Un sondage du Centre de recherche Pew sur l’Ukraine

Le Pew Research Center a réalisé une nouvelle enquête d’opinion dans plusieurs pays de l’Otan et en Russie sur le conflit en Ukraine


 

Moon of Alabama

Moon of Alabama

Le 10 juin 2015 – Source: Moon of Alabama

Les populations des principaux pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) blâment la Russie pour le conflit en cours en Ukraine. Beaucoup de gens considèrent aussi la Russie comme une menace militaire pour ses voisins. Mais peu soutiennent l’envoi d’armes à l’Ukraine. En outre, la moitié au moins des Allemands, des Français et des Italiens disent que leur pays ne devrait pas utiliser la force militaire pour défendre un autre membre de l’Otan au cas où il serait attaqué par la Russie.

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Le Pentagone se prépare-t-il vraiment à lancer une attaque nucléaire contre la Russie ? (Un indice : non !)


The Saker

The Saker

Par le Saker original – Le 6 juin 2015 – Source : thesaker.is

L’internet est en effervescence avec des articles affirmant que les États-Unis préparent une attaque nucléaire contre la Russie. Apparemment, tout a commencé avec un article dans le Web Socialiste Web Site intitulé US officials consider nuclear strikes against Russia [Les responsables états-uniens envisagent des frappes nucléaires contre la Russie].  Cet article a ensuite été repris par Global Research, qui a amélioré le titre en Military Madness : US Officials Consider Nuclear Strikes against Russia [Folie militaire : les responsables états-uniens envisagent des frappes nucléaires contre la Russie].  Ensuite, tous les autres ont repris le bobard provoquant la panique et ont couru derrière lui.

Tous cela n’a aucun sens.

Voici ce qu’il se passe en réalité.

Tout a vraiment commencé avec Associated Press qui a publié un article sur la façon dont les États-Unis pourraient déployer des missiles en Europe pour contrer la Russie [US might deploy missiles in Europe to counter Russia].  Notez bien que cette histoire originale parle de contrer, pas d’attaquer. Si vous lisez l’article, vous verrez que tout cela est très simple : certains cercles aux États-Unis accusent la Russie de déployer des missiles de portée intermédiaire en Europe en violation du Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (INF). Lorsqu’on a demandé aux huiles du Pentagone ce que les États-Unis pourraient faire à ce propos, leur réponse était prévisible à 100% : nous déploierons nos propres missiles. C’est tout.

La première question est de savoir si la Russie a fait quelque chose pour violer le traité INF. Un excellent article dans le National Interest titré Is Russia violating the INF treaty [La Russie viole-t-elle le traité INF] explique tout : cette affaire n’est fondée sur rien. Enfin bon, presque rien. Voici ce qui a provoqué toute cette panique :

1. La Russie a tiré quelques ICBM (missiles intercontinentaux à longue portée) une ou deux fois à une distance plus courte, ce qui a placé leur trajectoire en dessous de la limite maximale prévue par l’INF.  Mais puisque personne ne conteste que ces missiles sont des ICBM, cela ne signifie vraiment absolument rien.

2. Il y a des soupçons que la Russie pourrait développer des missiles de croisière à portée intermédiaire au sol dérivés du missile Iskander ou du Granat.  Mais puisqu’il n’y a aucune preuve que cela est arrivé, ces soupçons ne signifient rien non plus.

Ce qui se passe vraiment est très simple : depuis que les États-Unis vont de l’avant dans leur plan délirant de développer un bouclier anti-missile en Europe, la Russie a répondu en menaçant de déployer (selon certaines sources c’est fait) ses missiles Iskanders à Kaliningrad et le long de ses frontières occidentales. Les Iskanders sont des missiles très performants qui flanquent la trouille à l’Otan, parce qu’ils seraient parfaits pour frapper les centres de commandement des forces de l’Otan déployés à l’avant. La solution évidente pour l’Otan serait de ne pas déployer les centres de commandement de ses forces si loin à l’Est.  Mieux encore, laisser tomber le bouclier stupide de défense anti-missile résoudrait complètement le problème. Mais puisque l’Otan doit terrifier les Européens avec une menace russe inexistante, elle ne peut pas le faire : même si aucune menace de la sorte n’existe, les gars de l’Otan doivent montrer leur immense courage et leur détermination en faisant toutes sortes de choses stupides et inutiles.  Comme se déployer vers l’avant.

Comme résultat de sa brillante stratégie, l’Otan a maintenant une cible peinte sur ses installations anti-missiles de fantaisie et ses atouts déployés à l’avant. Et l’Otan n’apprécie pas du tout. Donc ils sont venus avec une autre déclaration stupide, idiote mais macho : «Nous déploierons nos propres missiles de portée intermédiaire pour menacer les missiles russes de portée intermédiaire.» Petit détail : les centres de commandement de l’Otan et les forces déployées à l’avant sont soit fixes soit vraiment faciles à détecter. Les Iskanders russes sont mobiles sur route et fondamentalement indétectables. Mais peu importe, tant que le public en général a conscience de sa peur et du courage viril de l’Otan – tout va bien, non ?

Donc récapitulons : l’Otan envisage le déploiement de missiles qui devraient répondre à une possible (future) violation par la Russie du Traité INF. Folie militaire ? Certainement pas !  Juste une variante potagère de démagogie politique, c’est tout. Si l’article du World Socialist Web Site était trompeur, alors le titre amélioré de Global Research est carrément irresponsable. Personne aux États-Unis n’envisage le recours à des armes nucléaires contre des missiles sur le territoire russe, parce que chacun sait que cela garantirait une réponse dévastatrice sur le territoire continental des États-Unis.  Bien sûr, si en employant le verbe envisager, nous voulons dire développer la capacité de, alors chaque camp a envisagé d’utiliser des armes nucléaire contre l’autre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais ces articles sonnent comme si les États-Unis avaient subitement décidé de se préparer à une attaque nucléaire contre la Russie, ce qui est une absurdité totale.

Donc veuillez noter que tout ce débat sur l’INF n’a rien à voir avec l’Ukraine. C’est juste un remake de la crise des Pershing/GLCM vs SS-20 des années 1980.  Nous sommes déjà passés par là. Rien de nouveau.

Les États-Unis n’ont aucun désir de s’engager dans une guerre nucléaire avec la Russie. La véritable stratégie US est très différente, mais pas moins dangereuse : ce que les États-Unis sont en train de faire est de provoquer une crise à partir de rien en créant des tensions à tous les niveaux, du secteur financier au sport, et à la question totalement artificielle de l’INF [sans oublier le révisionnisme historique comme arme de déstabilisation, NdT].  Du point de vue des États-Unis, les tentatives actuelles de subvertir la FIFA et de subvertir le Traité INF sont au même niveau conceptuel : faire vivre l’enfer aux Russkis à tous les niveaux. Et, évidemment, c’est ce qui est dangereux, à la limite de l’irresponsable, vraiment. C’est aussi voué à l’échec (vous pouvez parier qu’avec la dernière victoire états-unienne contre Blatter, immédiatement après sa réélection, la haine à l’égard des États-Unis dans le monde a bondi de X points supplémentaires). Oui, l’Empire est en mode panique, agissant stupidement et essayant de faire baisser les yeux aux Russes, malgré le fait que dans la culture russe, les menaces et la démagogie sont toujours interprétées comme un signe de faiblesse.

Une dernière chose : les Russes considèrent les zones de déploiement des Iskanders comme un secret d’État.  En d’autres termes, ils ne révéleront pas où ces missiles sont déployés ni ce qu’ils visent (rappelez-vous, les Russes ne croient pas aux menaces). Tout au plus, il s’assureront que l’Otan est au courant, en termes généraux, si nécessaire. Mais n’attendez pas de menaces en provenance de Moscou.

En fin de compte, la question vraiment intéressante est de savoir si les Russes déploieront une nouvelle génération de missiles de portée intermédiaire. Si oui, ils l’annonceront et se retireront officiellement de l’INF. Mon sentiment est que c’est ce qu’ils pourraient faire. Les Russes commencent à en avoir vraiment, vraiment marre de l’absence totale de coopération des US/Otan/UE, de leur mauvaise volonté générale et de leurs constantes petites provocations. Il y a un dégoût particulier pour les États prostitués d’Europe centrale (Pologne, Roumanie). Le Kremlin pourrait comprendre une réalité simplement militaire : puisque la Russie n’a pas de plans offensifs pour attaquer l’Europe, les missiles états-uniens de portée intermédiaire ne serviront à rien en Europe, alors que la population locale pourrait commencer à paniquer à voir les missiles nucléaires US arriver en grand nombre. En revanche, puisque la Russie est en position purement défensive, avoir des missiles de portée intermédiaire pourrait être très utile pour se protéger contre une éventuelle attaque de l’Otan.  Enfin, il y a le facteur géographique : si les missiles russes de portée intermédiaire frappaient l’Europe, ce ne serait pas une attaque sur le continent américain. Mais si les missiles de portée intermédiaire états-uniens attaquaient la Russie, ce serait une attaque sur le continent russe. Donc lequel, à votre avis, aura les plus fortes réserves avant de presser sur le bouton ?

Évidemment, j’espère que les missiles de portée intermédiaire ne seront pas déployés. La dernière chose dont le monde a besoin, juste maintenant, est une nouvelle source de tensions et de peur. Et, comme je l’ai écrit plusieurs fois ici, tandis que les États-Unis veulent des tensions aussi fortes que possible (vraiment sans guerre), la Russie a désespérément besoin des tensions les plus basses possibles. Donc je pense que les Russes travailleront secrètement pour être prêts à déployer des missiles de portée intermédiaire à très court terme, mais qu’ils essaieront de toutes leurs forces d’éviter une situation où ceux-ci pourraient être nécessaires.

Quoi qu’il en soit, la prochaine fois que vous tomberez sur un titre qui provoque la panique, genre les États-Unis sur le point de lancer une attaque nucléaire sur la Russie, respirez profondément, ne tirez pas de conclusions hâtives et prenez le temps de savoir si une telle hyperbole est justifiée ou non.

Salut,

The Saker

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

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Le rêve américain : du G1 + supplétifs, à Bilderberg

«...WikiLeaks a publié, au moment opportun, l’annexe sur les soins de santé de la version provisoire et secrète du chapitre du PTP portant sur la Transparence, de pair avec la position de négociation de chaque pays. Pas étonnant que la version préliminaire soit secrète. Et l’accord n’a rien de transparent; il s’agit carrément d’un braquage flagrant des autorités sanitaires nationales par les grandes sociétés pharmaceutiques.

Pour résumer, ces trois mégas accords (PTP, TTIP et ACS) représentent le modèle absolu de ce qu’on pourrait poliment décrire comme une gouvernance d’entreprise mondiale, qui fait saliver Bilderberg. Les perdants : les États-nations et le concept même de démocratie occidentale. Les gagnants: les méga-multinationales..."
Pepe Escobar

Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – 11 juin 2015 – Source Russia Today

Quel est le lien entre le sommet du G7 en Allemagne, la visite du président Poutine en Italie, la réunion du groupe Bilderberg en Autriche et les négociations en cours à Washington à propos de l’accord de libre-échange TTIP [Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement] USA-UE ?

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Parade US contre l’Eurasie : ISIL, les nazis de Kiev, et la rage contre l’Histoire

Avant-propos

Alors que le révisionnisme historique a le vent en poupe, la France ne peut que se féliciter des lois votées en 1990 sous le nom de lois Guayssot, qui criminalisent la contestation de crimes contre l'humanité, protégeant ainsi la mémoire de l'Holocauste.Pour le reste, on attendra que les crimes contre l'Histoire deviennent des crimes contre l'humanité.

Le Saker Francophone

Andrew Korybko

Par  Andrew Korybko – Le 4 mai 2015 – Source thesaker.is

Les  supplétifs régionaux des États-Unis au  Moyen-Orient et en Ukraine sont engagés dans un saccage de leur propre histoire, faisant tout ce qu’ils peuvent pour enterrer le passé de leurs pays afin de construire plus facilement leur version d’un avenir utopique.

