Réduire la techno-sphère, Partie II

Dmitry OrlovPar Dmitry Orlov – le 14 octobre 2015 – Source Club Orlov

Partie I

 

 

Les technologies politiques ont trois objectifs principaux:

1. Changer les règles du jeu entre les participants dans le processus politique.
2. Introduire dans la conscience de masse de nouveaux concepts, des valeurs, des opinions et des convictions.
3. Manipuler directement le comportement humain à travers les médias de masse et les méthodes administratives.

Les technologies politiques poursuivent ces objectifs tactiques en conformité avec des impératifs stratégiques, plus élevés, et c’est seulement la nature noble de ces impératifs élevés qui peuvent justifier l’utilisation de ces moyens non démocratiques, tenus d’une main ferme. Oui, la fin justifie les moyens, de temps en temps. Il vaut mieux, pour sauver l’humanité et le monde naturel, utiliser des moyens non démocratiques que de les laisser s’éteindre en adhérant à ceux qui sont strictement démocratiques.

Mais souvent, les impératifs sont beaucoup moins nobles. Ils peuvent être séparés en deux catégories:

1. Améliorer le bien-être de tout le monde par la poursuite du bien commun de toute la société, tel qu’il est compris par ses membres les plus instruits, les plus dignes et responsables, les plus intelligents. Les technologies politiques de ce genre résultent d’un cercle vertueux, se fondant sur les succès précédents pour renforcer la cohésion sociale, la solidarité et la mise en scène pour de grandes réalisations. (Ce sont les bons côtés.)

2. Enrichir, donner du pouvoir et protéger les intérêts particuliers au détriment du reste de la société. Ces types de technologies politiques ne réussissent pas à surmonter leurs contradictions internes ou sont entraînées dans un cercle vicieux, dans lequel ceux qui en bénéficient s’acharnent à obtenir des niveaux toujours plus élevés de comportements égoïstes au détriment des autres, préparant le terrain pour des résultats sociaux désastreux, une stagnation économique, une violence de masse et une guerre civile éventuelle avec une désintégration politique. (Ce sont les mauvais côtés.)

Prenons les États-Unis à titre d’exemple. Les États-Unis prennent actuellement plus que leur juste part de cette seconde description. Passons brièvement en revue une douzaine de références à ces comportements, parmi les plus importantes.

1. Le lobby des combustibles fossiles.

Objectif : Convaincre la population américaine qu’un changement catastrophique climatique anthropique ne se produit pas.

Moyens : Mener des campagnes de diffamation contre les scientifiques du climat, publication de faux articles scientifiques, dénigrement de la science dans son ensemble, présentation du mouvement pour arrêter le changement climatique catastrophique comme une conspiration, etc.

Ce lobby montre quelques signes de défaillances avec une contradiction interne, comme quoi certaines parties de Caroline du Sud, un État soi-disant conservateur, finiraient sous l’eau dans un prétendu «déluge de mille ans» (qui sera bientôt rebaptisé «crue centennale», puis  «crue décennale» et, enfin, en inondation blub-blub-blub). Contrairement à la Caroline du Nord, la Floride (un autre État blub-blub-blub) et le Wisconsin, la Caroline du Sud n’a pas interdit l’utilisation du terme «changement climatique» aux employés de l’État; non pas que quiconque l’ayant entendu puisse les utiliser comme il veut. Lorsque les technologues politiques commencent à interdire l’utilisation de mots, vous savez qu’ils sont de plus en plus désespérés. Au niveau de la technologie méta-politique, quand un technologue politique montre des signes de défaillance par une contradiction interne, il est souvent préférable de laisser les choses suivre leur cours. Après tout, qu’importe si les responsables en Caroline ou en Floride utilisent le terme changement climatique ou le terme blub-blub-blub?

2. Les fabricants d’armes.

Objectif : Convaincre la population américaine que la propriété privée des armes à feu met les gens à l’abri, qu’elle est efficace pour prévenir la tyrannie du gouvernement, et qu’elle est un droit devant être défendu à tout prix.

Mais là aussi, on voit apparaître quelques signes de défaillance avec une contradiction interne, comme l’augmentation du nombre de fusillades de masse aux États-Unis. Le niveau de lavage de cerveau ici est assez élevé, et les autorités américaines pourraient se trouver contraintes de recourir à la manipulation directe pour ramener la situation sous contrôle (enfin c’est ce qu’ils espèrent). Cela peut impliquer une sorte de bras de fer féroce entre le gouvernement et les fous des armes à feu, dans lequel ces derniers sont décrits comme des terroristes, des hors-la-loi qui, dans un exercice de démonstration, seraient instantanément anéantis par l’armée, la marine et l’armée de l’air. Mais cela ne ferait que mettre en évidence la prochaine couche de contradictions internes: en démontrant de façon décisive que la possession d’une arme à feu ne vous met pas à l’abri, et que les armes sont inutiles dans la prévention de la tyrannie, le gouvernement serait forcé d’admettre tacitement qu’il est, de fait, une tyrannie en guerre avec son propre peuple. Et cela nuirait à un certain nombre d’autres technologies politiques dont le gouvernement dépend pour sa survie politique.

3. Le système politique à deux partis, avec les lobbyistes et ses sponsors parmi les corporations, le big money et des étrangers.

Objectif : Garder les gens dans la croyance que les États-Unis sont une démocratie et que les gens ont le choix. D’une part, cette technologie semble fonctionner. Beaucoup de gens ont voté pour Obama (certains d’entre eux deux fois!), puis ont eu un grand moment de solitude face au fait qu’il n’était qu’un imposteur, à peine différent de son prédécesseur, et que tout ce qu’il avait dit pour obtenir leur vote était seulement une musique de l’espoir. Et maintenant, beaucoup de ces mêmes personnes sont prêtes à voter de nouveau, pour un quelconque autre politicien de carrière, démocratique, jouant le même genre de musique de l’espoir. Mais malgré tout, cet aspect de la technologie politique semble être   plutôt en déclin. L’appareil des partis paraît incapable de produire des candidats viables. Les républicains sont dans le désarroi interne et semblent particulièrement vulnérables, risquant d’être relégués au second plan par des étrangers comme Trump. En outre, la plupart des électeurs ne s’identifient plus avec l’un ou l’autre des partis, un développement troublant pour les technologues politiques chargées de les faire paître d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique.

4. Les entreprises de défense et les élites autour de la défense nationale.

Objectif : Justifier les budgets de défense exorbitants au prétexte qu’ils gardent la nation en sécurité en déjouant les malfaiteurs et autres absurdités. Les États-Unis ont un système de défense très coûteux, mais très inefficace.

Affaire en cours : Les hostilités en Syrie menacent de dégénérer. Les États-Unis ont ordonné au porte-avion USS Theodore Roosevelt de quitter le golfe Persique, laissant ce golfe sans un seul porte-avions américain pour la première fois en 6 ans.

La raison est simple : Bien qu’issus d’une recherche de pointe très coûteuse, les porte-avions américains ne sont efficaces que contre des adversaires très faibles et désorganisés. Quand on en vient à affronter de grandes puissances comme la Russie, la Chine et l’Iran, ils ne sont pas plus que des canards d’eau douce, sans défense contre les attaques de missiles de croisière supersoniques et de torpilles à super cavitation [1] – qu’en outre les Américains ne possèdent tout simplement pas. Ces signes évidents de faiblesse (et il y en a beaucoup d’autres) sapent les fondements de ces demandes en dollars pour la défense, selon lesquelles c’est de l’argent bien dépensé. Avec le temps, ce message est amené à sombrer comme la mise en place de la défense des États-Unis produit des cafouillages militaires inutiles, des rapports sans fondement, ceux des services de renseignement prenant leurs désirs pour la réalité, ce qui entraîne une contradiction interne grave.

Si on couple cette relative impuissance des armes de haute technologie américaines contre des adversaires équipés de façon similaire avec l’incapacité ou le refus de déployer des troupes au sol (après les grandes réussites dans les hachoirs à viande de l’Irak et de l’Afghanistan), on a une superpuissance d’antan dont la capacité à projeter sa force est plutôt circonscrite. Pourquoi, alors, est-ce que ça coûte autant? Une défaite aurait pu être obtenue pour beaucoup moins cher. Un signe de désespoir vient de cette dernière initiative américaine de déposer des palettes de munitions d’armes légères et de grenades à main dans les déserts du nord de la Syrie, dans l’espoir que certains terroristes modérés (mort de rire) seraient les premiers à les trouver pour les utiliser contre le gouvernement syrien.

