 2008 ont été suivies des révoltes à fort caractère ethnique de 2009 au Xinjiang. Depuis, des bombes explosent ponctuellement dans les grandes villes de la province. Pour les Ouïghours, l’espoir de suivre la voie de leurs cousins des Républiques d’Asie centrale nouvellement indépendantes en 1991 a tourné court. La Chine ne lâchera jamais le Xinjiang, riche en hydrocarbures, point stratégique d’entrée des pipelines d’Asie centrale et point de passage avec l’allié pakistanais. Tout comme elle ne lâchera jamais le Tibet, atout stratégique majeur surplombant l’Inde. Militairement, Pékin ne craint rien : que représentent dix millions de Ouïghours et six millions de Tibétains face au milliard et demi de Han ? Toutefois, c’est sur le plan international que les choses peuvent poser problème. On a vu que les dirigeants chinois sont réticents à laisser entrer la Turquie dans l’Organisation de Coopération de Shanghai, l’une des raisons avancées par les observateurs étant la crainte chinoise de voir Ankara jouer un rôle de « grand frère » des peuples turcophones, donc des Ouïghours, et remettre en cause la répression au Xinjiang. Si les dirigeants chinois veulent poursuivre le développement de l’Organisation de Coopération de Shanghai en collaboration avec les républiques d’Asie centrale turcophones et peut-être demain avec la Turquie, il faudra bien qu’ils finissent par régler de manière pacifique et concertée le problème du Xinjiang. Jusque récemment, les condamnations internationales répétées n’étaient pas prises en compte par Pékin. Certains observateurs pensent que l’accession de la Chine au statut de superpuissance l’obligera à entrer de plein pied dans la communauté internationale et à prendre en compte certaines doléances, à faire preuve d’un comportement plus responsable en quelque sorte, plus en adéquation avec les critères internationaux. D’autres, plus nombreux, voient au contraire un net durcissement ces dernières années : une Chine de plus en plus revendicatrice, menaçante, où l’aristocratie du PCC, qui a perdu toute légitimité marxiste, flatte le nationalisme grandissant de la population. Seul l’avenir nous dira quelle évolution suivra la Chine. Une chose est sûre : de cette évolution dépendra le sort du Xinjiang et du Tibet.

Située à l’ouest du Xinjiang, la vallée de Ferghana inquiétait particulièrement les chancelleries au début des années 2000. Partagée entre l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan, cette oasis de verdure au milieu des déserts et des montagnes est l’une des régions les plus peuplées et disputées d’Asie centrale. Carrefour historique, berceau intellectuel et religieux qui a vu passer le zoroastrisme, le bouddhisme, le christianisme nestorien et plus récemment l’islam, le Ferghana est devenu un lieu de discorde après 1991, lorsque les frontières internes de l’URSS devinrent frontières internationales. Découpée en d’innombrables enclaves propices aux conflits frontaliers, la vallée est un foyer de tensions ethniques et de querelles autour de l’eau. Juché sur le Pamir, le Tadjikistan est en effet le château d’eau de l’Asie centrale. L’Amou Daria et le Syr Daria – respectivement l’Oxus et l’Iaxarte des Grecs – s’écoulent du Pamir ou des Monts célestes vers la Mer d’Aral, traversant les pays de la région. La question des retenues d’eau en amont des deux fleuves ne cesse de provoquer des heurts, particulièrement entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, déjà prompts à se quereller par ailleurs, dernier avatar de la très vieille rivalité entre mondes turc et iranien. Depuis la chute de l’URSS, chaque État de la zone adopte une politique personnelle, sans consultation avec ses voisins. Ainsi, aux coupures de courant de Tachkent répondent les retenues d’eau de Douchanbe. Si, selon ce que nous prédisent certains analystes, les « guerres de l’eau » seront une source majeure de conflits dans le monde au XXIème siècle, le Ferghana fera assurément partie des points chauds de la planète. A ces discordes « classiques » s’est greffé, à la fin des années 90, un nouveau problème : l’islamisme. Soixante-dix ans de soviétisme avaient profondément modelé les mentalités des populations et ce que certains nommaient la « renaissance musulmane » de l’Asie centrale après l’indépendance de ces républiques ne fut jamais un phénomène de grande ampleur. Toutefois, le Ferghana, conflictuel, était un terreau fertile. L’Arabie saoudite, toujours prompte à transformer ses pétrodollars en écoles coraniques, y fut pour quelque chose, ayant financé et soutenu le wahhabisme au Pakistan et en Afghanistan. Le mouvement remonta ensuite vers l’Asie centrale où des groupes islamistes virent le jour, profitant de l’exaspération d’une frange de la population face à la situation économique et à l’impéritie des gouvernements. Le plus important est le Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO), fondé à la fin des années 90. Réprimé sans compromission par les autorités, il se replia vers l’Afghanistan et le Pakistan où on le retrouve actuellement aux côtés d’Al Qaeda et des Talibans, même s’il existe une certaine divergence idéologique avec ces derniers (le thème est complexe. Sans entrer dans les détails, l’islamisme lui-même est traversé de courants nombreux et divers. Les « fondamentalistes locaux » – Talibans, Frères musulmans égyptiens, Hamas en Palestine – n’ont que faire du Califat mondial prôné par l’internationale djihadiste type Al-Qaeda, et une profonde divergence existe entre ces deux courants du fondamentalisme. Ainsi, des combats meurtriers, qui firent des centaines de morts, ont eu lieu à plusieurs reprises dans les zones tribales pakistanaises entre les Talibans et le Mouvement Islamique d’Ouzbékistan).

