Polar en Russie : qui a assassiné Boris Nemtsov

Le 1er mars 2015 – Source Moon of Alabama

Ainsi, quelqu’un a tué Boris Nemtsov tandis que cet homme de 56 ans marchait aux côtés de sa top model ukrainienne de 22 ans [Anna Duritskaya] sur un pont de Moscou. On peut voir des images de vidéosurveillance de la scène du crime.

En tant que vice-premier ministre de Boris Eltsine, Nemtsov fut au moins partiellement responsable de la dégénérescence de l’économie russe en système mafieux. Tout le monde – à l’exception de certains oligarques et des néolibéraux occidentaux – était heureux lorsque lui et le gang d’Eltsine durent quitter le pouvoir.

Après son éviction du pouvoir et jusqu’à hier, Nemtsov était un opposant politique très marginal représentant environ 1% des suffrages. Les communistes, le véritable parti d’opposition en Russie, représentent environ 20% des voix. Personne au sein du gouvernement n’avait la moindre raison de se soucier de Nemtsov ou de le craindre.

L’ancien président soviétique Gorbatchev pointe du doigt ceux qui vont tirer avantage de la mort de Nemtsov : 

Sollicité sur le fait que les forces anti-russes à l’étranger pourraient exploiter ce crime pour servir leur propre agenda, il a fait valoir que cela allait se produire sans le moindre doute.

«Bien sûr, certaines forces vont essayer de tirer profit de ce crime pour réaliser leur propre agenda – ils se demandent tous comment se débarrasser de Poutine, n’est-ce pas ? Mais après tout, je ne pense pas que l’Occident ira aussi loin que cela, qu’il va utiliser ce crime pour atteindre ses propres fins. Cependant, c’était là sans aucun doute l’objectif des criminels qui ont assassiné Boris. a-t-il déclaré. Les crimes de cette nature sont perpétrés par des exécuteurs qui sont difficiles à trouver. Tous les efforts doivent être faits pour trouver les criminels, a déclaré l’ex-président.»

Gorbatchev regarde toujours l’Occident  à travers des lunettes roses. L’Occident ne recourrait jamais au crime pour atteindre ses objectifs ? C’est d’une naïveté risible.

Et que dire de tous ces hommes politiques d’opposition légitimes et populaires qui se font actuellement suicider en Ukraine ?

Alors, qui l’a donc tué ?

Quelqu’un qui est lié au top model? Quelqu’un qui fut touché durant les privatisations mafieuses qui furent réalisées sous le régime de Nemtsov ? Quelque oligarque ukrainien désireux de creuser plus avant le schisme entre l’Occident et la Russie ? Un gouvernement occidental quelconque complotant en vue de la déstabilisation de la Russie ?

Je n’en sais pas plus que vous.

Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

 Voir également

Vladimir Poutine en 2012 : nos ennemis cherchent à fabriquer des martyrs pour déstabiliser la Russie (VOSTFR)

Rappel à l’Occident : La Russie est pacifiste mais elle a toujours vaincu ses agresseurs (VOSTFR)

Vladimir Poutine triomphe : Kiev vaincu par le Donbass malgré l’implication de l’OTAN (VOSTFR)

Les provocations contre la Russie, par Israel Shamir

Vladimir Poutine : l’ours de la Taïga russe se dresse face aux Etats-Unis – VOSTFR

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Un assassinat pour notre temps de crise

Par Philippe Grasset – Le 2 mars 2015 – Source Dedefensa

 Il y avait une logique attendue face à cette sorte d’événements, dans tous les cas la raison nous le disait. Mais il faut se méfier de l’emploi exclusif de la raison pour la prévision, parce qu’elle est devenue, plus ou moins développée, la raison-subvertie par le Système ; même chez ceux qui parviennent à lutter contre l’influence du Système et qui le font en toute conscience, leur raison n’en subit pas moins quelques effets (et en général ils le savent et s’en gardent à mesure). C’est pourquoi il faut se garder de sacrifier à la prévision selon le mode classique rationnel (refuge de l’inconnaissance) et, une fois placé devant l’événement, encadrer strictement sa raison de l’expérience et surtout de l’intuition dont on doit espérer qu’elle est haute. Nous faisons ces considérations générales à propos de l’assassinat de l’opposant à Poutine Boris Nemtsov, vendredi soir, en plein cœur de Moscou, à quelques jets de pierre du Kremlin.

