Ukraine SITREP du vendredi 20 mars 2015

Par Le Saker original – Le 20 mars 2015 – Source thesaker.is

Exactement comme le Titanic, l’Ukraine est en train de couler, toujours plus vite.

Maintenant, je suppose que la plupart d’entre vous a entendu parler de la quasi-insurrection dans Konstantinovka à la suite du meurtre d’une mère et de son enfant par un Ukrainien ivre conduisant un véhicule blindé de transport de troupes. Un accident peut arriver n’importe où, bien sûr, mais la quasi-insurrection qui a eu lieu après cet accident indique l’intensité de la rage et de l’hostilité de la population locale à l’égard de ses occupants nazis. La réaction de Kiev, toutefois, a été parfaite, belle comme une image: ils ont imputé l’émeute populaire à des provocateurs russes et ont envahi Konstantinovka d’escadrons de la mort.

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Lavrov: Washington pousse Kiev à la solution militaire du conflit dans le Donbass

Le 19 mars 2015 – Source Russia Today

Sergey Lavrov

Les États-Unis incitent Kiev à mettre fin à la crise dans l’est de l’Ukraine par la force, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères citant le soutien américain à la récente loi ukrainienne sur le report du statut autonome spécial du Donbass après la reconquête militaire des territoires par Kiev, selon Moscou cela sape les accords Minsk-2.

«Si Washington se félicite d’une action qui sape les accords de Minsk, alors nous ne pouvons que conclure que Washington incite Kiev à résoudre le problème par des moyens militaires», a déclaré M. Lavrov lors d’une conférence de presse jeudi à Moscou.

Ses commentaires faisaient référence à la conversation téléphonique tenue entre le vice-président américain Joe Biden et le président ukrainien Petro Porochenko mercredi, au cours de laquelle Biden a salué la décision par le parlement ukrainien de donner un statut spécial au Donbass.

Le 17 mars, la Verkhovna Rada (parlement ukrainien), a adopté une loi accordant aux républiques autoproclamées de Donetsk et Lugansk un statut spécial d’autonomie, mais Moscou dit que la loi viole l’accord de paix.

En savoir plus: Le Kremlin attend la réaction de l’Europe aux les lois sur le statut du Donbass

L’autonomie du Donbass était l’une des conditions clés des accords de Minsk, mais la loi adoptée par la Rada reporte l’introduction du nouveau statut jusqu’à ce que ces régions puissent tenir de nouvelles élections en vertu des lois ukrainiennes. Jusque-là, les députés ukrainiens ont déclaré que les deux républiques seront reconnues comme des territoires temporairement occupés et que ce statut durera tant que l’armée ukrainienne n’aura pas pleinement restauré son contrôle sur ces territoires. Les dirigeants des républiques de Donetsk et de Lougansk a déclaré que ces décisions n’ont pas été prises avec eux.

Lavrov a déclaré: «La direction ukrainienne… a clairement renoncé à ses engagements d’instaurer un dialogue direct et de négocier avec le sud-est de l’Ukraine, y compris sur la question des élections, sur la mise en œuvre de la loi sur le statut spécial…»

S’exprimant sur ces questions, Lavrov a exhorté les médiateurs de l’accord de Minsk-2 , la France et l’Allemagne, qui ont investi leur autorité dans le document, à réagir aux actions de Kiev.

Le ministre russe des Affaires étrangères a également appelé à un autre round de négociations dans le format Normandie (Kiev, Moscou, Berlin, Paris) sur le règlement du conflit en cours en Ukraine. Il dit que c’est nécessaire pour éviter une nouvelle détérioration de la situation.

«Je crois qu’il est grand temps pour des discussions au format Normandie, a déclaré M. Lavrov. Je me tournerai vers mes collègues -– les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne et de la France – avec une proposition visant à prendre des mesures urgentes pour empêcher la situation de dégénérer

En savoir plus: Violation flagrante, la Russie exhorte la France, l’Allemagne à agir en Ukraine.

La Russie a convoqué une session extraordinaire du Conseil de sécurité de l’ONU pour discuter des violations dans la mise en œuvre des accords de Minsk-2, a déclaré jeudi le porte-parole de la Mission permanente de la Russie auprès de l’ONU, Aleksey Zaitsev.

La Russie a présenté un projet de résolution au Conseil de sécurité soutenant la mise en œuvre des accords de Minsk, en particulier sur la question du dialogue entre Kiev, Lougansk et Donetsk. Cela concerne les élections dans les régions de l’Est, a déclaré l’envoyé russe à l’ONU, Vitaly Churkin après la fermeture de la session.

Le dernier accord de paix sur l’Ukraine a été négocié dans la capitale biélorusse le 12 février par les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine. Il a été convenu que les parties en conflit retirent leurs armes lourdes de la ligne de front et établissent une zone de sécurité qui les sépare.

L’accord exigeait une réforme politique en Ukraine pour assurer la décentralisation et un statut spécial pour les régions rebelles. Selon l’accord, le contrôle du gouvernement sur les frontières entre les régions de Donetsk et de Lougansk serait entièrement restauré un jour après les élections municipales, qui se tiendraient dans les régions dans le cadre d’une vaste réforme constitutionnelle.

Le document demandait à l’Ukraine d’adopter une loi qui donnerait des privilèges permanents d’autonomie aux régions de Lougansk et de Donetsk. Ceux-ci concernent le droit d’utiliser le russe comme langue officielle et des liens transfrontaliers avec la Russie, ainsi que le droit des gouvernements locaux de nommer les procureurs et les juges. Parmi d’autres points, l’accord comprenait également des pourparlers directs entre Kiev et les représentants des républiques.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Pourquoi l’Europe défie-t-elle les États Unis en rejoignant la banque d’investissement chinoise ?

Par Gabriel Domínguez – Le 18 mars 2015 – Source DW

Malgré les pressions américaines, les quatre plus grandes puissances économiques européennes ont décidé de rejoindre la Banque régionale d’investissement chinoise, vue comme une potentielle rivale de la Banque mondiale, sous tutelle américaine. Pourquoi ?

Même si la Chine n’a lancé l’initiative de cette Banque régionale asiatique de développement qu’en octobre dernier, elle est déjà présentée comme une rivale potentielle aux institutions financières établies telles que la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement (BAD). Basée à Pékin, la Banque d’Investissement pour l’infrastructure asiatique (AIIB), pour laquelle la Chine a prévu de fournir jusqu’à 50 pour cent des 50 milliards de dollars de capital de départ, est destinée à financer des projets d’infrastructure dans des domaines tels que l’énergie, le transport et la communication en Asie, la région au plus fort taux de développement du monde.

La raison derrière cette initiative est que, compte tenu de l’expansion économique rapide de l’Asie, les institutions financières internationales existantes, telles que la Banque mondiale et la BAD, critiquées par beaucoup comme étant dominées l’une par les États-Unis et l’autre par le Japon, ne peuvent plus satisfaire les besoins de la région en raison de leur capital limité et de l’adoption de priorités différentes.

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L’histoire de la Russie met en évidence les mensonges des médias

Par Eric Walberg – Le 17 mars 2015 – Source ericwalberg

La Russie m’a toujours fasciné – les valeureux héros qui ont défendu la Moscovie contre la Horde d’Or, la fastueuse et mystérieuse foi orthodoxe, les vastes espaces, la philosophie et la culture remarquables, la révolution bolchevique contre l’impérialisme… Il est clair que l’Occident a toujours été jaloux de ce génie exceptionnel.

Le dangereux affrontement actuel est un nouveau combat épique digne du glorieux passé de la Russie, mais qui a malheureusement lieu dans un monde cauchemardesque de drones et de bombes nucléaires. Beaucoup plus tragique que ce que décrivent les contes qui relatent la façon dont Boris Godounov a chassé les Polonais de Moscou, conduisant finalement à l’essor de la ville.

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Les leçons géopolitiques d’un tankiste russe

Par Yuriy Selivanov – Le 15 mars 2015 – source Fort Russ

Cela fait trois ans que Mosfilm a terminé l’une des créations les plus insolites de l’industrie contemporaine du cinéma russe, le film Tigre blanc* de Karen Shakhnazarov. L’année 2012 a été une bonne année, douce et prospère, où il était de bon ton de glorifier la vie, et donc un film sur un tankiste russe grièvement brûlé semblait hors de propos. D’ailleurs il a fait un flop commercial.

Personne ne savait alors ce qui allait arriver à ce monde en seulement deux ans, ni comment, dans le contexte d’un avenir incertain, on devait accueillir ce film vraiment prophétique. Prévenez-nous la prochaine fois!

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Allemagne – Otan, premier conflit ouvert à propos de la crise ukrainienne

Le 14 mars 2015 – Source Russia Insider

Steinmeier demande aux américains de calmer leur ardeur

Le ministre allemand des Affaires étrangères a dit à John Kerry qu’il est trop tôt pour tirer une quelconque fierté de la stratégie occidentale dans la crise ukrainienne, quelques jours après avoir accusé les Etats-Unis de se livrer à une propagande dangereuse sur l’Ukraine.

Europe, le 12 mars (Sputnik) – Steinmeier, en visite aux États-Unis, a dit à Kerry lors d’une conférence de presse commune à Washington: « Il est beaucoup trop tôt pour nous congratuler, nous taper sur l’épaule et nous vanter de ce que nous avons réalisé
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Ignorance crasse et tragique des leçons de l’Histoire:
L’Otan dans l’ombre de l’opération nazie Barbarossa

Finian Cunningham

Finian Cunningham

Par Finian CUNNINGHAM – Le 13 mars 2015 – Source strategic-culture

L’opération de l’OTAN Atlantic Resolve poursuit sa marche en avant avec la dernière arrivée de militaires américains supplémentaires dans la région de la Baltique. Au motif de la défense de l’Europe de l’Est contre l’agression russe, plus de cent chars d’Abrams et des transports de troupes blindés Bradley ont débarqué en Lettonie. Le mois dernier, une présentation semblable de forces motorisées d’assistance militaire a été exhibée en Estonie – dans la ville de Narva – avec des drapeaux américains déployés par le second régiment de cavalerie US, à peine à 300 mètres de la frontière russe.

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L’Allemagne à l’Otan:
Stop à la «dangereuse propagande»

Le 7 mars 2015 – Source Russia Today

U.S. General Philip Breedlove. (Reuters/Valentyn Ogirenko)

Les commentaires exagérés d’un haut commandant européen de l’Otan sur le conflit ukrainien sont de la dangereuse propagande et mettent en jeu la crédibilité de l’Occident, ont déclaré des sources provenant de la Chancellerie allemande à Der Spiegel.

Le général Philip Breedlove a fait de graves commentaires sur la situation en Ukraine mercredi dernier, disant que les forces d’auto-défense, avec le soutien de la Russie, avaient préparé «plus d’un millier de véhicules de combat et des systèmes de défense aérienne sophistiqués, des bataillons d’artillerie» dans le sud-est du pays.

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Documents stratégiques ou:
il est interdit de penser

 

Par Dagmar Henn – Le 28 février 2015 – Source vineyardsaker.de

Cette fois, ils auraient attrapé Poutine les doigts dans le pot de confiture, jubilent les médias industriels allemands ces derniers jours; et ils présentent, bombant le torse, un « document stratégique », qui selon eux doit prouver que tous les événements, en Crimée comme au Donbass, ne sont rien d’autre que de sombres manœuvres du Kremlin.

Ils doivent prendre tous leurs lecteurs pour des idiots.

Mis à part le fait que ce document aurait été rédigé exactement dix jours avant le putsch de Kiev et contient donc de graves erreurs d’appréciation (par exemple que Ianoukovitch se maintiendrait jusqu’aux élections ordinaires prévues), il peut, dans le meilleur des cas, être une évaluation tactique actuelle, mais certainement pas un « document stratégique ». Et un truc comme ça serait une base pour diriger les événements?

Cette affirmation n’a de poids que parce qu’on a réussi à convaincre les gens que la pensée stratégique est fondamentalement quelque chose de mauvais et qu’admettre l’existence d’une telle chose serait une « théorie du complot ».

Et évidemment aussi parce que les articles pertinents ne sont pas diffusés largement.

Donc demandons-nous qui pourrait se pencher sur ces questions en République fédérale allemande. En commençant par les autorités compétentes officielles.

A la Chancellerie fédérale, il doit y avoir actuellement des piles d’analyses sur les développements de la situation en Ukraine, produites par le BND Bundesnachrichtendienst – Service fédéral de renseignement, NdT; au ministère des Affaires étrangères, en plus, on doit trouver des projets stratégiques en matière de politique étrangère allemande; et des analyses politiques générales à la SWP [Stiftung für Politische WissenschaftInstitut pour les affaires internationales et de sécurité], la filiale du BND. Il est probable que la Bundeswehr [l’armée fédérale allemande, NdT]  ait elle aussi produit sa propre analyse.

Viennent ensuite les fondations des partis politiques, qui produisent elles aussi de tels documents, même si ces derniers ne sont pas toujours destinés aux yeux du public. Difficile de croire que la Fondation Konrad Adenauer a placé des millions dans le parti de Klitschko sans procéder d’abord à une analyse et à une stratégie pour l’Ukraine. Il en va de même pour la Fondation Heinrich Böll, dont le dirigeant devait avoir un peu réfléchi à tout ça lorsqu’il a décidé de se lier d’amitié avec Kolomoisky

En plus, les grandes banques et les grandes sociétés entretiennent leurs propres départements stratégiques, qui ne se contentent pas d’analyser les tendances économiques, mais aussi les aspects politiques, et font des recommandations sur les mesures qu’il serait possible de prendre dans leur propre intérêt. Cela signifie qu’au moins chaque position sur la liste du DAX devrait avoir suscité la production d’un document de ce type.

Chacun de ces documents devrait contenir des recommandations sur un certain nombre de mesures politiques. Chacune de ces recommandations peut se lire comme une tentative de contrôle des processus politiques dans un autre pays et, si c’est réussi, il s’agit d’un contrôle effectif des processus politiques dans un autre pays. Un exemple assez connu du côté allemand est l’action de la Fondation Friedrich-Naumann au Honduras.

Ce serait intéressant de lire pourquoi la Fondation Konrad Adenauer, en plus du parti fantoche ukrainien Udar, a aussi soutenu les nazis de Svoboda. Comme ces derniers n’ont rien d’autre à offrir qu’une haine fanatique de la Russie, le document qui a motivé ce soutien devrait beaucoup éclairer sur les intentions stratégiques par rapport à la Russie.

Tout cela, c’est du quotidien politique. Toute personne qui a un peu mis son nez dans ces structures le sait. Si on était honnête, on devrait poser ce document russe avec un haussement d’épaule et ajouter, tout au plus, qu’il y en a eu de meilleurs…

Au lieu de quoi, un document banal a provoqué des réactions comme si c’était la preuve d’un crime.

Et ça fonctionne. Les forums de lecteurs attestent qu’il y a effectivement des gens qui gobent cette histoire. Pourquoi? Parce que l’action politique et la communication se sont tellement éloignées l’une de l’autre que le récit présenté n’a plus rien à voir avec les motifs, les intérêts et les événements. La politique est présentée comme s’il n’y avait que des réactions immédiates, spontanées et guidées par différentes « valeurs », à des événements imprévisibles. Même les négociations sur le TTIP [Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement] sont présentées comme s’il n’y avait pas eu, avant les négociations concrètes sur les textes de l’accord, des négociations préalables dans lesquelles les intérêts ont été définis, et comme si ces négociations préalables n’avaient pas été elles-mêmes précédées de longues périodes au cours desquelles les lobbies industriels n’avaient pas massé à bon escient l’âme [et le portefeuille, NdT] des représentants du peuple.

Même au niveau le plus bas, la commune, la politique effectivement guidée par des intérêts est enrobée d’un récit romantique. Un petit exemple, venu de Munich: les services techniques de la ville, à part ça numéro cinq sur le marché national de l’énergie, construisent une éolienne au large de la côte galloise. Oui, parce qu’il paraît qu’il faut assurer l’approvisionnement des citoyens avec des énergies renouvelables. Pour assurer le financement de ce projet, la ville se porte caution pour plus d’un milliard [d’euros]. Mais il y a un détail qui caractérise ce projet – il s’agit du premier projet d’éolienne qui n’est plus réalisé par des moyennes entreprises, mais par un grand groupe, Siemens, qui tente ainsi de prendre le contrôle sur ce marché (ce qui est accompagné de diverses tentatives de racheter des producteurs de turbines). Soit dit en passant, le siège de Siemens est à Munich. La garantie de la ville pour ce projet est donc, pour finir, une subvention dans l’intérêt d’un grand groupe allemand, qui a ainsi partiellement répercuté sur les citoyens de la ville où il a son siège le risque lié au développement de ce nouveau marché. Mais ce fait n’a pas été mentionné dans les documents fournis au Conseil municipal ni, a fortiori, dans la version édulcorée de ces documents répercutée ensuite dans la presse…

Pour ce cas aussi, on devrait trouver dans les entrailles de la société Siemens un document définissant une stratégie sur la manière dont on parvient à se positionner sur ce marché spécifique, et quelles seraient les mesures politiques adéquates. Ensuite il devrait y avoir eu des discussions entre Siemens et des représentants des services techniques de la ville, d’où est sorti ce projet d’éolienne. (Les Gallois, devant la côte desquels le truc doit être construit, n’ont d’ailleurs pas été consultés, et il serait aussi intéressant de savoir comment la société Siemens a obtenu à ce sujet l’accord des politiciens londoniens.)

En certains endroits, comme par exemple dans le Livre blanc de l’armée allemande, on parle effectivement ouvertement d’intérêts. Les intérêts sont aussi ouvertement négociés. L’engagement de la Bundeswehr en Somalie, par exemple, sert les intérêts de la flotte de conteneurs allemands… qui, de nouveau grâce à un soutien public massif pendant des décennies, atteint une taille impressionnante, même si les bateaux sont loués par l’intermédiaire d’armateurs internationaux et naviguent sous les pavillons exotiques habituels. Cela n’est devenu visible que lorsque la HSH Nordbank a eu des difficultés suite à l’effondrement du commerce mondial.

Les subventions à la construction de porte-conteneurs, pour leur part, correspondent de nouveau à un intérêt stratégique, notamment le soutien à l’industrie d’exportation allemande…

A y regarder de plus près, on se heurte partout à des actions stratégiques, c’est pourquoi on doit partir partout du principe qu’il existe aussi des réflexions stratégiques appropriées.

Mais alors pourquoi faire d’un unique document un objet de scandale?

Naturellement, ça sert à diaboliser la politique russe. Prétendre qu’ici la procédure serait différente vise aussi l’intérieur du pays. Ce n’est pas fait comme ça seulement par rapport à l’Ukraine, comme si la RFA ne pêchait pas du tout en eaux troubles et comme si l’industrie ne poursuivait pas ses propres intérêts. Le TTIP et tous ses frères et sœurs sont présentés comme s’il n’y avait que les autres qui profitaient de telles structures non démocratiques, et comme si l’industrie ne s’efforçait pas de se soustraire à tout contrôle politique. Chacune des plus grandes saloperies dans l’UE, comme la tristement célèbre directive sur les services, a poussé sur le fumier allemand. Grâce aux directives contraignantes de la Troïka prises au mépris de toute démocratie, on fait en même temps l’économie de la cape magique qui rend invisible; là, les ministres des Finances grecs ont le droit de s’adresser directement à Monsieur Schäuble, car de toute façon tout le monde sait qu’il décide à partir des directives de la Banque centrale européenne, de l’Union européenne et du Fonds monétaire international.

En Ukraine, d’ailleurs, ce ne sont pas seulement les changements dans le droit de la fiscalité qui portent une empreinte allemande reconnaissable; ces derniers jours, toute une série de modifications du droit du travail ont été introduites, qui rappellent tellement les contrats de la Troïka qu’on ne peut que penser que les auteurs sont à Berlin. Ce qui révèle encore une petite arrière-pensée stratégique dans les rapports avec l’Ukraine. A côté de sa fonction, dont on ne peut mesurer les conséquences, de lieu de rassemblement contre la Russie, elle sert aussi de laboratoire permettant d’expérimenter ce qui peut être infligé aux habitants d’un État jusqu’à ce que celui-ci tombe en ruines.

Mais tout cela sonne de nouveau un peu comme une « théorie du complot », non?

Ce qui est vraiment pernicieux dans ce récit, et que la présence d’intentions est déjà une preuve du mal, c’est son envers. Il veut dire, ici, que par exemple dans la politique allemande, il n’y aurait pas d’intentions, donc pas de plans. Et toute présomption de telles intentions serait une allégation mensongère. Étonnamment, même des gens qui se voient comme éclairés, critiques et de gauche croient à cette construction.

Cui bono? Qui en profite? La question est interdite; la question qui est au commencement de toute considération éclairée de la politique, oui, à la base de toute pensée politique, si ancienne qu’elle a conservé sa forme latine.

Cette question est condamnable parce qu’elle rabaisse les valeurs qui prétendument guident la politique ici. Il faut le souligner, il n’y a pas de faits à l’appui de cette assertion. Les faits, ainsi que des bibliothèques entières de recherche historique, attestent que chaque guerre est déclenchée par des intérêts, qu’on peut chiffrer et nommer; que s’imposent dans l’arène politique les forces qui détiennent la puissance économique, et que lorsque les intérêts des démunis, des économiquement faibles sont aussi un peu pris en compte, c’est toujours le résultat de luttes acharnées.

J’ai dans ma bibliothèque un livre intitulé Europastrategien des deutschen Kapitals 1900-1945 [Stratégies pour l’Europe du capital allemand 1900-1945]. Mille pages de documents, sans commentaire, rien que des mémorandums, des rapports, des documents stratégiques. D’où ils tirent, avec une constance dramatique, les réflexions dont nous voyons les applications concrètes dans l’UE d’aujourd’hui.

Devant ces informations disponibles et accessibles, un rideau de brouillard de valeurs est déployé. Il est chargé de tellement de pathos sacré que toute tentative de les remettre en question, de chercher des intentions et des intérêts sous-jacents, est rejeté comme hérésie.

C’est effectivement un substitut de la représentation féodale d’un ordre sacré. Comme la bataille ne peut pas être gagnée sur le plan des faits, il faut absolument empêcher que les questions qui mènent aux faits soient posées. Le concept de théorie du complot ne sert à rien d’autre. La première question, à qui cela profite-t-il, marque déjà le moment de l’abandon de la vraie foi, et l’inquisition surgit immédiatement et demande qui pose cette question, car celui-ci a pactisé avec le diable. Le débat n’est plus mené autour du contenu d’une critique, mais déjà sur la possibilité d’une critique.

C’est ici que les partisans de gauche du reproche de théorie du complot se mettent violemment en colère. Ils pensent qu’il s’agit de contenus incorrects; il s’agit de combattre des fausses interprétations, par exemple de l’antisémitisme dissimulé dans une critique du capital financier. Ce faisant, ils omettent complètement que ce reproche n’est pas adressé à l’orientation d’une critique, mais contre la critique elle-même. Pas contre une mauvaise réponse à une bonne question, mais contre la question elle-même. Et ils se transforment ainsi en collaborateurs dociles d’une stratégie idéologique qui élimine aussi les bonnes réponses aux bonnes questions et qui remplace la pensée politique elle-même par des fioritures nébuleuses décorées de valeurs telles que liberté et tolérance. Des valeurs, comme on a pu le voir dans les actions XY est de toutes les couleurs des derniers mois, qui n’ont plus aucun contenu politique, aucun lien avec la réalité, par exemple le racisme institutionnel exécuté quotidiennement avec Frontex. Elle ne sont plus que les gestes sacrés d’une foi inconditionnelle, vidée de tout conflit de classe, de tout intérêt, de toute réalité matérielle, et déclarent comme apostats tous ceux qui ne veulent pas s’y plier.

Wolfgang Ischinger, l’organisateur de la Conférence sur la sécurité de Munich qui y a orchestré récemment l’attaque contre Lavrov, est financé par le groupe d’assurances Allianz. Ainsi, de même qu’on peut supposer que les positions d’Elmar Brok sont celles de la maison Bertelsmann, la position d’Ischinger devrait refléter celle d’Allianz. Sinon elle ne le paierait pas. Allianz est le plus grand groupe d’assurances au monde et en même temps la maison mère du plus grand fonds d’investissements au monde, PIMCO. Quand le porte-voix politique d’Allianz adopte une attitude clairement agressive à l’égard du ministre des Affaires étrangères russes, est-ce que cela n’a pas quelque chose à voir avec des intérêts? Ou, dit autrement, si le comportement d’Ischinger contredisait les buts stratégiques d’Allianz, combien de jours resterait-il sur leur liste de salaires après cette sortie? Justement.

Une fois, un jour, il y aura un nouveau livre, Europastrategien des deutschen Kapitals ab 1946 [Stratégies pour l’Europe du capital allemand depuis 1946]. Peut-être pourra-t-on y lire ce qui figurait dans les documents stratégiques d’Allianz. Ou dans ceux du ministère allemand des Affaires étrangères. Dans les véritables documents, pas cette documentation pour crétiniser le peuple comme celle qui a été répandue dans la presse. Alors on pourra comprendre et démontrer qui, quand, pourquoi, quels intérêts il y avait à cette attitude va-t-en-guerre, comme les deux derniers essais le font comprendre et le prouvent.

A condition que nous réussissions à empêcher l’incendie total de toutes les archives, avec lequel ils jouent en ce moment. Pour cela, nous devrions d’abord défendre âprement une question, celle qui rend possible toute forme de résistance:

Cui bono? À qui ça profite?

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone.

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La chef de la politique étrangère de l’UE:
Pas de confrontation avec la Russie sur l’Ukraine

Le 7 mars 2015 – Source Russia Today

La chef des Affaire étrangères de l’UE Federica Mogherini (Reuters / Ints Kalnins

L’UE résiste aux appels des têtes brûlées qui veulent fournir des armes à l’Ukraine, en disant qu’elle ne veut pas être entraînée dans une confrontation avec la Russie. Les Européens citent les progrès accomplis dans la mise en œuvre d’un cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine entre Kiev et les rebelles locaux.

L’idée de fournir une aide létale pour Kiev est populaire parmi de nombreux responsables de l’Otan et les politiciens américains. Aux États-Unis, le président de la Chambre des représentants, John Boehner et un groupe bipartisan de législateurs en vue ont appelé le président Barack Obama à livrer les armes. Mais les Européens sont opposés à cette perspective, qui serait susceptible d’exacerber les tensions avec la Russie.

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