 

Cette tendance à la guerre contre l’histoire est endémique suite à la militarisation de la mémoire historique que les États-Unis déploient partout en Eurasie. Avec ISIL saturant les manchettes mondiales des journaux après la saisie de Palmyre et la menace urgente que cela pose sur ce site du patrimoine mondial de l’UNESCO, il est intéressant de revoir comment la croisade anti-historique du groupe terroriste est identique à ce que les nazis de Kiev font en Ukraine, et comment toutes ces destructions sont liées au nouveau type de guerre asymétrique que les États-Unis pratiquent à travers l’Eurasie.

Rompre (physiquement) avec le passé

ISIL et les nazis de Kiev sont acharnés à éliminer tous les liens vers le passé qui ne correspondent pas à leurs idéologies radicales respectives du wahhabisme et du fascisme. Voici une brève vue du carnage historique qu’ils ont mené jusqu’à présent :

L’ISIL

CNN a rendu compte en avril des traces de destructions historiques que ISIL a laissées dans son sillage. Leur liste complète, étonnamment détaillée, des dommages causés aux anciennes villes de Nimrud, Khorsabad, et Hatra, ainsi que la destruction du musée de Mossoul (où seraient maintenant des répliques), la Bibliothèque de Mossoul, et le tombeau de Jonas. Pourtant, ce ne sont que des exemples pour représenter la plupart des attaques de grande envergure que le groupe a réalisées sur les objets historiques, comme il est assuré qu’ils ont fait beaucoup plus de dégâts à des artefacts de relativement moindre importance ou de moindre renommée.

Alors que certains de leurs exploits ont été utilisés à des fins de propagande, ils ne nuisent pas à la sincérité de l’intention des terroristes de forcer à réécrire l’histoire. L’objectif de ISIL semble évidemment être l’élimination de tous les symboles civilisationnels fédérateurs qui datent d’avant l’aube de l’Islam afin de créer la fausse impression que les terres qu’ils occupent actuellement n’avaient pas d’antécédents pour les occuper avant cette période. Le groupe estime apparemment que leur militantisme contre des objets historiques renforce en quelque sorte leur légitimité et les rend plus attrayants (et craints).

Les nazis de Kiev

Le régime pro-occidental à Kiev participe aussi pour sa part au révisionnisme historique physique, ayant renversé plus de cinq cents monuments de Lénine à travers le pays dans la dernière année seulement. Cette obsession violente contre Lénine est tragiquement ironique puisque c’est lui qui a effectivement créé l’Ukraine moderne. Mais pour un fasciste ukrainien, il ne représente rien de plus qu’un supposé contrôle russe sur la région et, par conséquent, doit être éliminé de la vue et de l’esprit.

Allant plus loin, Kiev a banni les symboles communistes et changé à la fois la date et la manière dont le Jour de la Victoire [sur l’Allemagne nazie] sont célébrées. Le pays force maintenant à utiliser le symbole du pavot à la place du ruban de St. George et commémore l’événement (appelé le Jour du Souvenir et de la réconciliation) un jour avant la Russie, en conformité avec les Européens de l’Ouest. Quel est le but de Kiev ? Créer une distorsion dans la continuité historique entre le Banderistes [les fascistes ukrainiens] et le post-coup d’État en Ukraine, en éliminant de manière sélective des éléments de son histoire, datant de l’ère soviétique, qui malencontreusement se dressent sur le chemin de ce mythe, sans évoquer bien sûr la création de l’Ukraine moderne par les Soviétiques.

Manipulation de l’avenir

Les attaques physiques de ISIL et Kiev sur l’histoire sont dirigées autant contre l’avenir que contre le passé. La lustration historique à laquelle les deux participent à pour objet de pousser les populations qu’ils contrôlent à réinterpréter le passé pour faciliter des ambitions futures très spécifiques. En changeant l’histoire, ils changent l’identité des personnes, et avec elle, le cours de leur développement. Ainsi, ils utilisent l’outil de la mémoire historique afin de modifier, par la force, le destin des territoires qu’ils administrent, peu importe la durée de leur emprise sur eux.

Ceci est possible car la guerre qu’ils mènent est terriblement inégale, en ce que les agresseurs sont capables d’attaquer un monument historique ou de créer un événement de leur choix, tandis que les défenseurs n’ont rien d’équivalent pour riposter. Il s’agit essentiellement d’une guerre défensive sans fin qui doit être combattue par la vérité sur l’histoire, tandis que les révisionnistes militants sont libres de choisir quand et où ils lancent leur prochaine offensive. Dans le cas de Kiev, le gouvernement contrôle la plupart de l’État ukrainien et peut donc se présenter à l’Occident avec une carte blanche [pour agir chez lui comme il l’entend, NdT], mais ISIL ne contrôle pas l’ensemble de la Syrie ou de l’Irak, donnant ainsi aux deux États, et civilisations, la possibilité de défendre au moins certaines parties de leur patrimoine physique.

Il faut souligner que peu importe combien de temps ISIL ou Kiev règnent sur leurs territoires, ils ont déjà commis des dommages historiques irréparables sur ce point. La destruction par ISIL d’anciens sites millénaires parle par elle-même, alors que la campagne de Kiev, en dépit de ne pas être aussi grande que celle de son homologue du Moyen-Orient, a réussi à rendre schizophrénique l’identité de l’État retrouvé. Même s’ils sont finalement vaincus, il est impossible pour chaque territoire affecté de retourner au statu quo ante bellum, démontrant ainsi que les assassins éphémères (et potentiellement périodiques) wahhabites et fascistes sont capables de réaliser d’immenses dommages historiques dans une très brève période de temps. On devrait malgré tout se souvenir que ce n’est pas totalement sombre, car la résistance du peuple dans la lutte contre ces maux peut constituer la base d’une nouvelle mémoire historique qui pourrait aider à aplanir les clivages du passé si le conflit se termine en leur faveur.