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L’empreinte de la Turquie dans la guerre de l’Occident contre la Chine et la Russie

Par Eric Draitser – Le 2 février 2015 – Source NEO

L’empreinte de la Turquie dans la guerre de l’Occident contre la Chine et la Russie

Alors que l’attention mondiale était focalisée sur la France à la suite des meurtres de Charlie Hebdo, la chasse à l’homme qui en a découlé, et sur les conséquences politiques de l’incident, de nombreuses informations importantes ont été discrètement repoussées dans les pages intérieures des principaux journaux mondiaux et sont passées derrière les premiers titres des programmes d’information des chaînes de télévision de la planète. Au Nigeria, Boko Haram est réapparu plus agressif que jamais, commettant une des pires atrocités de l’histoire récente de la région. En Syrie et en Irak, la guerre contre l’État islamique continue sans faiblir. En Grèce, une élection capitale aura lieu, qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le futur de l’Union Européenne.

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Russie et Islam, acte VI: le Kremlin

Par le Saker original – Le 9 mars 2013 – Source vineyardsaker

PREMIÈRE PARTIE – INTRODUCTION ET DÉFINITIONS.
SECONDE PARTIE  – LE CHRISTIANISME ORTHODOXE
TROISIÈME PARTIE – LA RUSSIE ACTUELLE
QUATRIÈME PARTIE – LA MENACE ISLAMIQUE
Cinquième partie – L’ISLAM, UN ALLIÉ
RUSSIE ET ISLAM: LE KREMLIN

Voici un sujet que j’ai beaucoup hésité à traiter, et ceci pour de nombreuses raisons, l’une d’entre elles étant que mon opinion en la matière a fini par changer. Ce n’est pas dû à la découverte de faits indéniables, mais plutôt à une combinaison de facteurs comme la lecture entre les lignes de compte-rendus d’événements avec la réalisation que beaucoup de faits annexes pointaient tous dans la même direction, en plus d’une certitude instinctive, inévitablement subjective mais extrêmement forte. Je vais énoncer ma thèse sans ambages. Je suis arrivé à la conclusion qu’il existe depuis de nombreuses années plusieurs groupes d’intérêts en conflit au Kremlin, et que l’un de ces groupes a pris la décision de sortir de l’ombre et de passer à l’attaque contre l’autre de façon discrète, mais bien perceptible. Le résultat de ceci est qu’une révolution en profondeur est en cours en Russie et que les quatre ou cinq prochaines années verront d’énormes changements ou une terrible lutte de pouvoir à l’intérieur du Kremlin.

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Lutte contre l’Etat islamique: les options réelles

Immanuel Wallerstein

Par Immanuel Wallerstein – Le 1er mars 2015 – Source Binghamton University

Commentaire No. 396

L’État islamique (EI) poursuit son objectif clairement affirmé d’un califat considérablement élargi en recourant délibérément à une brutalité extrême. Il attend que cette brutalité extrême contraigne les autres à accéder à ses revendications ou à sortir de scène. Presque tout le monde, au Moyen-Orient et au-delà, est à la fois horrifié et profondément effrayé par les succès qu’il a remportés jusqu’à ce jour.

Ce qui a rendu les avancées de ceux qui combattent l’EI si difficiles est leur refus de comprendre que ce sont les folies et les priorités mal placées des opposants à l’EI qui ont permis à ce dernier d’émerger et de s’imposer comme une menace d’une telle ampleur.

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Un conseiller de Porochenko arrêté avant la marche à Moscou

Le 1er mars 2015 – Source Fort Russ

L’organisateur du massacre d’Odessa vient à Moscou pour rendre hommage à Nemtsov, il se fait arrêter

La veille de la marche de commémoration de l’assassinat du politicien Boris Nemtsov, la police a arrêté un député de la Verkhovna Rada, Aleksey Goncharenko, selon RIA Novosti.

Il pourrait être impliqué dans une affaire criminelle liée aux événements d’Odessa du 2 mai 2014 qui fait l’objet d’une enquête de la part du Comité d’enquête de Russie.

