La politique africaine de la France sous la présidence d’Emmanuel Macron


Par Pavel Nastine – Le 7 juillet 2018 – Source New Eastern Outlook

C’est bien connu, avant le début des années 1960, la France était la plus grande puissance coloniale. Tout le Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc, Mauritanie) ainsi que les actuels Burkina Faso, Djibouti, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Union des Comores, République centrafricaine et Tchad étaient sous son contrôle en Afrique. En fait, le pillage de ces pays est devenu une base de la prospérité française au XXe siècle. De nombreuses nations, comme les Algériens, qui ont sacrifié plus d’un million de vies sur l’autel de la liberté et de l’indépendance, se souviennent trop bien des crimes des colonialistes et certains, par exemple au Rwanda, posent la question du rôle de la France dans le génocide rampant dans ces pays au cours de la période post-coloniale. Continuer la lecture de La politique africaine de la France sous la présidence d’Emmanuel Macron

Disposition pénale méconnue et répression de l’intolérance


Par Stratediplo – Le 21 mai 2018 – Source stratediplo

L’article 132-76 du code pénal français mériterait d’être mieux connu des magistrats. En effet il apporte une réponse différenciée au type de criminalité qui connaît la plus forte croissance en France depuis que les populations « de remplacement » – selon l’expression du fameux rapport de l’ONU du 21 mars 2000 toujours disponible à l’adresse internet donnée dans la Huitième Plaie – ont atteint la masse critique leur permettant de passer à l’action d’altération de la société dont le mois présent est une illustration.

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La France veut que l’avenir soit Eurasie contre Eurafrique


Par Andrew Korybko – Le 18 mai 2018 – Source Oriental Review

Dominique de VillepinUn ancien Premier ministre français a dévoilé un plan détaillé et très ambitieux pour former un axe eurafricain dans la nouvelle guerre froide comme un moyen de « rééquilibrage » Est-Ouest, mais ce qu’il réclame vraiment, c’est une politique de migration de remplacement « contrôlée » couplée à des modèles politiques et économiques néo-impériaux raffinés pour faire de la France l’Hégémon africain « manquant ».

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Hassan Nasrallah :
L’agression tripartite contre la Syrie est un aveu d’impuissance


Par Sayed  Le 6 mai 2018  Source sayed7asan

Discours du Secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 15 avril 2018, suite aux frappes de Washington, Londres et Paris contre la Syrie.

Traduit  par Sayed
 

[…] Durant les derniers jours, et face aux menaces du Président Trump et à ses Tweets, le monde entier vivait dans un état d’inquiétude, comme j’en ai parlé vendredi, ainsi que la région. Avant l’aube de samedi, dans le monde et dans la région, il y avait (une vive) inquiétude. Pourquoi dans le monde également ? Parce que personne ne savait ce que serait l’ampleur des frappes, l’ampleur de l’agression, et dans quelle mesure elles pourraient mener à une confrontation (directe) entre les États-Unis et la Russie. Et cela ne serait pas resté limité à la Syrie, et aurait pu s’étendre à d’autres endroits du monde.

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La Grande-Bretagne et le nouveau seuil de puissance


Par Marcelo Gullo − le 9 avril 2018 − Source katehon.com


 

Genèse de la mondialisation

La Grande-Bretagne & la révolution industrielle

Eric Hobsbawm écrivait dans son célèbre livre Industry & Empire (1998:13) : « La révolution industrielle a amené dans la vie des hommes les transformations les plus profondes jamais vécues dans l’histoire du monde et consignées par écrit. Pendant une courte période, cette révolution coïncida avec l’histoire d’un unique pays, la Grande Bretagne. Sur cette base, ou plutôt autour de cette base, une économie mondiale tout entière s’est bâtie qui lui a permis d’atteindre un niveau d’influence et de puissance jamais égalé par aucun pays de dimension comparable. » C’est à ce moment historique que la Grande-Bretagne se distingue comme premier grand État-nation industriel du monde, événement qui positionna le seuil de puissance à des niveaux quasiment inatteignables par d’autres pays et qui transforma l’Angleterre en grande puissance supérieure à toute autre dans le système international.

À un certain moment de l’histoire universelle, la Grande-Bretagne peut être décrite comme unique atelier au monde, unique importateur et exportateur de grands volumes, unique puissance impérialiste, quasiment seule à investir à l’étranger ; et pour cette même raison l’unique puissance navale et le seul pays développant sa propre politique mondiale (Hobsbawm, 1998 : 37).

