Par M.K. Bhadrakumar – Le 11 juin 2023 – Source Indian Punchline
La dynamique du pouvoir en Asie du Nord-Est subit un changement radical à cause du partenariat stratégique « sans limites » entre la Chine et la Russie. La défaite de l’Ukraine dans la guerre avec la Russie pourrait contraindre l’administration Biden à poser des « bottes sur le terrain« , ce qui déclencherait une confrontation mondiale. De même, les relations entre les États-Unis et la Chine sont au plus bas depuis leur normalisation dans les années 1970, tandis que la question de Taïwan pourrait potentiellement se transformer en casus belli de guerre. Il est certain que le théâtre de l’Asie du Nord-Est sera une arène cruciale dans la confrontation des grandes puissances qui se prépare.
Symptomatique des tensions en cascade, le ministère russe des affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur du Japon vendredi et une protestation a été déposée dans un langage extraordinairement dur, lorsqu’il est apparu que les 100 véhicules que Tokyo a innocemment promis la semaine dernière à l’Ukraine seraient en réalité des véhicules blindés et des véhicules tout-terrain. Apparemment Tokyo dissimulait puisque les règles d’exportation du Japon interdisent à ses entreprises de vendre des articles létaux à l’étranger !
Le sentiment que les choses vont mal, et de plus en plus mal, est palpable. Le zeitgeist actuel est indéniablement teinté d’eschatologie. La spirale des facteurs géopolitiques laisse présager des turbulences extrêmes.
Depuis la pandémie, je n’ai eu de cesse d’affirmer que la confiance dans la presse institutionnelle dominante a été irrémédiablement altérée. Après quatre années ininterrompue d’un syndrome d’aliénation au sujet de Trump, tellement intense que même certains libéraux se demandaient si la presse avait dépassé les bornes dans ses éditoriaux, après le choc du COVID, beaucoup de gens qui acceptaient les informations diffusées par ces médias sans les remettre en cause considèrent désormais les médias dominants pour ce qu’ils sont : de l’agitation, de la propagande et du lavage de cerveau.
La Russie est parvenue à accomplir une chose que ni la France, ni les États-Unis n’ont pu (ou voulu, si l’on adopte des interprétations cyniques) réaliser. Elle renforce les capacités militaires de ses partenaires afin qu’ils parviennent à se défendre par eux-mêmes des menaces terroristes, et même lancer des contre-offensives pour récupérer leurs territoires. Cet aspect « dur » de la coopération en matière de sécurité fait partie d’un soutien d’ensemble qui intègre un soutien « doux » contre les menaces de Guerre Hybride, ainsi que des accès à des produits de base accessibles.

Il y a quelques années, lors de la cérémonie d’été de l’université d’Ottawa, j’ai été surpris de voir un étudiant se présenter pour recevoir son diplôme et dont le prénom était Brejnev. On peut supposer que ses parents étaient des communistes africains qui l’ont baptisé du nom du dirigeant soviétique Leonid Brezhnev en signe de gratitude pour l’aide apportée par l’Union soviétique dans la lutte de libération nationale de leur pays contre le colonialisme occidental. C’est un exemple frappant de la façon dont les autres peuples ne voient pas le monde de la même façon que nous.