Le MVD moscovite a confirmé l’arrestation de Goncharenko. Il sera remis aux personnes chargées de l’enquête. Selon Interfax, la cause exacte de son arrestation n’a pas été rendue publique.

Le 2 mai 2014, les nationalistes du Secteur droit et leurs partisans ont attaqué le camp anti-Maidan situé sur le Kulikovo Polé, puis ils ont mis le feu à la Maison des syndicats où les manifestants s’étaient réfugiés. Quarante-huit personnes ont péri, plus de deux cent ont été blessées; ceux qui ont réussi à échapper au feu ont été cruellement battus par les nationalistes. L’enquête ukrainienne n’a pas identifié les coupables, même si elle a reconnu que le massacre avait été planifié. Cependant, aucun nationaliste n’a été arrêté.

Goncharenko à Moscou avant son arrestation

Commentaire de J. Hawk (traducteur du russe à l’anglais):

Ce n’est pas la première fois qu’un député de la Rada est détenu dans le cadre d’une enquête criminelle – Savchenko est également un député de la Rada, et il ne semble pas qu’il ait la moindre chance d’être remis en liberté. Il est encore beaucoup plus important de résoudre l’affaire d‘Odessa. Nous verrons bientôt si Goncharenko aura le privilège de bénéficier d’un séjour prolongé en Russie.

Traduit de l’anglais par Dominique, relu par jj pour le Saker Francophone

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La Russie étudie désormais le degré de parti pris des médias internationaux

Par Alexey Khlebnikov – Le 25 février 2015 – Source Russia Direct

L’Institut russe d’études stratégiques a présenté son premier Index d’hostilité des médias grand public mondiaux, qui mesure l’éventuel biais anti-russe dans les publications des organes de presse de différents pays, puis attribue à chaque pays une note globale.

Photo Reuters

Le 18 février l’Institut russe d’études stratégiques (RISS), un groupe de réflexion créé par le président russe en 1992, a présenté son nouvel Index d’hostilité des médias grand public mondiaux, dont l’objectif principal est d’établir un classement des pays en fonction de leur degré d’amitié pour la Russie d’après le contenu de leurs médias dominants. Cette étude vise à identifier les États dont le traitement médiatique de la Russie est si agressif qu’il menace sa sécurité de l’information.

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L’assassinat de Nemtsov
aurait-il raté son but?

Par Sergey Zheleznyak – Le 1er mars 2015 – Source Fort Russ

LE Maidan russe espéré par les pro-us SE transforme en Rassemblement des patriotes

Photo RT

Sergey Zheleznyak  est vice-président du parlement de la Fédération de Russie, la Douma.

«Merci à tous ceux qui ont participé à la cérémonie commémorative organisée en souvenir de Boris Nemtsov, merci à tous ceux qui sont venus exprimer leur chagrin mais n’ont pas permis que cette tragédie soit utilisée pour radicaliser la manifestation, comme l’auraient voulu les commanditaires de cet assassinat. L’enquête déterminera qui sont les assassins de Boris Nemtsov et leurs commanditaires, comme pour tous les autres crimes, et ils devront répondre de leurs actes devant la justice. Toutes les possibilités seront envisagées et toutes les preuves seront examinées afin d’établir la vérité. Aucun crime ne doit rester impuni.

Notre objectif commun est de ne pas laisser les responsables de la mort de Boris Nemtsov mettre en œuvre leurs projets destructeurs contre la Russie

Commentaire de Kristina Rus (Traductrice du russe à l’anglais) :

Poutine a-t-il déjoué l’Ouest une fois de plus? Peu importe qui a eu cette idée, mais elle était géniale: ceux qui voulaient rendre hommage à Nemtsov, mais ne voulaient pas être comptés dans le nombre des manifestants anti-Poutine par l’opposition anti-gouvernementale, sont venus avec un drapeau russe et ont collectivement transformé ce qui était programmé pour être le Maïdan russe en un Rassemblement patriotique.

Traduit de l’anglais par Dominique, relu par jj pour le Saker Francophone

 

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Les US veulent armer les Forces ukrainiennes: A qui cela profiterait-il réellement?