La liste est longue, mais, pour des raisons de concision, et comme exercice pour le lecteur, je vais laisser celui-ci remplir en détail les exemples restants de mauvaises technologies politiques que l’on trouve aux États-Unis. Les informations ne sont pas difficiles à trouver. Demandez-vous si ces technologies vont échouer grâce à une contradiction interne, par le déclenchement d’un conflit plus large ou en provoquant une dégénérescence généralisée dans la population qu’elles oppriment.

5. L’industrie médicale.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’une assurance maladie privée est nécessaire, que les frais médicaux exorbitants sont justifiés, que la médecine socialisée est en quelque sorte le mal incarné, et qu’ils reçoivent des soins médicaux de bonne qualité, en dépit de toutes les preuves du contraire.

6. L’industrie de l’enseignement supérieur.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que l’enseignement supérieur aux États-Unis est une valeur sûre en dépit de ses coûts exorbitants, de la crise de la dette étudiante et du fait que plus de la moitié des diplômés universitaires et du collège ont été incapables de trouver un emploi professionnel.

7. Le complexe industriel des prisons.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’emprisonner un pourcentage plus élevé de la population que ne l’a fait Staline, surtout pour des actes non violents, des crimes sans victimes, permet d’assurer en quelque sorte la sécurité de la population en dépit de l’inexistence de preuves.

8. L’industrie automobile.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’une automobile à soi est la marque d’une liberté personnelle tout en dénigrant les transports en commun, en dépit du fait que si vous prenez en compte tous les coûts et les externalités des voitures particulières en les traduisant en heures de travail nécessaires pour payer pour cela, conduire une voiture se révèle moins rentable que la marche.

9. L’industrie agro-alimentaire.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’un régime alimentaire constitué de nourriture pas chère, chargée de produits chimiques, produite industriellement est en quelque sorte acceptable en dépit du niveau élevé d’obésité, de maladies cardiaques, du diabète et d’autres affections qui en sont les conséquences.

10. L’industrie financière.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que leur argent est en sécurité même s’il disparaît dans le trou noir sans cesse croissant d’une dette impossible à rembourser.

11. La religion organisée.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que se prosterner devant un grand homme blanc dans le ciel, qui pourrait vous envoyer en enfer en dépit du fait qu’il vous aime, et qui, bien que tout-puissant, a toujours besoin de votre argent, l’emporte sur l’utilisation de votre propre raison se fondant sur des faits pour trouver votre propre chemin dans le monde. Cela amène les gens simples d’esprit à affirmer avec insistance que l’histoire fabriquée du dieu égyptien Horus, à laquelle on ajoute des morceaux de l’épopée de Gilgamesh et d’autres mythes anciens, est la parole de Dieu et la vérité littérale absolue. Il faut garder vivante la fiction que les personnes religieuses sont en quelque sorte plus morales ou plus éthiques que les personnes non religieuses.

12. Le système juridique.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que le système juridique produit en quelque sorte la justice au lieu de se vendre au plus offrant, seulement pour nourrir une énorme armée d’avocats bien payés qui mériteraient leur argent, et que l’obéissance à un codex de lois si volumineux et si compliqué qu’il en est complètement incompréhensible pour une personne moyenne et même pour la plupart des avocats, signifie être un bon citoyen.

Comme vous le voyez, les États-Unis supportent un certain poids de parasitisme dû aux mauvaises technologies politiques. Chaque groupe d’intérêt particulier peut faire appel à des technologues politiques pour mettre en place un système qui lui assurera un morceau disproportionné du gâteau, au détriment de tout le monde.

