Le Partenariat sino-russe est mature et stable, il n’est dirigé contre personne

Le 9 mars 2015 – Source Russia Today

Le président russe  Vladimir Poutine serre la main du président chinois Xi Jinping (Reuters / Kim Kyung-Hoon)

Les liens stratégiques entre la Chine et la Russie sont mutuellement bénéfiques et basés sur la confiance et la tradition de se soutenir réciproquement, a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, soulignant que la coopération est mature et non dirigée contre des tiers.

Décrivant la relation bilatérale entre la Chine et la Russie comme stable et mature, le ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré que la pression politique et économique de l’Occident sur Moscou n’affectera pas la coopération mutuelle.

Continuer la lecture de Le Partenariat sino-russe est mature et stable, il n’est dirigé contre personne

Documents stratégiques ou:
il est interdit de penser

 

Par Dagmar Henn – Le 28 février 2015 – Source vineyardsaker.de

Cette fois, ils auraient attrapé Poutine les doigts dans le pot de confiture, jubilent les médias industriels allemands ces derniers jours; et ils présentent, bombant le torse, un « document stratégique », qui selon eux doit prouver que tous les événements, en Crimée comme au Donbass, ne sont rien d’autre que de sombres manœuvres du Kremlin.

Ils doivent prendre tous leurs lecteurs pour des idiots.

Mis à part le fait que ce document aurait été rédigé exactement dix jours avant le putsch de Kiev et contient donc de graves erreurs d’appréciation (par exemple que Ianoukovitch se maintiendrait jusqu’aux élections ordinaires prévues), il peut, dans le meilleur des cas, être une évaluation tactique actuelle, mais certainement pas un « document stratégique ». Et un truc comme ça serait une base pour diriger les événements?

Cette affirmation n’a de poids que parce qu’on a réussi à convaincre les gens que la pensée stratégique est fondamentalement quelque chose de mauvais et qu’admettre l’existence d’une telle chose serait une « théorie du complot ».

Et évidemment aussi parce que les articles pertinents ne sont pas diffusés largement.

Donc demandons-nous qui pourrait se pencher sur ces questions en République fédérale allemande. En commençant par les autorités compétentes officielles.

A la Chancellerie fédérale, il doit y avoir actuellement des piles d’analyses sur les développements de la situation en Ukraine, produites par le BND Bundesnachrichtendienst – Service fédéral de renseignement, NdT; au ministère des Affaires étrangères, en plus, on doit trouver des projets stratégiques en matière de politique étrangère allemande; et des analyses politiques générales à la SWP [Stiftung für Politische WissenschaftInstitut pour les affaires internationales et de sécurité], la filiale du BND. Il est probable que la Bundeswehr [l’armée fédérale allemande, NdT]  ait elle aussi produit sa propre analyse.

Viennent ensuite les fondations des partis politiques, qui produisent elles aussi de tels documents, même si ces derniers ne sont pas toujours destinés aux yeux du public. Difficile de croire que la Fondation Konrad Adenauer a placé des millions dans le parti de Klitschko sans procéder d’abord à une analyse et à une stratégie pour l’Ukraine. Il en va de même pour la Fondation Heinrich Böll, dont le dirigeant devait avoir un peu réfléchi à tout ça lorsqu’il a décidé de se lier d’amitié avec Kolomoisky

En plus, les grandes banques et les grandes sociétés entretiennent leurs propres départements stratégiques, qui ne se contentent pas d’analyser les tendances économiques, mais aussi les aspects politiques, et font des recommandations sur les mesures qu’il serait possible de prendre dans leur propre intérêt. Cela signifie qu’au moins chaque position sur la liste du DAX devrait avoir suscité la production d’un document de ce type.

Chacun de ces documents devrait contenir des recommandations sur un certain nombre de mesures politiques. Chacune de ces recommandations peut se lire comme une tentative de contrôle des processus politiques dans un autre pays et, si c’est réussi, il s’agit d’un contrôle effectif des processus politiques dans un autre pays. Un exemple assez connu du côté allemand est l’action de la Fondation Friedrich-Naumann au Honduras.

Ce serait intéressant de lire pourquoi la Fondation Konrad Adenauer, en plus du parti fantoche ukrainien Udar, a aussi soutenu les nazis de Svoboda. Comme ces derniers n’ont rien d’autre à offrir qu’une haine fanatique de la Russie, le document qui a motivé ce soutien devrait beaucoup éclairer sur les intentions stratégiques par rapport à la Russie.