Glenn Greenwald

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Clapper - USAIl est facile d’oublier qu’il y a seulement deux ans, le président Obama était déterminé à bombarder la Syrie et à éradiquer le régime d’Assad, et que les institutions de l’establishment américains travaillaient à jeter les bases de cette campagne. NPR (National Public Radio) a alors commencé à publier consciencieusement les rapports de responsables américains anonymes selon lesquels la Syrie avait stocké de grandes quantités d’armes chimiques; le NYT signalait qu’Obama augmentait l’aide aux rebelles et redoublait d’efforts pour rallier une coalition de pays qui voulaient comme lui renverser Assad; le Secrétaire d’État John Kerry affirmait que la destitution d’Assad était «une question de sécurité nationale… et une question de crédibilité pour les États-Unis d’Amérique.»

Ceux qui s’opposaient à la campagne de bombardement anti-Assad pour le changement de régime ont fait valoir que si une partie de la rébellion était composée de Syriens ordinaires, les rebelles que les Etats-Unis voulaient armer et faire monter en puissance (c’est-à-dire, les seuls combattants anti-Assad efficaces) étaient en réalité de violents extrémistes et même des terroristes alignés sur al-Qaida et pire. Ceux qui disaient cela étaient invariablement accusés d’être des apologistes d’Assad parce qu’il se trouvait qu’Assad utilisait le même argument: à savoir que les combattants qui lui donnaient le plus de mal étaient les djihadistes et les terroristes.

Mais, à Washington, cet argument est rapidement passé d’argument tabou à argument plein de sagesse quand il est devenu nécessaire de justifier l’engagement américain en Syrie. Les États-Unis sont maintenant en train de bombarder la Syrie, bien sûr, mais ils ne se battent plus contre Assad, le dictateur syrien est (une fois de plus) l’allié et le partenaire de l’Amérique. L’argument utilisé pour justifier la campagne de bombardements étasunienne est le même que celui qu’Assad invoquait depuis longtemps: à savoir que ceux qui se battent contre lui sont pires que lui parce qu’ils sont alignés sur al-Qaida et ISIS (même si les États-Unis ont financé et armé ces factions pendant des années et que leurs alliés les plus proches dans la région continuent de le faire).

Une dynamique similaire est à l’œuvre en Russie et en Ukraine. Hier, James Clapper, haut responsable de la sécurité nationale d’Obama et directeur du renseignement national, a déclaré à un comité du Sénat «qu’il soutenait l’armement des forces ukrainiennes contre les séparatistes russes soutenus par la Russie», selon le Washington Post. Les États-Unis ont déjà fourni une aide non létale aux forces ukrainiennes, et Obama a dit qu’il envisageait maintenant de les armer. A qui, exactement, cela donnerait-il plus de puissance?

Le président russe Vladimir Poutine dit depuis le coup d’État ukrainien de l’année dernière que le régime qui lui a succédé à Kiev est dirigé par des ultra-nationalistes, fascistes, et même des factions néo-nazies. La chaîne de télévision russe RT parle également souvent du «rôle actif que des groupes d’extrême-droite jouent dans le camp pro-gouvernemental en Ukraine depuis le coup de force de l’année dernière.»

Et de ce fait, quelqu’un qui souligne qu’armer le régime de Kiev renforcerait les fascistes et les néo-nazis est immédiatement accusé de défendre Poutine: exactement comme ceux qui disaient que les meilleurs combattants anti-Assad étaient affiliés à al-Qaida avaient été accusés de défendre Assad (jusqu’à ce que ce soit devenu la position officielle du gouvernement des États-Unis). Les médias américains décrivent invariablement le conflit ukrainien comme le noble combat des démocrates pro-occidentaux épris de liberté de Kiev contre les violents oppresseurs séparatistes de l’Est soutenus par la Russie.

