Pour en finir avec la rapine, la culture de la déférence et le sourire bestial de la guerre


Par Paul Matthews – Le 18 avril 2015

Il est vain d'être anti-fasciste tout en tentant de préserver le capitalisme. Le fascisme, après tout, n'est qu'un développement du capitalisme, la démocratie la plus douce, soi-disant, est susceptible de se transformer en fascisme.

George Orwell. 

Nos chefs d'entreprises ne freineront pas leur appétit pour les bénéfices de leur propre gré. La misère humaine et l'agression létale contre l'écosystème sont bonnes pour les affaires [...] C'est le capitalisme, pas le gouvernement, qui est le problème. La fusion du pouvoir des entreprises et de l'État signifie que le gouvernement est fichu. Il n'est plus qu'un racket de protection pour Wall Street. Notre devoir est de reconquérir le gouvernement afin de nous le restituer.  Cela viendra seulement par la construction des mouvements de masse... 

Chris Hedges. L'ère post-constitutionnelle

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Tours jumelles en Cornouailles


Par Paul Matthews – le 16 avril 2015

une vache à lait française en Grande Bretagne
Les 150 dernières années ont vu une hausse significative de la toxicité des déchets domestiques et industriels. Autrefois le flux de déchets - constitué de produits naturels et neutres, comme le papier, le bois, les tissus - était peu problématique. De nombreux produits aujourd'hui comprennent des niveaux élevés de métaux lourds et les plastiques synthétiques - comme le PVC - dont le traitement pose d'énormes problèmes de santé, d'environnement et un héritage toxique pour les générations futures.

Le Dr Vyvyan Howard 2005 [1]
2015-04-16_10h15_52Malmenés par une économie zombie vorace, nous jouons avec le feu à plus d’un titre. A l’instar des Quatre cavaliers de l’Apocalypse, notre époque est hantée par un air de déchéance physique et morale. Une logique de guerre asymétrique et de fuite en avant se répand à bien des niveaux de la civilisation occidentale, sucée jusqu’à la moelle par une corruption bancaire et politique inédite. Ce récit s’inspire du principe que, dans des reflets du microcosme, on peut déceler les traits du macrocosme, La question cette fois-ci: l’avenir d’une jolie paroisse cornouaillaise du nom de St Dennis (Tredhinas en cornique) peuplée d’un peu moins de 3 000 âmes.

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Las Vegas meurt de soif.
Le niveau du lac Mead continue de baisser


Par Tyler Durden – Le 14 avril 2015 – Source ZeroHedge

La dernière fois que nous avons examiné l’approvisionnement en eau à Las Vegas, les commentaires des professionnels ont été que le sort de Las Vegas est scellé, à moins que les niveaux d’eau du lac Mead ne montent de 7%, c’est aussi mauvais que vous pouvez l’imaginer. Les mauvaises nouvelles… Les niveaux d’eau dans le lac Mead n’ont jamais été aussi bas pour cette période de l’année – et c’est avant que la baisse de niveau due à la chaleur de l’été ne produise ses effets.

Nous avons noté précédemment en juin 2014, comme beaucoup d’autres choses à Sin City, l’approvisionnement apparemment sans fin en eau est une illusion.

La destination la plus décadente de l'Amérique est engagée dans un pari potentiellement catastrophique avec la nature et maintenant, après quatorze années d'une sécheresse dévastatrice, elle est sur le point de tout perdre.

«La situation est aussi mauvaise que vous pouvez l'imaginer, a déclaré Tim Barnett, un scientifique du climat à la Scripps Institution of Oceanography. La situation se dégrade. Et cela avance relativement rapidement. Sauf si on peut trouver un moyen d'obtenir plus d'eau quelque part, Las Vegas est mort. Pourtant, ils sont toujours en train de construire, ce qui est stupide

Source: The Burning Platform

Les choses ne se sont pas améliorées, du tout…

Note du Saker Francophone

Cet article fait suite à celui récent sur la sécheresse en Californie. Ce sujet mérite un suivi car il cristallise plusieurs éléments de notre crise systémique.

  • Les effets visibles des changements climatiques d’ordre entropique ou pas
  • L’incapacité des États, de la classe politique ou même des citoyens à affronter une réalité qui ne correspond pas au projet d’une mondialisation heureuse
  • La pression que met la nature sur les fleurons de notre société du Progrès que sont Las Vegas, Hollywood ou la Silicon Valley
  • L’incapacité de ce même progrès à résoudre durablement la crise hydrique malgré les énormes travaux d’infrastructure menés depuis 50 ans

C’est donc un excellent point de vue sur nos capacités collectives à affronter un effondrement partiel qui pourrait être le flocon de trop qui déclenche l’avalanche d’une crise mondiale.

Traduit par Hervé, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Le Pentagone en Ukraine et la guerre bactériologique


Par Leonid Savin – Le 25 novembre 2015 – Source geopolitics

Malgré les accords internationaux qui régulent les activités du champ de la recherché biologique, ce domaine – comme d’ailleurs celui des armes chimiques – montre une fois de plus l’attitude des deux poids deux mesures qui caractérise les USA. A ce jour, on ne sait pas quel genre de recherche mènent les USA, notamment en matière de virus mortels, ni en quel endroit.

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Il reste quelque chose dans la boîte de Pandora


Fred Vargas

par Fred Vargas

Fred Vargas est romancière et archéozoologue médiéviste française, chercheuse au CNRS. Elle est connue pour ses romans policiers mettant en scène, pour la plupart, le commissaire Adamsberg. Ses livres ont eu beaucoup de succès, ils ont été adaptés au cinéma et à la télévision. Elle a obtenu de nombreuses récompenses.

Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.

Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.
Nous avons chanté, dansé…
Quand je dis «nous», entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

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Le rayonnement de Fukushima atteint la côte canadienne


Le 7 avril 2015 – Source Russia Today

Reuters/Tomohiro Ohsumi

La présence de rayonnements produits par la centrale nucléaire de Fukushima, frappée par un tsunami au Japon, a été confirmée au large des côtes du Canada, alors que les Japonais luttent pour contenir de nombreuses fuites. Les niveaux, cependant, sont trop faibles pour constituer une menace, disent les scientifiques.

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En voie d’extinction

Par Dmitry Orlov, le 17 février 2015 – Source ClubOrlov

David Herbert

Ce blog est dédié à la présentation d’une vision la plus générale possible de la marche du monde. Les centres d’intérêts récurrents de celui-ci, permettant de composer cette vision générale, peuvent être résumée par :

  1. L’état de décadence terminale et l’effondrement prochain de la civilisation industrielle, avec l’augmentation continue du coût de production des énergies fossiles nécessaires pour son fonctionnement, la diminution inexorable de la qualité et de l’efficience de ces ressources, et pour finir, la réduction inévitable de leur production.

La première hypothèse d’Hubbert, qui prédisait que le pic de production historique de pétrole par les USA serait atteint dans les années 1970, s’est révélée juste. Mais les prédictions suivantes, qui situaient le pic de production mondial, suivi par un effondrement rapide, autour des années 2000 se sont avérées peu fiables, car nous voila, 15 ans plus tard, avec une production mondiale battant tous les records. Les prix du pétrole, qui étaient élevés pendant un certain temps, se sont temporairement abaissés. Cependant, si nous nous rapprochons un peu, pour voir les détails de la production de pétrole, il devient flagrant que la production conventionnelle de pétrole a atteint son maximum en 2005, soit 5 ans après la date prévue, et n’a fait que diminuer depuis. Les compléments de production ont été fournis par des moyens d’extraction difficiles et coûteux (forages en profondeurs, fracturation hydraulique), et par des produits qui ne sont pas exactement du pétrole (sables bitumineux).

Les prix actuels sont trop bas pour soutenir cette nouvelle production qui nécessite des investissements élevés pendant longtemps, et l’abondance actuelle commence à ressembler à un banquet qui sera suivi par la famine. La cause directe de cette famine ne sera pas l’énergie, mais la dette, bien que ses origines puissent être reliées à l’énergie. Une économie de croissance nécessite une énergie bon marché. Des coûts d’énergie élevés réduisent la croissance, et obligent à contracter des dettes qui ne pourront jamais être payées. Une fois que la bulle d’endettement aura explosé, il n’y aura plus assez de capitaux pour investir dans une nouvelle phase coûteuse de production d’énergie, et le délabrement final s’installera.

  1. Le processus, des plus intéressants, qui voit les USA devenir pareils à leur ancienne Némésis, se transformant en URSS 2.0, ou, comme certains les appellent maintenant, les USSA.

La meilleure description qui puisse se faire des USA est celle d’une nation en pleine décomposition, dirigée par une petite clique d’oligarques contrôlant les masses au moyen de discours orwelliens. La population est à un tel niveau d’aveuglement que la plupart des gens pensent encore que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais voyons, vous ne savez pas que la reprise économique est en cours? Cependant, quelques-uns réalisent que le pays a de très nombreux problèmes, notamment la violence, l’abus d’alcool et de drogues, la gloutonnerie. Mais ne leur dites pas qu’ils font partie d’une nation de gloutons violents, drogués et alcooliques, car ce serait insultant. De toute façon, ne vous fatiguez pas à nommer leur état, ils ne vous écoutent même pas, occupés qu’ils sont à bidouiller leurs unités électroniques d’assistance vitale dont ils ne peuvent plus se séparer. Grâce à Facebook et consorts, ils sont maintenant si loin dans la caverne de Platon, que même les ombres qu’ils voient ne sont pas réelles. Ce sont des simulations informatiques d’ombres engendrées par d’autres simulations informatiques.

Les signes de cet état avancé de décomposition ne peuvent être ignorés, où que se porte votre regard, qu’il s’agisse de l’éducation, la médecine, la culture, ou de l’état général de la société américaine, où la moitié des personnes en âge de travailler ne peuvent gagner de quoi vivre une vie décente. Mais c’est encore plus évident lorsque l’on s’intéresse à la liste sans fin des erreurs qui forment l’essence de la politique étrangère des USA. Certains en sont venus à les qualifier ‘d’Empire du Chaos’, en oubliant le fait qu’un empire de chaos est, par définition, ingouvernable.

L’État Islamique, qui dirige maintenant une grande partie de l’Irak et de la Syrie, est un exemple d’échec particulièrement flagrant. Cette organisation avait d’abord été mise en place, avec l’aide des USA, pour renverser le gouvernement syrien, mais au lieu de cela elle commence à menacer la stabilité de l’Arabie saoudite. Et ce problème a encore été aggravé par l’aliénation de la Russie, qui, avec son immense frontière sud-asiatique, est l’une des grandes nations qui cherche à combattre l’islamisme extrémiste. Le mieux que les USA aient pu achever face à l’État Islamique est une campagne de bombardements, coûteuse et inefficace. Les précédentes campagnes de bombardements, coûteuses et inefficaces, comme celle qui a été menée au Cambodge, ont produit des conséquences imprévues, par exemple le régime génocidaire de Pol Pot. Mais pourquoi s’embêter à apprendre de ses échecs, quand on peut les répéter à l’infini?

Un autre exemple est le chaos militarisé et l’effondrement économique complet qui ont englouti l’Ukraine suite au renversement violent, organisé par les USA, de son tout dernier gouvernement constitutionnel il y a un an. La destruction de l’Ukraine a été justifiée par le calcul simpliste de Zbigniew Brzezinski, qui suppose que transformer l’Ukraine en une zone antirusse occupée par l’Otan sera à même de contrer efficacement les ambitions impérialistes russes. Le fait que la Russie ne montre pas d’ambitions impérialiste est l’un des défauts majeurs de ce calcul. La Russie possède tout le territoire dont elle aura jamais besoin, mais pour le développer, elle a besoin de la paix, et d’accords commerciaux. Un autre grain de sable dans l’échiquier de Zbiggy, vient du fait que la Russie se sent concernée par la protection des intérêts des populations russophones, où qu’elles puissent vivre. Pour des raisons de politique intérieure, elle agira toujours pour les protéger, même si ses actions doivent être illégales et risquent de mener à un conflit militaire de grande ampleur. Donc, la déstabilisation de l’Ukraine par les Américains n’a rien accompli de positif, mais a accru le risque d’autodestruction nucléaire. Mais même si les USA s’arrangent pour disparaître de la carte politique mondiale sans déclencher un holocauste nucléaire, nous avons toujours un problème, qui est …

  1. …que le climat de la Terre, notre planète natale, est, pour le dire aussi poliment que possible, complètement foutu. Bien sûr, il y a encore de nombreuses personnes qui pensent que transformer radicalement la composition chimique de notre atmosphère et de nos océans en brûlant plus de la moitié des hydrocarbonés fossilisés qui peuvent être récupérés par des moyens industriels n’aura aucun impact, et que les transformations que nous observons actuellement ne sont que des variations naturelles du climat. Ces gens sont des abrutis. Je promets de supprimer jusqu’au dernier des commentaires qu’ils enverront en réponse à ce post, mais malgré cette promesse, je peux vous assurer qu’ils tenteront quand même de les envoyer… parce que ce sont des abrutis. [Mise à jour : et en effet, ils l’ont tenté. CQFD.]

Nous assistons aujourd’hui à un épisode d’extinction massive déclenchée par l’homme, qui sera sans aucun doute au-delà de tout ce qu’a pu expérimenter l’humanité, et qui pourrait bien rivaliser avec la grande extinction Permien-Trias, qui a eu lieu il y à 252 millions d’année. Il est même possible que la Terre se transforme en planète stérile, avec une atmosphère tout aussi surchauffée et toxique que celle de Vénus. Ces changements sont en train de se produire, il ne s’agit pas de prédiction, mais d’observations. Les seuls variables qui doivent encore être déterminés sont les suivants:

  1. Jusqu’où ira ce processus ?

Existera-t-il encore un habitat dans lequel l’humanité pourra survivre? Les hommes ne peuvent survivre sans une abondance d’eau fraîche, de sources de glucides, graisses et protéines, celles-ci étant extraites d’écosystèmes viables. Les hommes peuvent survivre avec pratiquement n’importe quel régime alimentaire, même un régime d’écorces et d’insectes, mais si l’ensemble de la végétation meurt, nous mourrons aussi. De plus, nous ne pourrons survivre dans un environnement où la température humide (qui prend en compte notre capacité à nous refroidir en suant), dépasse notre température corporelle. Lorsque cela arrive, nous mourons d’un coup de chaleur. Enfin, nous avons besoin d’un air que nous pouvons respirer : si l’atmosphère n’est pas assez chargée en oxygène (parce que la végétation a disparu), et trop chargée en dioxyde de carbone et méthane (parce que la végétation disparue a été brûlée, que le permafrost a fondu, et que le méthane actuellement emprisonné dans les clathrates océaniques a été libéré), nous mourrons tous.

Nous savons déjà que l’augmentation des températures moyennes globales a dépassé le degré Celsius depuis les temps préindustriels, et si l’on prend en compte les modifications de composition atmosphériques, celle-ci devrait au final excéder les deux degrés. Nous savons également que l’industrie, grâce aux aérosols qu’elle envoie dans l’atmosphère, produit un effet connu sous le nom d’assombrissement global. Une fois que ces aérosols se seront dissipés, la température moyenne devrait augmenter d’au moins 1,1 degré. Cela devrait nous emmener à peu de distance des 3,5 degrés d’augmentation, et aucun homme n’a jamais vécu sur une Terre plus chaude de 3,5 degrés, par rapport aux températures actuelles. Peut-être pourrons bidouiller un truc… On pourrait tous enfiler des sombreros climatisés… (concours de design en vue, des volontaires?)

  1. A quelle vitesse ce processus va-t-il se dérouler ?

L’inertie thermique de la planète est telle qu’on constate un décalage de quarante ans entre la modification de la composition chimique atmosphérique, et le ressenti de ses effets sur les températures moyennes. A ce jour, nous avons été protégés de certains de ces effets par deux choses : la fonte des glaciers et du permafrost dans l’Arctique et l’Antarctique, et la capacité de l’océan à absorber la chaleur. Votre boisson fraiche reste agréable jusqu’à la disparition du dernier glaçon, mais après cela, elle devient très vite tiède et désagréable. Certains scientifiques annoncent qu’il faudra sans doute près de cinq mille ans pour que nous n’ayons plus de glaçons, ce qui mettra un terme à la fête, mais les modes de fonctionnement des immenses glaciers qui nous fournissent ces glaçons ne sont pas si bien compris, et les mauvaises surprises ont été très fréquentes, notamment concernant leur rapidité a relâcher des icebergs, qui dérivent alors vers des eaux plus chaudes et y fondent rapidement.

Mais la plus grande surprise de ces dernières années a été le taux de libération du méthane auparavant emprisonné dans l’Arctique. Peut-être n’est-ce pas votre cas, mais il m’a été impossible d’ignorer tous ces scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme à propos du méthane de l’Arctique. Ce qu’ils appellent le clathrate gun, qui pourrait relâcher jusqu’à cinquante gigatonnes de méthane en quelques décades, semble avoir été déclenché en 2007, et aujourd’hui, quelques années plus tard, les concentrations de méthane dans l’Arctique sont devenues alarmantes. Mais il nous faudra attendre au moins deux ans de plus pour obtenir un avis plus documenté. De toute façon, la quantité de méthane concentrée dans les clathrates est suffisante pour dépasser le potentiel de réchauffement climatique généré par toutes les énergies fossiles brulées à ce jour, par un facteur pouvant aller de 4 à 40. L’hypothèse pessimiste semble nous entraîner non loin d’une atmosphère de type vénusienne, et les espèces survivantes pourraient bien être limitées à quelques bactéries thermophiles exotiques, ce qui n’inclurait aucune des espèces que nous aimons manger, ni aucun d’entre nous.

En voyant de telles données, certains chercheurs ont émis l’hypothèse d’une extinction humaine imminente. Les estimations varient, mais, de manière générale, si le clathrate gun a vraiment été déclenché, alors nous ne devrions pas prévoir d’être présents après la seconde moitié du XXIe siècle. Mais ce qui est amusant (l’humour n’est jamais de mauvais goût, quelle que soit la gravité de la situation), c’est que la plupart d’entre nous ne devraient pas être présents d’ici là, de toute façon. La surpopulation humaine actuelle a été rendue possible par l’utilisation des énergies fossiles. Une fois cette utilisation ralentie, la population humaine s’effondrera. Cela s’appelle un dépérissement, et cela arrive en permanence : une population (par exemple, des levures dans une cuve de liquide sucré) consomme toute sa nourriture, puis dépérit. Quelques individus plus endurcis s’accrochent, et si vous rajoutez une mesure de sucre, ils reprennent des forces, commencent à se reproduire, et le processus peut recommencer.

Un autre aspect amusant d’une extinction humaine imminente réside dans le fait que celle-ci ne sera jamais observable, car il ne restera plus de scientifiques pour l’observer; il s’agit donc d’un concept non scientifique. Puisqu’il ne peut être utilisé dans un cadre scientifique, les scientifiques qui l’évoquent à qui mieux-mieux doivent chercher à produire un effet émotionnel. C’est assez peu commun pour des scientifiques, qui se font généralement une fierté de garder la tête froide, et préfèrent s’intéresser à l’observable et au mesurable. Alors, pourquoi des scientifiques cherchent-ils à faire dans l’émotionnel? C’est clairement parce qu’ils pensent que quelque chose doit être fait. Et pour penser que quelque chose doit être fait, ils doivent aussi penser que quelque chose peut être fait. Mais alors, qu’est-ce qui peut être fait?

Tout d’abord en tête de liste vous avez l’effort engagé pour convaincre les gouvernements de limiter leurs émissions de carbones. Cela ne s’est pas révélé un franc succès. Parmi les nombreuses raisons ayant entrainé ce résultat, vous pouvez vous référer au point 2 ci-dessus; les USA sont l’un des plus grands producteurs d’émissions de carbone, mais le corps pourrissant qui constitue le système politique américain est incapable d’engager une quelconque action constructive. Il est trop occupé à détruire d’autres pays: l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine…

Ensuite, vous avez ce qu’on appelle la géo-ingénierie. Si vous ne savez pas ce dont il s’agit, ce n’est pas grave, car il s’agit principalement d’un synonyme pour branlette intellectuelle. Le concept est le suivant: vous apportez un remède à des symptômes que vous ne comprenez pas, en utilisant des technologies qui doivent encore être inventées. Mais sachant que de nombreux êtres humains cultivent la croyance irrationnelle en l’existence d’une solution technique pour tous les problèmes pouvant être rencontrés, on trouve toujours un imbécile prêt à donner de l’argent pour la chercher. Les idées proposées par les adeptes de cette ligne de pensée ont inclus la saturation des océans avec des éléments de fer, pour stimuler la croissance du plancton, ou l’envoi des morceaux de papier aluminium en orbite pour refléter une partie de la lumière du soleil, ou encore, la peinture du Sahara en blanc. Tous ces projets sont des plus excitants à concevoir. Pourquoi ne pas utiliser une arme nucléaire pour injecter de la poussière dans l’atmosphère, afin de bloquer une partie de la lumière du soleil? On pourrait aussi bombarder quelques gros volcans, pour atteindre le même résultat ? Et si c’est compliqué d’un point de vue politique, pourquoi ne pas essayer quelque chose de plus simple, un échange nucléaire limité? Cela devrait assombrir les cieux, amenant un petit hiver nucléaire, et cela réduirait également les populations, ce qui ferait tomber d’autant l’activité industrielle. Nous avons assez d’armes nucléaires pour refroidir la planète assez longtemps pour que les radiations nous achèvent tous. Cette solution de géo-ingénierie, comme toutes les autres, se conforme strictement au dicton populaire : Si tu ne peux résoudre un problème, aggrave-le.

J’ai l’impression que tous ces grands discours à propos de la prochaine extinction humaine se résument à une agitation émotionnelle, dont le but principal est d’amener les gens à tenter des choses qui ne fonctionneront pas. Je considère cependant que le sujet vaut la peine d’être examiné, et ce pour une raison simple: que se passe-t-il si nous ne voulons pas nous éteindre? Nous avons établi le fait que l’extinction humaine (quel que soit le moment où elle se produira) ne sera pas observable, car il n’y aura plus d’êtres humains pour l’observer. Nous savons également que des réductions de populations se produisent en permanence, mais qu’elles n’aboutissent pas en permanence à une extinction. Alors, qui aura le plus de chances de mourir, et qui aura le plus de chances de survivre?

Les premiers à disparaître seront les victimes invisibles des guerres. A ce jour, un grand nombre de personnes ont vu des photographies montrant des amas de soldats ukrainiens morts laissés à pourrir après une nouvelle offensive avortée, ou des vidéos de résidents de Donetsk agonisant sur un trottoir après avoir été touchés par un tir d’artillerie ou de mortier gouvernemental. Mais nous ne savons pas combien d’enfants ou de femmes meurent à l’accouchement, le gouvernement ayant bombardé maternités, cliniques et hôpitaux. De telles pertes sont invisibles durant une guerre. Et nous ne verrons pas non plus de vidéos de tous les retraités ukrainiens mourant prématurément car ils ne peuvent plus obtenir de nourriture, de soins ou de chauffage, mais nous pouvons être sûrs qu’un grand nombre d’entre eux ne seront plus parmi nous d’ici un an. Lorsqu’on en vient à parler de conflit armé, il n’existe que deux stratégies viables: refuser de prendre part, ou fuir. Sans aucun doute, le million ou presque d’Ukrainiens qui se trouvent maintenant en Russie est formé des plus intelligents, tout comme les millions de Syriens qui ont quitté la Syrie. Les Ukrainiens qui s’engagent pour combattre sont des imbéciles, et ceux qui fuient en Russie ou refusent la mobilisation sont les plus malins. Cela n’inclut pas les Russes [et les Ukrainiens, NDT] qui s’engagent pour la protection de leur pays et de leurs familles contre ce qui s’apparente à une invasion US. Ceux là ne sont certainement pas des imbéciles. Et ils sont en train de gagner. Suivant cette interprétation, la guerre est un processus darwinien, qui extermine ceux ayant le moins de sens commun.

