Le monde réel face à la réalité de la télé
Une guerre est-elle inévitable ?


Par Le Saker Original – 21 avril 2015 – Source thesaker.is

Nous avons tous entendu les déclarations irresponsables des politiciens états-uniens et, ce qui est beaucoup plus préoccupant, de généraux: Poutine doit être stoppé et la Russie ne doit pas être autorisée à atteindre ses objectifs abominables.  Une déclaration caractéristique telle que celle-ci a été faite récemment par le général quatre étoiles à la retraite Barry McCaffrey :

Jusqu’ici, la réaction de l’Otan à l’agression de Poutine a été d’envoyer une poignée de soldats dans les pays baltes pour montrer sa résolution, ce qui n’a fait que convaincre que l’alliance n’a pas la capacité ou la volonté de se battre. Nous aurions donc tout intérêt à la [l’Otan] faire changer d’avis rapidement et à contester la doctrine de Poutine, qui veut qu’il soit disposé à intervenir militairement dans d’autres pays pour protéger les populations russophones. Nom de Dieu, la dernière fois que nous avons eu droit à ce genre de discours, c’était juste avant qu’Hitler n’envahisse les Sudètes.

Peu importe que les nous qui ont déjà entendu ce genre de déclaration de la part de Hitler aient laissé l’Union soviétique assumer quelque 80% de l’effort de guerre, en particulier la partie la plus difficile lorsque, à elle seule, elle a renversé le cours de la guerre. Et peu importe que les nous aient attendu que la défaite de Hitler soit certaine pour ouvrir un deuxième front. De toute évidence, McCaffrey estime que la nation indispensable doit aujourd’hui mettre les pieds dans le plat après avoir semé la zizanie en Ukraine, afin d’arrêter une nouvelle fois le nouvel Hitler (les anciens nouveaux Hitler comprenant notamment Slobodan Milosevic et Saddam Hussein, tous deux ayant prétendument représenté une menace existentielle pour le monde occidental).

Le vrai danger de ce genre de rhétorique réside dans les implications d’un discours selon lequel : 

Il existe une doctrine Poutine qui, sous prétexte de protéger les droits des minorités russophones hors de Russie, vise à reconquérir tout le territoire de l’ancienne Union soviétique.  Dans cette optique, on a recours à la propagande pour enflammer ces minorités russes, les inciter à protester puis intervenir en pratiquant une nouvelle forme de guerre appelée guerre hybride. Autrement dit, il s’agit de combiner les activités militaires, de renseignement, civiles et politiques au soutien de hooligans russes, d’agents du KGB infiltrés, etc.  Cette guerre hybride offre aux Russes une certaine capacité de déni plausible, soutenue si nécessaire par l’impression de maîtriser l’escalade (c’est-à-dire la capacité à contrôler l’ampleur et la rapidité de l’escalade du conflit).  Les cibles potentielles de cette doctrine Poutine sont, littéralement, toutes les anciennes républiques soviétiques, et plus particulièrement les républiques baltes, la Moldavie, la Géorgie et, voire, la Pologne.

Tout cela n’est qu’un tissu d’inepties absolues.  Il n’y a pas plus de doctrine Poutine que de guerre hybride ou de déni plausible, qui sont des inventions de la CIA. La conquête de régions de l’ancienne URSS est bien la dernière chose dont la Russie a besoin, encore moins quand il s’agit des petits États baltes, pauvres et inutiles, ou encore de la Moldavie ou de la Géorgie (qu’elle aurait d’ailleurs pu conquérir facilement en 2008!).  Cependant, le fait que toute cette théorie ne tienne pas debout ne la rend pas moins dangereuse, précisément parce qu’elle repose entièrement sur des idées paranoïdes plutôt que sur des faits.  Réfléchissez un instant: que pourrait faire Poutine pour montrer qu’il n’a absolument aucune intention d’envahir la Lituanie, la Lettonie ou l’Estonie?  Rien.  Même si la Russie démilitarisait entièrement Kaliningrad et transférait toutes ses forces à 300 km de ces mini-États, cela ne changerait rien à la situation de la minorité russe ni ne l’inciterait à accepter de vivre comme des citoyens de seconde zone dans un État où régnerait l’apartheid.  Un tel retrait ne manquerait alors pas d’être interprété comme une nouvelle phase de la guerre hybride, où l’on appliquerait les vieilles ficelles du KGB à la place d’une agression militaire traditionnelle.  En définitive, le problème est qu’on ne peut pas démontrer la fausseté de cette rhétorique, car elle repose sur des idées.  D’ailleurs, comment le démontrer par la négative ?

