La fraude à la souveraineté : Taipei encourage son propre morcellement, tant que cela agace Pékin


Par Arnaud Bertrand – Le 6 juin 2026 – Source Blog de l’auteur

Si vous comprenez cette histoire, vous aurez compris beaucoup de choses sur la géopolitique autour de Taïwan.

Voici ce qui s’est passé.

Récemment, le 28 mai, le Premier ministre japonais Takaichi et le président philippin Marcos Jr. ont publié une déclaration commune annonçant qu’ils ouvriraient des négociations pour délimiter leurs limites de leur ZEE et de leur plateau continental là où ils se chevauchent

Pour rappel, une ZEE – Zone Économique Exclusive – est la zone s’étendant à 200 milles marins des côtes d’un pays à l’intérieur de laquelle ce pays dispose de droits exclusifs d’exploitation de toutes les ressources naturelles.

Et, fait célèbre, les ZEE d’Asie de l’Est et du Sud-Est se chevauchent à peu près toutes les unes les autres. Dans ce cas, non seulement la ZEE du Japon chevauche celle des Philippines (d’où les négociations), mais elle chevauche également celle de la Chine, à la fois du point de vue de Pékin et de Taipei, car les ZEE en question se trouvent à moins de 200 milles marins des côtes de Taïwan.

Les revendications de la ZEE qui se chevauchent entre le Japon et les Philippines – notez comment les deux s’étendent dans les eaux à l’est de Taïwan. Source: Indice Nikkei Asie

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L’arnaque de la Pax Silica


La « Pax Silica » étasunienne est censée être une protection contre la Chine, alors qu’il s’agit en réalité d’une cage pour que les « partenaires » américains deviennent dépendants de la technologie américaine et soient incapables de construire la leur.


Par Arnaud Bertrand – Le 4 juin 2026 – Source Blog de l’auteur

Typiquement, lorsque les grandes puissances mettent en place une initiative de nature impérialiste, elles choisissent un nom qui évoque le contraire: “alliance pour le progrès”, “partenariat pour la paix”, “coalition des volontaires”, etc…

Cette fois, manifestement sans aucun sens de l’euphémisme, les États-Unis ont carrément appelé leur initiative “Pax Silica”, le nom le plus impérialiste imaginable, directement inspiré de l’Empire romain.

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L’Amérique s’est-elle en fait déjà retirée d’Asie ?


Par Arnaud Bertrand – Le 23 juin 2025 – Source Blog de l’auteur

C’est probablement l’analyse géopolitique la plus importante que j’ai entendue cette année, sinon cette décennie.

Hugh White est largement reconnu comme l’un des plus grands penseurs stratégiques australiens. Il a été le premier directeur de l’Institut australien de Politique Stratégique (ASPI) et l’ancien Secrétaire adjoint à la Stratégie et au Renseignement du Ministère australien de la Défense.

Il vient de publier un nouvel essai de 70 pages intitulé « Hard New World : Our Post American Future« , dans lequel il soutient – avec des preuves considérables pour l’assumer – que si tout le monde se demande si l’Amérique laissera finalement la Chine devenir la puissance régionale dominante dans le Pacifique occidental, elle s’est en réalité déjà retirée. White dit qu’effectivement, au-delà de toute rhétorique, la compétition est déjà terminée.

Cet article examine tous les arguments de White et les preuves qu’il présente, ce qui, je dois le dire, a complètement changé ma compréhension de ce qui se passe réellement en géopolitique en ce moment.

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L’agence d’espionnage chinoise pense que le pire est derrière elle


Par Arnaud Bertrand – Le 21 mai 2026 – Source : le blog de l’auteur

Il s’agit d’un document extraordinaire qui contient peut-être la description la mieux placée de la position de la Chine dans ses relations avec les États-Unis et ses dirigeants.

Le rapport a été rédigé par le CICIR – les Instituts Chinois des Relations Internationales Contemporaines (中国国国)) – qui est l’institut de recherche du puissant Ministère chinois de la Sécurité d’État (MSS), essentiellement la CIA et le FBI réunis en un seul organisme.

De plus, il a été publié sur chinadiplomacy.org.cn, qui est géré conjointement par le CIIS, l’institut de recherche du ministère chinois des Affaires étrangères.

En d’autres termes, vous pouvez difficilement trouver plus proche du cœur de l’affaire, à moins de vous asseoir directement à un briefing du Politburo.

Le titre du rapport est « La Grande Transformation mondiale et le chemin vers la coexistence américano-chinoise » et une traduction complète est disponible au bas de cet article, mais en attendant, permettez-moi de souligner ce qui m’a le plus frappé en le lisant.