Après les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone, une hypothèse intéressante mais difficilement vérifiable a vu le jour. Dans un article intitulé « Le 11 septembre, le plan de Ben Laden avait déjà échoué », un journaliste russe émit l’idée que le plan d’Al-Qaeda et des Talibans avait été d’assassiner le commandant Massoud, chef charismatique de la résistance anti-talibane, bien avant le 9 septembre et qu’à cette date, il était déjà trop tard. L’objectif, une fois Massoud éliminé et la résistance privée de son chef, était de s’emparer de la totalité de l’Afghanistan et d’entrer en Ouzbékistan et au Tadjikistan, en s’appuyant sur les mouvements islamistes locaux, principalement le MIO. Le chef de ce mouvement, Djouma Namangani, avait d’ailleurs rejoint Ben Laden peu avant. L’inévitable riposte américaine après les attaques de New York et de Washington aurait touché plusieurs États d’Asie centrale, provoquant l’embrasement général de la région et profitant de fait aux islamistes. Mais les assassins de Massoud ne parvinrent à leurs fins que deux jours avant les attentats du 11 septembre, beaucoup trop tard pour envisager une avancée vers l’Asie centrale (Alexandre Khokhlov, Le 11 septembre, le plan de Ben Laden avait déjà échoué, Izvestia, rapporté par Courrier International, 2 novembre 2001). Après l’intervention américaine appuyée sur l’Alliance du nord, les Talibans, Al-Qaeda et le MIO se réfugièrent, comme on le sait, dans les zones tribales pakistanaises. De récents rapports font état d’une forte recrudescence d’activité des activistes islamistes, particulièrement du MIO, qui se sont infiltrés dans le nord de l’Afghanistan et préparent déjà l’après-2016, à la fois en Afghanistan même et dans les républiques d’Asie centrale. Conscient du danger, l’Ouzbékistan a mis en place une ligne de double barbelés électrifiés et de champs de mine le long de sa courte frontière avec l’Afghanistan. Mais les frontières avec le Tadjikistan et le Turkménistan sont longues et poreuses, impossibles à surveiller, et le retour des radicaux islamistes en Asie centrale ne laisse pas d’inquiéter.

Kazakhstan, Kirghizstan et Turkménistan mis à part, l’ensemble de la région est une zone à très haute dangerosité qui compte un certain nombre de conflits potentiellement explosifs, sans même parler de l’Iran ou du Caucase voisins. Au-delà du risque d’embrasement lui-même, ces éléments sont propres à contrecarrer la stratégie des acteurs du Grand Jeu. On a vu que l’alliance pakistano-chinoise était contrariée par les conflits se déroulant sur le territoire pakistanais – révolte baloutche menaçant la pérennité de Gwadar, conflits des zones tribales et du Cachemire compliquant le projet de pipeline vers la Chine. Ces conflits ont également des répercussions sur l’Iran qui cherche à desserrer l’étau des sanctions américaines en se rapprochant du Pakistan et de la Chine. Pékin devra également régler en douceur le problème du Xinjiang afin de ne pas s’aliéner les membres turcophones de l’OCS et poursuivre le développement de cette organisation susceptible de redessiner la carte du monde futur. Les États-Unis eux-mêmes, embourbés en Afghanistan et maladroits dans leurs relations avec les satrapes d’Asie centrale, n’ont pu avancer vers le cœur du Heartland. Malgré l’énergie et l’activisme déployés sous l’administration Bush, ils ont également globalement échoué à isoler la Russie. Ukraine mise à part, il semble que l’administration Obama soit moins encline à l’affrontement, ou peut-être est-ce simplement que les États-Unis se sont fait une raison et ont finalement accepté l’inévitable déclin de leur influence. L’Inde joue une participation intéressante, mais le point d’abcès cachemiri et la dispute frontalière qui en découle avec la Chine bloque quelque peu ses efforts vers l’Asie centrale. Toutefois, depuis l’élection de Narendra Modi, un rapprochement semble se dessiner entre l’Inde et ses deux rivaux traditionnels. Seule la Russie semble pour l’instant sortir gagnante, mais après avoir pris beaucoup de retard dans les années 90. Évitant soigneusement de s’immiscer dans les conflits et ayant « réglé » ceux qui la concernaient directement (Tchétchénie, Géorgie), retournant subtilement des pays qui s’en étaient brièvement écartés, jouant avec un talent certain de la diplomatie du gaz, Moscou a réussi à regagner une partie du terrain perdu vers le Rimland. C’est dans ce contexte qu’éclata la crise ukrainienne…

Christian Greiling

À suivre…

Traduit et édité par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone

Article précédent Article Suivant

   Envoyer l'article en PDF   

Guerre des devises


Est-ce le retour du rouble d’or ? Si oui, l’or est sur le point de faire un retour spectaculaire sur la scène monétaire mondiale pour la première fois depuis que Washington a unilatéralement déchiré le traité de Bretton Woods en août 1971


F.William Engdhal Par F.William Engdahl – Le 8 décembre 2015 – Source Russia Insider

Depuis quelque temps, la Chine et la Fédération de Russie ont compris, comme d’autres nations, que le rôle du dollar comme principale monnaie de réserve du monde est leur talon d’Achille économique.

Continuer la lecture

A quel jeu se jouera l’avenir de l’Eurasie entre la Chine et les US ? Aux échecs ou à la bataille navale?


Les Routes de la soie, les trains de nuit et la troisième révolution industrielle chinoise, quand Xi Jinping a la révélation de Jeremy Rifkin.

par Pepe Escobar

Préambule de Tom Engelhardt

A Washington, le ton monte, vif et furieux. Les Freedom Fries sont une chose du passé et tout le monde est d'accord sur la nécessité de soutenir la France (et plus ou moins rien de plus). Maintenant, les désaccords s'aiguisent sur l'opportunité d'intensifier marginalement l'utilisation de la puissance militaire américaine en Syrie et en Irak ou d'aller à la guerre grand format en envoyant des troupes. Le rédacteur en chef du journal néocon Weekly Standard, Bill Kristol, réclame déjà 50 000 hommes pour prendre la capitale de État islamique Raqqa. Candidat à la présidentielle, le sénateur républicain Lindsey Graham – qui a exhorté, depuis des mois, pour que 20 000 soldats de plus soient envoyés dans la région – propose cette analogie sportive éclairante : «Je veux un match à l'extérieur avec ISIL, pas un match à domicile. Je tiens à les combattre dans leur arrière-cour.»

