La guerre wahhabite au Yémen


Le 26 mars 2015 – Source Moon of Alabama

Pas plus tard qu’hier, j’ai écrit que les Saoudiens ne prendraient pas le risque d’attaquer le Yémen. Je me suis trompé en écrivant ceci :

Alors que l’armée saoudienne est en train d’expédier ses troupes vers la frontière sud du pays, celle avec le Yémen, ni l’armée saoudienne ni l’armée égyptienne ne voudront combattre et perdre face aux tribus yéménites. Le Pakistan ne veut pas envoyer de troupes. La demande de renfort faite par le président déchu, Hadi, restera donc ignorée. Aucune troupe n’envahira le Yémen et les Houthis resteront la force dominante.

La nuit suivante l’aviation militaire saoudienne attaquait la base militaire de Sanaa, la capitale du Yémen.

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Poutine: «Il faut construire le pont Caucase–Crimée le plus vite possible»

 G. Veremeenko – Le 16 mars 2015 – Source Fort Russ

Vladimir Poutine insiste sur la nécessité de construire le pont de Kertch dans les plus brefs délais et de favoriser le développement du secteur de l’énergie en Crimée

«Nous devons construire un pont pour relier la Crimée avec le Caucase, avec le territoire de la Fédération de Russie. Cela peut et doit être fait dans les plus brefs délais

Le président a souligné la nécessité de favoriser le développement du secteur de l’énergie en Crimée.

«Nous devons redonner toute sa gloire au potentiel créatif de la Crimée pour encourager les citoyens russes à tirer le meilleur parti des caractéristiques naturelles et climatiques uniques de la péninsule et, ce qui à mon avis est tout aussi important, nous devons recommencer à considérer la composante humaine de la Crimée comme une partie inaliénable de notre culture et de notre patrimoine culturel», a ajouté le président.

Commentaire de J. Hawk (traducteur du russe à l’anglais)

Le pont Kertch–Crimée sera une entreprise d’ingénierie majeure, et on peut déduire les choses suivantes de l’accent porté sur l’urgence de sa construction:

1. La Russie n’envisage pas de s’emparer d’un pont terrestre reliant la Russie continentale à la Crimée via Marioupol et le littoral de la mer d’Azov.

2. La Russie s’attend néanmoins, et se prépare sans doute, à affronter un scénario pire encore qu’aujourd’hui, comme une Ukraine banderiste à la haine inaltérable ou un État ukrainien en faillite qui ne voudrait pas ou ne pourrait pas fournir la Crimée en l’électricité et autres choses nécessaires. L’accent est clairement mis sur la nécessité de rendre la Crimée indépendante de l’Ukraine aussi vite que possible. Moscou ne semble pas considérer Kiev comme un sérieux partenaire pour la paix dans l’avenir immédiat.

Il n’est pas clair à quel genre de ressources énergétiques Poutine faisait allusion. Parlait-il simplement de la capacité de la Crimée à suffire à ses propres besoins électriques (ce qui ne sera pas vraiment nécessaire, une fois que le pont sera construit), ou faisait-il référence à l’exploitation des gisements de gaz naturel considérables qui se trouvent au fond de la mer Noire dans les eaux territoriales de Crimée?

Traduit de l’anglais par Dominique Muselet, relu par jj pour la Saker Francophone

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Le fin fond de l’histoire au sujet de l’Iran, des USA, de la Russie et de la Chine

Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 4 mars 2015 – Source – SputnikNews

Le fin fond de l’histoire, aussi bien aujourd’hui que demain, c’est de savoir quelle position va adopter l’Iran, puissance clé du sud-ouest de l’Asie, dans le ballet diplomatique complexe et incessant que se livrent les USA, la Russie et la Chine. Il s’agit là d’un des principaux vecteurs du nouveau grand jeu en cours en Eurasie.

Le fin fond de l’histoire n’a jamais été de savoir comment le belliciste Premier ministre israélien Bibi Netanyahou, un dirigeant étranger, allait s’y prendre pour utiliser sans scrupule le Château de cartes [titre de la version française de la série télévisée américaine House of Cards – NdT], pardon, le Capitole des Etats-Unis, comme tribune pour favoriser sa réélection et modeler à sa façon la présidence et la politique étrangère des USA.

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Grand Jeu en Terre Sainte
Israël: non au gaz des Gazaouis

Par Michael Schwartz – Le 26 février 2015 – Source TomDispatch

Comment le gaz naturel de Gaza est devenu l’épicentre d’une lutte internationale pour le pouvoir

Devinez quoi? Presque toutes les guerres actuelles, les soulèvements et autres conflits au Moyen-Orient sont reliés par un seul fil, qui est aussi une menace: ces conflits s’inscrivent dans la concurrence toujours plus frénétique pour trouver, extraire et vendre des combustibles fossiles dont la consommation future garantit de conduire à une série de crises environnementales cataclysmiques.

Parmi les nombreux conflits autour des combustibles fossiles dans la région, l’un d’eux, enveloppé de menaces grandes et petites, a été largement négligé, et Israël en est l’épicentre. Ses origines remontent au début des années 1990, lorsque les dirigeants israéliens et palestiniens ont commencé à se disputer à propos de rumeurs faisant état de gisements de gaz naturel en Méditerranée, au large des côtes de Gaza. Au cours des décennies qui ont suivi, il s’est développé en un conflit sur plusieurs fronts qui a impliqué plusieurs armées et trois navires de guerre. Dans le processus, il a déjà infligé une misère effrayante à des dizaines de milliers de Palestiniens, et il menace d’ajouter plusieurs couches de misères aux gens qui vivent en Syrie, au Liban et à Chypre. Il pourrait même, éventuellement, plonger des Israéliens dans la misère.

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Israël: non au gaz des Gazaouis

L’économie russe
Un mort encore bien vivant.

Par M K Bhadrakumar – Le 27 février 2015 – Source Bhadrakumar

Une phase d’intense propagande anti-russe par l’Occident, sans précédent dans l’ère de l’après-guerre froide, touche probablement à sa fin. Les propagandistes devaient nous faire croire que l’économie russe est en lambeaux ou en chute libre ou réduite à un déchet en raison des intelligentes sanctions occidentales ourdies par les Etats-Unis, et que tard ou tard Moscou serait contrainte de s’aligner sur le diktat de l’Occident au sujet l’Ukraine.

Mais rien de tel ne s’est produit. Ou plutôt si, la Russie a affirmé encore plus fort sa volonté de sauvegarder ses intérêts légitimes de sécurité. Sur le terrain, la Russie a manœuvré à partir d’une position de force alors que l’opinion occidentale est fracturée, avec une partie importante de son opinion publique qui se soulève, en Europe, contre des politiques de sanctions qui ne mènent nulle part mais font du tort aux intérêts européens. L’Union européenne est appelée à se prononcer dans les prochains mois sur la poursuite des sanctions ou sur une restauration souhaitable des relations commerciales, compte tenu des tendances encourageantes constatées dernièrement grâce à l’accord de Minsk qui, lentement mais sûrement, gagne du terrain dans l’est de l’Ukraine.

Maintenant que la marée de la propagande commence à refluer, l’opinion rationnelle fait surface. Bloomberg a rédigé un article d’opinion intitulé Non, Obama, l’économie de la Russie n’est pas en ruines, avertissant que les rapports prédisant la disparition imminente de l’économie russe pourraient s’avérer prématurés.

Le magazine d’intérêt national en ligne a publié un rapport, dans une veine quelque peu similaire, concernant un colloque intitulé Le Secteur de l’énergie en  Russie et la chute du prix du pétrole, qui s’est tenu mardi à Washington sous les auspices du Centre pour l’intérêt national. Les opinions exprimées étaient que l’impact des sanctions et la baisse des prix du pétrole sur l’économie russe ne doivent pas être exagérés, même si les opinions divergent pour prévoir que les prix du pétrole seront revenus aux alentours de $80 le baril d’ici la fin de l’année. Le rapport est ici.

En effet, l’avenir de la coopération énergétique de la Russie avec l’Europe devient ici le point central du débat. Sans doute, l’Europe cherche-t-elle à diversifier ses sources d’approvisionnement hors de la Russie, à réduire le niveau élevé de dépendance moyenne actuel de 30% pour l’approvisionnement en gaz. Mais une analyse récente du professeur James Henderson, senior fellow à l’Institut d’Oxford pour les études sur l’énergie, arrive à une conclusion surprenante, je vais le citer longuement:

«Alors que l'idée même d'un partenariat énergétique stratégique entre la Russie et l'UE a disparu, en fait, les relations commerciales resteront solides. La Russie ne veut pas devenir dépendante des exportations vers un seul client puissant, comme la Chine, et utiliser ses options européennes comme un élément d'équilibrage de la même manière que les ventes vers l'Asie sont actuellement utilisées pour faire un contrepoids géopolitique et commercial aux dirigeants européens. En outre, les ventes totales en Europe vont probablement rester la plus grande source de revenus pour Gazprom, car même si la Chine devenait le plus gros client unique, et bien que la relation entre la Russie et ses clients à l'Ouest soit susceptible de rester politiquement houleuse dans un avenir prévisible, les avantages mutuels d'une issue commerciale rationnelle dans le secteur de l'énergie empêcheront probablement toute rupture importante dans le commerce du gaz. En outre, si Gazprom poursuit sa stratégie de croissance par des livraisons aux plate-formes de redistribution [hubs, NdT] plutôt que par la livraison au consommateur final, sa position de négociation puissante, en tant que producteur à faible coût, avec de vastes ressources de gaz proches de l'Europe, pourrait finalement aboutir à une part de marché en pleine expansion sur le long terme plutôt que par un déclin qui semble actuellement être le résultat souhaité par l'UE.»

De toute évidence, la Russie continue de poursuivre une politique de l’énergie très ciblée, sans se laisser décourager par les prévisions apocalyptiques de chute libre de l’économie, politique fondée sur une estimation avisée qui est loin d’impliquer une cessation des relations avec l’Europe. Vue sous cette perspective, l’annulation par Moscou du projet de gazoduc South Stream devient un tournant dans sa stratégie d’exportation de gaz à long terme, provoqué par un concours de circonstances (comme la faiblesse de la demande de gaz, la législation anti-monopole de l’UE dans le secteur de l’énergie et le sentiment que Gazprom est moins bien accueilli que par le passé sur le marché européen), tournant qui invite à travailler sur une nouvelle plate-forme, à la frontière entre la Turquie et la Grèce, pour livrer du gaz dans l’Europe du Sud.

En effet, ceux qui se moquaient de la notion dite de Turkish Stream, d’abord vue comme un simple bluff de la Russie, sont de plus en plus nombreux à se taire et à comprendre que le projet est vital pour la Russie et pourrait être aussi réaliste que le projet Blue Stream existant pour la fourniture du gaz russe à la Turquie. Comme je l’ai laissé entendre dans un blog précédent – la Russie s’invite bruyamment dans la tente de l’UE – à propos de la possibilité d’extension des relations énergétiques entre la Russie et Chypre, la Russie se positionne ainsi intelligemment entre la Turquie et la Grèce comme un ami commun et un nouvel axe de l’énergie entre les trois pays pourrait bien se dessiner, ce qui renforcerait le profil de Moscou dans la région méditerranéenne.

Même une analyse récente par la Fondation Jamestown, un vétéran redoutable de la guerre froide, admet à contrecœur qu’«il est également de plus en plus évident que la coopération centrée sur l’énergie entre la Russie et la Turquie se traduira à Ankara par des mouvement politiques de rapprochement avec Moscou… à partir d’un point de vue stratégique encore plus large, la coopération énergétique de la Turquie et de la Russie apparaît comme un sérieux défi à la communauté euro-atlantique et à ses partenaires régionaux proches».

M K Bhadrakumar

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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2014: Le front Chine – Russie
Nouvel ADN pour l’humanité?
Première partie: La Chine et la nouvelle donne en Ukraine

Février 2015 – UN LIVRE BLANC de Vineyard of the Saker

Note du Saker Francophone

Compte tenu de l’importance de ce document, de par son intérêt et son ampleur, j’ai décidé de le fractionner en plusieurs articles:

1. Le contexte – La Chine et la nouvelle donne en Ukraine
2. Les hélices – Ressources de base, technologies militaires
3. Les hélices – Ressources Financières, autres technologies
4. Politique et alliances
5. L’avenir et les états voisins

Préambule 

Chers amis,
Aujourd’hui, je partage avec vous un document qui est à mon sens absolument crucial : une analyse en profondeur de l’Alliance stratégique Chine–Russie (ASCR) rédigée par quelqu’un qui examine la question du point de vue chinois. Aussi, je souhaite vous dire quelques mots sur la façon dont ce document a vu le jour.

