La solution de la Banque mondiale au manque d’emplois : couper dans les protections aux travailleurs


Une fabrique de propriété chinoise au Lesotho (photo K. Kendall)

Par Systemic Disorder – Le 4 juillet 2018

La Banque mondiale est en train d’achever son Rapport sur le développement mondial 2019 : le caractère évolutif du travail et, surprise, la dernière version du projet s’ouvre sur des citations de Karl Marx et John Maynard Keynes. La Banque mondiale a-t-elle subitement perdu de vue son objectif et défendra-t-elle dorénavant la cause des travailleurs ? Continuer la lecture de La solution de la Banque mondiale au manque d’emplois : couper dans les protections aux travailleurs

Globalisation ou capitalisme financier trotskiste ?


Par Christopher Pisarenko – Le 23 février 2018 – Source Katehon

Résultat de recherche d'images pour "trotskysme caricature images"Maintenant, bien sûr, il y a eu d’innombrables ouvrages écrits sur ce système mondial complexe et souvent énigmatique, certains bons, d’autres mauvais. Sans aucun doute, tous les travaux les plus compétents mettent en évidence le fait incontestable que le système mondial communément appelé « globalisation » est d’origine atlantiste, c’est-à-dire anglo-saxonne, promus et adulé de manière la plus vicieuse par les États-Unis via ses principaux centres nerveux politico-économico-culturels (à savoir le Pentagone, Wall Street et Hollywood).
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La Grande-Bretagne et le nouveau seuil de puissance


Par Marcelo Gullo − le 9 avril 2018 − Source katehon.com


 

Genèse de la mondialisation

La Grande-Bretagne & la révolution industrielle

Eric Hobsbawm écrivait dans son célèbre livre Industry & Empire (1998:13) : « La révolution industrielle a amené dans la vie des hommes les transformations les plus profondes jamais vécues dans l’histoire du monde et consignées par écrit. Pendant une courte période, cette révolution coïncida avec l’histoire d’un unique pays, la Grande Bretagne. Sur cette base, ou plutôt autour de cette base, une économie mondiale tout entière s’est bâtie qui lui a permis d’atteindre un niveau d’influence et de puissance jamais égalé par aucun pays de dimension comparable. » C’est à ce moment historique que la Grande-Bretagne se distingue comme premier grand État-nation industriel du monde, événement qui positionna le seuil de puissance à des niveaux quasiment inatteignables par d’autres pays et qui transforma l’Angleterre en grande puissance supérieure à toute autre dans le système international.

À un certain moment de l’histoire universelle, la Grande-Bretagne peut être décrite comme unique atelier au monde, unique importateur et exportateur de grands volumes, unique puissance impérialiste, quasiment seule à investir à l’étranger ; et pour cette même raison l’unique puissance navale et le seul pays développant sa propre politique mondiale (Hobsbawm, 1998 : 37).

Achevant sa révolution industrielle en premier, la Grande-Bretagne monte automatiquement le seuil de puissance en vigueur. Conséquence immédiate, tout pays dans le système international qui veut conserver son autonomie se trouve forcé de mener sa propre révolution industrielle. Afin de ne pas se faire dominer, chaque pays du système international est obligé de s’industrialiser. Au XVIIIe siècle et jusqu’au début du XIXe, la France constituait le principal État rival de l’Angleterre, tant dans les domaines politique qu’économique. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, « la France était plus riche que la Grande-Bretagne, même si les richesses y étaient mal distribuées et que les paysans en particulier se trouvaient écrasés de taxes exorbitantes au profit d’une classe détentrice des terres qui en pratique ne travaillait pas. Jusqu’au moment de la révolution industrielle, l’industrie française surpassait celle des Anglais, que ce soit dans l’emploi de machines complexes ou dans l’établissement de grandes usines. Mais le poids des guerres prolongées se fit lourdement sentir sur le système économique français et entrava l’adoption ou l’application par la France de nouvelles techniques basées sur l’énergie de la vapeur, jusque tard après son implantation en Grande-Bretagne »  (Cole, 1985 : 83). La France sortit très affaiblie des guerres napoléoniennes. Pour autant, elle avait conservé sa supériorité traditionnelle dans le domaine de l’industrie de la soie ; le pays disposait d’une bourgeoisie industrielle avec un talent incroyable pour la production en petites quantités de produits de très haute qualité, de bon goût et à des prix très élevés (1). En outre, le pays subvenait à ses propres besoins en matière agricole de telle sorte qu’il atteignit une certaine prospérité et une grande capacité d’accumulation du capital aussitôt que les effets de la guerre s’estompèrent. Mais il reste que « la France sortit politiquement et économiquement sous-équipée pour rivaliser avec la Grande-Bretagne sur le marché mondial. Ses stocks de charbons étaient réduits.

[…] Au vu de ces circonstances, la plupart des anciennes causes de la rivalité entre France et Grande-Bretagne tendaient à disparaître. Les industries françaises et anglaises s’étaient développées en suivant des chemins divergents et il devenait improbable que l’industrie française puisse venir, par ses nouveaux systèmes de production, menacer son pendant anglais sur le marché mondial » (Cole, 1986 : 84). À cette très juste observation de Cole, on peut ajouter que malgré la présence en France d’institutions idéales au développement capitalistique, malgré l’inventivité et l’ingéniosité des milieux d’affaires français sans égales en Europe, malgré le statut de Paris comme place financière internationale égale à celle de Londres, malgré les importantes réserves françaises de capital, exportées sur l’ensemble du continent, les milieux d’affaires français n’avaient pas investi dans leur industrie nationale : « Le prudent homme d’affaires français préférait fabriquer des produits de luxe que des produits de consommation de masse ; le financier prudent préférait promouvoir les industries étrangères que les industries nationales ». (Hobsbawm, 2006 : 183). Eric Hobsbawm explique ce radical paradoxe par le constat que « les initiatives privées et le progrès économique ne vont de pair que si celles-ci sont plus profitables que d’autres formes d’affaires. En France, ce n’était pas le cas, malgré le fait que c’est la France qui s’employa à fertiliser les autres pays » (183). Sans impulsion d’État réussissant à promouvoir le développement d’une industrie puissante, sans politique économique en faveur de l’industrie, sans politique financière orientant les investissements vers les industries essentielles, la France parvint de justesse à atteindre le seuil de puissance (défini par la Grande-Bretagne) nécessaire à dépasser le statut d’État subordonné, mais fut totalement incapable de défier l’hégémonie mondiale anglaise. De manière incroyable, la raison de ce handicap ne réside que dans le désintérêt de la part de l’État français envers cette impulsion d’État qui aurait orienté ses politiques et son économie vers des niveaux semblables à ceux de la Grande-Bretagne. L’incapacité du pays à répondre à la suprématie mondiale de la Grande-Bretagne provient des chemins choisis par la bourgeoisie et l’État français quant à l’orientation de leurs activités (2).

Pour concevoir la logique derrière l’alliance entre l’élite politique et la bourgeoisie nationale − surtout en ce qui concerne l’Italie et l’Allemagne − il faut également voir que, pour les proto-industriels les plus lucides d’Europe continentale, « il est vite apparu comme évident qu’une communauté de taille comparable à celle de la Grande-Bretagne − qui présenterait la cohésion et la solidarité que les institutions politiques du gouvernement représentatif à l’échelle nationale avaient données au pays avant la fin du XIIIe siècl