Afghanistan – Le pipeline, la paix, et les saboteurs


Moon of Alabama

Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 2 mars 2018

Les négociations de paix en Afghanistan ont longtemps été au point mort. Mais cela vient de changer à la surprise générale. Il y a dû avoir pas mal de négociations secrètes entre de nombreux acteurs pour parvenir soudain à ces deux résultats :

Les talibans s’engagent à protéger le projet de gazoduc TAPI – VOA, 24 février

Afghanistan – Ghani propose des pourparlers « sans conditions préalables » aux talibans – Reuters, 28 février

Les deux décisions, le soutien des talibans au TAPI et l’offre du président Ghani marquent un changement. Il y a tout juste deux semaines, Ghani rejetait toujours des pourparlers sans conditions.

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Le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI) est en négociation depuis le début des années 1990. Il est censé apporter du gaz d’Asie centrale au Pakistan et en Inde. Seuls les gazoducs russes relient actuellement le Turkménistan et ses grandes réserves de gaz à ses marchés d’exportation. C’est une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont toujours soutenu le projet. La société américaine Unocal s’y est fortement impliquée. Un de ses consultants, Zalmay Khalilzad, est devenu plus tard ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, puis en Irak.

Les troubles ont jalonné la longue histoire du projet de pipeline. Le projet TAPI était une des principales raisons pour lesquelles les États-Unis voulaient renverser les talibans. Le 11 septembre 2001 leur a donné un prétexte pour envahir l’Afghanistan et, à la fin de 2001, le gouvernement taliban avait mis fin à ses activités.

Mais il a fallu encore 14 ans pour que les premiers tuyaux de ce projet de pipeline d’une valeur de 10 milliards de dollars, soient posés. Après le renversement en Afghanistan du gouvernement taliban qui lui était inféodé, le Pakistan est devenu hostile au projet de gazoduc. Il y a également eu des différends au sujet des prix, et des conflits entre l’Inde et le Pakistan. Le Pakistan a ensuite négocié avec l’Iran pour lui acheter du gaz. Les États-Unis ont fait pression sur l’Inde pour qu’elle n’achète pas de gaz à l’Iran. Mais le gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI) n’a jamais été achevé. Le Pakistan revient maintenant soutenir TAPI. C’est probablement la raison pour laquelle les talibans ont accepté de protéger le projet dans les zones qu’ils contrôlent. Mais à mon avis, il y a autre chose derrière cette décision. Je crois qu’un accord plus large sur l’avenir de l’Afghanistan a été conclu. Combien de sièges ministériels les talibans peuvent-ils obtenir ? Quelle influence le Pakistan peut-il exercer ?

Au Turkménistan, la construction du gazoduc TAPI a commencé en 2015. En Afghanistan, la construction a commencé le 24 février de cette année. Les États-Unis contrôlent le financement de l’ensemble du projet.

Il ne faut pas parier sur la date de mise en service du pipeline. Le soutien des États-Unis au gazoduc a pour objectif de limiter l’influence russe et chinoise en Asie centrale. Une analyse du marché du gaz permet de discerner plusieurs raisons de saboter le projet :

TAPI est en concurrence directe non seulement avec le projet iranien IPI, mais aussi avec les exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), parmi lesquels figurent des pays comme le Qatar, l’Australie, les États-Unis, le Canada et la Russie, qui, à eux tous, exportent environ 30 milliards de m³/an en Inde.

En construisant le gazoduc TAPI, les États-Unis tentent de prendre le dessus dans une région qui est loin de ses rivages et sur laquelle ils ont peu de contrôle. Plus de 25 ans après sa conception, l’entreprise nécessite et nécessitera encore des tonnes d’argent, des années de travail et beaucoup de chance pour se réaliser. Il y a de nombreux acteurs qui pourraient vouloir s’ingérer dans l’affaire et qui connaissent la région beaucoup mieux que les États-Unis ne le feront jamais.

Le plus grand risque, cependant, est l’approche agressive et militante que les États-Unis continuent d’adopter à l’égard des talibans. L’intense campagne aérienne américaine contre leurs intérêts et leurs opérations se poursuit sans grand résultat. Les talibans continuent de contrôler près de la moitié du pays. Une série d’attaques contre le gouvernement central à Kaboul a ébranlé la confiance du public dans le gouvernement de Ghani. Aujourd’hui encore, un attentat-suicide a frappé la capitale.

