Il y a des moments comme cela où la vérité surgit soudain et vient brièvement parasiter l’écran de fumée de la vertueuse narrative propagée par les médias-Système. L’effet est toujours saisissant, jubilatoire même. Le 3 février dernier, le directeur de la fameuse agence privée de renseignement Strafor, George Friedman, nous a donc offert l’un de ces moments devant le Council on Foreign Relations de Chicago.
Depuis une vingtaine d’années, la succession phénoménale de crises qui secouent le monde connaît une accélération exponentielle en termes de nombre comme d’intensité. Que ce soit au niveau écologique, sanitaire, alimentaire, économique ou géopolitique, toutes les coutures du monde connu semblent en train de craquer quasiment en même temps. C’est que toutes ces crises n’en forment en réalité qu’une seule, gigantesque: celle de l’effondrement d’un Marché-Système poussé dans ses ultimes excès par la folle gouvernance US.
Par Brandon Smith – Le 3 juin 2015 – Source : alt-market
La tyrannie n’est pas une condition entièrement définissable. Il existe de nombreuses formes de tyrannie et de nombreux niveaux de contrôle qui existent dans une société donnée à un moment donné. En fait, les formes les plus abjectes de la tyrannie sont souvent les plus subtiles ; les types de tyrannie dans lesquelles les opprimés sont trompés en pensant qu’ils ont le choix, ce qui les rend nécessairement libres. La tyrannie dans son essence même n’est pas toujours la suppression des choix, mais le filtrage de ces choix – l’effacement d’options ne laissant que les choix les plus bénéfiques pour le système et ses contrôleurs.
Pour Lewis, ce condensé de croyances fondamentales, cette loi naturelle reconnue par toutes les civilisations et religions – et qui permet d’organiser les émotions en «sentiments stables» – est logiquement «la seule source de tous les jugements de valeur».
Il estime ainsi que l’homme de peut pas davantage «créer» de nouvelles valeurs qu’il ne peut «créer de nouvelles couleurs». «Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de jugement de valeur radicalement nouveau dans l’histoire de l’humanité.»
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C'est exactement de cela qu’il s’agit lorsque notre Système hypertrophie par exemple le principe d’égalité entre homme et femme jusqu’à vouloir les confondre au point, comme le prophétisait Nietzsche, «qu’il leur deviendra impossible de s’aimer».
Certains livres vous tombent dessus comme un météore dont l’impact n’est que lumière. C’est ainsi qu’au détour d’un échange avec un éditeur suisse installé à Paris, j’ai entendu parler pour la première fois de L’abolition de l’homme, un bouquin fulgurant, d’une actualité sidérante, pourtant écrit durant la Seconde Guerre mondiale par l’auteur irlandais C.S. Lewis 1
L’écrivain y démontre que le rejet de toute morale universelle, le subjectivisme absolu de notre modernité, en somme, a conduit notre civilisation à remplacer l’éducation des individus par leur «conditionnement» à des valeurs détachées du réel et qui, à terme, conduisent à la «capitulation de la Nature humaine» au profit d’une élite de surmorts 2. L’occasion idéale d’un épisode VI donc, à notre série «De la bataille contre le Système»…
Nous avons emprunté le terme de «surmorts» à l’écrivain et poète suisse Maurice Chappaz qui, dans une lettre de 1968 écrivait : «J’ai localisé le pouvoir réel, brutal dans l’économie et vu les velléités, les complicités, les mensonges, le blanc qui devient noir dans les partis politiques, tous les partis. Et le social a comporté pour moi un élément de dégoût que tu ne peux imaginer : le nazisme. Le commercial totalitaire le resuce en lui : cette tuerie d’arbres, de phoques, cet empoisonnement de l’air, des eaux, ces massacres divers et cette propagande, cette réclame pour l’englobant industriel, le progrès carrément détachés de l’humain. Les vrais parasites modernes ne sont pas les clochards, les beatniks, mais justement les activistes de la construction inutile, du gaspillage des sources et des ressources, spéculateurs, menteurs en tous produits et appétits. Nous connaissons aussi ces volontés de puissance à l’œil parfois très intelligent de surmorts, qui délèguent aux fonctions publiques les bureaucrates, des types, des espèces de chauves graisseux moins costaux qu’eux-mêmes. Les surmorts ont besoin d’otages, de médiocres qui limitent toujours un pays aux affaires.» ↩
Comme disait l’autre, les Étasuniens sont des gens vraiment formidables, pour peu que l’on puisse faire abstraction des morceaux de cervelles d’enfants qui pendouillent à leur parka. Et si eux-mêmes y arrivent parfaitement, c’est que leur ascension en tant qu’hyper-puissance mondiale s’est accompagnée d’une descente dans une pathologie à mesure. Pathologie de la domination mêlant messianisme, exceptionnalisme (version américanisée de l’élitisme israélien), ivresse de puissance et, surtout, inculpabilité. Une pathologie protéiforme terrifiante lorsqu’elle ronge l’âme d’un Empire disposant d’une capacité technologique et d’une puissance de feu inégalées dans l’Histoire de l’humanité, le tout dissimulé sous les paillettes hollywoodiennes et le vernis d’une machine de propagande qui le font passer pour vertueux. Décryptage.
«...Lorsqu'une maison est attaquée par des brigands, qu'un village est envahi par des gangsters, que de la fumée, des flammes et des cris sortent de partout, pouvons-nous nous permettre le luxe de prendre le temps de calculer, d'analyser et de rechercher des solutions logiques, éthiques, globales et objectives complètes?» Andre Vltchek
«...En d’autres termes, l’expérience israélienne confirme qu’avec les moyens modernes de répression, une minorité de nantis peut survivre et même prospérer au milieu d’un océan de pauvreté et d’hostilité. De quoi rassurer la capitainerie du Système-Titanic donc, banksters et prédateurs en tête.»
«...L’infestation des sociétés par la violence intrinsèque du Système représente ainsi la marque du développement de notre contre-civilisation, mais aussi celle de sa ruine.»
«...En ce sens, jamais le Système n’aura incarné si profondément, si passionnément, si dangereusement, le mal absolu.»
Dans le chef d’œuvre d’anticipation qu’est le film de Terry Gilliam, Brazil, les barbouzes qui viennent arrêter par erreur Archibald Buttle font irruption chez lui à travers un trou percé dans son plafond. L’effet est glaçant. C’est l’idée de la violence étatique qui peut surgir de partout ; que même la matière ne peut contenir, qui se dissémine à travers vos murs pour envahir votre intimité. La sécurité du foyer n’est plus qu’une illusion. Il n’y a plus de refuge. Tout est perméable à la force intrusive de l’État.
Rien ni personne ne pourra infléchir la trajectoire implacable de notre hyper-Titanic. Le paquebot est trop lourd, trop grand, impossible à manœuvrer sur une courte distance et glisse trop vite sur l’arête d’un iceberg écologique qui déchire déjà son flanc. De surcroît, aveuglée par les prouesses du monstre qu’elle croit encore contrôler, sa capitainerie n’en finit plus de pousser les moteurs à fond en hurlant si fort «Progrès ! Progrès !», qu’elle parvient à couvrir le vacarme de l’eau s’engouffrant dans les brèches béantes. Seule une panne totale des moteurs pourrait encore éviter le naufrage.
Une étude suisse permet de mieux comprendre la mécanique du Système et d’identifier les prédateurs qui prétendent le contrôler. Cette étude a été mise en perspective par l’écrivain Jean-Paul Baquiastdans un texte très éclairant qui démontre notamment que l’attitude très critiquée des Indignés se refusant à proposer des solutions toutes faites en remplacement du Système dont ils réclament l’abolition, est pourtant parfaitement cohérente. Étrangement, il apporte une forme de caution scientifique à un mouvement largement gouverné par l’intuition. L’ensemble de ce texte, dont nous avons surligné les passages les plus importants, offre une suite particulièrement utile à notre essai «De la bataille contre le Système».
Tous les problèmes, toutes les crises, ont au moins une solution, si ce n’est de nombreuses solutions. Il n’existe pas de scénario qui ne soit impossible à vaincre. Certains peuvent ne pas être assez intelligents ou assez courageux pour le voir, mais la solution est toujours là, attendant d’être découverte. Le seul combat qui ne peut être gagné est la lutte dans laquelle l’ennemi crée toutes les règles que nous sommes assez bêtes pour respecter. La vie n’est pas un jeu d’échecs, et un homme peut choisir d’être plus qu’un pion chaque fois qu’il a le courage de le faire.