Similitudes frappantes

Les similitudes de ISIL et Kiev ne se résument pas à leur révisionnisme violent et à leurs manipulations futures, car ils partagent aussi quelques autres détails essentiels :

Asymétrie

ISIL et les nazis Euromaïdan sont arrivés au pouvoir, dans leurs domaines respectifs, par des moyens asymétriques, avec une préférence pour le terrorisme urbain. Après avoir atteint leurs positions actuelles, ils ont alors commencé à mettre en œuvre des tactiques conventionnelles hybrides; ainsi, ISIL a saisi des véhicules militaires américains et irakiens, tandis que Kiev réquisitionnait l’ensemble des Forces armées ukrainiennes. On peut donc constater, comme un état de fait, que les deux entités ont des motivations militaires dans la poursuite de leurs objectifs, et ce n’est pas une coïncidence non plus de constater que ces deux objectifs, renverser le gouvernement syrien et affaiblir l’Irak d’un côté, expulser d’Ukraine les Russes et leur influence, recouvrent exactement les objectifs stratégiques des États-Unis, et ont obtenu le soutien américain direct dès l’origine.

Patronage américain

Cela met en évidence le fait que les deux groupes ont été créés par les États-Unis, même si parfois ils finissent par échapper à leur contrôle direct. Beaucoup a déjà été écrit sur le soutien des États-Unis, de $5 Mds, pour les opérations ukrainiennes de changement de régime et la participation active de Victoria Nuland dans l’Euromaïdan, mais les connexions de ISIL avec l’establishment états-unien n’ont pas attiré l’attention des médias traditionnels. Cependant, la Russie n’a pas gardé le silence sur le lien entre les deux, avec Lavrov dénonçant la stratégie US des bons et des mauvais terroristes, et même le directeur du GRU s’en prenant à Washington pour la création du terrorisme islamique. Peu importe la manière dont on essaie de bricoler les faits,  ISIL et le fascisme ukrainien doivent leur forme actuelle aux graines semées par les Américains, peu importe la honte que ce fait peut provoquer chez les contribuables du pays qui paient pour ça.

«Révolution»

Les wahhabites et les fascistes se dédient avec véhémence à renverser les gouvernements stables et établis qui sont venus avant eux, qu’ils soient républicains laïcs ou simplement pragmatiques (mais loin d’être parfaits) en équilibrant leurs rapports avec l’Est et l’Ouest. Ils envisagent d’imposer le contraire de ce qui existait avant eux, respectivement une dictature wahhabite et un État occidental-vassal fasciste. Grâce à leurs campagnes de propagande dans les médias sociaux, les deux mouvements radicaux tentent de se vendre eux-mêmes comme des révolutionnaires romantiques à la masse de la jeunesse rebelle et vulnérables qui constitue leurs recrues de base. Ils ont manipulé le Zeitgeist [esprit du moment] semi-globalisé de la suspicion anti-gouvernementale, conçue et diffusée par l’Occident dans le but de promouvoir les Révolutions de Couleur [ironiquement par le détournement du dégoût des gouvernements provoqué par Wikileaks et Snowden] pour légitimer leur changement de régime et leurs tentatives révisionnistes forcenées d’attaquer la mémoire historique.

Réflexions pour conclure

La promotion par les États-Unis du révisionnisme historique militant au Moyen-Orient et dans l’Est de l’Europe est extrêmement importante pour signaler le début d’une dangereuse escalade des tactiques guerrières postmodernes. L’utilisation de la mémoire historique comme une arme physique sur le champ de bataille pour gagner les cœurs et les esprits dépasse ce que la société a connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien que de telles tactiques soient occasionnellement apparues depuis l’Antiquité jusqu’en 1945, il semblait que le monde était enfin sur le point de réaliser combien elles sont inutiles et nuisibles à la civilisation humaine; c’est le moment que choisissent ISIL et les nazis ukrainiens pour commencer leurs campagnes anti-historiques (en détruisant des vestiges qui avaient survécu pendant des milliers d’années à l’antagonisme d’une multitude d’ennemis). La plus grande honte est que la complicité et le soutien des États-Unis aux deux groupes pourraient annoncer une sauvagerie historique, où aucun des monuments ou objets ne sera plus considéré comme sacré pour la mémoire historique de la civilisation dans son ensemble. L’ouverture de ces vannes ne présage rien de bon pour le destin de tout ce que l’humanité a accompli au cours des 70 dernières années, mais en gardant à l’esprit que les États-Unis créent le chaos pour maintenir leur emprise sur l’Eurasie, il est facile de prévoir que d’autres assassins historiques apparaîtront dans les années à venir, pendant la nouvelle guerre froide.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Gay Pride en Ukraine : chassez le naturel il revient au galop…


Par Kristina Rus – le 6 juin 2015  – Source: Fort Russ

L’attaque de la parade gay par les nationalistes radicaux à Kiev montre que l’Ukraine n’est pas l’Europe

La parade LGBT organisée à Kiev cette semaine était censée montrer au monde que l’Ukraine, c’est l’Europe, une vitrine de la démocratie, de l’égalité et de la liberté, au contraire de son voisin de l’Est arriéré et totalitaire. Les journalistes des grands médias occidentaux étaient tous prêts à témoigner du triomphe des valeurs de l’Union européenne à Kiev.

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Petite mise à jour sur la (très dangereuse) situation en Ukraine


The Saker

The Saker

Par le Saker original – Le 5 juin 2015 – Source : thesaker.is

Chers amis,

Tout d’abord, je voulais juste vous faire savoir que je suis en train de travailler sur deux entretiens dont je pense que vous les trouverez intéressants : l’un avec Michael Hudson et l’autre avec un expert sur la Syrie, qui préfère rester anonyme. Les deux devraient être passionnants. Merci de me donner quelques jours de plus pour vous les communiquer.

Maintenant, à propos de l’Ukraine. S’il vous plait, lisez ce rapport
 et regardez celui-ci.

En définitive, cette situation est très tendue.

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Ukraine SITREP 3 juin 2015, le bidouillage de l’info par les nuls, pour les nuls


De plus en plus fort. Non seulement les événements relatés n'existent pas, mais les journalistes qui les relatent n'existent pas non plus !

Le Saker Francophone

Par Scott – Le 3 juin 2015 – Source thesaker.is

Ici on peut trouver l’article qui enrage de nombreuses personnes, pas uniquement Graham Philips :

Donetsk est devenue une ville hors-la-loi en Ukraine de l’Est

Graham Philips réfute l’article biaisé de USA Today qui décrit Donetsk comme une ville sans loi en Ukraine de l’Est – Source vidéo en anglais.

L’article de USA Today déclare que les gens de Donestk sont semblables à ceux d’ISIS, s’entre-tuant les uns les autres, volant et pillant les derniers kilos de nourriture des magasins.

