De la Chine à Assad, l’aventure c’est l’aventure


Un bloc militaire eurasien va-t-il prendre forme pour combattre l’Armée de la Conquête lancée contre la Syrie?


Par Philippe Grasset – le 17 juin 2015 – Source Dedefensa

Christina Lin

Pour une fois, attardons-nous à une prospective assez audacieuse, qui se formule avec le titre «Un bloc militaire eurasien va-t-il prendre forme pour combattre L’Armée de la Conquête lancée contre la Syrie ?». L’auteur(e) est une dame, Christina Lin, qui n’est ni une amatrice, ni une rêveuse impénitente. Elle est chercheuse à l’université SAIS-John Hopkins, au Centre des relations transatlantiques, après avoir été directrice de la politique chinoise au département de la Défense (Pentagone). Elle a publié un livre qui témoigne de son expertise chinoise qui lui est évidemment naturelle puisqu’elle est d’origine taïwanaise, La nouvelle Route de la soie : la stratégie de la Chine dans le grand Moyen-Orient. Sa spécialisation à cet égard porte sur l’évolution stratégique de la Chine, non pas dans le cadre asiatique/Pacifique mais à l’inverse, dans le cadre eurasien et par rapport au monde moyen-oriental ; donc l’évolution de l’Eurasie qui nous concerne directement, puisque la Russie y est partie prenante avec la question tchétchène, – la Russie qui est l’objet d’une crise fondamentale avec le bloc BAO à propos de l’Ukraine. Continuer la lecture de De la Chine à Assad, l’aventure c’est l’aventure

Trahison ou collaboration ?


The Saker

Le 2 mai 2015 – Source dedefensa.org

La chancelière allemande est-elle une bonne rente pour la CIA ?

A la suite de notre traduction d’un article de Russia Today intitulé Le renseignement officiel allemand espionne l’Europe au profit de la NSA, nous concluions par cette constatation : «[Cette information] nous apprend aussi qu’un acte que l’on pourrait légalement qualifier de haute trahison, par un service gouvernemental, ne fait absolument pas scandale dans la majorité politique, ni dans les médias où cette histoire incroyable de collaboration d’un service public allemand avec un État étranger, contre son propre gouvernement, est soigneusement étouffée». 

Philippe Grasset enfonce le clou avec cette excellente analyse sur le même sujet.

Le Saker Francophone

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Rafale : le mur du çon a été franchi


Le 13 avril 2015 – Source dedefensa.org

En un tout petit moins de deux mois, l’avion français Rafale de Dassault a enregistré deux commandes à l’exportation (24 de l’Égypte le 12 février, 36 de l’Inde le 10 avril), qui présentent plusieurs caractéristiques les rendant extrêmement singulières et formant un événement hors du commun. On évoque ici quelques points qui justifient le qualificatif de “singulière” et décrivent cet “événement hors du commun”.

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Débâcle US en Asie : le TTP après l’AIIB?


Par Philippe Grasset – Le 4 mars 2015 – Source dedefensa

Alors qu’ils sont en train d’essuyer à grand-peine les plaies et les plâtres consécutifs à l’énorme débâcle subie avec la banque d’investissement AIIB lancée par la Chine, les USA se trouvent devant la probabilité d’une nouvelle débâcle sur le même théâtre de l’Asie-Pacifique. Elle concerne le sort du grand traité de soi-disant “libre-échange” Trans-Pacific Treaty (TTP) qu’ils essaient d’imposer à l’ensemble Pacifique-Asie, – c’est-à-dire à un ensemble de pays dont la Chine est soigneusement exclue (l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle Zélande, le Pérou, Singapour, les USA et le Vietnam).

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Le journaliste russe qui croyait à la liberté

Par Philippe grasset – Le 25 mars 2015 – Source dedefensa.org

Radio Free Europe et Radio liberty censurent le journaliste russe qui croyait à la liberté

C’est une histoire exemplaire que celle d’Andrei Babitski, journaliste russe, libéral, anti-poutinien, face à son employeur depuis 1989, RFE/RL (Radio Free-Europe/Radio-Liberty), la puissante station de radio établie par les USA en Europe au début de la Guerre froide, pour émettre vers les pays communistes d’Europe de l’Est et l’URSS. RFE/RL s’est reconvertie à partir de 1989-1991, dans le sens voulu par la politique US selon la dynamique de la politique-Système. Babitski, lui, a suivi son penchant pour la démocratie et pour la liberté telles qu’il se les représente, et a pris au grand comptant la morale qu’on lui présentait. Il acquit une célébrité certaine par ses reportages sur la Tchétchénie, sur la Géorgie, sur les révolutions de couleur, chaque fois contre le pouvoir russe et bientôt contre Poutine. Emprisonné par les Russes puis par les Tchétchènes en 2000, il fut l’objet d’une intervention personnelle de la secrétaire d’État Madeleine Albright pour sa libération. Le destin commença à changer pour Babitski en mars 2014 avec la question de la Crimée, avec un article passé sur son blog, en russe, article anti-poutinien et extrêmement critique de la politique et de la situation officielles de la Russie comme à l’habitude, mais qui commençait tout de même par cette phrase : «Ceci n’est pas à propos de la Crimée, – sur cette question, je suis complètement d’accord avec la thèse centrale de Vladimir Poutine selon laquelle la Russie a le droit absolu de prendre la population de la péninsule sous sa protection.» Le reste suit jusqu’à la mise à pied de Babitski, en septembre 2014, parce qu’il avait mis en ligne une vidéo montrant quatre cadavres dont ceux de deux civils qui pouvaient sembler avoir été l’œuvre des milices ukrainiennes d’extrême-droite ou de l’armée ukrainienne.

