Par Laurent Guyénot − Septembre 2023

Le pape fut le précepteur ou le tuteur de la civilisation européenne durant le Moyen Âge. À la fin du XIe siècle, il inculqua à la caste dirigeante une idée révolutionnaire : la Croisade. Ce fut une révélation, au sens d’une nouvelle religion, en même temps qu’une tentative pour unifier l’Europe par Jérusalem. La Croisade a fait émerger le meilleur et le pire de la classe guerrière, elle a enthousiasmé le peuple, et elle a donné au pape une domination spirituelle et politique sans précédent. Elle s’est installée comme paradigme central dans la chrétienté occidentale. Bien qu’elle ait revêtu de nouveaux habits, la Croisade reste la Grande Idée de l’Occident, le cœur même de son identité : sauver le monde—et se sauver lui-même—par des guerres au nom de grands principes transcendants. La Démocratie et les Droits de l’Homme ont remplacé le Christ, mais l’Occident, désormais sous la direction des États-Unis, est toujours la Civilisation de la Croisade. Mais c’est bientôt fini.

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Le groupe hétérogène des BRICS a réussi – il s’est rassemblé, malgré de multiples tentatives pour « écarter » certains États clés. Il s’agit d’une réussite diplomatique et géostratégique remarquable, née du désir largement partagé de trouver une solution de contournement à l’excès américain et son « exceptionnalisme » en matière de dollars après la Seconde Guerre mondiale – les accords de Bretton Woods et le « mandat » du pétrodollar, en vertu duquel tous les échanges d’énergie et de matières premières doivent être fixés en dollars et effectués en dollars (rendant ainsi tous les États vulnérables aux sanctions de l’Occident).
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L’économiste Paul Krugman, lauréat du prix Nobel, ne mâche pas ses mots :
L’enthousiasme avec lequel les États-Unis ont coopté l’idée d’un corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe [