Peak Oil : Les éléments de base

Note du Saker Francophone 

Cet article vient compléter la série précédente sur le démontage de la théorie classique du Peak Oil. Comme il est court et assez synthétique, on vous le propose en digestif alors qu'il aurait mieux été à sa place en apéritif. L'ensemble étant maintenant disponible, on vous laisse donc y goûter à votre guise, bon appétit.

Par Allan Stromfeldt Christensen – Le 1er septembre 2015 – Source fromfilmerstofarmers.com

Préambule 

Contrairement à l'opinion reçue, nous ne vivons pas à l'ère de l'information. Nous vivons à l'âge du pétrole. Regardez autour de vous et essayez de trouver quelque chose qui ne soit pas lié au pétrole, tâche pratiquement impossible, que ce soit une arthroplastie de la hanche, les petits morceaux de plastique enroulés autour des extrémités de vos lacets ou la vaste infrastructure qui rend possible le soi-disant âge de l'information.

Le Saker Francophone

Le parallèle entre les prix alimentaires (en bleu) et ceux du pétrole (en rouge) Les prix des aliments et du pétrole. Ils sont étroitement liés. Après une période de stabilité à bas prix dans les années 1990, les deux ont maintenant atteins des sommets. Le récession de 2008 a poussé les prix vers le bas brièvement.

Nous dépendons du pétrole non seulement pour le superflu, mais aussi pour ce qui ne l’est pas, comme la nourriture. Ce n’est pas simplement une question de nourriture expédiée dans le monde entier grâce aux combustibles fossiles, le fait est que les combustibles fossiles sont utilisés pour planter et récolter nos aliments, et pour bien d’autres étapes. Les engrais que nous étalons sur nos champs sont extraits du sol et dérivés des combustibles fossiles eux-mêmes (l’ammoniac et l’urée que nous appliquons à nos champs pour l’azote sont des produits d’atomes d’azote appariés dans l’air autour de nous qui ont été subdivisés et combinés avec de l’hydrogène à partir de gaz naturel). Autrement dit, le pétrole et le reste des combustibles fossiles sont la pierre angulaire de la civilisation industrielle et de notre mode de vie moderne.

Découvrez le pic pétrolier.

Prévision en 1956 de Hubbert des futurs niveaux d’extraction pour les USA (source pdf)

D’abord conceptualisé par le géologue pétrolier M. King Hubbert dans les années 1950, le /pic pétrolier est une méthode dans laquelle Hubbert a utilisé les caractéristiques de production des champs de pétrole et prédit quand ils atteindraient leur mi-point d’extraction, un baromètre approximatif pour déterminer le sommet de leurs niveaux de production. Tout en travaillant pour Shell Oil à Houston, Hubbert a prédit en 1956 que sur la base du pic de découvertes de champs de pétrole dans les 48 États américains, soit le pic des niveaux de production des États-Unis, aurait lieu vers 1970. Pour faire court, il a été ridiculisé mais cela n’a eu aucun effet sur ses prédictions qui se sont réalisées en… 1970 [Pour être exact, il a aussi fait d’autres prédictions erronées, mais pas celle-là, NdT].

Peu de temps après, alors que les États-Unis ne pouvaient plus augmenter leurs niveaux de production de pétrole, ils ont perdu leur position de premier producteur mondial. Le rôle de producteur d’appoint, le ou les pays en mesure d’ouvrir et de fermer les robinets à volonté, est échu à l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Il s’en est suivi des embargos sur le pétrole du Moyen-Orient et toutes sortes de manigances géopolitiques à travers le monde au cours des décennies suivantes.

Niveaux de découverte de pétrole à travers le monde par rapport à l’extraction (source)

Bien que beaucoup de gens aient fait de grands efforts pour nier le pic pétrolier, d’une manière ou d’une autre, le pic de production de pétrole des États-Unis en 1970 est la preuve de sa réalité, qui n’est pas une théorie bizarre, mais un fait. En outre, alors que le pic de découverte de champs de pétrole dans le monde a eu lieu en 1964, 1981 est la première année où les niveaux d’extraction à travers le monde ont dépassé celui des nouvelles découvertes. Si on saute à 2008, et alors que 31 milliards de barils ont été pompés cette année là, seulement 7 milliards ont été découverts. En termes strictement géologiques, la question principale est alors : quand est-ce que le pic pétrolier va se produire à l’échelle mondiale ? Ou même, quand a-t-il déjà eu lieu ?

Le fait que ce soit une question litigieuse est dû aux définitions variables du pétrole. Si nous regardons ce qu’on appelle le pétrole conventionnel, qui est issu de forage et de pompage sous le sol, les déserts et autres surfaces assimilées, le pic a réellement eu lieu en 2005. (Un nombre croissant d’auteurs prend d’ailleurs ce pic de 2005 comme l’élément déclencheur principal pour les effondrements économiques récents et les récessions en cours, vues partout dans le monde, puisque les économies fondées sur la croissance nécessitent une  augmentation du niveaux d’extraction de pétrole afin de continuer à croître.)

La croissance de l’approvisionnement en pétrole augmente temporairement en raison du pétrole de schiste US ( source)

Cependant, depuis 2005, la forme statistique des approvisionnements mondiaux de pétrole est représenté sous forme d’un plateau ondulé, en légère augmentation, grâce aux sources de ce qui est connu comme le pétrole non conventionnel, les sables bitumineux, le pétrole en eau profonde, et en particulier, les pétroles de schiste. Il y a un problème, cependant, c’est que ces sources non conventionnelles de pétrole sont loin d’être aussi nombreuses [et rentables, NdT] que les sources conventionnelles, et leur ajout ne va pas compenser très longtemps la baisse des niveaux d’extraction du pétrole conventionnel.

En outre, alors que les champs de pétroles de schiste ont vu une forte augmentation des niveaux d’extraction (d’où la récente révolution du pétrole de schiste), les courbes d’extraction montrent aussi une diminution très rapide du volume par tête de puits. En d’autres termes, alors que les sources non conventionnelles ont seulement repoussé un peu plus le jour du jugement dernier – profitant des bulles spéculatives autour des pétroles de schiste, dont certains prédisent un éclatement proche – Wall Street ayant, jusqu’à présent, suivi scrupuleusement son script depuis la récente bulle immobilière, l’effet de la baisse globale d’approvisionnement sera encore pire. (Quand la bulle des pétrole de schiste va-t-elle éclater ? Quelque part entre 2015 et 2017 semble être le consensus parmi les moins épris des oracles de Wall Street et de ses profiteurs.)

Enfin, et contrairement aux espoirs et aux attentes des évangélistes technologiques et de nombreux écologistes, les énergies dites renouvelables sont loin d’être capables de remplacer l’énorme quantité de combustibles fossiles que nous utilisons actuellement (près de 90 millions de barils de pétrole par jour, et seulement pour le pétrole). Cela étant dit, les énergies renouvelables ne sont même pas renouvelables. Les installations de fabrication photovoltaïque ne sont pas alimentées par des panneaux solaires sur leurs toits, elles sont construites avec des combustibles fossiles. En d’autres termes, l’énergie renouvelable produite ne suffit pas à répondre à nos besoins ni même à entretenir, réparer et remplacer ses équipements de façon autonome (les panneaux solaires, onduleurs et batteries sont à changer tous les vingt ans, par exemple).

De même, les biocarburants exigent des engrais pétrochimiques pour les cultures, du diesel pour les tracteurs qui font la récolte, des combustibles fossiles pour construire les installations de traitement ainsi qu’une vaste puissance à base d’autres carburants pour le transport des combustibles obtenus jusqu’à leur point d’utilisation. Leur EROEI (Retour énergétique sur énergie entrante, le rapport de ce qui entre et de ce qui sort) sont si bas, au point d’être négligeables pour les besoins des sociétés fondées sur des exigences élevées en matière d’énergie, et entraînent même dans certains cas une perte globale d’énergie (les subventions gardent ces entreprises en activité). Alors que les premières découvertes de pétrole ont donné des EROEIs de 100:1, et un approvisionnement en pétrole pour le monde entier, maintenant, on atteint péniblement un rendement d’environ 20:1. Les sources de renouvelables comme les panneaux photovoltaïques ont un EROEI d’environ 2,5:1, et pas du tout autour de 15:1, estimation nécessaire pour maintenir la civilisation industrielle et tous ses accoutrements auxquels beaucoup d’entre nous se sont habitués et prennent pour acquis, la santé, l’éducation, les importations mondiales pas chères, les voyages pas chers, et ainsi de suite.

2015-10-07_16h22_38

Mettons les niveaux de consommation d’énergie actuels en perspective (source)

L’un des deux grands enjeux de notre temps, alors, est de savoir comment nous allons gérer le début de la fin des énergies fossiles et de notre civilisation industrielle.

Allan Stromfeldt Christensen

Traduit par Hervé, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

   Envoyer l'article en PDF   

Pic pétrolier – Cul par dessus tête [3/3]


Oubliez l’austérité et le Grexit – C’est l’heure du Gretaway !


Par Allan Stromfeldt Christensen – Le 30 septembre 2015 – Source fromfilmerstofarmers.com

Note du Saker Francophone

Dans ce dernier épisode, Allan propose un constat douloureux : sans énergie, des gens et même des pays peuvent se trouver exclus de la civilisation industrielle. Je vous laisse le plaisir de découvrir son Gretaway et la fin de son analyse.

« Prenez mon argent! Pleeeeeease! »

Donc nous sommes ici devant une sorte de précipice, en regardant le crépuscule de l’économie industrielle, dû au pic des approvisionnements énergétiques mais aussi au pic de l’offre de crédit (comme expliqué dans la partie 2 de cette série en 3 parties).

Continuer la lecture

Pic pétrolier – Cul par dessus tête [2/3]


L’effondrement des prix du pétrole n’est pas dû à une surproduction de pétrole, mais à une destruction de la demande et à un pic du crédit


Par Allan Stromfeldt Christensen – Le 11 septembre 2015 – Source fromfilmerstofarmers.com

Note du Saker Francophone

Ce second épisode permet de relier les problématiques de crédit et d'endettement à la production d'énergie, base de notre système économique.

Confusion naissante chez les hommes les plus intelligents de la salle
(photo de Rafael Matsunaga)

Continuer la lecture

Pic pétrolier – Cul par dessus tête [1/3]


Le pic pétrolier à la rencontre des réserves fractionnaires des banques, ou les liens entre la dette et l’énergie


 

Par Allan Stromfeldt Christensen – Le 1er septembre 2015 – Source fromfilmerstofarmers.com

Note du Saker Francophone

Je vous présente aujourd'hui le premier d'une série de trois articles qui reprennent la tonalité des textes récents de Gail Tverberg ou de Gérard Foucher, en liant énergie, dette et économie. Il aborde aussi un élément cardinal de la réinformation, appliquée à ces trois domaines : la prise de conscience.

image de Viktor Hertz

Cette année, l’effondrement des prix du pétrole, auquel s’est ajouté la semaine dernière son effondrement sur les marchés boursiers, m’a pris au dépourvu concernant les implications économiques du pic pétrolier.

Je présente dans cet article ce que j’en ai appris puis m’étendrai davantage à ce sujet dans les articles qui suivront.
Continuer la lecture

Pétrole pas cher – Pourquoi faut-il s’inquiéter?


«La fin du modèle de croissance perpétuelle équivaut à ce qui pourrait être appelé un pic des ressources de toutes sortes, à peu près au même moment.» Gail Tverberg


 

Par Gail Tverberg – Le 29 septembre 2015 – Source OurFiniteWorld

 

Note du Saker Francophone

Gail est décidément très prolifique en ce moment, signe que sa réflexion évolue avec la dégradation de la situation. Du coup son style qui n'est pas toujours extraordinaire, en pâtit encore. La traduction est donc parfois un peu lourde, nous nous en excusons par avance, mais ne vous y trompez pas. Pour avoir suivi assidûment le sujet des prix du pétrole depuis trois ans maintenant, je constate que le présent semble donner raison à ses analyses.

L'autre aspect de son travail, c'est la production de statistiques, ajustées des variations de change, de l'inflation et l’agrégation de sources. C'est un travail exceptionnel qui ouvre des pistes de réflexions à d'autres analystes. L'article vaut donc autant pour les graphiques que pour l'analyse qu'elle en fait.

Résultat de recherche d'images pour "peak oil free"

La plupart des gens croient que les prix bas du pétrole sont bons pour les États-Unis, puisque le revenu discrétionnaire des consommateurs va augmenter. C’est un élément supplémentaire qui indique que le pic pétrolier doit être loin devant nous, puisque les partisans du pic pétrolier parlaient de prix élevés du pétrole. Aussi, les prix bas du pétrole sont considérés comme un point positif, tout compte fait.

Continuer la lecture

L’ultime arme fatale de la Russie contre l’agression occidentale


Pepe Escobar

Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 21 septembre 2015 – Source reseauinternational 

Un défaut russe sur ses $700 milliards de dette extérieure enverrait des ondes de choc dans le système financier occidental.

 

Continuer la lecture

Du problème énergétique à l’effondrement de la dette

Note du Saker Francophone

Suite à l'article récent d'Adam sur le site Club Orlov, je suppose que vous avez potassé avec application les liens en fin d'article et notamment celui de Mathieu Auzanneau sur la relation entre énergie et dette. Il y fait référence à Gail Tverberg dont voici le dernier article, de quoi prolonger votre réflexion. Il faut se plonger sur ces aspects énergétiques pour bien comprendre tout le sel de la situation en Syrie, au Yémen notamment. Personne ne peut manipuler la quantité d'énergie disponible dans un baril de pétrole. Et ils ne sont pas tous égaux, les barils.

Par Gail Tverberg – Le 14 Septembre – Source Our Finite World

Habituellement, nous ne nous arrêtons pas sur la façon dont l’économie tout entière travaille globalement. Une des principales raisons est que nous manquons de données pour voir les relations à long terme. Dans cet article, je montre certaines séries chronologiques sur le long terme relatives à la croissance de la consommation de l’énergie, du PIB, et de la dette en remontant jusqu’en 1820 dans certains cas, pour nous aider à mieux comprendre notre situation.

Continuer la lecture

Il faut réguler la production de combustibles fossiles, maintenant!

«... En bref, nous avons besoin de combustibles fossiles pour aller plus loin, mais d'une manière mesurée et prévisible. Et nous en avons besoin pour faire le travail nécessaire en attendant qu'ils prennent la porte.» Richard Heinberg

Par Richard Heinberg – Le 9 septembre 2015 – Source postcarbon.org

Les scientifiques du climat sont largement d’accord pour dire qu’il y a assez de combustibles fossiles dans la croûte de la Terre qui, s’ils étaient tous brûlés, auraient pour résultat la hausse spectaculaire du niveau des mers, des conditions météorologiques extrêmes, une production alimentaire en chute libre, la mort des mers, et une extinction de masse des espèces (y compris éventuellement la nôtre). Par conséquent, la seule réponse raisonnable au réchauffement climatique est de laisser la plupart de ces combustibles dans le sol.

Continuer la lecture

Tsipras joue au plus malin avec Poutine, échec assuré


Un membre de Syriza confirme que Tsipras a tenté de balader la Russie au sujet du projet de gazoduc


 

Alexander Mercouris

Alexander Mercouris

Par Alexander Mercouris – Le 2 septembre 2015 – Source Russia Insider

Une interview avec un membre de Syriza confirme que les avances de Tsipras à la Russie n’ont jamais été sérieuses et qu’il n’y a jamais eu de consensus politique en Grèce – de même que pour la sortie de l’Euro – pour une telle alliance.

 

Continuer la lecture