L’épisode d’extinction à éviter en priorité, après la guerre, a lieu dans les grandes villes durant une vague de chaleur. Cela s’est produit dans toute l’Europe en 2003, et a provoqué soixante-dix mille décès. En 2010, une vague de chaleur dans la région de Moscou (qui se trouve pourtant plutôt au Nord), a entrainé plus de quatorze mille décès pour la seule ville de Moscou. Les îlots de chaleur urbains, qui sont produits par la réflexion du soleil par les chaussées et les immeubles, produisent des températures locales élevées, pouvant entraîner des coups de chaleur. Tant que l’économie basée sur les combustibles fossiles est en activité, les villes restent vivables, grâce à l’air conditionné. Une fois cette économie effondrée, les épisodes d’extinctions urbains dus aux vagues de chaleurs se multiplieront. Et puisque 50% de la population vit dans des villes, la moitié de la population risquera donc la mort par coup de chaleur. Il en résulte que si vous ne souhaitez pas vous éteindre, ne passez pas vos étés en ville.

La liste des endroits où vous ne souhaiteriez pas vous trouver, pour éviter l’extinction, s’allonge de plus en plus. Par exemple, vous ne voudriez pas vivre en Californie, ou dans un autre des États arides du sud-ouest des USA, car il sera difficile d’y trouver de l’eau. Vous ne chercheriez pas à vivre le long des côtes, car elles seront sans doute inondées par la montée des océans (dont le niveau devrait finir par augmenter d’une centaine de mètres, ce qui passera l’ensemble des villes côtières sous le niveau des eaux). Vous ne souhaiteriez pas vivre dans la moitié est de l’Amérique du Nord, car, de façon paradoxale, une région arctique aux températures dramatiquement supérieures devrait causer l’affaiblissement du Jet Stream, entrainant des hivers de plus en plus rudes, qui, en l’absence d’énergies fossiles, produiront des vagues de décès dus au froid. A ce jour, un hiver un peu plus neigeux que la moyenne, d’un niveau qui devrait se renouveler régulièrement dans les années à venir, a forcé l’ensemble des infrastructures de transport de Nouvelle Angleterre (où j’ai la chance de ne pas me trouver), à se coucher sur le côté et jouer au mort. Et vous ne devriez vivre dans aucun des endroits du globe où les sources d’eau proviennent de la fonte des glaciers, car ceux-ci auront bientôt disparu. Cela comprend la majorité du Pakistan, de grands morceaux de l’Inde, du Bangladesh, de la Thaïlande, du Viêt Nam, et bien d’autres. La liste des endroits où vous ne souhaitez pas être pour éviter une extinction par ceci ou cela finit par être extrêmement longue.

Mais l’ensemble de la partie nord de l’Eurasie devrait bien s’en tirer dans le futur proche, donc, si vous ne souhaitez pas vous éteindre, vous devriez commencer à enseigner le russe à vos enfants.

Traduit par Etienne, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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Bannir les robots tueurs et autres menaces à venir

Seth Baum 

Par Seth Baum – Le 22 février 2015 – Bulletin of the Atomic Scientists

Deux fois seulement dans l’histoire, des nations se sont mises d’accord pour interdire une arme avant qu’elle n’ait jamais été utilisée.

En 1868, les grandes puissances ont signé la Déclaration de Saint-Pétersbourg pour interdire les balles explosives qui, en diffusant des fragments de métal dans le corps de la victime, causaient plus de souffrance que les balles ordinaires. Et le Protocole de 1995 sur les armes à laser aveuglantes a maintenant 104 signataires qui ont accepté d’interdire ces armes au motif qu’elles pourraient causer des souffrances excessives aux soldats en les rendant définitivement aveugles.

Aujourd’hui, un groupe d’ONG s’efforce de faire interdire une autre arme qui n’a pas encore été utilisée, une arme entièrement autonome qu’on appelle le robot tueur. En 2012 ce groupe a mené la Campagne pour arrêter le robot tueur dans le but d’obtenir son interdiction. A la différence des drones téléguidés couramment utilisés aujourd’hui, ces robots militaires sont des armes totalement autonomes; ils sont programmés pour prendre des décisions par eux-mêmes. Une fois déployés, ils identifient des cibles et les attaquent sans aucune autorisation humaine. Il n’en existe pas encore, mais la Chine, Israël, la Russie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis développent activement cette nouvelle technologie, selon la Campagne.

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