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La révélation des néocons


Par Arnaud Bertrand – Le 12 Mai 2026 – Source Blog de l’auteur

Qu’est-ce qui se passe ? Les néoconservateurs expériencent-ils une révélation ?

Après que Bob Kagan ait écrit un article sur la façon dont les États-Unis font face à une “défaite totale” en Iran (voir mon article d’hier), vous avez maintenant Max Boot – l’auteur de “The Case for American Empire” et l’un des défenseurs les plus virulents de la guerre en Irak – publiant une interview dans le Washington Post expliquant que la Chine a dépassé les États-Unis dans la plupart des domaines militaires.

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La Chine applique sa Loi de blocage pour la première fois


Par Arnaud Bertrand – Le 3 mai 2026 – Post Facebook

Dans son post, Arnaud Bertrand nous explique ce changement important dans la stratégie géopolitique chinoise. Son explication fait suite à une info de Drop Site News :

Le ministère chinois du Commerce a pour la première fois activé sa loi de blocage, datant de 2021, en ordonnant à toutes les entreprises et particuliers chinois de ne pas se conformer aux sanctions américaines visant cinq raffineries pétrolières chinoises indépendantes accusées d’acheter du brut iranien.

Pékin a qualifié les mesures américaines, imposées en vertu de deux décrets exécutifs, d’utilisation « injustifiée » et « inappropriée » du droit extraterritorial.

Cette décision met les multinationales opérant sur les deux marchés en conflit juridique direct : le respect des sanctions américaines risque désormais de violer la loi chinoise, et vice versa. Les banques et les entreprises mondiales exposées au dollar s’exposent à des sanctions secondaires si elles continuent de traiter avec les raffineries sanctionnées.

Les analystes décrivent l’ordonnance comme étant une étape importante vers des cadres juridiques concurrents pour le commerce mondial, accélérant la voie vers un potentiel “découplage” économique entre les deux puissances.

Le commentaire d’Arnaud Bertrand :

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Il n’y a pas de course à l’IA


Par Arnaud Bertrand – Le 24 avril 2026 – Source Blog de l’auteur

Livre de Han

Les Chinois ont ce grand principe : « chercher la vérité en partant des faits » (实事求是). Il est communément associé au Parti communiste – parce que c’est en effet un de leurs slogans clés – mais, comme c’est souvent le cas en Chine, ce n’est que l’usage moderne d’un idiome beaucoup plus ancien, enregistré pour la première fois dans le Livre de Han (en l’an 111).

Qu’est-ce que cela signifie ? C’est essentiellement un principe anti-idéologie. Plutôt que de partir d’une doctrine et de regarder les faits à travers son prisme, il vaut mieux aller dans l’autre sens ; la “vérité” est extraite du monde tel qu’il est. C’est fondamentalement une ode au pragmatisme empirique.

« Chercher la vérité en partant des faits » est précisément ce qui manque dans la conversation sur l’IA, qui est incroyablement doctrinale et idéologique. Des pessimistes apocalyptiques d’un côté, des techno-utopistes plein d’illusions de l’autre, tout cela aggravé par le contexte « grande puissance » de cette soi-disant « course à l’IA ». Tout le monde commence par la conclusion – qu’elle soit du style « la Chine est mauvaise, alors elle doit perdre la course à l’IA », ou « l’intelligence artificielle générale (IAG) nous tuera tous« , ou « l’IAG annonce une nouvelle ère d’abondance » – et travaille à rebours pour essayer de trouver des faits qui correspondent à leur idéologie.

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Ne bluffez pas quelqu’un qui ne peut pas se coucher


Par Arnaud Bertrand – Le 9 avril 2026 – Source Blog de l’auteur

La guerre contre l’Iran n’est pas encore terminée, mais il semble que nous soyons peut-être en train de regarder l’une des plus grandes défaites de l’histoire des États-Unis et d’Israël.

Comme l’a dit Ben Rhodes, ancien Conseiller adjoint à la sécurité nationale des États-Unis : « Il est difficile de perdre une guerre aussi courte de manière aussi complète ». Yair Lapid, ancien Premier ministre israélien et chef de l’opposition, a déclaré qu’il n’y avait « jamais eu un tel désastre politique dans toute notre histoire » et l’a qualifié d’« effondrement stratégique ».

Rhodes et Lapid ont raison. Le montant des dommages que les États-Unis et Israël se sont infligés en si peu de temps – et le montant gagné par l’Iran – est vraiment stupéfiant.