Les récentes annonces montrent que les négociations de paix et le gazoduc sont intimement liés. Si les pourparlers échouent, le soutien des talibans au gazoduc prendra également fin. Si le pipeline tarde à être opérationnel, les États-Unis pourraient se décider à quitter le pays. Beaucoup de gens ne souhaitent sans doute rien d’autre, et ils feront ce qu’ils peuvent pour y parvenir.

Traduction : Dominique Muselet

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Poutine : l’homme qui a mis fin aux saccages des changements de régime par Washington

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« Il est essentiel de créer les conditions d'une main-d'œuvre créative et de la croissance économique à un rythme qui mettrait un terme à la division du monde en gagnants permanents et en perdants permanents.

Les règles du jeu devraient donner aux économies en développement au moins une chance de rattraper celles que nous connaissons comme des économies développées.

Nous devrions travailler à niveler le rythme du développement économique et renforcer les pays et les régions arriérés afin de rendre le fruit de la croissance économique et du progrès technologique accessibles à tous. En particulier, cela contribuerait à mettre fin à la pauvreté, l'un des pires problèmes contemporains.»

- Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, Réunion du Club de discussion international de Valdaï

2016-09-24_11h42_10Par Mike Whitney – Le 28 février 2018 – Source UNZ Review

Poutine veut mettre fin à la pauvreté ? Poutine veut stimuler la croissance économique dans les pays en développement ? Poutine veut changer le système qui divise le monde en « gagnants et perdants permanents » ? Mais, comment est-ce possible ? Après tout, Poutine est mauvais, Poutine est un « voyou du KGB » Poutine est le « nouvel Hitler » !

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Fausse nouvelle par omission : l’exemple de Haïti


Par William Blum – Le 8 février 2018 – Source CounterPunch

Jean-Bertrand Aristide

« Je suis fier d’avoir un président qui dira crûment la vérité dans les négociations » a déclaré Éric Prince sur Breitbart News. « Si le président dit que certains endroits sont des trous à merde, il a raison. » C’est ainsi que M. Éric Prince a rendu hommage à M. Donald Trump. Prince étant bien sûr le célèbre fondateur de Blackwater, l’armée privée qui, en septembre 2007, a ouvert le feu sur une place bondée à Bagdad, tuant 17 civils irakiens et en blessant gravement 20 autres. Continuer la lecture

La Russie et le Pakistan se rapprochent dans les nouvelles conditions de la guerre froide


Les États-Unis veulent une présence militaire à durée indéterminée dans la région pour tenter d’éloigner les « stans » d’Asie centrale de la Russie. Moscou contrecarre en engageant le Pakistan



2015-03-19_14h09_03Par M. K. Bhadrakumar – Le 26 février 2018 – Source Russia Insider

C’est sans doute l’Afghanistan qui a amené le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Khawaja Asif  à Moscou pour une « visite de travail » le 20 février dernier. C’était la seconde rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov au cours des cinq derniers mois. Ils s’étaient rencontré à New York en marge de la session de l’assemblée générale des nations unies en septembre.

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Le changement de régime échoue – Et après ? Un coup d’État militaire ou une invasion du Venezuela ?


Les États-Unis ont utilisé tous leurs outils de changement de régime au Venezuela et, bien qu’ils aient échoué jusqu’ici, il y a encore une chance qu’une attaque militaire leur reste en magasin, avertissent Kevin Zeese et Margaret Flowers.


Par Kevin Zeese et Margaret Flowers – Le 14 février 2018 – Source ConsortiumNews

Plusieurs signaux indiquent qu’il y aura une attaque armée contre le Venezuela, des hauts responsables et des politiciens influents disant clairement que c’est une possibilité réelle.

S’exprimant dans son alma mater à l’Université du Texas, le 1er février dernier, le secrétaire d’État Tillerson a suggéré un éventuel coup d’État militaire dans le pays. Ensuite, Tillerson s’est rendu dans des pays d’Amérique latine alliés, préconisant vivement un changement de régime et davantage de sanctions contre le Venezuela. Tillerson envisagerait également d’interdire le traitement ou la vente de pétrole vénézuélien aux États-Unis et décourage d’autres pays d’en acheter. Continuer la lecture

De la rupture à la dystopie : la Silicon Valley envisage la ville du futur


La densité n’est pas intelligente, ou quand Google réinvente les corons


La zone inabordable de Bay Area, le nouveau quartier de Google « construit à partir d'Internet » et l'État policier chinois offrent chacun un aperçu de ce que les géants de la technologie prévoient de nous vendre à tous.

Par Joel Kotki  – Le 18 février 2018 – Source Daily Beast

Les oligarques technologiques qui dominent déjà notre culture et notre commerce, manipulent nos humeurs et façonnent les comportements de nos enfants tout en accumulant des capitaux à un rythme sans précédent depuis au moins un siècle, veulent façonner notre avenir urbain de manière à étendre considérablement la portée de l’état de surveillance déjà évident dans les aéroports et sur nos téléphones.

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Le grand marchandage de Poutine avec Israël : Israël peut-il l’accepter ?

Putin’s Grand Bargain to Israel: Can Israel Digest It?

« ...C’est le Grand Marchandage de Poutine : la Russie assumera une certaine responsabilité définie pour la sécurité d’Israël, mais pas si Israël entreprend des guerres de choix contre l’Iran et le Hezbollah, ou s’il perturbe délibérément la stabilité dans le nord – y compris en Irak. Et plus jamais de bombardements gratuits dans le nord, destinés à perturber la stabilité. Mais si Israël veut une guerre avec l’Iran, alors la Russie se tiendra à l’écart.... »

s253Par Alastair Crooke – Le 17 février 2018 – Source Strategic Culture

« Israël enfourche un grand cheval » écrit Alex Fishman (le correspondant vétéran de la défense israélien) dans le quotidien hébraïque Yedioth Ahronoth le mois dernier, « et s’approche à pas de géant d’une ‘guerre de choix’. Sans mâcher ses mots, c’est une guerre commencée au Liban. » Dans son article, Fishman note : « La dissuasion classique consiste à menacer un ennemi de ne pas vous nuire sur votre territoire, mais ici, Israël exige que l’ennemi s’abstienne de faire quelque chose sur son propre territoire, sinon Israël va lui nuire. Du point de vue historique et de la perspective de la légitimité internationale, les chances que cette menace soit reconnue comme valide, conduisant à la cessation des activités ennemies sur leur propre territoire, sont minces. »

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Les accusations de Mueller sont surtout embarrassantes pour le parti démocrate


Par Eric Zuesse – Le 20 février 2018 – Source Strategic Culture

Associated Press informait, ce samedi 17 février, que le conseiller spécial, Robert Mueller, a finalisé, vendredi, les actes d’accusation envers des organisations affiliées au gouvernement russe qui auraient utilisé des moyens trompeurs en envoyant, par les réseaux sociaux, aux Noirs et aux musulmans étasuniens des messages pour les persuader de ne pas voter. CBS News en a donné, vendredi dernier, les exemples suivants.

En octobre 2016, un mois avant les élections, l’opération aurait utilisé un de leurs comptes Instagram, « Woke Blacks » [Les Noirs éveillés, NdT], pour y afficher ce message : « Un battage médiatique et une haine particulière contre Trump induit le peuple en erreur et force les Noirs à voter Killary. On ne peut se fier à aucun de ces deux démons. Alors nous ferions sûrement mieux de ne pas voter DU TOUT. »

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Ingérence russe dans l’élection américaine


Pire qu’un crime, une faute


Par Robert Merry – Le 19 février 2018 – Source The American Conservative via Le Nœud Gordien

Quand Napoléon Bonaparte fit exécuter le duc d’Enghien en 1804 sur ce qui ressemblait fort à des accusations de trahison montées de toutes pièces, les conséquences se firent sentir bien au-delà de la justice française et même au-delà des frontières de la France. Les dirigeants européens en furent abasourdis, et cet épisode aida à cristalliser le sentiment anti-bonapartiste dans toute l’Europe y compris la Grande-Bretagne. Le célèbre diplomate français Charles de Talleyrand 1 résuma la chose d’un mot : « C’est pire qu’un crime, c’est une faute ».

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  1. Il y a quelques doutes sur l’auteur de ce mot, attribué parfois à Fouché ou à Boulay de la Meurthe

Le Russiagate finit dans un grand boum et pas dans un petit murmure


Par  Tom Luongo – Le 20 février 2018 – Source Zero Hedge

Le procureur spécial Robert Mueller

Malgré toutes ces colonnes de journaux qui se sont répandues sur les treize actes d’accusation que Robert Mueller a publiés vendredi [contre des individus ou entités russes accusées d’avoir interféré dans les élections présidentielles étasuniennes de 2016, NdT], très peu d’entre elles ont mis le doigt sur la vraie révélation.

Elle ne concerne pas le visible excès de zèle des procureurs.  Ce n’est pas non plus à propos d’une nouvelle subversion du processus par des procureurs fédéraux menés par leurs préjugés personnels.

Ce n’est pas la révélation qu’aucun membre de l’équipe Trump n’a sciemment collaboré avec des agents russes pour influencer le résultat des élections de 2016.

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