Par Arnaud Bertrand – Le 24 avril 2026 – Source Blog de l’auteur
Livre de Han
Les Chinois ont ce grand principe : « chercher la vérité en partant des faits » (实事求是). Il est communément associé au Parti communiste – parce que c’est en effet un de leurs slogans clés – mais, comme c’est souvent le cas en Chine, ce n’est que l’usage moderne d’un idiome beaucoup plus ancien, enregistré pour la première fois dans le Livre de Han (en l’an 111).
Qu’est-ce que cela signifie ? C’est essentiellement un principe anti-idéologie. Plutôt que de partir d’une doctrine et de regarder les faits à travers son prisme, il vaut mieux aller dans l’autre sens ; la “vérité” est extraite du monde tel qu’il est. C’est fondamentalement une ode au pragmatisme empirique.
« Chercher la vérité en partant des faits » est précisément ce qui manque dans la conversation sur l’IA, qui est incroyablement doctrinale et idéologique. Des pessimistes apocalyptiques d’un côté, des techno-utopistes plein d’illusions de l’autre, tout cela aggravé par le contexte « grande puissance » de cette soi-disant « course à l’IA ». Tout le monde commence par la conclusion – qu’elle soit du style « la Chine est mauvaise, alors elle doit perdre la course à l’IA », ou « l’intelligence artificielle générale (IAG) nous tuera tous« , ou « l’IAG annonce une nouvelle ère d’abondance » – et travaille à rebours pour essayer de trouver des faits qui correspondent à leur idéologie.
La première fois que j’ai traversé une frontière terrestre en Europe, j’étais adolescent, dans un train en provenance d’un endroit en Belgique dont j’ai oublié le nom, en route pour Amsterdam. Pendant le voyage, deux douaniers néerlandais ont remonté le train, vérifiant que tout le monde avait un passeport ou une carte d’identité. Après tout, nous traversions une frontière nationale et allions dans un autre pays.
La guerre contre l’Iran n’est pas encore terminée, mais il semble que nous soyons peut-être en train de regarder l’une des plus grandes défaites de l’histoire des États-Unis et d’Israël.
Je n’écris normalement pas d’essais qui continuent directement les précédents mais, étant donné la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, j’ai pensé qu’il serait utile cette semaine de développer un peu plus certaines des idées de
Alors que nous entrons dans la quatrième semaine de guerre, vers où se dirige-t-on ?
I
J’espérais éviter d’écrire un autre essai sur la guerre en Ukraine et ses conséquences, mais les inepties issues de la récente Conférence de Munich sur la sécurité et le niveau décourageant des commentaires à ce sujet me laissent penser que, encore maintenant, l’Occident ne comprend rien. Je ne parle pas seulement de l’idée que la Russie pourrait “perdre” car, après tout, si vous créez des conditions de victoire fantastiques et impossibles à atteindre et les faites passer pour les objectifs russes, alors bien sûr, vous pourrez toujours prétendre qu’ils ont « perdu« . En effet, au cours des derniers jours, le quatrième anniversaire de la guerre a été la bonne occasion pour diffuser une analyse de ce genre, approximative et mal informée. En fin de compte, bien sûr, l’inévitable « ils gagnent mais à un coût trop élevé » est une affirmation qui est logiquement impossible à réfuter, tant que vous pouvez contrôler la définition des mots “élevé” et “coût”