Tout ceci est déjà assez mauvais, mais les mauvaises technologies politiques provoquent un problème supplémentaire: elles affaiblissent l’esprit de ceux qu’elles oppriment. Leur principal objectif est de maintenir les gens dans la conviction de choses qui sont fausses. Une fois qu’elles réussissent, ces gens deviennent personnellement investis dans ces mensonges, viennent à s’y identifier et prennent toute information qui les contredit soit comme un affront personnel ou, à tout le moins, comme une source de dissonance cognitive inopportune. Cela les rend imperméables à de bonnes technologies politiques, celles qui cherchent à les convaincre de choses qui sont vraies et d’approches qui travaillent sur les faits pour les orienter dans le sens de faire ce qui est nécessaire. Ils sont ce que Andy Borowitz a appelé l’«homme résistant aux faits».

En raison de la forte charge parasitaire des mauvaises technologies politiques, la population des États-Unis ne peut pas comprendre l’importance d’en mettre de bonnes sur pied, comme celle visant à prévenir un changement climatique catastrophique. Un grand nombre de ces mauvaises technologies politiques sont sur le point d’échouer, soit par le biais de contradictions internes, soit en raison de leurs effets néfastes sur les personnes prises dans leurs sortilèges. Il est donc logique d’attendre.

En outre, le problème des États-Unis comme pollueur et perturbateur majeur du climat peut se résoudre de lui même : les États-Unis sont un pays qui souffre énormément du changement climatique, avec la côte Ouest et le Sud-Ouest courant vers des pénuries l’eau, le Sud décimé par des vagues de chaleur et la côte Est en passe de disparaître sous les vagues. Gardez à l’esprit que cela concerne moins de 5% de la population mondiale, un nombre important, mais pas assez important pour tenir en otage le reste de la planète.

Essayer de négocier avec les États-Unis pour prévenir un changement climatique catastrophique commence à ressembler à une perte de temps. Pourquoi les 95% devraient attendre de voir les 5% se creuser un trou assez profond pour eux-mêmes? Mais qu’est-ce qui ne serait pas une perte de temps? Telle est la question que nous allons traiter bientôt.

Dmitry Orlov

Traduit par Hervé, relu par Diane pour le Saker Francophone

[1] Précisions de l’Auteur

  • Les États-Unis disposent d’un missile de croisière supersonique air-sol lancé mais de  courte portée. Idem pour la France. Ils n’ont rien qui se compare avec le Kalibr russe, qui dispose d’un rayon d’action de plus de 1500 km et a été récemment testé en Syrie en conditions réelles avec 100% de réussite.
  • Les États-Unis n’ont pas de torpilles fonctionnant sur le principe de la super-cavitation.
  • La vitesse Mach 1 commence à 1,470km/h, et la vitesse de propulsion de la torpille US à hélice la plus rapide est de 500 km/h, moins de la moitié.
  • La Russie et l’Irak ont la torpille Shkval, qui nage à plus de 500 km/h.
  • Les porte-avions peuvent abattre des cibles subsoniques, mais ils ont pas de défense antimissile contre les supersoniques.
  • Contrairement aux Tomahawk subsoniques des Américains, le Kalibr peut être lancé depuis des petits navires.
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Lavage de cerveau en Russie et à l’Ouest

Le 5 octobre 2015 – Source homment.com

Ceux qui essaient de forger notre opinion sur notre voisin de l’Est répètent jusqu’à plus soif  que la majorité absolue des Russes n’a qu’une seule source d’informations, qui est la radiodiffusion publique, le mégaphone principal de la propagande du Kremlin. Ils prétendent que les citoyens russes n’ont aucune autre façon de savoir ce qui se passe autour d’eux. Mais est ce que cela correspond à la réalité?

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Crise syrienne : et après ?

Note du Saker Francophone

Brandon Smith nous gratifie d'une réflexion qui prend à contrepied la communication Système bien sûr, mais aussi anti-Système, puisqu'il continue d'évoquer un faux jeux Est/Ouest cachant une guerre mondiale de classe Oligarchie/Peuples qui se dissimule derrière une actualité artificiellement alimentée. Puisque la pensée anti-système impose une liberté d'esprit loin des anathèmes complotistes, laissons Brandon nous guider dans les méandres de sa version des faits.

