Le moment machiavélien de l’Europe


Par Alastair Crooke – Le 21 décembre 2020 – Strategic Culture

Il est encore trop tôt pour le dire, mais il se pourrait que les élections américaines soient le début d’un nouveau « tournant » (au sens de « quatrième tournant« ). Bien sûr, ce qui se passe aux États-Unis est devenu le principal sujet de préoccupation de la plupart des gens ; mais même si cela aura des répercussions au cours de l’année à venir – peut-être de manière chaotique – les graines semées le 3 novembre, et après, nous amènent à un moment charnière : Le projet centralisateur du « wokedom » [le domaine des éveillés, NdT] progressiste en Amérique bleue [ceux ayant voté Biden, NdT] et dans l’Europe de Merkel aura-t-il le « cran » de persévérer – ou ses dirigeants vont-ils se replier face aux crises qui approchent – et face à la colère publique qui en découle ?

Ce projet a trois axes principaux : centraliser les grandes technologies et les médias grands publics ; concentrer les technologies bancaires et financières au sein d’une banque centrale unique ; et centraliser la politique de Merkel en Europe, à la tête d’un empire prétendant occuper le « haut lieu de la morale ».

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Penser comme Machiavel, agir comme Mussolini


Par Alastair Crooke – Le 14 décembre 2020 – Source Strategic Culture

Au début du mois, la télévision libanaise al-Manar a diffusé des images de bases israéliennes en Haute Galilée, filmées par un drone du Hezbollah. Une base israélienne à Brannite et un centre de commandement à Rowaysat al-Alam, dans le nord d’Israël, peuvent être vus dans ces images. Selon Southfront, dont l’expertise militaire est très appréciée, le Hezbollah utilise aujourd’hui divers drones, dont certains ont des capacités de combat. Des rapports suggèrent que le Hezbollah a mis en place une formidable force de drones furtifs et de missiles de croisière intelligents (avec le soutien de l’Iran). Le site militaire lié à la Russie, Southfront, conclut qu’aujourd’hui, le mouvement est mieux entraîné et équipé que de nombreuses autres armées dans le monde.

Israël est convaincu que, pour la première fois, la « prochaine guerre » ne se limitera pas au territoire libanais, que ses propres frontières seront violées et que des forces de combat offensives entreront dans les colonies et les maisons et affronteront les troupes israéliennes.

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Avant de signer un nouvel accord iranien Biden devra avaler la « pilule amère » de l’Iran


Par Alastair Crooke – Le 7 décembre 2020 – Strategic Culture

Biden dit qu’il veut, grâce à la diplomatie, parvenir à un nouvel accord nucléaire avec l’Iran, c’est-à-dire un JCPOA « Plus + Plus ». Les Européens partagent désespérément cette aspiration. Mais les « protocoles d’accord » que son « A-Team » a hérités de l’ère Obama contiennent encore les germes de l’échec.

Aujourd’hui, quatre ans plus tard, la perspective de l’échec semble assurée, d’abord par les promesses hasardeuses déjà offertes par Biden, et ensuite (et de manière décisive), par le fait que le monde d’aujourd’hui n’est plus le monde d’autrefois. Les États-Unis n’ont plus le privilège de présider la table des dirigeants mondiaux. Israël n’est plus le même Israël, et l’Iran, c’est certain, n’est plus le même Iran (celui du début de l’initiative Obama). Le monde est passé à autre chose. Les quatre dernières années ne peuvent pas être simplement effacées comme une aberration sans conséquence et on ne peut pas considérer que les protocoles antérieurs soient toujours valables aujourd’hui.

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Le « rideau de fer » numérique est en train de s’abaisser


Par Alastair Crooke – Le 30 novembre 2020 – Source  Strategic Culture

Qu’est-ce qu’un « rideau de fer numérique » ? C’est lorsque le Big Digital [comme on dit Big Pharma, NdT], comme le professeur Michael Rectenwald appelle ces Goliaths de la technologie occidentale, devient une « gouvernementalité », en utilisant un mot inventé à l’origine par Michel Foucault pour désigner les moyens par lesquels les « gouvernés » (c’est-à-dire « nous, le peuple ») assimilent et reflètent extérieurement une attitude mentale souhaitée par les élites : « On pourrait citer le masquage et la distanciation sociale comme exemples de ce que Foucault entendait par sa notion de gouvernementalité », suggère Rectenwald.

Et quelle est cette « mentalité » souhaitée ? C’est d’adhérer au changement d’identité et de mode de vie américain et européen. Le président élu présumé des États-Unis, les élites européennes et les élites « éveillées » de haut niveau sont d’ailleurs publiquement engagées dans cette « transformation » : « Maintenant que nous avons pris la Géorgie, nous allons changer le monde » ( déclarait Chuck Schumer, leader de la minorité au Sénat, en célébrant la « victoire » de Joe Biden) ; « La défaite de Trump annonce peut être le début de la fin du triomphe des populismes d’extrême droite en Europe également », déclarait Donald Tusk, l’ancien président du Conseil européen.