Tout cela, c’est du quotidien politique. Toute personne qui a un peu mis son nez dans ces structures le sait. Si on était honnête, on devrait poser ce document russe avec un haussement d’épaule et ajouter, tout au plus, qu’il y en a eu de meilleurs…

Au lieu de quoi, un document banal a provoqué des réactions comme si c’était la preuve d’un crime.

Et ça fonctionne. Les forums de lecteurs attestent qu’il y a effectivement des gens qui gobent cette histoire. Pourquoi? Parce que l’action politique et la communication se sont tellement éloignées l’une de l’autre que le récit présenté n’a plus rien à voir avec les motifs, les intérêts et les événements. La politique est présentée comme s’il n’y avait que des réactions immédiates, spontanées et guidées par différentes « valeurs », à des événements imprévisibles. Même les négociations sur le TTIP [Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement] sont présentées comme s’il n’y avait pas eu, avant les négociations concrètes sur les textes de l’accord, des négociations préalables dans lesquelles les intérêts ont été définis, et comme si ces négociations préalables n’avaient pas été elles-mêmes précédées de longues périodes au cours desquelles les lobbies industriels n’avaient pas massé à bon escient l’âme [et le portefeuille, NdT] des représentants du peuple.

Même au niveau le plus bas, la commune, la politique effectivement guidée par des intérêts est enrobée d’un récit romantique. Un petit exemple, venu de Munich: les services techniques de la ville, à part ça numéro cinq sur le marché national de l’énergie, construisent une éolienne au large de la côte galloise. Oui, parce qu’il paraît qu’il faut assurer l’approvisionnement des citoyens avec des énergies renouvelables. Pour assurer le financement de ce projet, la ville se porte caution pour plus d’un milliard [d’euros]. Mais il y a un détail qui caractérise ce projet – il s’agit du premier projet d’éolienne qui n’est plus réalisé par des moyennes entreprises, mais par un grand groupe, Siemens, qui tente ainsi de prendre le contrôle sur ce marché (ce qui est accompagné de diverses tentatives de racheter des producteurs de turbines). Soit dit en passant, le siège de Siemens est à Munich. La garantie de la ville pour ce projet est donc, pour finir, une subvention dans l’intérêt d’un grand groupe allemand, qui a ainsi partiellement répercuté sur les citoyens de la ville où il a son siège le risque lié au développement de ce nouveau marché. Mais ce fait n’a pas été mentionné dans les documents fournis au Conseil municipal ni, a fortiori, dans la version édulcorée de ces documents répercutée ensuite dans la presse…

Pour ce cas aussi, on devrait trouver dans les entrailles de la société Siemens un document définissant une stratégie sur la manière dont on parvient à se positionner sur ce marché spécifique, et quelles seraient les mesures politiques adéquates. Ensuite il devrait y avoir eu des discussions entre Siemens et des représentants des services techniques de la ville, d’où est sorti ce projet d’éolienne. (Les Gallois, devant la côte desquels le truc doit être construit, n’ont d’ailleurs pas été consultés, et il serait aussi intéressant de savoir comment la société Siemens a obtenu à ce sujet l’accord des politiciens londoniens.)

En certains endroits, comme par exemple dans le Livre blanc de l’armée allemande, on parle effectivement ouvertement d’intérêts. Les intérêts sont aussi ouvertement négociés. L’engagement de la Bundeswehr en Somalie, par exemple, sert les intérêts de la flotte de conteneurs allemands… qui, de nouveau grâce à un soutien public massif pendant des décennies, atteint une taille impressionnante, même si les bateaux sont loués par l’intermédiaire d’armateurs internationaux et naviguent sous les pavillons exotiques habituels. Cela n’est devenu visible que lorsque la HSH Nordbank a eu des difficultés suite à l’effondrement du commerce mondial.

Les subventions à la construction de porte-conteneurs, pour leur part, correspondent de nouveau à un intérêt stratégique, notamment le soutien à l’industrie d’exportation allemande…

A y regarder de plus près, on se heurte partout à des actions stratégiques, c’est pourquoi on doit partir partout du principe qu’il existe aussi des réflexions stratégiques appropriées.

Mais alors pourquoi faire d’un unique document un objet de scandale?

Naturellement, ça sert à diaboliser la politique russe. Prétendre qu’ici la procédure serait différente vise aussi l’intérieur du pays. Ce n’est pas fait comme ça seulement par rapport à l’Ukraine, comme si la RFA ne pêchait pas du tout en eaux troubles et comme si l’industrie ne poursuivait pas ses propres intérêts. Le TTIP et tous ses frères et sœurs sont présentés comme s’il n’y avait que les autres qui profitaient de telles structures non démocratiques, et comme si l’industrie ne s’efforçait pas de se soustraire à tout contrôle politique. Chacune des plus grandes saloperies dans l’UE, comme la tristement célèbre directive sur les services, a poussé sur le fumier allemand. Grâce aux directives contraignantes de la Troïka prises au mépris de toute démocratie, on fait en même temps l’économie de la cape magique qui rend invisible; là, les ministres des Finances grecs ont le droit de s’adresser directement à Monsieur Schäuble, car de toute façon tout le monde sait qu’il décide à partir des directives de la Banque centrale européenne, de l’Union européenne et du Fonds monétaire international.