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Philippe Grasset en grâce : considérations sur le Chaos, la puissance des mots et l’agonie du sens, ça colle plus

Par Philippe Grasset – Le 19 mars 2015 – Source dedefensa

Je vais parler de la puissance des mots par rapport à la signification qu’on leur prête et par rapport à la signification qu’ils ont en eux-mêmes et d’eux-mêmes, de l’attraction qu’ils peuvent exercer sur nous, parfois dans un mauvais sens qui les rend trompeurs parce qu’ils risquent de débaucher notre pensée, jusqu’à ce point où il devient impératif de veiller à les rétablir dans leur véritable influence et leur juste signification. C’est là la signification générale de ma démarche, à propos d’un de ces mots qui exercent une puissante fascination ; un mot qui est un exemple du cas général présenté ici et une nécessité spécifique de notre situation générale présente tant son emploi est courant aujourd’hui.

J’éprouve effectivement ces sentiments divers avec le mot “chaos”, dont on comprend aisément qu’il est pleinement dans l’esprit de notre temps courant. C’est pour cette raison d’abord de son actualité, bien qu’il soit au moins symboliquement et selon la tradition aussi vieux que le monde connu, que ce mot est à la fois trompeur et fascinant, qu’il est en vérité essentiel pour la juste appréciation de notre époque déferlante, qu’il est lui-même l’objet d’un débat sémantique qui recèle également un jugement de fond sur les événements en cours, qu’il mérite par conséquent toute notre attention et qu’il exige d’être rétabli dans toute sa réelle puissance et sa magnifique signification. Le mot “chaos” est un de ces mots qui transmutent une époque, qui transcendent des événements, qui bouleversent les êtres jusqu’aux tréfonds de leurs âmes héroïques, qui suscitent les pensées les plus audacieuses et les emportements les plus exaltants.

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La théorie de l’échec – par Orlov

Par Philippe Grasset – Le 6 mars 2015 – Source dedefensa.org

Préambule

Philippe Grasset analyse en détail un texte d’Orlov en le connectant à ses propres intuitions, bien connues de ceux qui suivent depuis longtemps l’évolution de ses conceptions méta-historiques. Le côté décalé et paradoxal de l’approche d’Orlov, persifleur comme dirait Philippe Grasset, ne doit pas masquer le fait, par ailleurs relevé par un lecteur dans un commentaire de son article sur dedefensa.org , que la conduite par les Américains des affaires de la planète n’est pas un échec pour tout le monde. La théorie du chaos pour les 99% et des intérêts pour le 1% restant n’étant finalement que les deux faces de la même pièce de monnaie.

Le commentaire en question

Echec de qui, de quoi ?
Frédéric GUILLIEN 06/03/2015

Quand on consulte l'évolution des transnationales et de leurs pouvoirs, on ne peut que constater que la politique système est un énorme succès. Y compris quand une campagne militaire comme l'Irak ou l'Afghanistan se termine en fiasco géopolitique (et encore, est-ce tant un fiasco que cela ? Le chaos est-il tant un fiasco que cela ? il permet de justifier d'autres ponctions sur le grand nombre, au nom de la lutte contre le chaos...)

Le Saker Francophone

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Un assassinat pour notre temps de crise

Par Philippe Grasset – Le 2 mars 2015 – Source Dedefensa

 Il y avait une logique attendue face à cette sorte d’événements, dans tous les cas la raison nous le disait. Mais il faut se méfier de l’emploi exclusif de la raison pour la prévision, parce qu’elle est devenue, plus ou moins développée, la raison-subvertie par le Système ; même chez ceux qui parviennent à lutter contre l’influence du Système et qui le font en toute conscience, leur raison n’en subit pas moins quelques effets (et en général ils le savent et s’en gardent à mesure). C’est pourquoi il faut se garder de sacrifier à la prévision selon le mode classique rationnel (refuge de l’inconnaissance) et, une fois placé devant l’événement, encadrer strictement sa raison de l’expérience et surtout de l’intuition dont on doit espérer qu’elle est haute. Nous faisons ces considérations générales à propos de l’assassinat de l’opposant à Poutine Boris Nemtsov, vendredi soir, en plein cœur de Moscou, à quelques jets de pierre du Kremlin.

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Le «spectre de la guerre nucléaire» s’installe

Par Philippe Grasset – Le 12 février 2015 – Dedefensa

Il commence à apparaître que la conscience de la possibilité d’une guerre totale, c’est-à-dire la possibilité d’une guerre nucléaire, existe dans la logique folle de la crise ukrainienne. Les causes de cette prise de conscience sont sans doute diverses mais tournent autour de la politique US – non-politique assimilable à la politique-Système fondée sur le développement incontrôlé d’une surpuissance agressive, marquée dans son plus récent spasme par l’exploration de la possibilité de livrer des armements avancés à Kiev. Paul McAdams, du Ron Paul Institute, propose cette explication à l’absence des USA dans les négociations du quartet de Normandie qui contient en soi la cause de cette prise de conscience du risque nucléaire, sous la forme d’un rapport dont le Système a le secret. (Rassembler des noms prestigieux à Washington – Ivo Daalder, Michele Flournoy, l’amiral Stavridis, Strobe Talbott, etc.; sous l’égide de trois prestigieux think tanks évidemment complètement indépendants – Brookings Institution, Chicago Council on Global Affairs, Atlantic Council; conclure qu’il faut livrer très, très vite des armes à l’Ukraine pour défendre glorieusement son indépendance; la note de ces fournitures est même détaillée, selon une répartition qui fait honneur au sens de l’équité entre eux des généreux donateurs du complexe militaro-industriel, lesquels ont, pour ajouter la générosité au symbole, financé ce rapport… La conclusion est qu’il faut $3 milliards de quincaillerie pour l’Ukraine.)

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