Et n'oubliez pas la discussion sur le banc de touche, de plus en plus en colère, à propos du plan de l'administration Obama d'accueillir dans le pays 10 000 réfugiés syriens, soigneusement sélectionnés pour une durée maximale de deux ans. Des propositions alternatives demandent la mise en place de plusieurs procédures encore plus sévères, des contrôles sans fin pour assurer que peu d'entre eux peuvent le faire, permettant seulement aux Syriens chrétiens certifiés craignant Dieu de s'installer – un grand hourra pour le choc des civilisations –, laissant les musulmans pourrir en enfer, ou tout simplement en bloquer un maximum.
Dans une telle atmosphère de rancœur et de faucons va-t-en guerre purs et durs, il est de plus en plus difficile de se souvenir à quoi pouvait bien ressembler un monde plus paisible. Voilà pourquoi le journaliste itinérant de TomDispatch, Pepe Escobar, qui parcourt l'Eurasie, en particulier la région qu'il a depuis longtemps surnommée Pipelineistan, est comme une bouffée d'air pur. Il nous rappelle qu'il y a encore des endroits où les gens parlent – gasp! – de construction d'infrastructures sur une grande échelle, et pas de les laisser tomber en ruine faute de financement ; endroits où les dirigeants ont envie de réfléchir à la façon d'unifier le monde grâce à l'échange, et non pas de les ramener à l'âge de pierre par l'intermédiaire de la puissance aérienne et des drones. Peut-être que c'est uniquement la différence entre vivre au cœur d'un pouvoir en devenir, plutôt qu'en déclin.

L'intérêt de Pepe Escobar se porte sur la Chine et, ne vous méprenez pas, ce pays n'est pas de la tarte. Même s'il n'est pas, et de loin, au niveau américain, l'argent pleut à verse pour l'armée, et le pays joue des coudes avec ses voisins dans les eaux environnantes, comme vous pouvez l'attendre d'une puissance régionale exhibant ses muscles. Pourtant, il y a un rêve que ses dirigeants sont en fait heureux de promouvoir et qui n'est pas un rêve guerrier dans un monde de plus en plus fortement militarisé. Cela, en soi, devrait compter pour quelque chose. Mais laissons Pepe Escobar nous expliquer en détails ce rêve chinois à temps-plein de la construction d'une Eurasie, qui aurait en d'autres temps et en d'autres lieux, vraiment résonné comme un rêve américain.

Tom Engelhardt

Continuer la lecture

Affaire familiale, le sultan turc veut Mossoul… et son pétrole


L’Histoire s’accélère, retour sur le passé. Les plans d’Erdogan mis à jour. L’Empire ottoman, ça vous dit ?


RI Le 7 décembre 2015 – Source Russia Insider

Erdogan en vadrouille, en Irak ?

Le je-veux-être-sultan Erdogan n’a pas obtenu ce qu’il cherchait en Syrie, où il avait prévu de capturer et d’annexer Alep. Les Russes ont empêché cela. Il va maintenant vers sa cible secondaire, Mossoul en Irak, que de nombreux Turcs voient comme une partie historique de leur pays.

Continuer la lecture

A la veille de la guerre, les cavaliers de l’Apocalypse se préparent


Le 30 novembre 2015 – Source Deutsche WirtschaftsNachrichten

Pour la première fois depuis des décennies, toutes les grandes puissances européennes, ainsi que la Russie et les États-Unis, vont entrer en guerre en Syrie. Ensemble ou les unes contre les autres, ce n’est pas encore clair. Le fait est que ces guerres font rage depuis longtemps sous une forme ou une autre. Elles ont un potentiel de destruction énorme. Car personne ne sait exactement qui est ennemi et qui est ami. La situation est éminemment dangereuse. Continuer la lecture

L’économie Titanic : annonce de gros temps


Le dollar américain provoque la récession mondiale, la Réserve fédérale s’apprête à mettre de l’huile sur le feu


Par Michael Snyder – Le 22 novembre 2015 – Source The Economic Collapse

Dollar Hands - Public Domain

Le Brésil, 7e puissance économique de la planète, est affecté par une effrayante récession comme une grande partie du continent sud-américain. Cependant, l’Amérique du Sud est-elle la seule à connaitre un déclin économique ? Nous avons appris que le Japon (3e puissance économique mondiale) était entré dans une période de récession, ainsi que le Canada et la Russie. Les dominos tombent et il semble que la crise économique mondiale qui a déjà commencé, s’intensifie alors que la fin de l’année approche. A cet instant, le commerce  mondial a déjà chuté de 8,4% et la semaine dernière le Baltic Dry Index (indice des prix pour le transport maritime de marchandises sèches, comme le minerai) a dégringolé, atteignant un tout nouveau record historique. Malheureusement pour chacun d’entre nous, la Réserve Fédérale est sur le point de réagir rendant ce ralentissement économique mondial encore pire.