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L’Ukraine : Un État béni qui a misérablement échoué [1/2]


Par Rostislav Ishchenko – Le 22 mai 2015 – Source vineyardsaker.de

Les élites ukrainiennes qui, lors du partage de l’héritage soviétique ont reçu tout ce qui était nécessaire pour construire un État prospère, ont par leurs propres agissements amené le pays au bord du gouffre.

Des conditions de départ idéales

La politique et l’histoire ne sont pas prédéterminées. Le projet Ukraine, qui vit actuellement ses derniers jours, n’était pas condamné à la ruine dès le départ.

Le nouveau pays soudainement apparu était la dixième économie du monde. Sur son territoire se trouvaient 40 % de l’industrie soviétique et 60 % de l’industrie lourde. L’agriculture bien développée pouvait non seulement suffire pour répondre aux besoins locaux, mais pouvait même permettre d‘exporter des produits agricoles. Le réseau de voies ferrées et d’autoroutes, de vastes pipelines et plusieurs ports en mer chaude répondaient aux besoins commerciaux lointains et offraient en sus un potentiel quasi illimité pour le transit. La population de l’Ukraine était de 52 millions d’habitants et la dynamique démographique en 1991-1992 restait positive. Le pays disposait d‘une main-d’œuvre instruite et était un lieu de haut niveau de qualification scientifique. Tous ces biens étaient protégés par la force d‘un demi-million d‘hommes faisant partie de l’armée soviétique – la plus grande de l’URSS – équipée des armes les plus avancées, puisqu’elle était le lieu prévu d‘une possible offensive militaire majeure.

Au moment de son indépendance, l’Ukraine avait bien plus que le nécessaire pour construire un État prospère. En outre, la situation géopolitique était en sa faveur. Le pays n‘avait pas d’ennemis puissants, pas même de concurrents sérieux . Au contraire, en 1992 les dirigeants ukrainiens étaient heureux d’annoncer l’absence de menaces extérieures. Les relations avec tous les voisins étaient cordiales et les principaux acteurs dans le monde souhaitaient eux-mêmes de bonnes relations avec Kiev. Rappelons-nous que lorsque le format G7+ est né en 1994-1997, étendant les contacts à Moscou (G7 + Russie) et Kiev (G7 + Ukraine). Cependant le format, avec la Russie seule, s‘est développé au fil du temps pour former le G8 à part entière, tandis que l’Ukraine a disparu dans l’espace et le temps ; pourtant, en 1990, ces formations étaient représentées ensemble.

Il y avait un petit problème : l’Ukraine n’avait pas assez d’énergie pour faire fonctionner son industrie. Pas dans tous les secteurs, mais au moins pour le pétrole et le gaz. Malgré un niveau relativement élevé de la production nationale – de 4 à 5 millions de tonnes de pétrole (autant que la Roumanie) et 20 milliards de mètres cubes de gaz (plus que l‘Azerbaïdjan) – l’Ukraine couvrait seulement un cinquième de ses besoins environ, en pétrole, et un quart de son gaz. Il existait une potentialité théorique d’augmenter la production nationale, mais elle a été négligée. De même, les options permettant de réduire la dépendance énergétique de l’industrie ont été négligées.

La Russie a livré, dans tous les cas, les quantités de pétrole et de gaz traditionnellement nécessaires. Étant donné que 60 % à 80 % des exportations énergétiques russes passaient, dans les années 1990, par des pipelines ukrainiens, il n’a pas été difficile de se mettre d’accord sur les termes d’un échange avantageux pour les deux partenaires. C’est ce que Koutchma a fait quand il a signé en 2002 un accord de dix ans avec Gazprom sur des ventes de gaz à $50 les 1000 mètres cubes. Le contrat devait être valable jusqu’en 2012 et procurer d‘énormes avantages concurrentiels à l’industrie ukrainienne sur le marché mondial qui (compte tenu de l’augmentation rapide des prix du pétrole et du gaz) devaient augmenter d’année en année.

Le considérable potentiel géopolitique et économique de l’Ukraine reposait pareillement sur la dépendance de son commerce extérieur, et l’efficacité de son industrie, aux ressources énergétiques du marché et des partenaires russes. Les années 1993-2003 ont vu arriver la crise politique de la Russie, qui a amené le pays au bord de la guerre civile en déclenchant une division à long terme de la société, deux guerres en Tchétchénie et une faillite nationale en 1998. La Russie, totalement prise dans ses problèmes intérieurs, aggravés par l’augmentation des conflits géopolitiques avec ses partenaires euro-atlantiques, avait besoin d‘une loyauté politique minimum de la part de Kiev (la Russie ne réclamait pas plus que la neutralité) et était prête à le payer par des concessions économiques importantes (et elle l’a payé).

Aujourd’hui, quand à Moscou les gens parlent  de $35 Mds de dollars qui ont été investis dans l’économie ukrainienne, cela ne prend en compte que l’argent qui peut être décompté. Cela inclut autant les largesses sur les prix du pétrole et du gaz que les crédits à des conditions favorables ainsi que les investissements dans des projets communs. Les pertes que la Russie a subies en raison des clauses à long terme de partenariat préférentiel accordé à l‘Ukraine et d’autres formes indirectes de soutien de l’économie ukrainienne ne peuvent même pas être calculées théoriquement (des experts parlent d’un total de $200 à $300 Mds de dollars, mais c‘est une évaluation).

Contre la tendance

Comment se fait-il alors que l’Ukraine, en dépit de toutes ces bénédictions, ait atteint le point où une fin terrible semble meilleure qu’une horreur sans fin ?

Nous avons beaucoup parlé de la vénalité des élites qui ont littéralement pillé le pays. Cependant, cela soulève une question légitime : pourquoi 52 millions de personnes ont-elles porté au pouvoir avec insistance et à plusieurs reprises précisément ce genre de personnes ? Pourquoi, malgré toutes les différences de styles entre les dirigeants des élites russes, biélorusses et kazakhs, l’expression intérêts nationaux a-t-elle un sens pour ces derniers, alors que pour les dirigeants ukrainiens, c‘est – au mieux – totalement inintelligible ? Dans le pire des cas, la référence aux intérêts de l’État en Ukraine n‘est rien d‘autre qu‘une façon de tromper la population. Comment des millions de personnes ont-elles pu accepter avec enthousiasme d’être trompées, volées et dépouillées d’un avenir, au profit d‘un symbole parfaitement étranger et vide de sens – un symbole qui n’a rien de commun avec la civilisation soviétique dont ces gens sont issus, ni avec la civilisation européenne à laquelle ils étaient supposés vouloir se joindre, ni même, plus important encore, avec la vie réelle ?

À mon avis, la réponse à ces questions réside dans une différence essentielle et tout à fait évidente entre les principes de construction de l’État, qui ont été acceptés par l’élite ukrainienne d‘une part et par les élites russe, biélorusse et kazakh d‘autre part. Dans ces trois derniers cas, des citoyennetés ont été construites. Au Bélarus, les partis nationalistes mènent une existence misérable à demi-marginalisée. Rien que ces trois ou quatre dernières années, Minsk a officiellement commencé à promouvoir un nationalisme d’État loyal, qui d’une part se détache du nationalisme de l’opposition et, d’autre part, doit fournir aux dirigeants du Bélarus une base à opposer à l’écrasante domination russe dans l’Union économique eurasienne.

Au Kazakhstan, le nationalisme kazakh est relativement fort, mais pas structurellement défini (en tant que parti politique) et il s‘exprime principalement dans la vie quotidienne et au niveau de groupements bureaucratiques. Néanmoins, il faut noter les déclarations de Nursultan Nazarbayev qui, dès les premiers jours de l’indépendance du Kazakhstan, a considéré le nationalisme kazakh comme la plus grande menace pour la stabilité, l’intégrité territoriale et même l’existence du pays. Le concept d’un État kazakh – par opposition à une kazakhitude – a été introduit. Les nationalistes ont dû se contenter de la domination d’un personnel national kazakh dans la politique et les affaires. Cependant, cette domination n’a jamais été absolue et les droits des autres nationalités, tout d’abord les Russes (russophones de culture russe) ont été protégés par la loi. En ce qui concerne la Russie, les nationalistes continuent à se plaindre que le discours impérial présent dans la politique russe n’a jamais été remplacé par le discours national. En d’autres termes, la Russie n’a pas développé un État national de Russes de souche mais comme l’État des citoyens russes et, ces dernières années, du monde russe.

Par conséquent, Moscou, Minsk et Astana ont atteint la stabilité interne, à travers le compromis entre nations, couplé avec le rejet de la politique nationaliste. La politique nationale adéquate, basée sur des compromis, a permis une politique étrangère constructive. Malgré tous les problèmes, la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan s‘emploient depuis le milieu des années 1990 à réintégrer l’espace post-soviétique, sur la base des nouvelles réalités politiques, économiques et idéologiques.

Depuis le premier jour de son existence, l’État ukrainien a été établi en tant qu’État de la nation titulaire. Priorité a été donnée au développement national et les mots attribués au comte de Cavour – «Nous avons créé l’Italie, nous devons maintenant créer les Italiens.» – ont été repris par les nationalistes ukrainiens sous la forme: «Nous avons créé l’Ukraine, nous devons maintenant créer des Ukrainiens.» Au lieu d’une idée de l’égalité des citoyens, ils ont introduit le concept de discrimination positive, selon lequel des siècles d’oppression auraient prévalu dans le domaine, afin de justifier la nécessité de favoriser les Ukrainiens.

L’unité des bureaucrates post-soviétiques et des nationalistes

Dès les premiers jours de la construction de l’État ukrainien, les nationalistes ont été confrontés à une forte dissonance cognitive, lorsque les objectifs annoncés se sont révélés en forte contradiction avec les véritables objectifs et les moyens utilisés pour y parvenir. Autrement dit, ils mentaient simplement en pleine connaissance du fait que s’ils avaient dit la vérité sur leurs objectifs, non seulement ils n’auraient jamais pu les atteindre, mais il leur aurait été difficile de simplement rester en politique. Les habitants de l’Ukraine ne l‘auraient pas supporté. Du début au milieu des années 1990, le niveau élevé d’activité politique s‘était maintenu après la perestroïka dans la population ukrainienne, qui ne s‘était pas encore transformée en une masse facile à diriger comme cela a été le cas au début des années 2000.

Il convient de noter que les nationalistes inconditionnels qui avaient adopté une telle position avant même la fin du système soviétique, les nationalistes qui avaient le droit de déclarer qu’ils avaient effectivement combattu pour l’indépendance ukrainienne, constituaient une minorité infime dans la politique ukrainienne des années 1990. Stepan Khmara, Levko Lukyanenko, Vyachelsav Chornovol et Gorin Brothers forment plus ou moins l’ensemble des dirigeants connus. Des organisations telles que l’Assemblée nationale ukrainienne (UNA) et l’Autodéfense populaire ukrainienne (UPSD) étaient marginales et avait peu de membres. Le Mouvement populaire de l’Ukraine pour la perestroïka s‘est révélé, même après sa conversion en Mouvement populaire de l’Ukraine, comme représentant un vaste mouvement démocratique (quoique avec des accents nationalistes). Avant la définition d‘une structure partidaire, c‘était un organe politique amorphe dans lequel des nationalistes radicaux fréquentaient d’anciens communistes opportunistes (comme Yavirivskiy et Pavlichko), ainsi que l’intelligentsia libérale.

L’électorat n‘était pas particulièrement intéressé par les nationalistes qui généralement obtenaient 20 à 25 % des voix (en moyenne nationale). Les forces nationalistes n‘avaient de réel soutien politique que dans les trois régions de Galicie (Lvov, Ternopol et Ivano-Frankisk). Dans toutes les autres régions, même en Ukraine occidentale, ils ont toujours eu moins de 50 % des voix et, dans les régions de Novorussie, pas plus de 5 à 10 %. Dans ces conditions, les nationalistes auraient dû soit rester dans l’opposition perpétuelle, soit se trouver un allié solide. Et ils l’ont trouvé.

