La Russie au Liban : agenda antisioniste ou pivot pro-israélien?


Par Andrew Korybko – Le 23 février 2018 – Source Oriental Review

The top diplomats Nabil FAHMY (Egypt), Mohammad Javad ZARIF (Iran) and Sergey LAVROV (Russia) at the Middle East conference of Valdai Discussion Club, Moscow, Feb 2018 Hauts diplomates Nabil FAHMY (Egypte), Mohammad Javad ZARIF (Iran) et Sergey LAVROV (Russie) à la conférence sur le Moyen-Orient du Valdai Discussion Club, Moscou, février 2018

Selon diverses sources, le Liban a accepté de donner des droits de stationnement et de transit aux forces armées russes et de permettre à Moscou de développer ses réserves énergétiques offshore dans la Méditerranée orientale dans un mouvement qui est annoncé comme un tournant par certains analystes dans la Communauté des médias alternatifs. Le récit populaire qu’ils diffusent est que la Russie approfondit sa participation au Liban afin de dissuader une autre invasion israélienne, bien que cette histoire soit facilement démentie par un examen plus approfondi.

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Corridor arménien entre la Mer Noire et le Golfe Persique


Ce projet risque de piétiner les intérêts de la Russie


Par Andrew Korybko – Le 24 février 2018 – Source Oriental Review

Armenian Pres. Serzh Sargsyan at the Munich Security Conference, Feb 2018

Le président Serge Sargsian a déclaré lors de la conférence de Munich sur la sécurité le week-end dernier que son État enclavé, l’Arménie, s’efforçait de devenir la composante « terrestre » d’un ambitieux plan visant à relier la Mer Noire et le Golfe Persique par un corridor arménien de transit. C’est dans l’intérêt stratégique de son pays mais cela affecterait sans aucun doute la situation géopolitique dans cette région sensible. Pour commencer, cette initiative détournerait une partie du trafic du corridor de transport nord-sud multimodal entre la Russie et l’Inde en éliminant Bakou et Moscou de l’équation s’agissant de faciliter le commerce entre l’UE et l’Inde, en les remplaçant principalement par Erevan et Tbilissi. Cela ferait émerger sur les cartes un couloir secondaire à celui de la Mer Noire qui pourrait ensuite conduire jusqu’aux membres du bloc des Balkans.

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Mouvements autour d’Afrin en Syrie


Assistance astucieuse à des alliés ou Armageddon en devenir ?


Par Andrew Korybko – Le 20 février 2018 – Source Oriental Review

Syrian army to enter Afrin

La Syrie aurait accepté la demande de la milice « fédéraliste » du PYD-YPG kurde d’entrer dans Afrin et d’arrêter l’avance militaire des Turcs, bien qu’il reste à voir si Damas va réellement mettre en œuvre cette décision ou non.

Il y a eu des rapports contradictoires sur ce sujet tout au long de la semaine dernière, mais l’Agence de presse officielle arabe syrienne (SANA) a confirmé que les Unités de Mobilisation Populaire (UMP) se déploieraient dans la région pour contrecarrer les Turcs, contredisant des affirmations antérieures selon lesquelles c’est l’Armée arabe syrienne (AAS) qui le ferait directement. Même ainsi, ce serait un développement très dangereux si cela se produisait réellement car cela pourrait rapidement amener l’Armée arabe syrienne (AAS) à entrer dans la mêlée pour soutenir ses partenaires pro-gouvernementaux et déclencher ainsi une guerre conventionnelle d’État à État avec la Turquie. La Syrie a le droit souverain de déployer ses propres forces et celles de ses alliés n’importe où sur son territoire, mais en prenant du recul par rapport à cet idéalisme de principe et en évaluant sobrement la réalité, cette décision n’est peut-être pas la plus sage.