En Ukraine, d’ailleurs, ce ne sont pas seulement les changements dans le droit de la fiscalité qui portent une empreinte allemande reconnaissable; ces derniers jours, toute une série de modifications du droit du travail ont été introduites, qui rappellent tellement les contrats de la Troïka qu’on ne peut que penser que les auteurs sont à Berlin. Ce qui révèle encore une petite arrière-pensée stratégique dans les rapports avec l’Ukraine. A côté de sa fonction, dont on ne peut mesurer les conséquences, de lieu de rassemblement contre la Russie, elle sert aussi de laboratoire permettant d’expérimenter ce qui peut être infligé aux habitants d’un État jusqu’à ce que celui-ci tombe en ruines.

Mais tout cela sonne de nouveau un peu comme une « théorie du complot », non?

Ce qui est vraiment pernicieux dans ce récit, et que la présence d’intentions est déjà une preuve du mal, c’est son envers. Il veut dire, ici, que par exemple dans la politique allemande, il n’y aurait pas d’intentions, donc pas de plans. Et toute présomption de telles intentions serait une allégation mensongère. Étonnamment, même des gens qui se voient comme éclairés, critiques et de gauche croient à cette construction.

Cui bono? Qui en profite? La question est interdite; la question qui est au commencement de toute considération éclairée de la politique, oui, à la base de toute pensée politique, si ancienne qu’elle a conservé sa forme latine.

Cette question est condamnable parce qu’elle rabaisse les valeurs qui prétendument guident la politique ici. Il faut le souligner, il n’y a pas de faits à l’appui de cette assertion. Les faits, ainsi que des bibliothèques entières de recherche historique, attestent que chaque guerre est déclenchée par des intérêts, qu’on peut chiffrer et nommer; que s’imposent dans l’arène politique les forces qui détiennent la puissance économique, et que lorsque les intérêts des démunis, des économiquement faibles sont aussi un peu pris en compte, c’est toujours le résultat de luttes acharnées.

J’ai dans ma bibliothèque un livre intitulé Europastrategien des deutschen Kapitals 1900-1945 [Stratégies pour l’Europe du capital allemand 1900-1945]. Mille pages de documents, sans commentaire, rien que des mémorandums, des rapports, des documents stratégiques. D’où ils tirent, avec une constance dramatique, les réflexions dont nous voyons les applications concrètes dans l’UE d’aujourd’hui.

Devant ces informations disponibles et accessibles, un rideau de brouillard de valeurs est déployé. Il est chargé de tellement de pathos sacré que toute tentative de les remettre en question, de chercher des intentions et des intérêts sous-jacents, est rejeté comme hérésie.

C’est effectivement un substitut de la représentation féodale d’un ordre sacré. Comme la bataille ne peut pas être gagnée sur le plan des faits, il faut absolument empêcher que les questions qui mènent aux faits soient posées. Le concept de théorie du complot ne sert à rien d’autre. La première question, à qui cela profite-t-il, marque déjà le moment de l’abandon de la vraie foi, et l’inquisition surgit immédiatement et demande qui pose cette question, car celui-ci a pactisé avec le diable. Le débat n’est plus mené autour du contenu d’une critique, mais déjà sur la possibilité d’une critique.

C’est ici que les partisans de gauche du reproche de théorie du complot se mettent violemment en colère. Ils pensent qu’il s’agit de contenus incorrects; il s’agit de combattre des fausses interprétations, par exemple de l’antisémitisme dissimulé dans une critique du capital financier. Ce faisant, ils omettent complètement que ce reproche n’est pas adressé à l’orientation d’une critique, mais contre la critique elle-même. Pas contre une mauvaise réponse à une bonne question, mais contre la question elle-même. Et ils se transforment ainsi en collaborateurs dociles d’une stratégie idéologique qui élimine aussi les bonnes réponses aux bonnes questions et qui remplace la pensée politique elle-même par des fioritures nébuleuses décorées de valeurs telles que liberté et tolérance. Des valeurs, comme on a pu le voir dans les actions XY est de toutes les couleurs des derniers mois, qui n’ont plus aucun contenu politique, aucun lien avec la réalité, par exemple le racisme institutionnel exécuté quotidiennement avec Frontex. Elle ne sont plus que les gestes sacrés d’une foi inconditionnelle, vidée de tout conflit de classe, de tout intérêt, de toute réalité matérielle, et déclarent comme apostats tous ceux qui ne veulent pas s’y plier.