Les anciens dirigeants du parti et de l’État soviétique qui ont abjuré leur passé afin de conserver leur position recherchaient à l’époque une idéologie qui pourrait les aider à rester au pouvoir. Ils avaient déjà renoncé à l’idéologie communiste et craignaient la rhétorique de la réintégration. Ils croyaient que la reconstruction d’un État uni permettrait de rétablir le contrôle de Moscou sur les élites de province et donc limiterait considérablement leur capacité à contrôler leurs possessions présentes sur le territoire de l’Ukraine, et même en Union soviétique. En un sens, l’Ukraine a été victime de la richesse de l‘héritage soviétique. Il semblait inépuisable et l’élite ukrainienne était soucieuse de le protéger contre les anciens collègues qui avaient moins reçu. Toute initiative dans le sens d’une réintégration n’était pas vue comme une tentative d’organiser une coopération mutuellement bénéfique entre des économies complémentaires, mais comme un affrontement avec les élites des républiques voisines, qui convoitaient la propriété de la partie ukrainienne.

Ici, les intérêts de l’ex-chef du parti ex-communiste ukrainien et des nationalistes ukrainiens se sont réunis. Les nationalistes voulaient construire, dans un pays russe – ce que l’Ukraine était au début des années 1990 –, un État non russe (à l’époque, il n’avait pas encore été planifié comme anti-russe). L’ancienne élite du Parti communiste voulait son propre État, en vue de garantir son droit à piller les possessions héritées de l‘URSS. Comme tous les processus d’intégration post-soviétique ne pouvaient avoir d’autre centre que Moscou (comme centre politique traditionnel, lien entre les républiques européennes et asiatiques et propriétaire de ressources naturelles illimitées), la Russie était objectivement un adversaire, à la fois pour les nationalistes et pour les bureaucrates étatiques. D’où la popularité du mythe de la lutte séculaire pour la liberté de la nation éternellement opprimée (évidemment contre la Russie). Cela a aussi été  l’origine du mythe de l’intégration dans l’UE comme principale voie de développement de l’Ukraine. Les politiciens ukrainiens ne se demandaient absolument pas si leurs projets d’adhésion à l’UE étaient réalistes ; l’objectif le plus important était le refus de participer à des projets visant à intégrer l’espace post-soviétique afin de légitimer une orientation différente.

La combinaison des bureaucrates et des nationalistes a réussi à mettre la gauche influente (les socialistes et les communistes) de côté. Les conflits de carrière internes entre les dirigeants des partis communistes et socialistes y ont contribué. Le contrôle de fait des bureaucrates sur l’appareil d’État est tout aussi important, ainsi qu’une certaine déception de la population en termes d’idéologie de gauche (l’Union soviétique venait d‘être désintégrée). En conséquence, les bureaucrates ont gagné le contrôle des entreprises et de la finance ainsi que l‘occasion de s‘enrichir sans entrave, tandis que les nationalistes s‘emparaient de la sphère de l’idéologie et du culturel (culture, science, éducation).

Symbiose nationaliste oligarchique

Au cours de ces vingt dernières années, non seulement deux générations d‘élèves et d’étudiants ont subi un lavage de cerveau, mais l’idéologie nationaliste nazie a été absorbée dans tous les domaines où une forme de processus éducatif a eu lieu : l’armée, les structures du ministère de l’Intérieur, les services de sécurité ukrainiens, y compris toutes les forces militaires ou de police.

Au départ, le nationalisme ukrainien a été présenté dans une version soft. Plus précisément, jusqu’au début des années 1990, les nationalistes ont reconnu la nature douteuse des pratiques de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne Bandera (UPA), et les ont différenciées de l’organisation purement politique des nationalistes ukrainiens (OUN). Ils ont même condamné publiquement les activités de formations telles que les bataillons de nationalistes ukrainiens Roland, Nightingale, la division Galicia et les bataillons de milice dits Schutzmannschaft. A cette époque, il était non seulement inconcevable de déclarer Bandera et Choukhevytch héros de l’Ukraine, mais même en tant que  personnalités politiques positives.

Mais avec l’émergence de nouvelles générations dans l’arène politique, l’insistance a commencé à s’accentuer, aidée par le comportement de la Russie. Celle-ci, absorbée par ses problèmes internes, a de fait abandonné la lutte dans le domaine de l’information en Ukraine. Au milieu des années 1990, les chaînes de télévision russes de l’Ukraine ont été exclues et, entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, il s’est passé la même chose avec la presse russe. La machine de propagande ukrainienne, qui n’était pas vraiment performante et manquait totalement de composante intellectuelle, s‘est révélée très efficace dans des conditions de monopole de l’information. Bien sûr, tous ceux qui étaient suffisamment intéressés pouvaient facilement obtenir une information alternative, mais la majorité de la population reçoit toujours les informations politiques par les sources les plus facilement accessibles.

Quand le climat social a changé, le nationalisme ukrainien est devenu de plus en plus radical et s’est lentement transformé ouvertement en nazisme. Les nationalistes institutionnalisés civilisés du début des années 2000 (avant Iouchtchenko) ont cessé de manifester du dégoût envers les militants nationalistes. Ils ont rapidement trouvé une justification à leur radicalisme. Il semble que les nationalistes soient nazis parce qu’ils sont offensés par le maintien des symboles soviétiques, par le fait que la majorité de la population célèbre le 9 mai, parle russe et n’est pas pressée de déclarer héros les adeptes meurtriers de Bandera, qui ont survécu jusqu’à nos jours seulement grâce à l’humanisme stalinien.

À un moment donné, la bureaucratie, qui était désireuse de détruire la base sociale de la gauche au moyen des privatisations (un processus similaire a eu lieu en Russie), a engendré l’oligarchie. Maintenant ce n‘étaient plus les bureaucrates qui désignaient n‘importe qui pour devenir millionnaire, mais les milliardaires qui achetaient tous les groupes parlementaires, ministres, premiers ministres et présidents. Le consensus bureaucratique-nationaliste a été remplacé par le consensus oligarchique-nationaliste. À l’époque, la situation en Ukraine est apparue en Occident (en particulier aux États-Unis) comme mûre pour y exercer une influence active. Peut-être que l’Occident n‘aurait pas osé intervenir directement, et n’aurait pas exercé de vraie contrainte si les élites ukrainiennes n‘avaient pas décidé de leur propre chef de suivre une voie anti-russe. Cependant l’Ukraine voulait se séparer de la Russie, éteindre en elle toute russitude pour longtemps ; toute la russophobie nourrissait trop bien les forces les plus sombres, habituellement négligées et inutilisées.