Au cours d’une discussion avec Larchmonter 445 sur l’évolution de la situation en Russie, je me suis rendu compte que bon nombre de ses arguments étaient centrés sur les relations entre la Chine et la Russie. En le questionnant davantage sur ces relations, j’ai compris qu’il en savait beaucoup sur le sujet. De plus, il en était arrivé exactement aux mêmes conclusions que moi à propos de l’ASCR, mais à partir de l’autre point de vue, celui de la Chine. Je lui ai alors demandé de produire une brève analyse de la question, et Larchmonter 445 a accepté. Mais comme en plus d’être un vrai bourreau de travail il est aussi perfectionniste, sa brève analyse s’est transformée en un document de 25 pages comportant 39 notes de fin! En définitive, je peux maintenant partager avec vous une vue d’ensemble complète de tous les volets officiellement connus de l’ASCR (vous pouvez être assurés qu’il en existe bien d’autres encore que je garde secrets!).

Je trouve l’image de la double hélice de Larchmonter 445 particulièrement appropriée. En effet, ce dont nous sommes témoins ici est en quelque sorte la naissance d’une nouvelle forme de vie géopolitique, une alliance informelle entre deux pays beaucoup plus profonde que ne le sont la plupart des alliances habituelles: ce que nous voyons, c’est une entente mutuelle en vue d’une symbiose géostratégique intégrale entre deux espaces civilisationnels. La Russie comme la Chine ont été dans le passé ce qu’il était convenu d’appeler des empires, mais sont aujourd’hui ce que j’appelle des espaces civilisationnels: d’anciens empires multiethniques, multinationaux, aux traditions religieuses diverses, dont l’influence s’étend au-delà de leurs frontières nationales actuelles et dont le poids stratégique sur la scène internationale en fait plus des continents que des pays.

Ne vous y trompez pas, ce à quoi nous assistons est quelque chose de sans précédent dans l’histoire et va bien au-delà d’une simple alliance. Après tout, une alliance peut être facilement rompue, un pays A décidant de ne plus faire alliance avec un pays B pour conclure une alliance avec un pays C. En ce qui concerne l’ASCR, ce que nous voyons est quelque chose qui ressemble beaucoup plus à la naissance de frères siamois: dans ce qui s’apparente à un mouvement tectonique géopolitique, la Russie et la Chine ont décidé de ne pas seulement s’unir à la taille, mais de partager aussi de nombreux organes et appareils vitaux, dont les secteurs énergétique et de la défense, bien sûr, mais aussi leur économie et leur politique de développement à long terme. Chacun des deux symbiotes conservera sa propre tête et son propre cerveau, mais ils auront en commun le tronc.

Il s’agit selon moi de l’évolution politique la plus importante, et de loin, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et sans doute de la plus importante du siècle actuel : il est difficile d’en exagérer toutes les implications. Quant au fameux pivot vers l’Asie d’Obama, il s’en trouve réduit à quelque chose de parfaitement dérisoire et de totalement dépourvu d’intérêt en comparaison de cette nouvelle réalité: en règle générale, pendant que l’administration Obama rugit et aboie, Poutine et Xi Jinping s’affairent sans bruit à modifier en profondeur l’équilibre planétaire. Je me demande si quelqu’un osera en informer la Maison Blanche.

Je vous enjoins tous de lire attentivement le Livre blanc de Larchmonter 445 et de le conserver aux fins de consultations ultérieures (en particulier, tous les développements récents qu’il énumère). Comme le document était trop volumineux pour être publié ici, je l’ai placé sur Mediafire pour que vous puissiez le télécharger en format ZIP, ODT, DOCX ou PDF. Vous trouverez le lien vers le répertoire Mediafire juste sous l’introduction de Larchmonter 445 qui suit.

Un très gros MERCI à Larchmonter 445!

J’espère que cet excellent article vous plaira.

Amitiés,
The Saker

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Nouvel ADN pour l’humanité?
Première partie: La Chine et la nouvelle donne en Ukraine