L’Occident collectif est-il proche de la fin d’un cycle ? Ou sommes-nous encore au milieu du cycle ? Et pourrait-il s’agir d’un point d’inflexion historique ?
Par Alastair Crooke – Le 11 avril 2023 – Source Strategic Culture
La question posée à ce stade est la suivante : l’Occident collectif approche-t-il de la fin d’un cycle ? Ou sommes-nous toujours en milieu de cycle ? S’agit-il d’un mini-cycle de quatre générations ou d’un point d’inflexion historique ?
L’entente russo-chinoise et le mécontentement tectonique mondial à l’égard de l’« ordre fondé sur des règles » – qui fait suite à une longue trajectoire de catastrophes, du Vietnam à l’Ukraine en passant par l’Irak – suffisent-ils à faire passer l’Occident à l’étape suivante du changement cyclique, de l’apogée à la désillusion, au repli sur soi et à une éventuelle stabilisation ? Ou non ? Continuer la lecture
La plupart des relations évoluent avec le temps, passant d’un état où on apprécie l’autre à un « état où on veut avoir l’autre« , un désir de le posséder et même de le contrôler. Mais le moment charnière actuel dans les relations russo-indiennes montre que leur relation d’égal à égal ne tombe pas dans ce piège.
Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a présidé lundi la session du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée au « multilatéralisme fonctionnel« . Dans ses remarques liminaires, il a souligné la nature du conflit actuel, qui, selon lui, oppose en réalité la Charte des Nations unies à « l’ordre fondé sur des règles » de l’Occident collectif.
Le philosophe français des sciences sociales René Girard (1923-2015) a un jour décrit la tendance des deux parties prises dans une rivalité à se ressembler de plus en plus au fil du temps. Au départ, elles peuvent avoir des valeurs et des idéologies différentes, mais comme chacune s’efforce de surpasser l’autre, ou comme chaque attaque provoque une riposte en nature de la part de l’autre partie – étant donné que chaque acte est reflété par l’autre -, les deux parties s’enferment dans une spirale d’escalade dans laquelle elles deviennent de plus en plus semblables. De nombreux « jeux » de stratégie prennent cette forme. Une guerre entre puissances nucléaires, par exemple, pourrait s’intensifier par le biais de représailles et de violences anticipées afin de réduire les deux parties à l’identité ultime de la destruction mutuelle. Girard a appelé ce processus la rivalité mimétique, ou la compétition et le conflit qui naissent de l’imitation du désir d’autrui.
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