En bref, le « rideau de fer » s’abaisse lorsque des entreprises soi-disant privées (Big Digital) s’interpénètrent mutuellement avec l’État ; et le revendiquent ensuite : Il n’y a plus besoins de persuader le non-croyant faisant face à cette métamorphose ; il peut y être contraint. Les valeurs régressives liées à l’identité, à la race et au sexe ont rapidement été étiquetées « d’hérétiques ». Et comme le répètent sans cesse les militants de Black Lives Matter : « Le silence n’est pas une option : Le silence est une complicité« .

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La lutte de l’Amérique pour un nouveau paradigme de civilisation


Par Alastair Crooke – Le 16 novembre 2020 – Source Strategic Culture

Le corps politique américain est pris de frissons au lendemain de cette élection. Le mécontentement face à notre modernité hyper-monétarisée et totalement inéquitable explose. Les gens se sentent écrasés, leur humanité amputée :

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L’impasse aux États-Unis. Réminiscence de la fin de la République Romaine


Que Biden gagne ou pas, Trump restera le « président » de l’Amérique Rouge


Par Alastair Crooke – Le 7 novembre 2020 – Source Strategic Culture

L’un des résultats évidents des élections américaines a été la platitude de la « Vague bleue » promise – une platitude qui marque le « début de la fin » d’un puissant sortilège qui fascine l’Occident. C’est cette illusion que Ron Chernow, le célèbre historien de la présidence américaine, a révélé en qualifiant de purement éphémère le « retour à la normale » de l’Amérique  et d’« interlude surréaliste dans la vie américaine ». On ne peut plus dire qu’il y ait encore une « normalité ». Qu’il gagne ou perde la Maison Blanche, le Trumpisme Rouge restera le « Président » pour la moitié de l’Amérique.

Des fusées éclairantes explosent devant un véhicule du shérif du comté de Kenosha alors que les manifestants participent à une manifestation à la suite de la fusillade par la police de Jacob Blake, un homme noir, à Kenosha, Wisconsin, États-Unis le 25 août 2020. REUTERS / Brendan McDermid TPX IMAGES DU JOUR – RC2HLI9S1KOE

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Pourquoi l’Europe courtise-t-elle la révolution ?


Par Alastair Crooke – Le 2 novembre 2020 – Source Strategic culture

Tous les yeux sont tournés vers l’élection américaine et l’anticipation des conséquences du résultat. Mais dans l’ombre de « The Election », il y a d’autres « parties en mouvement » : L’Allemagne vient d’offrir à Washington un « accord entre amoureux » dans lequel l’Europe – avec l’Allemagne à sa tête – accepte de booster la stratégie américaine d’isolement et d’affaiblissement de la Russie et de la Chine. En retour, elle demande aux États-Unis d’accepter que l’Allemagne fasse de l’entité européenne une « puissance politique » qui serait à parité avec les États-Unis. Poutine a reconnu une telle possibilité – l’Allemagne aspirant à devenir une superpuissance – lors de son récent discours au club de Valdai.

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Rompre les relations avec l’UE ?


Si c’est ce qu’ils veulent, qu’il en soit ainsi


Par Alastair Crooke – Le 26 octobre 2020 – Source Strategic Culture

Wolfgang Munchau, du site Euro Intelligence, a récemment suggéré que l’UE commettait des erreurs en n’écoutant que sa propre chambre d’écho (ceux ayant la même opinion). Munchau faisait référence au fait que lorsque Boris Johnson avait cherché à obtenir un accord « en vue » pour le sommet européen de ce mois, il avait été accueilli avec dédain. Le Conseil Européen a non seulement déclaré qu’aucun accord n’était en vue, mais qu’il n’y aurait pas d’accélération des négociations. Le Conseil a de plus fermement réaffirmé ses trois lignes rouges, « non négociables ».

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Deux aspects non visibles de la géopolitique


Par Alastair Crooke – Le 19 octobre 2020 – Source Strategic Culture

Au niveau visible, la lutte géopolitique actuelle concerne le maintien de la primauté du pouvoir américain ; le pouvoir financier étant un sous-facteur de ce pouvoir politique. Carl Schmitt, dont les réflexions ont eu une telle influence sur Leo Strauss et sur la pensée américaine en général, préconisait que ceux qui ont le pouvoir doivent « l’utiliser ou le perdre ». L’objectif premier de la politique est donc de préserver son « existence sociale ».

Mais à un niveau moins visible, le découplage technologique vis-à-vis de la Chine est un aspect implicite d’une telle stratégie (camouflé sous le slogan de la récupération des emplois et de la propriété intellectuelle « volés » aux États-Unis) : L’objectif que l’Amérique cherche réellement à atteindre est de s’accaparer, au cours des prochaines décennies, toutes les normes mondiales en matière de technologie de pointe, et de les refuser à la Chine.

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Les barbares nous menacent !


Par Alastair Crooke − Le 12 octobre 2020 − Source Strategic Culture

Alors que nous entrons dans le mois précédent les élections américaines, le prévisible point culminant des animosités, si longtemps refoulées, est proche. Il est peu probable qu’il soit bref ou décisif. Les convulsions internes des États-Unis sont une chose. Mais le fait que l’implosion de la confiance sociale aux États-Unis se propage et que ses effets se font sentir dans le monde entier, en est une autre. Si l’instabilité de notre époque, aggravée par le virus, nous rend nerveux et tendus, c’est peut-être parce que nous avons l’intuition qu’un mode de vie, un mode d’économie aussi, touche à sa fin.

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