En outre, depuis le début des années 2000, avec son nouveau président, la Russie se concentrait de plus en plus sur ses intérêts nationaux et moins sur les valeurs universelles. Cette politique a amené la Russie sur une trajectoire de choc avec les intérêts américains et l’Ukraine anti-russe est apparue à Washington comme un moyen efficace de contrer la Russie. Il n‘est pas vraiment surprenant que les États-Unis se soient ainsi appuyés sur les forces qui soutenaient le consensus oligarchique-nationaliste et contrôlaient complètement la politique ukrainienne (indépendamment de la compétition formelle, voire de l’hostilité, entre les parties), en particulier compte tenu du fait que ces forces étaient russophobes non seulement pour des raisons idéologiques, mais aussi en raison de leurs intérêts pratiques.

L’Ukraine est devenue le lieu principal pour les États-Unis

Nous ne pouvons pas dire que les États-Unis n‘ont pas suivi la situation en Ukraine dans les années 1990 et n’ont réuni aucun groupe fidèle de politiciens, bureaucrates et personnalités publiques. C’était une procédure normale, au cas où (chaque service de renseignement utilise toujours toutes les occasions d’acquérir des atouts précieux dans les pays en position stratégiquement importante, surtout si elles ne coûtent pas cher). Mais dans les années 1990, les États-Unis ont pu remercier la Russie d’Eltsine pour sa bonne volonté à se mettre à leur remorque sur la plupart des questions, en échange d’une certaine reconnaissance du contrôle de Moscou sur l’espace post-soviétique comme sphère russe d’influence vitale, et ils essayaient de ne pas accentuer leur ingérence dans les affaires des pays post-soviétiques.

Au début des années 2000 la politique étrangère russe est devenue de plus en plus indépendante. Bien sûr, de nombreux politiciens en relation avec Washington sont restés au pouvoir, mais l’influence du lobby pro-américain n‘est plus resté longtemps décisif et la dynamique et l’orientation du changement laissait peu de doute sur la voie que la nouvelle élite politique russe allait suivre, une voie de restauration de l’indépendance des politiques nationale et étrangère. Poutine était prêt à rester un ami et un allié des États-Unis, mais sur un pied d’égalité et non pas comme un vassal.

C’était le bon moment pour utiliser les postes avancés anti-russes dans les pays post-soviétiques. Presque toutes les révolutions de couleur réussies ou ratées dans la Communauté des États indépendants (CEI) ont eu lieu entre 2003 et 2008 (depuis la révolution des roses en Géorgie jusqu’à la guerre du 08/08/08). Le but de ces coups d’État n‘était pas simplement de couper la Russie de l‘espace post-soviétique, mais de créer une chaîne d’États hostiles le long de ses frontières ouest et sud (jusqu’à la frontière avec la Mongolie et la Chine). En conséquence, les possibilités de la Russie de mener une politique étrangère et économique indépendante seraient bloquées, ses ressources auraient été immobilisées du fait de l’environnement hostile provenant des anciennes républiques soviétiques. La réputation du gouvernement russe, à l’intérieur comme à l’extérieur, aurait été constamment sapée par de toujours nouvelles provocations (comme celles que Saakachvili a délivrées de façon excessive). Dans le même temps, la capacité de Moscou à réagir à de telles provocations aurait été limitée, parce que chaque coup aurait déclenché une guerre ouverte avec un bloc d‘États post-soviétiques (Iouchtchenko a tenté d’associer l’Ukraine au conflit russo-géorgien, mais d‘après ce plan, cela aurait dû donner naissance à 10 ou 11 Géorgie et Ukraine). La Russie aurait affronté un groupe de pays allant du lac Baïkal à la Baltique. Les États-Unis auraient pu interpréter cela comme une guerre d’anciennes colonies contre la Russie néo-colonialiste et auraient pu appliquer à la Russie la Déclaration des Nations unies sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux du 14 décembre 1960, et toute autre résolution sur ce thème (adoptées d‘ailleurs par l’Assemblée générale à l’initiative de l’URSS).

La Russie a échappé aux coups en Géorgie en 2003 et en Ukraine en 2004. La propagation de l’infection colorée aurait pu entraver Moscou (les coups d‘État ne sont pas allés au delà de Bichkek, mais même au Kirghizistan la révolution a été suivie de la même contre-révolution de couleur).

La Russie a lancé sa contre-offensive géopolitique pendant la guerre de cinq jours d’août 2008. A partir de ce moment, toute la puissance de Washington a été utilisée, non pas afin de marginaliser Moscou, de l’empêcher de devenir un challenger géopolitique, mais afin de détruire le rival géopolitique déjà existant. Les efforts russes ont apporté une paix en Asie centrale (bien que fragile et instable) et bloqué les intérêts américains dans le Caucase. Ce dernier fait a été dû principalement à deux facteurs : Kadyrov [en Tchétchénie, NdT] a pris sur lui de stabiliser la situation dans le nord du Caucase et le régime pro-américain de Saakachvili s‘est complètement discrédité par sa défaite dans la guerre (les politiciens qui ont succédé à Saakachvili ne se sont pas réconciliés avec la Russie, mais sont devenus plus raisonnables, ce qui a permis de stabiliser la relation). Tous ces facteurs ont fait de l’Ukraine, pour les États-Unis à la fin 2010, un pays décisif dans l’espace post-soviétique.

Rostislav Ishchenko

A suivre...L’Ukraine, un État béni qui a misérablement échoué [2/2]

Traduit par Hiéronymus, relu par Diane et jj pour le Saker Francophone

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La Syrie a officiellement fustigé la décision du Conseil de l’Union
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peuple syrien.

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Vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que veut l’Otan


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Ce qui se dégage de la dorénavant légendaire réunion du 12 mai au Kremlin entre le président Poutine et le secrétaire d’État des USA John Kerry, c’est qu’après une campagne de diabolisation effrénée de la Russie par les USA, les deux parties pourraient être parvenues à une sorte d’accord. Évidemment, aucune source officielle, tant à Washington qu’à Moscou, ne le confirmera.

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