Wolfgang Ischinger, l’organisateur de la Conférence sur la sécurité de Munich qui y a orchestré récemment l’attaque contre Lavrov, est financé par le groupe d’assurances Allianz. Ainsi, de même qu’on peut supposer que les positions d’Elmar Brok sont celles de la maison Bertelsmann, la position d’Ischinger devrait refléter celle d’Allianz. Sinon elle ne le paierait pas. Allianz est le plus grand groupe d’assurances au monde et en même temps la maison mère du plus grand fonds d’investissements au monde, PIMCO. Quand le porte-voix politique d’Allianz adopte une attitude clairement agressive à l’égard du ministre des Affaires étrangères russes, est-ce que cela n’a pas quelque chose à voir avec des intérêts? Ou, dit autrement, si le comportement d’Ischinger contredisait les buts stratégiques d’Allianz, combien de jours resterait-il sur leur liste de salaires après cette sortie? Justement.

Une fois, un jour, il y aura un nouveau livre, Europastrategien des deutschen Kapitals ab 1946 [Stratégies pour l’Europe du capital allemand depuis 1946]. Peut-être pourra-t-on y lire ce qui figurait dans les documents stratégiques d’Allianz. Ou dans ceux du ministère allemand des Affaires étrangères. Dans les véritables documents, pas cette documentation pour crétiniser le peuple comme celle qui a été répandue dans la presse. Alors on pourra comprendre et démontrer qui, quand, pourquoi, quels intérêts il y avait à cette attitude va-t-en-guerre, comme les deux derniers essais le font comprendre et le prouvent.

A condition que nous réussissions à empêcher l’incendie total de toutes les archives, avec lequel ils jouent en ce moment. Pour cela, nous devrions d’abord défendre âprement une question, celle qui rend possible toute forme de résistance:

Cui bono? À qui ça profite?

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone.

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

Entre les US et la Russie
La dissonance cognitive de la position de l’Union européenne

Par Mikhail Khazin – Le 5 mars 2015 – Source thesaker.is

Les problèmes avec l’idéologie de base de l’Union européenne impliquent bien sûr, au premier chef, la position de l’Allemagne. Pour voir avec la plus grande clarté, nous devons nous rappeler que dans le mantra [leitmotiv incantatoire] des partisans du libéralisme occidental, qu’ils soient de l’Union européenne, des États-Unis ou du cru [russe], l’objectif principal de l’Occident par rapport à la Russie est d’expliquer que l’adoption de valeurs libérales fondamentales conduiront inévitablement à une économie florissante et au bonheur de tous. Si nous faisons la moindre tentative de fourrer le nez dans les résultats réels, ils expliquent que nous, nous faisons tout mal; et que, plus spécifiquement, nous avons créé la corruption sur une vaste échelle.

Je vais laisser de côté le fait que les consultants occidentaux qui nous ont bourré le crâne avec leurs valeurs libérales étaient eux-mêmes une source de corruption. Ce n’est un secret pour personne que beaucoup d’entre eux, personnes physiques ou morales, ont rempli leur tiroir-caisse pendant le processus de privatisation. Ce n’est pas un secret non plus que ces privatisations étaient un processus entièrement criminel qui a non seulement créé une immense cohorte de fonctionnaires corrompus, mais a aussi empêché complètement le développement normal des petites et moyennes entreprises. Lorsque le processus de privatisation a été terminé, les corrupteurs libéraux se sont transformés en sicaires des multinationales, détruisant les entreprises qui se sont développées en dehors de leur contrôle.

Vous n’avez qu’à regarder la formulation des lois sur la faillite, les décisions des tribunaux, et ainsi de suite. Cette situation est le résultat de la privatisation, et tant que ce résultat n’est pas condamné et remis en cause, il sera très naïf de s’attendre à voir le pays connaître une croissance constructive quelconque. Les gens qui ont volé des millions sinon des milliards ne permettront jamais un environnement normal des affaires, parce qu’ils ne peuvent pas fonctionner dans des conditions normales de concurrence; la majorité d’entre eux doivent leur existence au vol dans les caisses de l’État ou à l’appui du gouvernement.

