Par Dmitry Orlov – Le 1er décembre 2021 – Source Club Orlov

Une prise de conscience finalement très saine, mais entre-temps très désagréable, est en train de naître progressivement en Occident – une prise de conscience tout simplement choquante, qui modifie fondamentalement leur image du monde : plus l’ouragan des transformations de l’empire qui fait rage là-bas est fort, plus la Russie devient attrayante pour des centaines de millions d’Européens et d’Américains. Quelle est l’arme la plus puissante de la Russie ? Est-elle nucléaire ? Est-elle hypersonique (ou « hydrosonique« , comme le dit Trump) ? Cybermagique, peut-être ? Non, l’arme la plus puissante de la Russie, ce sont ses valeurs. Et elles deviennent chaque jour plus fortes et plus dangereuses, en proportion directe de l’intensification du feu du multiculturalisme et du politiquement correct qui fait rage en Europe et en Amérique.
L’Union européenne est, selon la parole immortelle du soldat Hudson d’Aliens, « … à bord d’un ascenseur express pour l’enfer, en pleine descente », depuis longtemps maintenant.
Almuzara est sur le point de publier une traduction espagnole de mon livre Historical Dynamics. Lorsqu’ils m’ont demandé un avant-propos pour l’édition espagnole, j’ai réalisé que cela faisait déjà 20 ans que j’avais écrit Historical Dynamics. Cet avant-propos est donc une sorte de rétrospective.


Pendant la période précédant l’invasion de l’Irak, en 2003, Washington proclamait au monde entier que l’Irak était en possession d’armes de destruction massive. Bien que l’administration Bush ne disposait d’aucune preuve réelle pour étayer cette affirmation, cela ne fut pas un obstacle à la poursuite du plan d’action souhaité. Les preuves nécessaires ont été inventées, et les preuves contradictoires ont été autoritairement reboutées. L’exemple suivant est instructif. José Bustani, le directeur fondateur de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), s’efforçait à l’époque de faire accepter l’Irak comme membre de l’OIAC, car cela aurait permis des inspections approfondies, et Bustani s’attendait pleinement à ce que ces inspections confirment ce que ses propres experts en armes chimiques lui avaient déjà dit, à savoir que toutes les armes chimiques de l’Irak avaient déjà été détruites, dans les années 1990 après la guerre du Golfe. La réponse de l’administration Bush à Bustani a été rapide : John Bolton, alors sous-secrétaire d’État, lui a donné vingt-quatre heures
« Je suis en colère. Je suis en colère que tant de gens refusent d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe aujourd’hui en France, et dans le monde entier ». Elle ajoute : « Je suis vraiment passionnée par ce sujet : Je pense que vous ressentez cette passion ».