Achevant sa révolution industrielle en premier, la Grande-Bretagne monte automatiquement le seuil de puissance en vigueur. Conséquence immédiate, tout pays dans le système international qui veut conserver son autonomie se trouve forcé de mener sa propre révolution industrielle. Afin de ne pas se faire dominer, chaque pays du système international est obligé de s’industrialiser. Au XVIIIe siècle et jusqu’au début du XIXe, la France constituait le principal État rival de l’Angleterre, tant dans les domaines politique qu’économique. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, « la France était plus riche que la Grande-Bretagne, même si les richesses y étaient mal distribuées et que les paysans en particulier se trouvaient écrasés de taxes exorbitantes au profit d’une classe détentrice des terres qui en pratique ne travaillait pas. Jusqu’au moment de la révolution industrielle, l’industrie française surpassait celle des Anglais, que ce soit dans l’emploi de machines complexes ou dans l’établissement de grandes usines. Mais le poids des guerres prolongées se fit lourdement sentir sur le système économique français et entrava l’adoption ou l’application par la France de nouvelles techniques basées sur l’énergie de la vapeur, jusque tard après son implantation en Grande-Bretagne »  (Cole, 1985 : 83). La France sortit très affaiblie des guerres napoléoniennes. Pour autant, elle avait conservé sa supériorité traditionnelle dans le domaine de l’industrie de la soie ; le pays disposait d’une bourgeoisie industrielle avec un talent incroyable pour la production en petites quantités de produits de très haute qualité, de bon goût et à des prix très élevés (1). En outre, le pays subvenait à ses propres besoins en matière agricole de telle sorte qu’il atteignit une certaine prospérité et une grande capacité d’accumulation du capital aussitôt que les effets de la guerre s’estompèrent. Mais il reste que « la France sortit politiquement et économiquement sous-équipée pour rivaliser avec la Grande-Bretagne sur le marché mondial. Ses stocks de charbons étaient réduits.

[…] Au vu de ces circonstances, la plupart des anciennes causes de la rivalité entre France et Grande-Bretagne tendaient à disparaître. Les industries françaises et anglaises s’étaient développées en suivant des chemins divergents et il devenait improbable que l’industrie française puisse venir, par ses nouveaux systèmes de production, menacer son pendant anglais sur le marché mondial » (Cole, 1986 : 84). À cette très juste observation de Cole, on peut ajouter que malgré la présence en France d’institutions idéales au développement capitalistique, malgré l’inventivité et l’ingéniosité des milieux d’affaires français sans égales en Europe, malgré le statut de Paris comme place financière internationale égale à celle de Londres, malgré les importantes réserves françaises de capital, exportées sur l’ensemble du continent, les milieux d’affaires français n’avaient pas investi dans leur industrie nationale : « Le prudent homme d’affaires français préférait fabriquer des produits de luxe que des produits de consommation de masse ; le financier prudent préférait promouvoir les industries étrangères que les industries nationales ». (Hobsbawm, 2006 : 183). Eric Hobsbawm explique ce radical paradoxe par le constat que « les initiatives privées et le progrès économique ne vont de pair que si celles-ci sont plus profitables que d’autres formes d’affaires. En France, ce n’était pas le cas, malgré le fait que c’est la France qui s’employa à fertiliser les autres pays » (183). Sans impulsion d’État réussissant à promouvoir le développement d’une industrie puissante, sans politique économique en faveur de l’industrie, sans politique financière orientant les investissements vers les industries essentielles, la France parvint de justesse à atteindre le seuil de puissance (défini par la Grande-Bretagne) nécessaire à dépasser le statut d’État subordonné, mais fut totalement incapable de défier l’hégémonie mondiale anglaise. De manière incroyable, la raison de ce handicap ne réside que dans le désintérêt de la part de l’État français envers cette impulsion d’État qui aurait orienté ses politiques et son économie vers des niveaux semblables à ceux de la Grande-Bretagne. L’incapacité du pays à répondre à la suprématie mondiale de la Grande-Bretagne provient des chemins choisis par la bourgeoisie et l’État français quant à l’orientation de leurs activités (2).

Pour concevoir la logique derrière l’alliance entre l’élite politique et la bourgeoisie nationale − surtout en ce qui concerne l’Italie et l’Allemagne − il faut également voir que, pour les proto-industriels les plus lucides d’Europe continentale, « il est vite apparu comme évident qu’une communauté de taille comparable à celle de la Grande-Bretagne − qui présenterait la cohésion et la solidarité que les institutions politiques du gouvernement représentatif à l’échelle nationale avaient données au pays avant la fin du XIIIe siècle − apportait l’unité minimale en territoire et en population où le système industriel pourrait opérer de manière bénéficiaire ». (Toynbee, 1967 : 89).

À l’observation de la Grande–Bretagne, une petite part de l’élite politique autant dans le royaume du Piémont que dans l’Allemagne encore non unifiée comprit que l’Angleterre venait d’élever le seuil de puissance et que les seuls États pouvant maintenir leur autonomie dans les nouvelles conditions − découlant de la révolution industrielle − seraient ceux qui pourraient s’industrialiser aussi complètement que l’Angleterre venait de le faire. Il apparut donc naturel  de voir une convergence d’intérêts entre les hommes politiques visant à l’unité en Italie d’une part et en Allemagne d’autre part, chacun avec sa bourgeoisie nationale (l’élite proto-industrielle) ; le compromis voulait que seul un État de taille comparable à celle de la Grande-Bretagne pourrait investir ses ressources en vue de réaliser des profits intéressants.

Malentendus sur les causes de la révolution industrielle

Vouloir expliquer en profondeur les raisons et circonstances ayant amené la Grande-Bretagne à constituer le premier État-nation à mener une révolution industrielle dépasserait le cadre du présent travail. Quoi qu’il en soit, il faut éclaircir au moins certaines des équivoques héritées des mauvaises compréhensions et des pseudo-explications qui ont été concoctées − parfois de façon malveillante − quant à savoir pourquoi la Grande-Bretagne est devenue le premier « atelier » du monde (3).

Suivons le grand historien Eric Hobsbawm dans cette démarche d’éclaircissement. Le premier malentendu de taille provient des théories qui essaient d’expliquer la révolution industrielle par des raisons climatiques, géographiques, par des changements biologiques dans la population ou par d’autres facteurs exogènes :

Si, comme cela a été dit, le déclencheur de la révolution provient d’une période exceptionnellement longue de bonnes récoltes au début du XVIIIe siècle, il va falloir expliquer pourquoi d’autres périodes similaires avant cette date n’ont pas eu les mêmes conséquences. Si l’on dit que ce sont les énormes réserves de charbon de la Grande-Bretagne qui expliquent la révolution industrielle, alors il faut se demander pourquoi son relatif manque de ressources naturelles comme par exemple le fer, n’ont pas freiné outre mesure le processus, ou encore pourquoi les mines de charbon de Silésie (allemandes) n’ont pas produit un saut industriel aussi rapide (Hobsbawm, 1998 : 36).

L’Allemagne disposait de fer et de charbon en abondance mais était, avant l’invasion par Napoléon, divisée en plus de trois cents mini-États désunis et anarchiques. À l’opposé, la Suède disposait d’une unité politique et d’énormes réserves de fer mais n’avait pas la politique économique adéquate. Hobsbawm le dit clairement : « Les facteurs climatiques, géographiques, la distribution des ressources naturelles ne constituent pas des facteurs indépendants mais s’inscrivent dans une économie déterminée et dans une structure sociale et institutionnelle. […] Ceci vaut également pour le plus important des facteurs, l’accès facile à la mer ou à des rivières navigables, c’est-à-dire, aux réseaux les plus pratiques et les moins coûteux de l’ère pré-industrielle. » (Hobsbawm, 1998 : 37) Hobsbawm souligne également qu’on ne saurait accepter l’explication de la révolution industrielle causée par des accidents historiques :

« L’avènement des grandes découvertes des XVe et XVIe siècles ne suffit pas à expliquer l’industrialisation ni la révolution scientifique du XVIe siècle. » (Hobsbawm, 1998 : 37).

Dans son processus de compréhension des raisons possibles pour lesquelles la Grande-Bretagne était devenue le premier « atelier du monde », Hobsbawm soutient un argument d’importance primordiale pour les intellectuels qui pensent avoir découvert l’origine du sous-développement latino-américain dans ce qu’ils appellent « racines entremêlées » du sous-continent :

« On ne peut pas attribuer les raisons de ces changements à la Réforme protestante, que ce soit directement ou par une sorte d’esprit capitaliste spécial ou par toute autre innovation économique introduite par le protestantisme ; ni même parce qu’elle a eu lieu en Angleterre et pas en France. La Réforme protestante a eu lieu plus de deux siècles avant la révolution industrielle. Un certain nombre de pays convertis au protestantisme ne sont pas devenus des pionniers de cette révolution et, exemple facile, la zone hollandaise qui resta catholique (la Belgique) connut l’industrialisation avant la zone protestante (Hollande). » (Hobsbawm, 1998 : 37)

Dans le même ordre d’idées que ce raisonnement de Hobsbawm, Jose Enrique Miguens témoigne que certains intellectuels d’Amérique latine attribuent sans ambiguïté au grand sociologue allemand Max Weber la thèse selon laquelle capitalisme et révolution industrielle résulteraient de la Réforme protestante : « Superficiellement, dit Miguens (2004 : 190), ces intellectuels semblent avoir raison dans cette interprétation de Weber, son ouvrage majeur s’intitule Éthique protestante & esprit du capitalisme et, en survolant la table des matières, on voit qu’il traite de Luther, de Calvin et des sectes protestantes et de l’esprit du capitalisme. Mais pour comprendre à quoi il fait référence, il faut commencer par lire l’ouvrage dans son ensemble et intégrer ce qui est dit dans la théorie et la méthodologie weberiennes. » Et Miguens souligne pour ce premier point, comment Weber lui-même, dès le premier chapitre, s’inscrit fermement en faux contre les interprétations de son travail en disant : « On ne devrait pas soutenir la thèse folle et partisane selon laquelle l’esprit capitaliste aurait surgi en résultante de la Réforme, ni, à plus forte raison, que le capitalisme en tant que système économique pourrait en être une création. » Et en note de bas de page, il ajoute : « En dépit de ceci et d’autres avertissements explicites de ma part, que j’ai continuellement émis, on m’a singulièrement et plusieurs fois attribué cette thèse. » (Weber, Éthique protestante & esprit du capitalisme, cité par Miguens, 2004 : 190)

L’archétype de la Grande-Bretagne

Comme nous l’avons vu ci-avant, à l’issue des guerres napoléoniennes la Grande-Bretagne culmine dans le processus d’industrialisation entamé sous le règne d’Elizabeth 1re (4) qui l’a fait accéder au statut de premier État-nation industriel au monde et ainsi de première puissance mondiale :

« La seule économie réellement industrialisée en 1848 était celle de la Grande-Bretagne et par conséquent, elle domina le monde […]. Dans la décennie 1840-1850, la transformation industrielle des pays non anglophones restait très embryonnaire. Par exemple, en 1850, on comptait au total un peu plus de deux cents kilomètres de voies ferrées en Espagne, au Portugal, en Scandinavie, en Suisse et dans toute la péninsule des Balkans. En 1830, il n’existait qu’une seule ville industrialisée comptant plus d’un million d’habitants (Londres), une seule hors d’Angleterre en comptait plus d’un demi million (Paris) et seules dix-neuf villes européennes comptaient plus de cent mille habitants. » (Hobsbawm, 2006b : 173).

À son statut déjà établi d’État-nation consolidé, la Grande Bretagne ajouta une nouvelle caractéristique déterminante : celle d’État industrialisé. Ce faisant, elle éleva le niveau du seuil de puissance et devint l’État le plus puissant du système international. C’est ainsi qu’elle se trouva en position d’être le seul pays à pouvoir « imposer sa volonté » aux autres membres du système et, par conséquent, le seul acteur en situation d’« écrire les règles du système » à son propre bénéfice. Dès lors que l’Angleterre fit monter le niveau du seuil de puissance, il devint clair que tout pays désirant maintenir son autonomie et ne pas devenir − formellement ou pratiquement − un État vassalisé ou un simple pion de l’empire anglais en construction devait tirer les leçons de ce succès. Et quel enseignement la Grande-Bretagne choisit-elle de dissimuler, en propageant à la place une idéologie qui prônant une voie totalement différente que celle qu’elle avait empruntée elle-même ?

Pour tout connaisseur de l’histoire britannique − et à condition de ne pas se laisser aveugler par l’éclat de l’idéologie répandue comme « tendance à suivre »  par l’Angleterre − la leçon était simple : « Dès qu’il fallait décider un arbitrage [par l’élite dirigeante britannique] entre les intérêts des affaires (qui s’appuyaient sur la liberté d’importer, d’exporter et d’exporter encore) et ceux de l’industrie (qui s’appuyaient sur un couple : protection du marché intérieur britannique face aux produits étrangers et capture de marchés d’exportation pour les produits britanniques), le producteur local