Syria situation map Feb 12, 2018

Carte de la situation en Syrie 12 février 2018

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Syrie – Le cessez-le-feu imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU ne tiendra pas


Moon of Alabama

Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 25 février 2018

Hier soir, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la Résolution 2401 qui appelle à un cessez-le-feu de 30 jours dans toute la Syrie. Le texte de la résolution adoptée ne semble pas encore disponible. On peut trouver une copie du projet initial de résolution ici. Le gouvernement russe a présenté plusieurs amendements. Il voulait que la partie étasunienne garantisse le respect du cessez-le-feu par les ennemis de l’État syrien. Continuer la lecture

Je plaide pour un protectionnisme rationnel et pour la préservation des valeurs traditionnelles


Le 15 février 2018 − Source flux.md


Entretien accordé en exclusivité au site flux.md par le Président de la République Moldave, Igor Dodon, réalisé par Ghenadie Vaculovschi :

FLUX : – Monsieur le Président, plus d’un an s’est déjà écoulé depuis les élections présidentielles, lors desquelles vous avez remporté une victoire écrasante. Depuis lors, le monde découvre en vous un chef d’État adepte du courant souverainiste. Ce courant prend aussi de plus en plus d’ampleur en Europe occidentale où la souveraineté des États est de jour en jour plus précaire. Quels sont, à votre avis, les facteurs qui mettent en péril la souveraineté de notre pays ?

Igor Dodon : – C’est une question très complexe ; il y de très nombreux éléments, tant internes qu’externes, et, tandis que certains dépendent de nous, d’autres relèvent de la géopolitique régionale et mondiale. Et puisque nous parlons de souveraineté, comme vous l’avez fort justement dit, je donne ma préférence à des politiques visant, d’une part, à conserver les valeurs et les traditions nationales, à l’encontre du courant mondialiste qui devient actuellement de jour en jour plus agressif à l’échelle mondiale. D’autre part, je suis un adepte du protectionnisme économique en ce qui concerne le marché interne. Au moins ces deux éléments de base – les valeurs nationales, notre spécificité nationale, qui nous caractérise en tant que nation civique, en tant qu’État, en tant que citoyens – nous devons tout faire pour les conserver. En même temps, nous avons besoin d’un protectionnisme rationnel, qui nous permette de régler nos problèmes économiques internes : la création d’emplois, etc.

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Escalade en Syrie : jusqu’où les Russes peuvent-ils être poussés ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 16 février 2018 – Source The Saker

Les événements se sont récemment clairement aggravés et il est de plus en plus évident que la force d’intervention russe est visée par une campagne systématique d’« attaques de harcèlement ».

Tout d’abord, il y a eu l’attaque de drone et de mortiers (assez réussie) sur la base aérospatiale russe de Khmeimin. Ensuite, il y a eu le tir qui a abattu un SU-25 russe au-dessus de la ville de Maasran dans la province d’Idlib. Maintenant nous entendons parler de victimes russes dans le raid américain sur une colonne russe (avec des affirmation exagérées de « centaines » de Russes tués). Dans le premier cas, les responsables russes ont ouvertement fait part de leurs forts soupçons que l’attaque, si elle n’avait pas été planifiée et exécutée par les États-Unis, avait été au moins coordonnée avec leurs forces dans les environs. Dans le cas du SU-25 abattu, il n’y a eu aucune accusation ouverte, mais de nombreux experts ont déclaré que l’altitude à laquelle le SU-25 a été frappé suggère un MANPAD assez moderne d’un genre généralement pas vu en Syrie (l’allusion n’est pas du tout subtile étant donné que c’étaient des Stingers américains envoyés aux Kurdes par les États-Unis). Quant à la dernière attaque sur la colonne syrienne, ce qui se discute n’est pas qui l’a fait mais plutôt quelle sorte de personnel russe était impliqué, l’armée russe ou des combattants privés (cette dernière explication étant beaucoup plus probable puisque la colonne syrienne n’avait pas de couverture aérienne). Continuer la lecture

Le complot machiavélique pour impliquer l’Arabie saoudite et le Qatar dans une guerre de « frontières de sang »


Par Andrew Korybko – Le 7 juin 2017 – Source 21st Century Wire

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Des experts du monde entier essaient de comprendre ce qui alimente vraiment la guerre froide entre le Qatar et l’Arabie saoudite, mais la réponse est simple : les États-Unis. Comme Washington est toujours encline à le faire, elle joue magistralement du « diviser pour mieux régner » au Moyen-Orient, faisant la même chose à ses alliés des pays du Golfe qu’à ses alliés maghrébins lors des révolutions de couleur du printemps arabe. Cette fois, les acteurs en conflit s’opposant les uns aux autres, le sont au niveau des États, par opposition au scénario intra-étatique entre les gouvernements et certains de leurs citoyens.

L’objectif à long terme derrière tout cela est d’inaugurer le plan des « Frontières de sang » publié en 2006, de Ralph Peters pour un « Nouveau Moyen-Orient » dans lequel le Golfe subit une réingénierie géopolitique comme avec le « Syraq » la Turquie et les Balkans. Il est prévu de faire aussi bien. Dans l’ensemble, la fracture de la région en une myriade de mini états internationalement reconnus de facto devrait faciliter la prolongation de l’hégémonie américaine dans le vaste espace interconnecté que le défunt Brzezinski a décrit comme « les Balkans eurasiens » tout en créant simultanément des complications pour l’accès de ses rivaux russes et surtout chinois à cet espace pivot géostratégique au cœur de l’Afro-Eurasie.

C’est beaucoup à digérer tout à la fois. Décomposons donc le tout, morceau par morceau, pour que ce soit plus facile à comprendre.

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Diriger dans l’ombre : comment l’unipolarité s’adapte à la multipolarité


Par Andrew Korybko – Le 29 janvier 2015 – Source Sputnik News

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© Flickr/ Prince of the Blue Moon

Les États-Unis sont en train de construire un système mondial d’alliances bilatérales et multilatérales pour les aider à projeter plus efficacement leur pouvoir tout au long de ce XXIe siècle. Alors que le monde se dirige vers la multipolarité, les États-Unis sont prêts à exploiter cette tendance à leur avantage géopolitique.

Au lieu de « faire cavalier seul » comme Bush était enclin à le faire, les États-Unis trouvent maintenant des moyens d’amener les autres à faire leur sale boulot en convainquant leurs « partenaires » qu’ils ont un intérêt commun à le faire. Au cours de la guerre de Libye de 2011, la France et le Royaume-Uni ont pris l’initiative tandis que les États-Unis, comme il a été décrit, « dirigeait dans l’ombre ». Un éditorial du New York Times de l’époque définissait cela comme « une assistance militaire américaine discrète avec [les autres] sonnant du clairon ». Quatre ans plus tard, ce concept s’est développé à partir du tube à essai libyen et il est devenu mondial, les États-Unis mettant en place des systèmes d’alliance similaires dans le monde entier afin de projeter indirectement leur volonté de puissance dans des régions clés. Comme le dit le dicton cynique, « Pourquoi faire par vous-même ce que les autres peuvent faire pour vous ? ».

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Chute de Hadi et montée en puissance du Sud-Yémen : vers la fin de la guerre ?


Par Andrew Korybko – Le 5 février 2018 – Source Oriental Review

South Yemen IndependenceDes affrontements ont éclaté dans la capitale intérimaire d’Aden, qui était aussi le siège du gouvernement de l’ancien pays indépendant du Sud Yémen, après que le président Hadi a  interdit au Conseil de transition du Sud (CTS) et à ses partisans de protester. Le CTS avait donné au dirigeant yéménite un ultimatum qui devait expirer dimanche pour remplacer son gouvernement prétendûment corrompu ou faire face à une révolte, et ils ont prétendu qu’il avait ordonné à ses soldats de tirer sur des activistes qui défiaient son décret anti-protestation et tentaient de se rassembler en ville malgré l’interdit. La situation en évolution rapide a vu l’aile armée du parti, les Forces de Résistance du Sud (FRS), prendre le contrôle d’Aden dans un mouvement que le gouvernement de Hadi a qualifié de « coup d’État » qui aura sans aucun doute de profondes implications nationales et internationales.
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L’Inde et les États-Unis trouvent un terrain d’entente dans l’Indo-Pacifique


Le 15 novembre 2017 – Source Stratfor


Les trois pays les plus peuplés du monde sont enfermés dans une lutte pour le pouvoir dans la région indo-pacifique. Les États-Unis veulent renforcer leur partenariat de défense avec l’Inde dans le cadre d’un effort plus large visant à contrer l’influence grandissante de la Chine dans la région et dans le monde. L’Inde aussi est intéressée à défier la Chine en s’imposant dans les domaines politique, économique et de sécurité en Asie du Sud-Est alors qu’elle poursuit sa politique « Agir à l’Est ». Mais bien qu’ils partagent un rival en commun, Washington et New Delhi ont des objectifs différents dans leurs efforts pour contenir Pékin. Les divergences dans leurs stratégies finiront par entraver l’amélioration de la coopération dans la région entre les États-Unis et l’Inde.

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