Mais comme ce fut le cas en Syrie, alors qu’une partie des gens impliqués dans le coup d’État ukrainien étaient des Ukrainiens ordinaires luttant contre un régime corrompu et oppressif, les allégations concernant les voyous fascistes qui se battent pour le gouvernement de Kiev sont absolument exactes. Dans un article de Foreign Policy qu’il a écrit dans l’est de l’Ukraine en août dernier, Alec Luhn observe:

Les forces pro-russes ont dit qu’elles se battaient contre des nationalistes ukrainiens et des fascistes et dans le cas d’Azov et d’autres bataillons, ces affirmations sont globalement exactes… Le Bataillon Azov, dont l’emblème comprend également le Soleil noir, symbole occulte utilisé par les SS nazis, a été fondé par Andriy Biletsky, le chef des groupes néo-nazis Assemblée nationale-socialiste et Patriotes d’Ukraine.

En septembre, après avoir passé du temps avec les forces pro-Kiev d’Azov, Shaun Walker les a qualifiées dans un article du Guardian de «force la plus puissante et la plus sûre de l’Ukraine sur le champ de bataille contre les séparatistes». Bien que rejetant comme exagérées les craintes russes que ces groupes aient l’intention de procéder au nettoyage ethnique de toute l’Ukraine, Walker a reconnu le «penchant vers l’extrême droite et même le néo-nazisme de plusieurs de ses membres, et a noté que Amnesty International a appelé le gouvernement ukrainien à enquêter sur les violations des droits et les éventuelles exécutions sommaires commises par Aidar, un autre bataillon.» Ce qui inquiétait le plus Walker était que ces milices fascistes avaient l’intention, une fois les séparatistes vaincus, de prendre le contrôle de Kiev et d’imposer leur vision ultra-nationaliste à l’ensemble du pays.

Après le coup d’État à Kiev, les médias étasuniens grand public ont préféré ignorer la nature gênante des forces pro-gouvernementales, et seuls de rares commentateurs en ont fait état. En janvier de l’année dernière, pendant le coup d’État, Seumas Milne, du Guardian, a indiqué que le récit moralisant de l’Ouest sur l’Ukraine – les combattants-de-la-démocratie-versus-les-oppresseurs-de-Poutine – «n’avait qu’un rapport lointain avec la réalité et que, au contraire, les nationalistes d’extrême droite et les fascistes étaient au cœur des manifestations et des attaques contre des bâtiments gouvernementaux». La chaîne 4 anglaise a montré le rôle central joué par les ultra-nationalistes d’extrême droite dans le coup d’État, et noté que le sénateur John McCain s’était rendu dans la capitale ukrainienne (photo ci-dessus) et avait partagé la scène avec les pires éléments fascistes. Justin Raimondo de Antiwar.com signale depuis longtemps «l’ascension d’un mouvement de masse profondément fasciste dans les couloirs du pouvoir à Kiev, notant que, loin de ne représenter qu’une poignée d’éléments asociaux, les militants des deux principaux partis fascistes en Ukraine – Svoboda et Secteur droit – fournissaient le gros des forces dont les insurgés avaient besoin pour prendre les bâtiments du gouvernement à Kiev et dans l’Ukraine de l’Ouest».

Ces faits sont devenu si flagrants que même les organisations les plus conventionnelles de l’Ouest sont maintenant obligées de les noter. La semaine dernière, Vox a publié un article d’Amanda Taub sur «environ 30 des armées privées qui se battent dans le camp ukrainien, dont les combattants sont accusés de violations graves des droits humains, comme les enlèvements, la torture et les exécutions extrajudiciaires». Tout en affirmant que ces milices opèrent en grande partie séparément du gouvernement central de Kiev, Taub note néanmoins qu’elles ont pris une place centrale dans la lutte contre les séparatistes, et reconnaît clairement que les officiels de Kiev les utilisent:

Les milices ont également accru leur pouvoir du fait que le gouvernement ukrainien, dirigé par le nouveau président Petro Porochenko, leur a donné des amis hauts placés. Par exemple, Arsen Avakov, le ministre de l’Intérieur de Porochenko, était auparavant le chef du bloc politique de l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko en Ukraine orientale. Il a conclu une alliance de longue date avec les membres du Bataillon Azov, une organisation d’extrême-droite dont les membres sont connus pour promouvoir l’anti-sémitisme et les opinions néo-nazies. Avakov a utilisé sa position pour soutenir le groupe, allant jusqu’à nommer Vadim Troyan, un adjoint d’Azov, chef de la police de toute la région de Kiev. Et le leader d’Azov, Andriy Biletsky, est maintenant aussi membre du parlement.

Et The Intercept a publié hier un reportage de Marcin Mamon sur l’aide que les djihadistes apportent au gouvernement de Kiev dans le conflit.

La propagande médiatique américaine a non seulement cherché à glorifier le régime de Kiev en ignorant tous ces éléments, mais a aussi activement diabolisé les séparatistes en les faisant passer pour des pions contrôlés par Poutine. En fait, comme Max Seddon de BuzzFeed l’explique dans un excellent article écrit depuis un bastion séparatiste d’Ukraine orientale, ceux qui luttent contre Kiev ont de nombreux griefs importants contre le gouvernement ukrainien, mais ceux-ci n’ont rien à voir avec l’agenda de Poutine dans la région, notamment sa violence contre les civils et son mépris ancré pour les résidents de l’Est:

Dans les zones mêmes que l’Ukraine voudrait reprendre, les bombardements presque incessants de l’artillerie et le terrible blocus économique ont amené les positions à un point de non-retour. Presque chaque jour, des bombardements ôtent la vie à des civils: la mère, le mari, l’enfant de quelqu’un. Et chaque jour, la perspective d’une réconciliation entre les millions de citoyens ukrainiens ici et le gouvernement ukrainien semble plus lointaine.

Nous sommes dont bien en présence d’un nouveau cas où le gouvernement américain – comme toujours suivi de près par ses médias – fabrique une narrative morale manichéenne pour justifier l’intervention des États-Unis et son militarisme. Tout comme les États-Unis ont passé des années à financer et armer ces mêmes éléments extrémistes qu’ils prétendent maintenant vouloir combattre – en Libye, en Syrie et bien avant encore en Afghanistan – armer les forces ukrainiennes ferait monter en puissance une horde monstrueuse de fascistes et de sympathisants nazis purs et durs. Le coup d’État lui-même, que le gouvernement américain a soutenu, a presque certainement eu ce même effet.

La démarche étasunienne consistant à accroître le pouvoir de ces voyous constitue-t-elle un pattern ou un bug ? Il n’est pas rare de voir les États-Unis armer et soutenir des fascistes et autres tyrans du même genre en toute connaissance de cause s’ils pensent que cela servira leurs intérêts (voir l’article de David Ignatius de ce matin qui dit que le dictateur égyptien, le général Abdel Fata Sisi ne vaut pas mieux que Moubarak en ce qui concerne les violations des droits humains, mais que les États-Unis doivent continuer à le soutenir fermement pour qu’il préserve la stabilité). Mais au moins, quand les Etats-Unis couchent avec des régimes comme les Saoudiens ou les Égyptiens, la plupart des gens savent quel genre d’alliés ils embrassent. Dans le cas de l’Ukraine, ces faits ont été presque entièrement exclus du discours dominant. Maintenant qu’un des hauts-responsables de la sécurité nationale d’Obama appelle expressément à armer ces forces, il est essentiel que la vraie nature des alliés de l’Amérique dans ce conflit soit bien comprise.

Glenn Greenwald 

Traduit par Dominique Muselet pour le Saker Francophone

 

 

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Nemtsov est un Boeing malaisien écrasé contre les murs du Kremlin

Par Mikhail Delyagin – Le 28 février 2015 – Source Fort Russ

Hello, chers amis,

Il est 3 heures du matin, donc je ne serai peut-être pas très cohérent.

Il y a trois heures et dix-sept minutes, une bonne personne et un très mauvais politicien, pas un politicien intelligent, Boris Nemtsov, a été assassiné.

J’ai été son son conseiller pendant un an et demi [lorsque Nemtsov était vice-Premier ministre de Russie dans le gouvernement Eltsine, qui a conduit le pays à la faillite et à une grave crise dans les années 1990 après les réformes libérales, Note de Kristina Rus] et, un jour avant le défaut de paiement, j’ai été viré, pas par sa faute, il a même essayé de me soutenir.

Ce qui est arrivé aujourd’hui est un sacrifice classique. Nemtsov ne comprenait pas à quoi il servait et où il était conduit. A mon avis, il n’a en tout cas pas compris ce qu’il lui arrivait.

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