Mais revenons au sujet principal. Les gens qui gouvernent aujourd’hui notre pays, toute notre élite qui a été formée à partir de la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, épousent l’idéologie libérale. Ils sont sincèrement prêts à défendre le droit sacré à la propriété privée et à prendre leurs ordres de Washington. Ils ne veulent tout simplement pas prendre des risques ni partager le pouvoir dans notre pays.

Washington tolère souvent de telles situations. Les anciennes dictatures d’Amérique latine et la monarchie saoudienne ne peuvent pas être appelés des bastions de la démocratie et de la liberté. Et Israël, le chouchou des États-Unis est loin d’être un ange. Mais avec la Russie, quelque chose s’est mal passé. Ce qui est arrivé ici est complexe et peut être discuté longuement. Il est possible que les efforts d’un quart de siècle pour inculquer aux gens les valeurs libérales ont échoué, et Washington a décidé qu’au début de la crise mondiale la politique de libéralisation devait être intensifiée. Mais l’élite russe a résisté, craignant une véritable agitation populaire. Malgré cela, les États-Unis ont continué.

Bien sûr, cette situation ne convenait pas à l’Union européenne; ce n’était ni du goût de Bruxelles, ni de celui de Berlin, qui faisaient beaucoup d’affaires avec Moscou et ont été fermement convaincus que tôt ou tard ils en récolteraient les fruits. Et l’Ukraine était dans leurs plans. Mais l’idée générale que le centre du pouvoir pour l’Europe orientale ne devait pas être à Moscou, mais à Washington, n’a pas été envisagée. Et ici se trouvent les problèmes.

Moscou a posé, à plusieurs reprises, la même question: si votre objectif est d’inculquer certaines valeurs en nous, et si nous sommes prêts à les accepter, pourquoi voulez-vous éloigner l’Ukraine de la Russie? En effet, on a travaillé avec l’Europe de l’Est, aidés par Gorbatchev. Mais c’était une période de peur car on craignait que soudainement de vrais patriotes arrivent au pouvoir dans la Fédération de Russie ou ailleurs? Mais, maintenant, où est le problème? Même aux États-Unis, il y a des politiciens qui comprennent ceci: http://worldcrisis.ru/crisis/1828187 [en russe seulement].

Mais aujourd’hui, une telle question ne compte pas pour les États-Unis, qui ont une politique purement impériale et ne participent pas à ces discussions – [Jennifer] Psaki étant un bel exemple. Ils doivent mentir sur les faits? Alors ils mentent. Ils doivent répondre par le silence à une question délicate? Alors ils se taisent. Et rien ne peut être fait à ce sujet, parce que personne ne peut punir les États-Unis – pour l’instant. Mais à mon avis, une telle position va se retourner contre eux assez rapidement. Et la situation soulève des questions à Berlin et Bruxelles.

Ils se sont mis dans la tête d’amener l’Ukraine dans leur propre sphère d’influence (américaine, plus précisément). Je ne vais même pas discuter pourquoi; le fait est évident. Ils ne peuvent pas se permettre d’ignorer diverses questions et des faits désagréables, de sorte qu’ils doivent s’engager dans la discussion. La même question se pose en permanence, en différentes versions et interprétations: «Pourquoi ne voulez-vous pas que l’Ukraine se rapproche de l’UE avec la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan?» Dès que cette question revient, le représentant allemand/UE panique.

Bon, ils ne peuvent pas vraiment dire la vérité: en soutenant liberté et démocratie, nous reconnaissons que les États-Unis peuvent violer ces valeurs quand et où il veulent. Mais les États-Unis veulent arracher l’Ukraine à la Russie (parce que [Zbigniew] Brzezinski l’a dit, et que c’est une raison comme une autre), et nous devons l’aider, même si nous comprenons que cela menace les valeurs tant ressassées. Nous acceptons que la politique américaine soit fondée uniquement sur ses intérêts impériaux, et qu’elle crache sur la liberté et   la démocratie (je ne vais pas rappeler les conversations infâmes de [Victoria] Nuland, l’ingérence dans le décompte des voix lors de l’élection en Ukraine et ainsi de suite parce que cela a déjà tellement été dit). Nous reconnaissons que nous ne nous opposerons jamais à la position américaine et nous ne laisserons personne imaginer de pouvoir le faire. Tant que cela nous convient, bien sûr.

En conséquence, Berlin/ UE est dans une position extrêmement faible. Ils imposent la servitude à l’Ukraine avec un accord qui détruit complètement son économie, ils soutiennent le coup d’État, ils permettent à une faction pro-américaine en Ukraine de truquer grossièrement et cyniquement les élections. Et après tout cela, leur discours sur la liberté et la démocratie apparaît hautement suspect, non seulement à Moscou, mais aussi dans d’autres villes et pays. Que peuvent-ils faire dans une telle situation?