Par Brandon Smith – le 7 Octobre 2015  – Source alt-market

La crise syrienne et la confluence des intérêts qui s’affrontent étaient tout à fait prévisibles. En fait, j’ai écrit un article sur mon ancien site en 2010 décrivant le potentiel de la Syrie comme catalyseur idéal pour un conflit mondial, article intitulé Est ce que les mondialistes vont déclencher une autre guerre mondiale?

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Bilan de la première semaine d’intervention militaire russe en Syrie


2015-09-15_13h17_31Par le Saker original – Le 10 octobre 2015 – Source thesaker.is

La vitesse à laquelle l’opération militaire russe en Syrie a été conduite fut une grande surprise pour la communauté du renseignement US (ce que je peux difficilement lui reprocher, parce que j’ai été tout aussi surpris moi-même). Ne vous méprenez pas, la force russe en Syrie est modeste, du moins pour le moment, et elle ne ressemble pas, même de loin, à ce que la rumeur avait prédit. C’est surtout la manière dont elle est utilisée qui est très originale : comme une sorte de multiplicateur de force pour l’armée syrienne et une couverture probable pour les forces iraniennes. C’est une solution très élégante, où une petite force atteint un résultat d’une taille disproportionnée. C’est aussi une stratégie assez dangereuse parce qu’elle la rend très vulnérable, mais c’est une stratégie, du moins jusqu’à maintenant, que Poutine a très bien réussi à expliquer au peuple russe. Continuer la lecture →

La finale de Poutine en Syrie


Par Mike Whitney – Le 9 octobre 2015 – Source CounterPunch

La Russie ne veut pas faire la guerre à la Turquie, donc les généraux russes ont conçu un plan simple mais efficace pour la décourager d’entreprendre toute action qui pourrait conduire à un affrontement entre les deux pays.

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La guerre en Syrie et le jeu diplomatique de la Russie


La transcription de la réunion entre Poutine et le ministre de la Défense Shoigu montre comment la Russie tient à l’initiative diplomatique pour soutenir sa campagne militaire.


 

Alexander Mercouris

Alexander Mercouris

Par Alexander Mercouris – Le 10 octobre 2015 – Source Russia Insider

Le site internet du président russe a publié la transcription d’un rapport fait à Poutine mercredi par le ministre de la Défense Shoigu.

Comme pour tous ces compte-rendu, l’administration présidentielle (dirigée par Sergei Ivanov, dont nous avons brossé le portrait ici) aura soigneusement vérifié son contenu pour garantir qu’aucun secret ni information politiquement embarrassante ne sont divulgués.

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Le pouvoir des mythes

Note du Saker Francophone

La mauvaise foi évidente des arguments de 
Washington envers l’attaque russe contre les 
terroristes islamistes sévissant en Syrie est en 
train de rendre totalement transparente la 
manipulation politico-médiatiue que subissent les 
peuples occidentaux de la part de leurs élites. 
Robert Parry nous aide à y voir plus clair.
Robert Parry

Robert Parry

Par Robert Parry – le 28 septembre 2015 – Source consortiumnews

La Communication stratégique, ou Stratcom, est une technique de propagande, de manipulation psychologique qui traite l’information comme un outil de soft power [pouvoir exercé de manière douce, donc non conscient pour celui qui le subit, NdT] et même comme une arme dirigée contre ses adversaires. Tel est le nouveau cri de ralliement d’un Washington hypnotisé par le pouvoir qui émane de la création de narratives [Nous reprendrons le terme anglais narrative dans son sens d’histoire créée pour donner une vision déformée de la situation sur le terrain, NdT].

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Comment la Russie a entravé le plan américain pour une zone d’exclusion aérienne en Syrie


De nouvelles informations confirment que le déploiement russe visait autant à éviter un plan américain d’imposition d’une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie – provoquant un changement de régime – qu’à vaincre État islamique.


Par Daniel Fielding – Le 6 octobre 2015 – Source : Russia Insider

Le croiseur russe Moskva: il change la donne dans la crise syrienne.

La réaction outrancière de l’Otan à une violation mineure de l’espace aérien turc par un avion russe souligne le point crucial du déploiement militaire russe. L’Occident a perdu le contrôle du ciel en Syrie.

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Coalition vs Russie en Syrie : le jeu des cinq erreurs


Par Oleg Denejka – Le 6 octobre 2015 – Source Fort Russ

La première semaine de l’engagement des forces aériennes russes contre État islamique en Syrie est déjà derrière nous. Et la première chose qui saute aux yeux est l’efficacité dont l’aviation russe a fait preuve au combat. On pourrait dire que la Russie a commencé à se battre sans préparation ou, comme l’on dit dans la Navy, au pied levé. Mais même les premières sorties des avions russes sur les positions de État islamique ont montré qu’ils n’y allaient pas sur une décision soudaine du Kremlin, prise sous la pression des événements. L’intervention russe en Syrie a été mise au point depuis un moment, au plus tard au début de l’été, et de nombreux indices nous le prouvent. Tout d’abord, l’impact des frappes russes.

Tirer en plein dans la cible

Dès le premier jour – comptons du 30 septembre, 15:00 au 1er octobre, 15:00 – 28 sorties ont été menées, dont 8 sorties nocturnes. Résultat : au moins 12 des cibles visées ont été totalement détruites. Compte tenu que plusieurs de ces sorties étaient des reconnaissances et du soutien, visant à couvrir les groupes d’assaut, nous constatons une efficacité rare dans l’aviation moderne. Et ce qui est remarquable, c’est que les Russes n’ont eu aucune perte. Pas même une rayure sur la peinture de leurs avions.

Ces derniers jours, les frappes ont continué à être aussi efficaces, et les Russes n’ont toujours pas enregistré la moindre perte. Or les unités de État islamique, qui aujourd’hui sont devenues une véritable armée grâce à l’aide et au soutien américain, ont des équipements sol-air plutôt efficaces, pris sur l’armée irakienne.

Tirer, mais surtout ne pas faire de mal

Comme l’on dit : tout est relatif. La Russie n’a pas commencé la guerre en Syrie, d’autres s’en sont bien chargés, ceux-là même qui ont lancé des opérations aériennes contre État islamique (mis hors-la-loi en Russie sur décision de la Cour suprême). Et quel a été le résultat ?

La coalition anti-terroriste menée par les États-Unis, qui comprenait également Bahreïn, la Jordanie, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite [en tout 62 pays !, NdT], a attaqué les positions d’État islamique durant toute une année. Coïncidence à noter, la coalition a lancé sa première frappe aérienne fin septembre… 2014.

Pendant tout ce temps, selon un rapport du Pentagone, la coalition a réalisé plus de 2 000 sorties, surtout en Irak. Au prix d’énormes efforts, la coalition a réussi à chasser les militants d’État islamique hors de Bagdad, militants qui étaient séparés de leurs avant-gardes de 300 kilomètres environ, et a récupéré à peu près le tiers du territoire irakien capturé par les terroristes.

Pendant cette période, les pertes d’État islamique sont estimées au mieux à 20 000 personnes et une centaine de chars, de canons auto-portés et de véhicules blindés divers. En gros, pas plus de 2 soldats tués et 0,05 véhicules de combat détruits par sortie. Et chaque sortie ne coûte pas moins de 50 000 dollars. Aucun objectif significatif pour les terroristes n’a été détruit, et pas un de leurs chefs n’a été touché.

Un monde de contrastes : les cinq différences

Alors, où est la différence ? Pourquoi les actions de la coalition, menées par la première armée du monde, dont la force la plus importante est justement l’aviation, ont-elle été si peu efficaces ?

1. – Les États-Unis ont négocié la mise sur pied de cette coalition anti-terroriste depuis longtemps avec leurs futurs alliés.

Il y a eu beaucoup de rhétorique, une propagande massive, et l’encre des documents officiels était à peine sèche que les actions commençaient. Dès les premières heures, il était devenu clair que les forces coalisées n’avaient aucun plan détaillé d’opérations, étaient très mal coordonnées, et plus important encore, n’avaient qu’une vague idée de ce qu’elles affrontaient.

Ce pari a été tenu plus pour des raisons psychologiques, l’idée étant de démoraliser les combattants d’État islamique, mais pas de leur causer des pertes importantes. Résultat d’un renseignement insuffisant, l’essentiel des frappes coalisées a eu lieu sur de petites cibles, insignifiantes, qui ont même été manquées dans certains cas. Ce sont les civils qui ont trinqué.

Et la propagande habituelle des États-Unis et de leurs alliés continue. Un exemple : le 3 octobre, une frappe chirurgicale [sur un hôpital, humour noir ?, NdT] de l’Otan en Afghanistan a détruit l’hôpital de Médecins Sans Frontières, près de Kunduz.

La destruction, par un drone américain, de deux bulldozers appartenant de toute évidence aux troupes d’État islamique est considérée comme un succès. L’armée russe a longuement et soigneusement préparé son intervention, se concentrant avant tout sur le côté militaire plutôt que sur la politique et la propagande.

Cela concerne d’abord les activités de renseignement. La Russie a élargi ses contacts militaires avec ses alliés, a créé un vaste réseau de renseignement, comme on a pu le comprendre d’après la précision et l’efficacité de ses frappes. Bien avant le début de leur intervention, les forces russes et leurs alliés ont établi une liste de cibles, classées par ordre d’importance, de priorités et d’effets négatifs possibles sur les militants d’État islamique. Avec, comme but, leur éradication.

2. – Si vous examinez la tactique de l’armée américaine depuis l’opération Tempête du Désert, vous ne verrez pas beaucoup de changements. Les Américains continuent à tout miser sur des frappes aériennes massives, lancées à distance de sécurité, souvent sans même entrer dans la zone couverte par les défenses anti-aériennes de l’ennemi, grâce à l’emploi de coûteuses munitions de précision. Récemment, on a beaucoup parlé de la guerre des drones. Les deux n’ont qu’une faible efficacité et entraînent de fréquentes erreurs dans l’identification des cibles.

Mêmes remarques, pour les nouveaux équipements et les nouvelles armes. Le choix d’envoyer des armes magiques – le F-22 Raptor et le F-35 Lightning II – n’est pas justifié. D’un coût extrêmement élevé en développement et en opérations, ces avions sont nus et incomplets. De plus, ils sont prévus pour affronter une armée ennemie équivalente, et non des groupes de terroristes. Pour ces systèmes d’armes, il n’y a tout simplement pas de cibles en opérations anti-terroristes.

Plus précisément, si, il y a une cible, mais il faut la chercher, cette cible n’est pas sur le champ de bataille. Nous y reviendrons. En fait la coalition combat avec les armes et la technologie des années 1970. Les Américains et leurs alliés ont échoué à s’adapter aux tactiques des terroristes, et ils espèrent bien confier la guerre à d’autres.

En entrant pour la seconde fois en Irak, avec une continuité maniaque, les Américains ont refait les mêmes erreurs que la première fois, erreurs qu’ils répètent aussi en Afghanistan. Et toujours, ils nous resservent les mêmes tactiques en Irak, en Libye et en Syrie, ils ratissent. L’armée russe, elle, a montré combien elle pouvait apprendre vite des campagnes du passé, et qu’elle pouvait en tirer les conclusions qui s’imposent.

Rappelons-nous seulement la guerre d’août 2008 en Ossétie du Sud. Les Russes avaient perdu six avions : trois Su-25, deux Su-24 et un Tu-22M3. Si le Su-25 est un avion d’attaque au sol, qui vole au-dessous de Mach-1 et opère à des altitudes basses, ce qui le rend très vulnérable, le Su-24 et le Tu-22 sont des bombardiers supersoniques, avec tout ce qu’il faut pour venir à bout des défenses sol-air de l’ennemi. Pour seulement cinq jours de combats, de telles pertes sont tout simplement un désastre.

Désormais, les forces aériennes russes, et notamment les forces aérospatiales, ont abordé la question beaucoup plus sérieusement et ont réfléchi, non seulement à leurs erreurs, mais aussi aux erreurs des partenaires occidentaux. Elles ont de nouveaux avions, comme le bombardier d’appui aérien rapproché Su-34, le Su-35 et le Su-25, qui ont été considérablement modifiés. Concernant les toutes dernières munitions développées pour ces avions, l’accent n’est pas mis sur la quantité de technologies coûteuses et dernier cri, mais sur l’efficacité optimale, à un coût raisonnable et pour une adaptation aux guerres modernes de basse intensité.

Ce sont ces armes qui sont aujourd’hui au Moyen-Orient. De plus, l’armée russe a accordé une attention particulière aux moyens de communication pour la guerre électronique et le renseignement. Il y avait dans ce domaine des faiblesses qui ont été relevées durant le conflit sud-ossète en 2008, quand les postes de commandement communiquaient souvent entre eux par téléphone portable. Maintenant, la possibilité qu’État islamique intercepte les communications radio a été prise en compte dès la planification des sorties.

3. – La coalition occidentale n’est pas très sensible au choix des objectifs, et se préoccupe rarement de la question. Finalement, les pilotes tirent sur tout ce qui bouge, essaient de se débarrasser rapidement de leurs munitions et de ressortir au plus vite de la zone des combats sans faire de bavures. Les pilotes n’aiment pas le risque, les analyses et le renseignement pour faire des rapports de pertes. Et le Pentagone préfère suivre la ligne de moindre résistance : pour écrire un rapport bien noté, il faut trouver une foule, si possible en turbans, et mieux encore, hurlant «Allahou akbar», et frapper.

Les terroristes, eux, sont totalement insensibles à de telles tactiques, et de telles pertes d’une manière générale, et cela ne donne donc pas de résultats tangibles. C’est ce que nous voyons, en pratique. Les Russes estiment avec raison que poursuivre de simples soldats armés de fusils, comme le fait l’aviation de la coalition, est stupide et vain. Ils ont choisi une autre tactique – trouver les points faibles de l’armée d’État islamique. Comme dans toute armée qui a les caractéristiques d’une force militaire organisée, c’est l’infrastructure qui joue le rôle principal, dont dépendent la logistique, le renseignement, les communications et la chaîne de commandement (ils sont, soit dit en passant, de très haut niveau dans l’armée d’État islamique).

C’est pourquoi les premières frappes ont été ciblées sur les bunkers de commandement, les dépôts d’armes, les points de contact. En particulier, la fabrique d’explosifs au nord de Homs a été un des premiers objectifs à être détruit, puis un nœud de communications et un poste de commandement dans la même province, ainsi qu’un parking où étaient regroupés des T-55 camouflés. Cela a provoqué la panique et beaucoup plus de désertions dans les rangs des terroristes.

Et maintenant l’armée gouvernementale syrienne s’apprête à s’emparer de Palmyre, toujours tenue par État islamique. Avant cela, les positions d’État islamique ont été bombardées sans résultats par l’aviation coalisée pendant presque un mois.

4. – Chaque action de politique étrangère des États-Unis et de leurs alliés est précédée de gesticulations spectaculaires à but publicitaire. Du coup, lorsque les États-Unis se décident à y aller, même les Zoulous du KwaZoulou-Natal connaissent leurs intentions.

C’est un fait. La Russie n’a pas fait tout un spectacle de ses opérations militaires et celles-ci n’ont pas été accompagnées de discours-fleuves au sujet de la menace terroriste globale. C’est pourquoi la décision russe de lancer des frappes aériennes sur les positions d’État islamique en Syrie a fait l’effet d’une bombe.

Et ce, au sens propre et au sens figuré. Le matin du 1er octobre, moins d’un jour après le début de l’opération, les médias internationaux occidentaux ont éructé un torrent d’indignations – l’exigence que la Russie arrête tout et ne cible pas les malheureux terroristes modérés.

5. – Et maintenant, le plus important pour la fin. Les forces de la coalition ne veulent tout simplement pas mener une quelconque action décisive contre État islamique, qu’elles ont suscité, ni contre les autres terroristes. La crise au Moyen-Orient profite à la Russie. Notamment, parce qu’il est très important pour elle de revenir dans la région en tant qu’acteur de premier plan. Le moment et le lieu ont été choisis avec beaucoup de succès.

Oleg Denejka

Article original en russe publié dans Warfiles.ru et

Traduit du russe par Soviet Bear

Traduit de l’anglais par Ludovic, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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