Je veux dire, à quel point c’est fou : JP Morgan a calculé que, conformément au nouvel accord de péage d’Ormuz (dont les États du Golfe ont confirmé qu’il était autorisé dans le plan de cessez-le-feu), l’Iran pourrait obtenir 70 à 90 milliards de dollars de revenus annuels supplémentaires, représentant un stupéfiant 20% de son PIB, en revenus supplémentaires. Hilarant, Trump a commenté sur Truth Social que l’arrangement signifie que « beaucoup d’argent sera gagné » et « l’Iran peut commencer son processus de reconstruction ». Tout à fait ça ; ils ont gagné la rente géographique la plus précieuse sur terre, avec une marge énorme. À titre de comparaison, le canal de Suez rapporte à l’Égypte “seulement9 à 10 milliards de dollars/an, et le canal de Panama environ 5 milliards de dollars.

Impressionnant.

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La première guerre multipolaire


Par Arnaud Bertrand – Le 24 mars 2026 – Source Blog de l’auteur

À l’heure actuelle, il est douloureusement évident que la guerre en Iran est d’une nature qualitativement différente de la plupart des autres guerres américaines de ces dernières décennies.

Prenez le Vietnam, l’Afghanistan, la Libye, l’Irak, la Serbie, etc. (la liste est malheureusement très longue) : le schéma était à peu près toujours le même avec un immense différentiel de pouvoir entre l’agresseur et la victime. Ces guerres étaient, dans l’ensemble, impériales : l’empire tentait d’écraser un peuple beaucoup plus faible dont le seul recours réaliste était la résistance par la guérilla, pour ceux qui avait la volonté de résister. Certains – comme la Libye – s’en sont à peine inquiétés, se résignant simplement à leur sort.

En tant que spectateurs de ces guerres, si vous aviez un sens moral, l’émotion dominante était un sentiment d’impuissance dégoûté : vous regardiez un géant piétiner la maison de quelqu’un d’autre.

Bien sûr, les États-Unis ont en fait perdu beaucoup – sinon la plupart – de ces guerres, remplaçant notoirement les Talibans par les Talibans ou étant expulsés la queue entre les jambes du Vietnam, mais le différentiel de puissance n’était pas moins réel entre eux. C’est juste que la puissance ne garantit pas toujours la victoire ; parfois, le géant n’arrive pas à tuer tout le monde et finit par se lasser d’essayer. Mais les « victoires » remportées de cette manière étaient toujours, au mieux, à la pyrrhus ; le peuple a enduré, oui, mais ce qui lui reste est un pays en cendres. Pendant ce temps, dans le grand schéma des choses, le géant est reparti avec à peine plus de dégât qu’un ego meurtri.

L’Iran se révèle – remarquablement – être une bête entièrement différente : alors que les autres ne faisaient que tenter de survivre aux attaques d’un géant, l’Iran semble être en mesure de lui faire face.

Examinons le tableau tel qu’il est aujourd’hui.

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Non la guerre contre l’Iran ne concerne pas la Chine. L’Europe devrait être beaucoup plus inquiète


Par Arnaud Bertrand – Le 11 mars 2026 – Source Blog de l’auteur

Le grand sujet de discussion en Occident ces jours-ci, pour justifier la guerre d’agression illégale contre l’Iran, est de dire qu’il s’agit en fait de la Chine, dans le cadre d’une stratégie visant à encercler l’approvisionnement énergétique de la Chine et à la priver d’un partenaire géopolitique.

Ce récit est poussé jusqu’à l’absurdité, l’ancien ambassadeur des États-Unis en Chine, Nicholas Burns, se moquant littéralement de la Chine pour être ce qu’il appelle “un ami irresponsable” en n’aidant pas l’Iran à combattre les Américains. Cela en dit long sur ce que sont devenues les élites sociopathes américaines qu’un haut responsable étasunien se moque d’une grande puissance nucléaire pour ne pas entrer en guerre contre l’Amérique. On en rirait si le sujet n’était pas si grave.

Ce récit ne vient pas seulement de Washington, mais aussi d’Europe, y compris de certains milieux qui m’ont surpris (et déçus). Un exemple est celui du Français Jean-Luc Mélenchon, le chef de La France Insoumise, le principal parti d’opposition de gauche en France, qui répète comme un perroquet ce qui se dit à Washington : la guerre contre l’Iran concerne la Chine car elle « limite les capacités d’approvisionnement en pétrole de la Chine« . Il est inattendu que Mélenchon répète presque mot pour mot ce que Lindsey Graham ou le Hudson institute (un think tank néoconservateur de droite américain) disent sur Fox News, et pourtant…

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