
Par Phil Butler – Le 19 août 2016 – Source New Eastern Outlook
Je me souviens bien de mon oncle Duke. Il avait belle allure, beau et grand dans son uniforme bleu de l’US Air Force. Alors que j’étais encore enfant à El Paso, au Texas, je me souviens des feuilles de chêne argentées qui ornaient les revers de son col. Membre d’un corps d’élite, Duke Wolfe se rendait à la base aérienne de Biggs chaque semaine pour son travail. En 1962, ce pilote-navigateur de B-52 du Strategic Air Command [grand commandement de l’US Air Force, en charge de la dissuasion nucléaire aérienne des États-Unis, dissout en 1992, absorbé dans l’Air Combat Command, NdT] était un commandant au sommet de sa carrière, tout comme l’Amérique était au faîte de sa puissance. À l’époque, préserver l’American way of life voulait dire contenir la menace de destruction nucléaire par l’Union soviétique. Depuis, pas grand-chose n’a changé, si ce n’est la vérité, bien sûr.




Ce message-là ne sera bien entendu jamais avoué explicitement, demeurant à un niveau subliminal et inconscient. Mais l’un des paradigmes fondateurs du néo-libéralisme, est que la philosophie politique se résume à quelques principes assez simples. Ceux de la compétition sans règles entre individus, dont ne peut ressortir que le bien suprême. Le néo-libéralisme paie son attachement aux pensées magiques par un simplisme vis-à-vis du monde. Il n’est finalement pas nécessaire d’ingurgiter Kant, Smith (réduit à quelques citations de The wealth of nations sorties de leur contexte), Tocqueville ou Popper. L’alpha et l’oméga de la société humaine se résume à Game of Thrones, d’où d’ailleurs le succès de la série et la fascination qu’elle exerce.
La défense de la méritocratie n’a évidemment rien de choquant, étant au contraire l’une des conquêtes essentielles de l’ère moderne. Le néo-libéralisme l’invoque d’autant plus à loisir, qu’elle est une idée simple et de bon sens et qu’elle fut l’un des premiers buts du libéralisme politique. Il n’y a rien à objecter à la courte maxime «que le meilleur gagne !», car elle représente le juste équilibre entre les aspirations personnelles de chacun et l’accès collectif et démocratique à l’ascenseur social.