Continuer la lecture

Censure médiatique : la société civile laissée dans une ignorance taillée sur mesure

Par Gilbert Doctorow – le 3 décembre 2015 – Source Une parole franche.

Alors qu’il est bon que la narrative [anti-]russe soit reproduite [sans discussion] dans les médias dominants, l’approche par une presse qui se veut indépendante entraîne une certaine confusion dans les rédactions sur la manière de traiter une actualité qui ne correspond pas à l’image d’une Russie ennemie de l’Occident…

Continuer la lecture

Bachar al-Assad : la France soutient les terroristes qu’elle prétend combattre (VOSTFR)


Par Sayed Hasan – Le 5 décembre 2015 – Source sayed7asan

Alors que Laurent Fabius vient de déclarer que la France ne considère plus le départ de Bachar al-Assad comme une condition préalable au processus de transition politique, rompant avec plusieurs années d’intransigeance remarquable à cet égard (notre ministre des Affaires étrangères était allé jusqu’à déclarer que «Bachar al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre» et que al-Nosra, branche d’al-Qaïda, «fait du bon boulot» en Syrie, une première dans les annales de la diplomatie en temps de paix), et prétend s’engager plus fermement dans la lutte contre Daech en Syrie même, où le rôle de l’Armée syrienne est incontournable, il est bon de rappeler que de son côté, la Syrie n’est nullement prête à coopérer avec la France, qui avait notamment reconnu armer l’ «opposition modérée» syrienne.

Interview de Bachar al-Assad par une chaîne de télévision tchèque le 1er décembre 2015

Vidéo traduite et sous-titrée par Salah Lamrani

https://www.youtube.com/watch?v=z4Yy80F2dnk

 

Journaliste : Mais 250 000 victimes, c’est inconcevable, quel que soit le pays.

Bachar al-Assad : C’est le résultat prévisible face à du terrorisme soutenu par des puissances régionales et par l’Occident. Il ne s’agit pas seulement de terroristes issus de l’intérieur de la Syrie. Il s’agit de terroristes qui viennent de plus de 100 pays du monde. Ils veulent faire de la Syrie une plaque tournante du terrorisme, et la situation actuelle en est la conséquence naturelle. Et si nous n’avions pas défendu notre pays, le nombre de victimes serait décuplé.

Journaliste : Vous parlez du terrorisme. Il semble que durant les derniers jours, la crise syrienne a connu des développements majeurs. Selon vous, quelle fut la date la plus importante quant au développement de cette crise : le 30 septembre, avec l’intervention russe, ou le 13 novembre, avec les attaques terroristes à Paris?

Bachar al-Assad : Sans aucun doute, il s’agit de l’intervention russe, ou de ce qu’ils ont appelé le front contre le terrorisme. C’est l’événement le plus important car il s’agit de mesures concrètes contre le terrorisme.

En revanche, ce qui se passe à Paris au niveau politique ne vise qu’à dissiper le sentiment des Français, avec une posture des Français prétendant qu’ils vont attaquer Daech, d’une manière très différente. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Qu’ils n’étaient pas sérieux avant les attaques de Paris ? Tout ce qu’ils vont faire est d’apaiser le sentiment des Français, rien de sérieux, alors que les Russes sont très sérieux dans la lutte contre le terrorisme, d’autant plus qu’il y a de la coopération entre eux et l’Armée Syrienne.

Journaliste : Vous pensez donc que l’augmentation des attaques de la grande coalition occidentale menée par les Etats-Unis est sans effet ?

Bachar al-Assad : Depuis la formation de cette coalition, si on veut parler de faits et non pas d’opinions, Daech s’est étendu, et son recrutement partout dans le monde a augmenté. Alors que depuis l’intervention de la Russie dans cette même prétendue lutte contre le terrorisme, Daech a été affaibli, ainsi qu’al-Nosra et les autres groupes terroristes. Telle est la réalité. Voilà ce que disent les faits.

Journaliste : N’est-ce pas simplement dû au fait que sur le plan militaire, l’Armée de l’Air russe a pu collaborer avec les forces de l’Armée syrienne ?

Bachar al-Assad : Bien sûr qu’il y a une telle coopération, c’est ce que j’ai dit. Vous ne pouvez pas combattre le terrorisme par des interventions aériennes, vous ne pouvez pas, c’est impossible. Les Américains ont essayé de le faire en Afghanistan depuis combien de temps ? Depuis plus de 12 ou 13 ans. Sont-ils parvenus à un quelconque résultat ? Nullement. Le terrorisme reste fort en Afghanistan. C’est donc impossible. Vous avez besoin de coopération à l’intérieur du pays en question. Et quelle est la puissance majeure en Syrie ? L’Armée syrienne, et, bien sûr, le gouvernement.

Journaliste : Le Président français essaie de former une coalition plus large contre le terrorisme. Êtes-vous sceptique quant à ses efforts ?

Bachar al-Assad : Bien sûr (que je le suis). S’ils voulaient vraiment tirer les leçons de ce qui s’est passé dernièrement à Paris, pourquoi n’ont-ils pas appris de [l’attaque contre] Charlie Hebdo ? Le même principe, le même concept est à l’œuvre. Et nous avions alors déclaré que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, et que ce qui se trouvait sous l’eau était bien plus important. Ils n’en ont pas tiré les leçons. Voilà le premier point.

Deuxièmement, vous ne pouvez pas combattre le terrorisme tout en soutenant directement les terroristes, en leur fournissant des armes et en ayant des alliances avec les soutiens les plus farouches du terrorisme international, à savoir le Royaume d’Arabie saoudite. C’est impossible. C’est contradictoire. Vous ne pouvez pas être à la fois le gendarme et le voleur. Il faut choisir votre camp.

Journaliste : Mais je n’ai pas entendu parler d’approvisionnement occidental d’al-Nosra ou de Daech.

Bachar al-Assad : Vous pouvez en trouver les preuves les plus éclatantes sur Internet : les Français, et d’autres parties bien sûr, leur fournissent des armes, l’exemple français est clair. Comment un pays comme la France pourrait-il vendre de telles armes pour une destination inconnue, sans savoir entre quelles mains elles finiront ? C’est impossible. Ils le savent, via l’Arabie saoudite, via le Qatar, et peut-être via d’autres pays, ils savent très certainement [que leurs armes finissent entre les mains des terroristes].

Journaliste : Il y a eu un incident à la frontière turque, un bombardier russe abattu [par la Turquie]. Pensez-vous que cet incident va avoir un impact sur les résultats de l’effort de la présidence française visant à former une coalition plus large ? Pensez-vous que cela va compliquer les pourparlers de paix en Syrie ?

Bachar al-Assad : Je ne le pense pas, mais je pense que cet incident a montré les véritables intentions de Erdogan, qui, disons, a perdu le contrôle de ses nerfs simplement parce que l’intervention russe a modifié l’équilibre des forces sur le terrain. L’échec de Erdogan en Syrie, l’échec de ses groupes terroristes implique la fin de sa carrière politique. C’est pourquoi il est prêt à faire n’importe quoi pour entraver toute perspective de succès. Il a fait cela, mais je ne pense pas que cela changera en quoi que ce soit l’équilibre des forces.

La guerre contre le terrorisme se poursuit, la participation russe va se faire de plus en plus forte et elle l’est déjà de toute façon, et je pense qu’il n’y a pas de possibilité de marche arrière à cet égard, que Erdogan fasse encore une telle chose, de la même manière ou d’une autre manière (ou pas).

Journaliste : Le Président américain dit qu’il ne veut pas refaire la même erreur en lançant une opération terrestre sans savoir qui va remplir le vide (politique). La plupart des candidats à l’élection présidentielle ont dernièrement déclaré qu’ils veulent faire bien plus qu’une campagne de bombardements aériens (contre Daech). Selon vous, quelle est l’approche la plus réaliste qui permettra de vaincre véritablement Daech ?

Bachar al-Assad : En fait, si vous voulez parler du terrorisme en général et pas seulement de Daech, vous avez plusieurs axes, plusieurs aspects pour la résolution (de ce problème) : une partie concerne l’idéologie, une autre concerne l’économie, ou la coopération et les prises de positions politiques, etc. Et le dernier point est la coopération sur le plan sécuritaire et le combat direct.