Cette rhétorique implique également un élément inévitable. Les Russes sont des impérialistes, le président issu du KGB utilise les ficelles du KGB, tandis que les nouveaux Hitler surgissent de partout, comme les champignons après la pluie. Il est impératif de les arrêter, et seule la nation indispensable est en mesure de le faire.

Captain America

Tout cela a quelque chose d’apocalyptique.  En écoutant tous ces Américains ignares, on ne peut se défaire de l’impression que le sort de l’humanité dépend, littéralement, de ces généraux éperdus de liberté prêts à voler au secours de la civilisation et de l’humanité menacées par la noirceur absolue de ces nouveaux Hitler, hybrides de Darth Vador, Sauron et Lex Luthor.  Poutine devient un personnage avec lequel chaque Américain a grandi, le fameux  grand méchant loup qui doit nécessairement être affronté par un super héros à la Captain America.

Évidemment, Captain America n’est plus vraiment ce qu’il était.  En fait, il n’a pas gagné de vraie guerre depuis 1945.  Mais peu importe. Voici l’ Empire des Illusions (pour parodier Chris Hedge) qui vole au secours d’une réalité sordide: tant que le peuple américain, entièrement zombifié par Idiot-Tube, croit que nous avons botté les fesses de Saddam, que Slobo a été traîné à La Haye et que le peuple de Kadhafi lui a fait subir une justice de la rue bien méritée, peu importe le nombre des échecs réels sur le terrain.  Il existe deux mondes parallèles qui ne se rencontrent jamais: la vraie vie et la vie des écrans de téléviseur américains.

La grande question qui se pose alors est la suivante: laquelle l’emportera?

Franchement, je n’en sais rien.

Dans un monde normal, il est quasiment inimaginable qu’un pays ayant perdu absolument toutes les guerres qu’il a menées depuis 70 ans décide de compléter cette série de défaites en s’attaquant à un pays qui a battu Napoléon et Hitler.  Toutefois, dans le monde de la télévision qui est celui des politiciens américains et, apparemment, aussi des généraux, ce monde dans lequel ils semblent vivre littéralement, la nation exceptionnelle pourrait bien être amenée à assumer le fardeau de l’homme blanc pour sauver l’humanité de la noirceur menaçante venue de l’Est.

Ma plus grande crainte est que la Russie soit amenée à ficher la raclée à un autre grand leader de la civilisation occidentale, mais que cette fois le prix en vies humaines ne soit encore plus élevé que les deux fois précédentes.

Aucun politicien américain ne sera présent cette année à Moscou pour commémorer la victoire [de la Seconde guerre mondiale].  Pourtant, pour une fois, j’espère sincèrement qu’ils allumeront leur cher téléviseur et réfléchiront au sens de cette commémoration, mais surtout qu’ils se poseront cette question toute simple: sommes-nous réellement beaucoup plus forts et beaucoup plus malins que ne l’étaient Napoléon et Hitler?

The Saker

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Donbass : Sanctuaires profanés


Par Dagmar Henn – Le 12 avril 2015 – Source thesaker.is

Voici le premier article qui m’a été envoyé par la représentante de la communauté du Saker en Novorussie, Dagmar Henn, du Saker allemand. Dagmar a fait un voyage difficile, avec très peu d’occasions d’écrire et seulement quelques connexions sporadiques et lentes à Internet (après tout, c’est une zone de guerre). J’espère que ce sera le premier d’une série de témoignages oculaires, envoyés par Dagmar sur la réalité de la vie en Novorussie aujourd’hui.

The Saker

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SITREP Ukraine jeudi 2 avril 2015

Le 2 avril 2015 – Source thesaker.is

La tendance générale en Ukraine reste inchangée: préparatifs à grande échelle pour la prochaine offensive.

Kolomoisky a été déchu de son poste de gouverneur par l’ambassadeur états-unien Geoffrey R. Pyatt et par le vice-président US Joe Biden, qui lui ont ordonné de démissionner, ce qu’il a fait immédiatement, volontairement, bien sûr. En échange, il a été autorisé à conserver ses actifs (militaires et financiers).

Les divers escadrons de la mort indépendants en Ukraine seront dorénavant fusionnés avec les forces armées régulières et Dmitri Iarosh deviendra conseiller spécial auprès du ministre de la Défense.

Les forces du Secteur Droit seront converties en brigade d’assaut.

Les Etats-Unis seront chargés de former la Garde nationale ukrainienne.

Le Parti radical d’Ukraine propose de criminaliser la négation de l’agression militaire de la Russie.

Ci-dessous une brève liste des  exercices militaires US planifiés pour 2015:

  • Gardien intrépide – 2015 (au total, 2 200 participants, incluant un millier de soldats américains)
  • Brise de mer – 2015 (au total 2 500 membres, dont un millier de soldats américains et 500 soldats de l’Otan, ou le partenariat pour la paix)
  • Sabre du gardien / Trident rapide – 2015 (au total 2 100 participants, incluant 500 militaires US et 600 soldats de l’Otan, ou le partenariat pour la paix)
  • Exercices ukraino-polonais des unités aériennes Cieux sûrs – 2015 (au total 350 participants, dont 100 militaires polonais) et des unités de police militaire
  • Loi et ordre – 2015 (au total 100 participants, dont 50 sont des soldats polonais).

Gardez à l’esprit que ces exercices d’entraînement officiels sont seulement une toute petite partie d’un gros paquet d’aide militaire, qui inclut des éléments secrets tels que des livraisons d’armes et des conseillers de Pologne, le recours à des fabricants d’armes privés et, évidemment, des forces spéciales états-uniennes opérant en secret. Du Vietnam au Nicaragua, à la Croatie, à la Bosnie, à la Libye, à la Syrie, au Yémen, c’est toujours le même modèle. Rien de nouveau ici.

The Saker

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

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Yémen :
l’axe du bien montre le vrai visage de l’Empire du néant.


Par Le Saker original – Le 3 avril 2015 – Source thesaker.is

Les titres de presse nous résument tout :

Tout cela peut se résumer ainsi: les États Unis qui ont encore provoqué un désastre dans un pays de plus sont les premiers à s’enfuir, et maintenant tout le monde s’enfuit, mis à part les forces russes et chinoises qui essayent d’évacuer leurs concitoyens. Encore un grand succès de politique étrangère pour Obama, qui avait présenté le Yémen comme un brillant exemple de succès de sa campagne anti-terroriste.

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Le Saker interviewe Paul Craig Roberts


 

Le Saker original – Le 24 mars 2015 – Source thesaker.is

Il y a longtemps déjà que j’avais envie d’interviewer Paul Craig Roberts. J’ai suivi ses articles et ses interviews pendant de nombreuses années et chaque fois que je lisais ce qu’il avait à dire, j’espérais avoir un jour le privilège de l’interviewer sur la nature de l’État profond états-unien et l’Empire. Récemment, je lui ai envoyé un message et je lui ai demandé une interview, ce qu’il a très aimablement accepté. Je lui en suis vraiment reconnaissant.

Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts

The Saker

 

 

 

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Ukraine SITREP du vendredi 20 mars 2015

Par Le Saker original – Le 20 mars 2015 – Source thesaker.is

Exactement comme le Titanic, l’Ukraine est en train de couler, toujours plus vite.

Maintenant, je suppose que la plupart d’entre vous a entendu parler de la quasi-insurrection dans Konstantinovka à la suite du meurtre d’une mère et de son enfant par un Ukrainien ivre conduisant un véhicule blindé de transport de troupes. Un accident peut arriver n’importe où, bien sûr, mais la quasi-insurrection qui a eu lieu après cet accident indique l’intensité de la rage et de l’hostilité de la population locale à l’égard de ses occupants nazis. La réaction de Kiev, toutefois, a été parfaite, belle comme une image: ils ont imputé l’émeute populaire à des provocateurs russes et ont envahi Konstantinovka d’escadrons de la mort.

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Russie et islam, Acte VII: les échappatoires de M. Météo

Par le Saker original – Le 20 mars 2013 – Source vineyardsaker

PREMIÈRE PARTIE – INTRODUCTION ET DÉFINITIONS.
SECONDE PARTIE  – LE CHRISTIANISME ORTHODOXE
TROISIÈME PARTIE – LA RUSSIE ACTUELLE
QUATRIÈME PARTIE – LA MENACE ISLAMIQUE
CINQUIÈME PARTIE – L’ISLAM, UN ALLIÉ
SIXIÈME PARTIE      – LE KREMLIN

Au cours de cette triste période où j’ai travaillé comme analyste [dans les services de renseignements US, Note du Saker Fr] pour gagner ma vie, j’ai eu un patron qui insistait toujours pour que je lui fournisse plusieurs scénarios possibles. Il voulait que je lui dise : «Il pourrait se passer X ou Y, mais si cela ne se produit pas alors la scène probable sera Z.» Dans son esprit, les analyses réalisées par notre service ne pourraient jamais être erronées si l’on tenait compte de toutes les possibilités, et ses supérieurs ne pourraient que le considérer compétent et méthodique. J’ai toujours détesté cette façon de voir les choses.

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Ukraine:
La démocratie de la baston
Les néo-nazis s’entre-dévorent

Par Le Saker original – le 8 mars 2015 – Source thesaker.is

Mon monstre favori à Kiev est l’infâme Oleg Liashko, qui amuse le monde toutes les semaines avec un nouveau scandale. Le dernier en date est un combat avec Sergei Melnichuk, le chef de l’escadron de la mort Aïdar. Sachant que Liashko a été élu grâce au prétendu soutien des membres d’Aïdar, il est assez cocasse de voir les deux hommes s’accuser mutuellement de trahison. Jugez par vous-même
sur la vidéo (sous-titres anglais [mais l’ambiance vaut le coup d’oeil, NdT]).

https://www.youtube.com/watch?v=iPSHIBdskfE

Bien sûr, l’importance de cette dernière confrontation entre les monstres réside dans le fait de la crise bien réelle à Kiev et dans le spectacle des nazis qui s’entre-déchirent en s’accusant mutuellement d’être des agents de Moscou. Que la paranoïa concernant les agents russes soit partout est aussi une bonne nouvelle car elle crée une atmosphère de panique, de suspicion, et ce chaos va certainement contribuer à la chute du régime actuel.

Sergei Melnichuk

Hélas, la question est de savoir si le prochain régime au pouvoir sera meilleur ou pire. Mon sentiment personnel est que ce sera encore pire ou que, à tout le moins, la toxicité sera plus visible. Pourtant, ce processus est probablement une fatalité historique et, selon l’expression consacrée, l’Ukraine devra toucher le fond pour se ressaisir à nouveau.

The Saker

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Y aurait-il une once de vérité dans la propagande ethnique ukrainienne?

Par Le Saker original – Le 6 mars 2015 – Source thesaker.is 

Nous avons tous entendu la position nationaliste ukrainienne: il sont les véritables héritiers slaves des Rus’ de Kiev alors que les Russes modernes sont en réalité soit des Tatars soit des Finno-ougriens, ou Dieu sait quoi d’autre. Et il y a ensuite cette fameuse citation de Napoléon, je crois, qui a dit : « Grattez le Russe et vous trouverez le Tatar ».

Ce qui nous intéresse ici, c’est qu’il pourrait bien y avoir un peu de vérité là-dedans, et pas seulement un grain.

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un Tatar? Bon, à l’époque moderne, un Tatar est une catégorie bien définie, à la fois d’un point de vue historique et du point de vue moderne (voir la fiche Wikipédia Tatar). Le problème est ce qui manque à ces définitions, à savoir l’ancien usage de ce mot. Même de nos jours, les différentes personnes qualifiées de « Tatars » ont très peu en commun. Elles ont encore moins en commun avec les Mongols modernes. Donc pourquoi les livres russes parlent-ils d’un joug tatar-mongol? Qui étaient ces Tatars-Mongols, en réalité?

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Entre les US et la Russie
La dissonance cognitive de la position de l’Union européenne

Par Mikhail Khazin – Le 5 mars 2015 – Source thesaker.is

Les problèmes avec l’idéologie de base de l’Union européenne impliquent bien sûr, au premier chef, la position de l’Allemagne. Pour voir avec la plus grande clarté, nous devons nous rappeler que dans le mantra [leitmotiv incantatoire] des partisans du libéralisme occidental, qu’ils soient de l’Union européenne, des États-Unis ou du cru [russe], l’objectif principal de l’Occident par rapport à la Russie est d’expliquer que l’adoption de valeurs libérales fondamentales conduiront inévitablement à une économie florissante et au bonheur de tous. Si nous faisons la moindre tentative de fourrer le nez dans les résultats réels, ils expliquent que nous, nous faisons tout mal; et que, plus spécifiquement, nous avons créé la corruption sur une vaste échelle.

Je vais laisser de côté le fait que les consultants occidentaux qui nous ont bourré le crâne avec leurs valeurs libérales étaient eux-mêmes une source de corruption. Ce n’est un secret pour personne que beaucoup d’entre eux, personnes physiques ou morales, ont rempli leur tiroir-caisse pendant le processus de privatisation. Ce n’est pas un secret non plus que ces privatisations étaient un processus entièrement criminel qui a non seulement créé une immense cohorte de fonctionnaires corrompus, mais a aussi empêché complètement le développement normal des petites et moyennes entreprises. Lorsque le processus de privatisation a été terminé, les corrupteurs libéraux se sont transformés en sicaires des multinationales, détruisant les entreprises qui se sont développées en dehors de leur contrôle.

Vous n’avez qu’à regarder la formulation des lois sur la faillite, les décisions des tribunaux, et ainsi de suite. Cette situation est le résultat de la privatisation, et tant que ce résultat n’est pas condamné et remis en cause, il sera très naïf de s’attendre à voir le pays connaître une croissance constructive quelconque. Les gens qui ont volé des millions sinon des milliards ne permettront jamais un environnement normal des affaires, parce qu’ils ne peuvent pas fonctionner dans des conditions normales de concurrence; la majorité d’entre eux doivent leur existence au vol dans les caisses de l’État ou à l’appui du gouvernement.

Mais revenons au sujet principal. Les gens qui gouvernent aujourd’hui notre pays, toute notre élite qui a été formée à partir de la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, épousent l’idéologie libérale. Ils sont sincèrement prêts à défendre le droit sacré à la propriété privée et à prendre leurs ordres de Washington. Ils ne veulent tout simplement pas prendre des risques ni partager le pouvoir dans notre pays.

Washington tolère souvent de telles situations. Les anciennes dictatures d’Amérique latine et la monarchie saoudienne ne peuvent pas être appelés des bastions de la démocratie et de la liberté. Et Israël, le chouchou des États-Unis est loin d’être un ange. Mais avec la Russie, quelque chose s’est mal passé. Ce qui est arrivé ici est complexe et peut être discuté longuement. Il est possible que les efforts d’un quart de siècle pour inculquer aux gens les valeurs libérales ont échoué, et Washington a décidé qu’au début de la crise mondiale la politique de libéralisation devait être intensifiée. Mais l’élite russe a résisté, craignant une véritable agitation populaire. Malgré cela, les États-Unis ont continué.

Bien sûr, cette situation ne convenait pas à l’Union européenne; ce n’était ni du goût de Bruxelles, ni de celui de Berlin, qui faisaient beaucoup d’affaires avec Moscou et ont été fermement convaincus que tôt ou tard ils en récolteraient les fruits. Et l’Ukraine était dans leurs plans. Mais l’idée générale que le centre du pouvoir pour l’Europe orientale ne devait pas être à Moscou, mais à Washington, n’a pas été envisagée. Et ici se trouvent les problèmes.

Moscou a posé, à plusieurs reprises, la même question: si votre objectif est d’inculquer certaines valeurs en nous, et si nous sommes prêts à les accepter, pourquoi voulez-vous éloigner l’Ukraine de la Russie? En effet, on a travaillé avec l’Europe de l’Est, aidés par Gorbatchev. Mais c’était une période de peur car on craignait que soudainement de vrais patriotes arrivent au pouvoir dans la Fédération de Russie ou ailleurs? Mais, maintenant, où est le problème? Même aux États-Unis, il y a des politiciens qui comprennent ceci: http://worldcrisis.ru/crisis/1828187 [en russe seulement].

Mais aujourd’hui, une telle question ne compte pas pour les États-Unis, qui ont une politique purement impériale et ne participent pas à ces discussions – [Jennifer] Psaki étant un bel exemple. Ils doivent mentir sur les faits? Alors ils mentent. Ils doivent répondre par le silence à une question délicate? Alors ils se taisent. Et rien ne peut être fait à ce sujet, parce que personne ne peut punir les États-Unis – pour l’instant. Mais à mon avis, une telle position va se retourner contre eux assez rapidement. Et la situation soulève des questions à Berlin et Bruxelles.

Ils se sont mis dans la tête d’amener l’Ukraine dans leur propre sphère d’influence (américaine, plus précisément). Je ne vais même pas discuter pourquoi; le fait est évident. Ils ne peuvent pas se permettre d’ignorer diverses questions et des faits désagréables, de sorte qu’ils doivent s’engager dans la discussion. La même question se pose en permanence, en différentes versions et interprétations: «Pourquoi ne voulez-vous pas que l’Ukraine se rapproche de l’UE avec la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan?» Dès que cette question revient, le représentant allemand/UE panique.

Bon, ils ne peuvent pas vraiment dire la vérité: en soutenant liberté et démocratie, nous reconnaissons que les États-Unis peuvent violer ces valeurs quand et où il veulent. Mais les États-Unis veulent arracher l’Ukraine à la Russie (parce que [Zbigniew] Brzezinski l’a dit, et que c’est une raison comme une autre), et nous devons l’aider, même si nous comprenons que cela menace les valeurs tant ressassées. Nous acceptons que la politique américaine soit fondée uniquement sur ses intérêts impériaux, et qu’elle crache sur la liberté et   la démocratie (je ne vais pas rappeler les conversations infâmes de [Victoria] Nuland, l’ingérence dans le décompte des voix lors de l’élection en Ukraine et ainsi de suite parce que cela a déjà tellement été dit). Nous reconnaissons que nous ne nous opposerons jamais à la position américaine et nous ne laisserons personne imaginer de pouvoir le faire. Tant que cela nous convient, bien sûr.

En conséquence, Berlin/ UE est dans une position extrêmement faible. Ils imposent la servitude à l’Ukraine avec un accord qui détruit complètement son économie, ils soutiennent le coup d’État, ils permettent à une faction pro-américaine en Ukraine de truquer grossièrement et cyniquement les élections. Et après tout cela, leur discours sur la liberté et la démocratie apparaît hautement suspect, non seulement à Moscou, mais aussi dans d’autres villes et pays. Que peuvent-ils faire dans une telle situation?

Continuer à parler de liberté et démocratie? Pour les personnes qui peuvent voir comment ils attirent l’Ukraine vers la liberté, l’organisation d’escadrons de la mort, les bombardements des quartiers résidentiels avec des armes de gros calibre et l’interdiction à  leurs concitoyens de donner leur opinion (si ça vous passionne, vous pouvez lire la façon définitive dont les bataillons du Secteur Droit se comportent dans le Donbass et dans les territoires qu’ils occupent). Je ne dirai rien du tout sur l’économie.

Dire la vérité? Mais alors il y aurait le danger que le pouvoir de l’opposition anti-élite, qui (sauf en Hongrie et en Grèce) commence juste à faire sentir sa présence dans l’UE, augmente considérablement. Si l’élite actuelle perd le contrôle sur les budgets et les devises, ils peuvent perdre à jamais le pouvoir. Et cette perspective est extrêmement désagréable pour eux.

Vous voulez une sorte de scénario extravagant? Par exemple, si les néo-nazis arrivent au pouvoir en Allemagne, ils vont s’entendre à merveille avec le Secteur Droit en Ukraine. Mais eux non plus ne s’accorderont pas avec l’élite pro-américaine actuelle, dont ils n’auront plus besoin.

En général, Merkel & Co ont de graves problèmes. Si l’économie était encore forte, il serait possible, comme toujours, de coller du papier peint sur les fissures et les absurdités de la version officielle avec des perfusions d’argent. Mais qu’est ce qui peut être fait dans la situation actuelle? Il n’y a pas de bonne réponse. Merkel continue ses efforts pour arrêter ce qui est clairement une guerre et pour persuader les États-Unis de se calmer, même si ce n’est que pour un temps. Mais c’est en vain parce que les États-Unis ont en fait déjà perdu la guerre, et leur arrogance impériale ne permettra pas que ça s’arrête, surtout avec une élection à portée de main. Parler de liberté et de démocratie est de plus en plus irritant, même au sein de l’UE. Merkel ne peut pas non plus  faire pression sur les États-Unis pour obtenir de l’argent. Je ne vais même pas parler de Bruxelles.

En général, il y a une seule chose que nous pouvons dire: si la base idéologique de l’Union européenne, une entité gouvernementale complexe, est construite sur une contradiction aussi sinistre, comme on le voit à l’évidence, alors ses jours sont comptés. Et rien ne peut être fait à ce sujet.

Traduit du russe par Robin  – Source russe worldcrisis.ru

Traduit de l’anglais par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone.

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