Par Laurent Guyénot − Mai 2024

Dans son nouvel essai, La Défaite de l’Occident, Emmanuel Todd remet en question « l’axiome » de l’État-nation qui règle les relations internationales depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui (axiome fondateur des « Nations unies »). Il propose « une interprétation pour ainsi dire post-euclidienne de la géopolitique mondiale », qui ne repose pas sur l’État-nation, mais fait plutôt l’hypothèse de sa disparition prochaine1.
Todd dissipe au passage un malentendu largement partagé par une dissidence française qui s’imagine que la « multipolarité » qui se met en place sera compatible avec la « souveraineté » d’un pays européen comme la France. La multipolarité est un ordre mondial dont les acteurs principaux seront de grands ensembles civilisationnels régionaux. La France n’en fait pas partie, pas plus qu’aucune autre nation européenne. L’Europe, qui se veut une multipolarité à elle toute seule, peut-elle devenir un pôle civilisationnel dans la multipolarité globale ?
- Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024, p. 24-25. ↩
Le préjugé selon lequel il doit y avoir une solution au désordre au Moyen-Orient suppose que l’on sache déjà quel est le problème à résoudre. Un côté dit que le problème vient du terrorisme. L’autre dit que le problème est l’occupation. Les humanitaires affirment que le problème réside dans le meurtre d’enfants. Les internationalistes disent que le problème réside dans les crimes de guerre (soit la disproportion d’un côté, soit l’utilisation de civils comme boucliers de l’autre). D’une manière ou d’une autre, « nous » – qui que nous soyons – devons résoudre le problème.
Alors que nous approchons de la fin de l’année, je me laisse irrémédiablement entraîner dans une rêverie réflexive. Même si ce n’est pas la fin de la décennie, lorsque les choses prennent vraiment une teinte rétrospective, ces périodes de bouleversements font que les années semblent passer comme des décennies.
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