Du fait de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, il n’y a pas d’autre choix que de les combattre directement, mais cela n’est pas suffisant. Si vous voulez les combattre et les vaincre, il faut couper et étouffer leurs lignes d’approvisionnement en armes, en argent et en recrues, qui viennent principalement de Turquie, avec le soutien de l’Arabie saoudite et du Qatar. Telle est la première chose à faire tandis que vous les attaquez au sol.

Maintenant, le problème est que nous combattons des terroristes qui bénéficient d’un approvisionnement illimité et incontrôlable de la part de différents pays, surtout des pays de la région, avec le soutien ou la bienveillance de l’Occident, de certains pays occidentaux pour être précis.

Journaliste : Vous avez dit que votre priorité est de vaincre les terroristes avant toute solution politique. Qu’entendez-vous par vaincre le terrorisme ? Qu’il n’y ait plus de groupes d’opposition armés en Syrie ?

Bachar al-Assad : Vous ne pouvez pas parler d’opposition au sens politique tant qu’ils prennent les armes. Vous savez bien que dans vos pays, lorsque vous parlez d’opposition, il ne s’agit que de mouvements politiques. Premier point.

Deuxièmement, s’il s’agit d’une opposition politique, elle doit avoir une base populaire. Donc lorsque nous parlons de rebelles, de militants lourdement armés qui attaquent le peuple, les Syriens, l’Armée syrienne, qui détruisent les biens publics et privés, etc., il s’agit de terrorisme, il n’y a pas d’autre terme. Nous n’acceptons pas cette catégorisation comme «militants de l’opposition», ou «opposition militaire», ou «opposition modérée prenant les armes». Ce n’est pas de l’opposition, c’est du terrorisme.

L’opposition est pour nous un mouvement politique. A l’extérieur ou à l’intérieur de la Syrie, peu importe. Bien sûr, l’autre aspect de l’opposition est d’être patriotique. On ne peut pas parler d’opposition lorsqu’elle est formée en France, au Qatar, en Arabie saoudite, aux États-Unis ou au Royaume-Uni. L’opposition doit être syrienne et pour les Syriens, et nous avons une opposition syrienne, nous avons une véritable opposition syrienne. Quelle est son importance, quelle est sa force, c’est une autre question.

Vaincre le terrorisme signifie donc supprimer tous les obstacles qui entravent le processus politique. Maintenant, si vous vous mettez d’accord sur telle étape ou telle procédure avec n’importe quelle opposition dans le monde, et j’entends par là l’opposition syrienne, que pourrez-vous obtenir ? Pourrez-vous tenir de véritables élections ? Pourrez-vous apporter de la stabilité au pays grâce à l’opposition ? En aucun cas. Les terroristes vivent dans leur propre monde, ils ont leurs propres objectifs, leur propre agenda et leur propre idéologie, c’est complètement différent de la partie politique (du problème).

Si vous vous engagez dans le processus politique – et il faut le faire, je n’ai pas dit que nous n’avons pas commencé à le faire –, je dis que si vous voulez véritablement avancer, de manière concrète, cela doit se faire après que nous ayons commencé à vaincre le terrorisme. Je n’ai pas dit après que nous l’ayons vaincu, car le vaincre est un long processus. […]

 Article  original publié par SANA

   Envoyer l'article en PDF   

La chute de l’Amérique signale la montée du Nouvel Ordre Mondial

« Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou »

Abraham Maslow (The Psychology of Science,  1966)

 


Par Brandon Smith – Le 2 décembre 2015 – Source alt-market


«La quête contemporaine pour l’ordre du monde va requérir une stratégie cohérente pour établir un concept d’ordre dans les différentes régions et relier ces ordres régionaux à un autre.» – Henry Kissinger, lors de l’assemblée du Nouvel Ordre Mondial
Continuer la lecture

Bienvenue chez nous, aliens !


orlovPar Dmitry Orlov – Le 30 novembre 2015 – Source Club Orlov

Cher Alien,

Nous sommes très heureux que vous ayez choisi de venir dans notre merveilleux pays. Nous sommes très honorés de vous recevoir parmi nous. Il n’y a que quelques formalités sans chichi, pour s’assurer que vous et mon pays sommes compatibles.

Continuer la lecture