La signification profonde de la situation en Ukraine


La signification plus large de la situation en Ukraine réside dans ce constat : les autres dirigeants ne sont plus naïfs lorsque l’Occident leur offre des perles de verre (ou des dollars en papier) en échange de leurs véritables richesses.


Par Alastair Crooke – Le 4 juillet 2022 – Source Al Mayadeen

L’Occident, à sa manière aventureuse, s’est lancé dans la guerre contre l’axe Russie-Chine, sans y prendre garde. Il s’attendait à des « victoires » faciles grâce à des sanctions qui feraient imploser l’économie russe et à des tactiques militaires de guerre urbaine empruntées à la Syrie qui saigneraient l’armée russe. Au lieu de cela, il s’agit d’une débâcle monumentale. Plus encore, ses multiples échecs et sa propagande insultante et condescendante constituent un point de rupture, ouvrant une nouvelle ère plutôt que de figer l’ordre ancien, comme l’Occident l’avait espéré. Continuer la lecture

La guerre apporte de la clarté


En Amérique, comme en Europe, la désintégration du système suscite peur et colère.


Par Alastair Crooke – Le 28 juin 2022 – Source Strategic Culture

Le déraillement du train est attendu depuis si longtemps que nous avons pris l’habitude de vivre dans son ombre. La vie continuait ; les marchés étaient persuadés que la subvention fournie par les banques centrales se poursuivrait sans relâche. Et ce n’est pas sans raison : toute déception des traders face à l’action des banques centrales, toute baisse des marchés, entraînait une crise collective du marché qui forçait généralement les banques centrales à un apaisement immédiat. Il nous était difficile d’imaginer autre chose. Continuer la lecture

Le vent souffle vers l’est, les Saoudiens le savent


L’inflation augmente partout, c’est évident. Les monnaies fiduciaires s’effondrent en valeur réelle. Et les monnaies adossées à des matières premières qui ont une valeur réelle implicite sont recherchées (par exemple, le rouble).


Par Alastair Crooke – Le 26 juin 2022 – Source Al Mayadeen

Biden doit se rendre en Arabie saoudite en juillet. Cependant, l’administration américaine ressent clairement les effets de l’avalanche de critiques (y compris de la part du grand public américain) concernant son prochain voyage au Moyen-Orient qui inclura l’Arabie saoudite. Il est clair que le meurtre de Jamal Khashoggi reste aussi douloureusement sensible pour Biden qu’une brûlure.

Naturellement, le courant dominant en l’Occident suppose que la visite de Biden a pour but d’amener l’Arabie saoudite et l’OPEP à ouvrir le robinet des approvisionnements en pétrole pour les États-Unis et une Europe désespérée. Continuer la lecture

Zugzwang


L’avenir de l’Europe s’annonce sombre. Elle est maintenant accablée par les sanctions qu’elle a elle-même imposées et par la flambée des prix des matières premières qui en a résulté. L’UE erre dans un état de sidération.


Par Alastair Crooke – Le 20 juin 2022 – Source Strategic Culture

1 L’autodestruction de l’Occident, un puzzle défiant toute explication causale unique, se poursuit. Les exemples de politique menée dans une apparente indifférence à tout ce qui ressemble à une réflexion rigoureuse sont devenus si extrêmes qu’un ancien chef militaire britannique (et ancien chef des forces de l’OTAN en Afghanistan), Lord Richards, a déclaré que la relation entre la stratégie et toute synchronisation des objectifs était désespérément rompue en Occident. Continuer la lecture

  1. Sens du titre : Aux échecs, situation où un joueur doit bouger mais où chaque mouvement possible ne fait qu’empirer sa situation.

« Israël » est à la fois contre et pour un accord et ne peut pas admettre que les États-Unis sont à la dérive


Vous comprenez ? C’est clair comme de l’eau de roche ? « Israël » est habituellement « contre » , mais son « non » est bidirectionnel. Il peut aller dans une direction, ou au contraire dans la direction opposée.


Par Alastair Crooke – Le 19 juin 2022 – Source Al Mayadeen

Après plus d’un an et huit cycles de négociations sur le retour des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien, il semblait que les États-Unis s’éloignaient tranquillement et sans faire de drame d’un accord JCPOA, et concédaient qu’un accord est irréalisable. « Nous n’avons pas d’accord … et les perspectives d’en conclure un sont, au mieux, ténues » , déclarait Rob Malley, l’envoyé spécial de Biden pour l’Iran, devant la commission des affaires étrangères du Sénat, le mois dernier. Continuer la lecture

« Si nous ne mettons pas fin à la guerre, la guerre en finira avec nous »


L’Europe est maintenant engluée jusqu’au cou dans des sanctions économiques de grande envergure à l’encontre de la Russie, et elle est incapable d’en affronter les conséquences.


Par Alastair Crooke – Le 13 juin 2022 – Source Strategic Culture

1Emmanuel Macron a irrité beaucoup de monde (tout comme Kissinger au FEM), lorsqu’il a déclaré « nous ne devons pas humilier Vladimir Poutine » , car il doit y avoir un règlement négocié. C’est la politique française depuis le début de cette saga. Plus important encore, c’est la politique franco-allemande, et elle pourrait donc finir par être la politique de l’UE également.

Le qualificatif « pourrait » est important : en matière de politique ukrainienne, l’UE est plus divisée que pendant la guerre d’Irak. Et dans un système (le système européen) qui insiste structurellement sur le consensus (même s’il est factice), lorsque les blessures sont profondes, la conséquence est qu’une seule question peut bloquer l’ensemble du système (comme lors de la préparation de la guerre en Irak). Aujourd’hui, les fractures en Europe sont plus larges et plus acrimonieuses (c’est-à-dire aggravées par l’application de la primauté de la loi). Continuer la lecture

  1. Le titre est une citation de H.G. Wells

Briser la Russie pour « sauver l’ordre libéral » , alors que les spectateurs deviennent des « victimes collatérales l’accident de la route »


Il est compréhensible que les États du Moyen-Orient restent à l’écart, en tant que « spectateurs » , mais cela ne veut pas dire qu’ils ne deviendront pas des « victimes de l’accident » dans cette euro-collision. C’est inévitable.


Par Alastair Crooke – Le 12 juin 2022 – Source Al Mayadeen

Berlusconi a écrit dans Il Giornale cette semaine que l’Occident est isolé en raison de sa monomanie ukrainienne : « La réponse de l’Occident [à l’Ukraine] a été unanime, mais qu’entendons-nous par Occident ? Les États-Unis, l’Europe et certains pays de la région Pacifique qui ont des liens traditionnels avec les États-Unis, dont l’Australie et le Japon. Et les autres pays du monde ? Presque rien » .

C’est précisément cela. L’Ukraine est au centre d’une lutte identitaire intra-européenne qui remonte à la chute de Rome. Continuer la lecture

L’Europe ensommeillée et en pause estivale, comme en 1914 …


Alors que l’Occident pense que la crise ukrainienne se transforme en quelque chose de similaire à la guerre froide, les circonstances historiques et matérielles disent tout autre chose : le monde est à la veille d’un événement de l’ampleur de la Première Guerre mondiale.


Par Alastair Crooke – Le 5 juin 2022 – Source Al Mayadeen

Le récit courant est que l’Occident est entré dans une guerre froide similaire à celle menée contre l’Union soviétique ; et que, comme pour cette lutte antérieure, son issue doit être la réaffirmation primordiale du modèle économique, politique et civilisationnel américain.

Une bien meilleure analogie serait toutefois de considérer une époque antérieure qui s’est terminée non pas par le triomphe de la guerre froide, mais plutôt par un tsunami de guerre chaude qui a désemparé le monde entier. Il s’agissait d’une période où les décideurs politiques (et les marchés) n’ont pas su apprécier le danger croissant qui s’accumulait pendant la période de sommeil estival qui s’est écoulée entre l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand fin juin 1914 et le déclenchement de la guerre, cinq semaines plus tard. Continuer la lecture

Le monde ne fonctionne plus de cette façon maintenant


La fixation sur l’Ukraine n’est essentiellement qu’un vernis qui recouvre les réalités d’un ordre mondial en décomposition.


Par Alastair Crooke – Le 6 juin 2022 – Source Strategic Culture

La Première Guerre mondiale a marqué la fin d’un ordre mercantile qui avait évolué sous l’égide des puissances européennes. Cent ans plus tard, un ordre économique très différent est en place (le cosmopolitisme néolibéral). Considérée par ses architectes comme universelle et éternelle, la globalisation a fasciné le monde pendant un long moment, mais a ensuite commencé à s’affaisser à partir de son zénith, précisément au moment où l’Occident donnait libre cours à son triomphalisme lors de la chute du mur de Berlin. L’OTAN, en tant que système de régulation de l’ordre, a répondu à la « crise identitaire » qui l’accompagnait en poussant à l’expansion vers l’est, vers les frontières occidentales de la Russie, au mépris des garanties qu’elle avait données et des objections virulentes de Moscou. Continuer la lecture

L’inquiétude de Davos et la peur inavouée de l’échec – Les prémices d’un changement de cap pour les États-Unis en Ukraine


La crainte inexprimée des participants à Davos est celle d’une nouvelle débâcle, après celle de l’Afghanistan.


Par Alastair Crooke – Le 30 mai 2022 – Source Strategic Culture

Klaus Schwab, passionné par l’Ukraine, a essentiellement configuré le Forum économique mondial (FEM) pour mettre en valeur Zelensky et exploiter l’argument selon lequel la Russie devrait être mise à la porte du monde civilisé. La cible de Schwab était la crème de la crème des chefs d’entreprise du monde entier réunis à cette occasion. Zelensky a frappé fort : « Nous voulons plus de sanctions et plus d’armes » ; « Tout commerce avec l’agresseur devrait être arrêté » ; « Toutes les entreprises étrangères devraient quitter la Russie afin que vos marques ne soient pas associées à des crimes de guerre » , a-t-il déclaré. Les sanctions doivent être globales ; les valeurs sont essentielles. Continuer la lecture