Continuer à parler de liberté et démocratie? Pour les personnes qui peuvent voir comment ils attirent l’Ukraine vers la liberté, l’organisation d’escadrons de la mort, les bombardements des quartiers résidentiels avec des armes de gros calibre et l’interdiction à  leurs concitoyens de donner leur opinion (si ça vous passionne, vous pouvez lire la façon définitive dont les bataillons du Secteur Droit se comportent dans le Donbass et dans les territoires qu’ils occupent). Je ne dirai rien du tout sur l’économie.

Dire la vérité? Mais alors il y aurait le danger que le pouvoir de l’opposition anti-élite, qui (sauf en Hongrie et en Grèce) commence juste à faire sentir sa présence dans l’UE, augmente considérablement. Si l’élite actuelle perd le contrôle sur les budgets et les devises, ils peuvent perdre à jamais le pouvoir. Et cette perspective est extrêmement désagréable pour eux.

Vous voulez une sorte de scénario extravagant? Par exemple, si les néo-nazis arrivent au pouvoir en Allemagne, ils vont s’entendre à merveille avec le Secteur Droit en Ukraine. Mais eux non plus ne s’accorderont pas avec l’élite pro-américaine actuelle, dont ils n’auront plus besoin.

En général, Merkel & Co ont de graves problèmes. Si l’économie était encore forte, il serait possible, comme toujours, de coller du papier peint sur les fissures et les absurdités de la version officielle avec des perfusions d’argent. Mais qu’est ce qui peut être fait dans la situation actuelle? Il n’y a pas de bonne réponse. Merkel continue ses efforts pour arrêter ce qui est clairement une guerre et pour persuader les États-Unis de se calmer, même si ce n’est que pour un temps. Mais c’est en vain parce que les États-Unis ont en fait déjà perdu la guerre, et leur arrogance impériale ne permettra pas que ça s’arrête, surtout avec une élection à portée de main. Parler de liberté et de démocratie est de plus en plus irritant, même au sein de l’UE. Merkel ne peut pas non plus  faire pression sur les États-Unis pour obtenir de l’argent. Je ne vais même pas parler de Bruxelles.

En général, il y a une seule chose que nous pouvons dire: si la base idéologique de l’Union européenne, une entité gouvernementale complexe, est construite sur une contradiction aussi sinistre, comme on le voit à l’évidence, alors ses jours sont comptés. Et rien ne peut être fait à ce sujet.

Traduit du russe par Robin  – Source russe worldcrisis.ru

Traduit de l’anglais par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone.

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

Washington force le bouledogue britannique à marcher au pied

Finian Cunningham
Finian Cunningham

Par Finian Cunnigham – Le 4 mars 2015 – Source strategic-culture

 

 

Dans une démonstration éhontée de remise au pas de leur relation spéciale, les politiciens américains et les chefs du Pentagone sont en train de réprimander ouvertement le gouvernement britannique pour qu’il maintienne ses énormes dépenses militaires dans l’Alliance atlantique (OTAN) – éventuellement au détriment de services publics déjà en déliquescence dans une Grande-Bretagne assommée par l’austérité. L’injonction de Washington soulève de sérieuses questions sur la nature de la démocratie en Grande-Bretagne – l’auto-proclamée mère de tous les parlements.

Les allégations farfelues sur l’agression russe et les sinistres ambitions mondiales de Vladimir Poutine ont été invoquées pour justifier ce qui est par ailleurs une extraordinaire violation des droits démocratiques de la Grande-Bretagne par les États-Unis.

L’intrusion américaine dans les affaires britanniques s’inscrit dans la course électorale parlementaire de mai prochain, lorsque cinq années d’implacable austérité économique sous la coalition libérale-conservatrice au pouvoir seront soumises au test électoral. Le dirigeant conservateur (Tory) et Premier ministre David Cameron est mis sous pression par la population pour qu’il préserve les budgets de l’éducation et de la santé, pendant que les dépenses militaires, surdimensionnées pour le pays, sont pointées comme le secteur qui devrait procéder aux nécessaires coupes budgétaires. Continuer la lecture de Washington force le bouledogue britannique à marcher au pied

L’Inflation en Ukraine serait de 272%, le choix du pire

Matt O’Brien

Par Matt O’Brien – Le 1er mars 2015 – Source Washington Post

L’hyper-inflation est toujours et partout un phénomène politique

Elle arrive après les guerres ou les révolutions, quand les gouvernements ont à imprimer l’argent dont ils ont besoin, car il n’y a pas beaucoup à attendre de l’impôt prélevé sur une économie en faillite – ce qui nous amène à l’Ukraine. Il y a eu une révolution, il y a une guerre, et le tout est en faillite. L’inflation est officiellement de 28,5%, mais, selon l’université John Hopkins et le professeur Steve Hanke, elle serait en réalité plus au niveau de 272%. Et cela ne va qu’empirer tant que la monnaie ukrainienne chute.

Continuer la lecture de L’Inflation en Ukraine serait de 272%, le choix du pire

Dmitry Orlov: Les US échoueront même à échouer

Dmitry Orlov
Dmitry Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 4 mars 2015 – Source ClubOrlov

«En regardant ce vaste paysage d'échecs, il y a deux façons de l'interpréter. La première est que l'administration des États-Unis est la plus incompétente que l'on puisse imaginer, et ne peut jamais obtenir quoi que ce soit de correct. Mais une autre façon est qu'ils ne réussissent pas pour une raison très différente: ils ne réussissent pas parce que les résultats ne comptent pas... Mais si, de fait, les échecs ne sont pas un problème du tout, et si à la place il y avait une sorte de pression à l'échec, nous verrions alors exactement ce que nous ne voyons.»

Continuer la lecture de Dmitry Orlov: Les US échoueront même à échouer

Le fabuleux trésor de la monarchie britannique

Le 27 février 2007 – Source Who Owns the World

La Reine Elizabeth est le plus grand propriétaire Foncier de la planète
La reine d’Angleterre Elizabeth II

La Reine Elizabeth II, chef d’État du Royaume-Uni et de 31 autres États et territoires, est la propriétaire légale de près de 3 300 millions d’hectares de terre, un sixième de la surface des océans.

Elle est la seule personne sur terre à posséder des pays entiers qui ne font pas partie de son propre territoire national. Cette particularité est indépendante de son rôle de chef d’État et différente des autres monarchies qui n’ont pas ces prétentions – la Norvège, la Belgique, le Danemark, etc.

La valeur de ses propriétés terriennes est estimée approximativement à 17.6 milliards de livres

Continuer la lecture de Le fabuleux trésor de la monarchie britannique

La débâcle de la dette de l’Ukraine

Le 27 février 2015 – Source Bloomberg

Ce sera difficile de reconstruire. PHOTO: GENYA SAVILOV/AFP/GETTY IMAGES

Alors même que son conflit avec les sécessionnistes soutenus par la Russie ne fait qu’empirer, le gouvernement ukrainien est confronté à une menace croissante sur le front économique: le fardeau de la dette souveraine est en train de devenir rapidement insupportable.

L’insurrection dans l’est a miné les finances du gouvernement ukrainien de deux façons, en plus des coûts directs liés à la guerre. Tout d’abord, en paralysant les régions industrielles qui représentaient 20% de la production du pays, elle a précipité ce dernier dans une profonde récession. Ensuite, le déclenchement de la fuite des capitaux provoquant logiquement la chute de la valeur de la devise ukrainienne, la hryvnia, a fini d’épuiser les finances d’un gouvernement dont la plus grande partie des dettes est libellée en dollars, gonflant les dettes [du fait de la chute de la hryvnia] à une valeur beaucoup plus importante en monnaie locale.

Voici un graphique montrant la charge des dettes du gouvernement ukrainien en obligations et en encours de prêts, représentée en pourcentage par rapport au produit intérieur brut, avec les dernières données ajustées au taux de change de la hryvnia le 26 février 2015 :

debt

Comme le montre le graphique, la dette du gouvernement ukrainien dépasse 100% du produit intérieur brut. C’est une hausse de près de 40% depuis le début de 2014, lorsque la Russie a procédé à l’annexion [référendaire, NdT] de la Crimée. C’est bien au-dessus de la barre des 70% que le Fond Monétaire International considère habituellement comme la limite du risque d’insolvabilité pour un pays émergent. Même si le gouvernement a finalement réussi à stabiliser son économie et ses coûts d’emprunt, il aura probablement des difficultés à réaliser indéfiniment un excédent budgétaire (hors service de la dette) d’environ 4% du PIB – un exploit sans précédent pour n’importe quel pays – juste pour empêcher le fardeau de cette dette d’empirer. [effet boule de neige, NdT]

