
Par Juan Manuel de Prada – Le 21 novembre 2016 – xlsemanal.com
Souvent, lorsque l’on se pique de défendre ou d’accuser un régime politique donné, au lieu de se référer à ce qu’est ledit régime politique dans la situation présente, on se place (par cécité idéologique, par suivisme ambiant, voire par pure naïveté) sur un plan idéal de principes aussi ronflants que vains.
Quelque chose de semblable se produit lorsque l’on tente de juger le capitalisme, que ses défenseurs présentent en général comme un système économique dans lequel des agents libres opèrent sur un marché libre. Si le capitalisme était effectivement ce genre de chose, il serait facile de nous caricaturer, nous autres ses détracteurs, comme les partisans de l’esclavage, les détracteurs de la propriété privée et les défenseurs de la confiscation des moyens de production. Une telle caricature, très en vogue chez ceux qui défendent un capitalisme d’opérette ou de science-fiction, devient beaucoup plus hasardeuse lorsque l’on tente de fournir une description du capitalisme fondée sur des réalités quotidiennes, et non sur d’élégantes abstractions.
Il semble de plus en plus évident que l’arrêt extraordinaire rendu par la Commission européenne, le 29 juin 2016, accordant au désherbant toxique Glyphosate un sursis de 18 mois jusqu’en décembre 2017, a été pris afin de laisser suffisamment de temps à Bayer AG, le nouveau propriétaire de Monsanto depuis décembre 2016, pour mettre sur le marché son substitut de désherbant, une fois la fusion achevée. Le sujet est soumis à une rude controverse, surtout en raison d’une déclaration de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) à Genève, disant que le Glyphosate est un « probable cancérigène ». La Commission européenne a ignoré cette déclaration de l’OMS, s’est fiée à une frauduleuse étude sanitaire du gouvernement allemand et a ignoré la volonté d’une majorité des gouvernements de l’UE en accordant au glyphosate, l’ingrédient principal de l’herbicide RoundUp de Monsanto, une extension de licence commerciale.
Vous pourrez faire toutes les primaires que vous voudrez, votre gauche ne nous inspirera que du mépris. Charlatans au sourire enjôleur ou matamores au style mussolinien, vous êtes des progressistes de pacotille. Vous voulez un monde plus solidaire, paraît-il, mais vous n’avez cessé d’approuver l’ingérence occidentale dans les affaires des autres. Honte à vous, héritiers de Guy Mollet ! Votre humanisme se métamorphose toujours en arrogance néo-coloniale. La lutte contre la pauvreté, à vos yeux, c’est lorsque les pays riches commandent aux pays pauvres.