Pour aggraver les choses, une très grande partie de la dette de l’Ukraine vient à échéance au cours des prochaines années. Le total des intérêts et des remboursements du capital jusqu’en 2017 devrait ajouter jusqu’à 27 milliards de dollars de dettes, éclipsant les 5 milliards de dollars en réserves de devises étrangères et même les 17,5 milliards de dollars que le FMI envisage de prêter au gouvernement. Voici la répartition du capital dû par année:

debt due

L’Ukraine envisage de demander un allègement à ses créanciers. La Russie, à qui l’Ukraine doit 3 milliards de dollars en décembre, pourrait refuser, laissant les pertes, pour l’essentiel, à la charge des détenteurs privés d’obligations, parmi lesquels le plus important est le gestionnaire d’actifs états-unien Franklin Templeton. Le Ministre des Finances du pays a récemment déclaré que le gouvernement devrait trouver plus de 15 milliards de dollars de concessions, un montant qui, selon les analystes de Goldman Sachs, pourrait réduire la valeur des obligations ukrainiennes de presque 50%. À en juger par la rapidité avec laquelle les finances du gouvernement sont en voie de détérioration, ce n’est peut-être que le début.

Traduit par Toma, relu par jj pour le Saker Francophone

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

M. Khazin, économiste russe:
Remarques pertinentes sur la situation grecque

Par Mikhail Khazin- Le 27 février 2015 – Source vineyardsaker

Un bref aperçu de la situation post-électorale en Grèce


Il y a un nouveau gouvernement en Grèce. Un gouvernement de gauche qui a une relation plutôt compliquée avec le droit sacré de la propriété privée, en particulier quand il s’ agit de la dette souveraine grecque. En d’autres termes, il se dirige vers le déclenchement d’une grosse crise de la dette dans l’UE (et peut-être avec un impact sur le monde entier). Mais, comme on nous l’a enseigné en 2008, une crise n’apporte pas seulement des problèmes, elle procure aussi de nouvelles opportunités. C’est pourquoi il est important d’avoir une compréhension en profondeur de la politique grecque, en particulier pour être en mesure de reconnaître qui bénéficiera de ces nouvelles opportunités. Pour pouvoir analyser la situation correctement, il est nécessaire d’expliquer un point très important, crucial même pour comprendre les événements qui se déroulent aujourd’hui dans l’UE.

Continuer la lecture de M. Khazin, économiste russe:
Remarques pertinentes sur la situation grecque

La Grèce et Syriza
Un autre son de cloche

Le 26 février 2015 – Source Internetz Zeitung

Le gouvernement grec demande de nouveau une réduction de la dette et refuse catégoriquement les privatisations

Yanis Varoufakis, le ministre des Finances grec.

Le ministre grec des Finances remet la réduction de la dette à l’ordre du jour.

Un jour seulement après le compromis obtenu dans la saga de la dette grecque, le ministre des Finances d’Athènes avertit qu’il y aura des difficultés de paiement et remet même sur la table une réduction de la dette.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, est hors de lui.

«Le remboursement des acomptes au FMI maintenant et à la BCE en juillet vont sûrement nous mettre en difficulté», a déclaré le ministre des Finances Yanis Varoufakis à la station de radio Alpha.

«Je parle d’une renégociation qui fasse significativement baisser la charge de notre dette», dit-il. C’est un critère pour que le pays puisse revenir un jour sur le marché des capitaux. Il faudrait plus d’investissements et un paiement des intérêts ajusté à l’excédent budgétaire.

Un porte-parole du ministère allemand des Finances a répondu qu’il était déplacé et irréalisable que l’Allemagne remette de nouveau sur la table la question d’une réduction de la dette grecque. Cela va à l’encontre des assurances données par le gouvernement grec.

La Grèce a de nouveau fait clairement savoir qu’il n’est pas seulement probable, mais tout à fait certain, que les privatisations motivées par des positions néolibérales et la vente à bas prix des bijoux de famille du pays seront stoppées.

Le ministe grec de l’Energie Panagiotis Lafazanis avait déjà annoncé l’arrêt des privatisations en cours dans le secteur de l’électricité. Cela concerne un producteur d’électricité et un gestionnaire de réseaux. Les intéressés n’avaient pas pris d’engagements contraignants, a expliqué Lafazanis au journal Ethnos, donc l’affaire n’a pas abouti. Le gouvernement grec avait en fait engagé les bailleurs de fonds à renoncer à tous les projets de vente. «Notre position est très claire. La vente à bas prix des nos bijoux de famille et à des conditions qui ne contribuent pas au développement de notre économie est terminée

Si la Grèce ne respecte pas pleinement ses engagements liés au programme d’aide en cours, elle ne recevra pas d’autre aide, a averti Schäuble.

Les ministres des finances de l’euro-zone avaient approuvé dimanche une prolongation de quatre mois du programme d’aide à la Grèce, jusqu’à fin juin. En contrepartie, le gouvernement d’Athènes avait promis des réformes.

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF