L’Europe du Sud-Est dans les relations internationales au tournant du XXe siècle 1/4


Par Vladislav B. SOTIROVI – Le 29 avril 2019 – Source Oriental Review

À l’aube du XXe siècle, les grandes puissances européennes 1, réparties entre deux alliances politico-militaires antagonistes, se préparaient à un grand règlement de comptes autour de la nouvelle répartition des sphères d’influence politico-économiques et de la redistribution des colonies à travers le monde. Leurs intérêts respectifs se télescopèrent sur le territoire du Sud-Est de l’Europe, bien plus que dans d’autres parties du globe. Ces puissances étaient motivées par l’exploitation des richesses naturelles de la région et par le potentiel militaro-stratégique de cette arrière-cour stratégique de la méditerranée orientale, point de passage privilégié entre l’Europe centrale et le Moyen-Orient.

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  1. Une grande puissance est « un État s’inscrivant parmi les plus puissants d’un système hiérarchique dans lequel ils se classent, et dont la puissance se mesure à l’aune de l’influence qu’il exerce sur les États modestes »,  Heywood A., Politics, Third Edition, New York : Palgrave Macmillan, 2007, 450

Une courte histoire de la Yougoslavie 4/6


Par Vladislav B. SOTIROVI – Le 9 avril 2019 – Source Oriental Review

Yugoslavia mapAu cours des dernières années de la Guerre Froide (1949-1989), la République fédérative socialiste de Yougoslavie (RFSY) était le pays le plus grand, le plus développé et le plus diversifié sur le plan ethnoculturel de la péninsule des Balkans (Europe du Sud-Est). C’était une fédération non alignée composée de six républiques : Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie et Slovénie. Outre ces six républiques, deux territoires distincts, le Kosovo-et-Métochie et la Voïvodine, avaient le statut de provinces autonomes en république de Serbie. Sans aucun doute, l’ex-Yougoslavie était un mélange de groupes ethniques et de religions, le christianisme orthodoxe, le catholicisme romain et l’islam étant les trois principales religions du pays. 1

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  1. À propos de la structure ethno-nationale et confessionnelle de la Yougoslavie de 1918 à 1991, voir dans Tim Judah, The Serbs: History, Myth & the Destruction of Yugoslavia, New Haven−London: Yale University Press, 1997, 311−317

Une courte histoire de la Yougoslavie 3/6


Par Vladislav B. SOTIROVI – Le 3 avril 2019 – Source Oriental Review

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Titoslavie : Les questions nationales et les frontières inter-républicaines

Après la Seconde Guerre mondiale, le mythe officiel parrainé par l’État du combat antifasciste et de la libération de la Yougoslavie par les partisans de Tito, fondé sur des mensonges notoires et des faits historiques falsifiés a acquis une vie politique qui lui était propre jusqu’aux années 90. Le dogme du lavage de cerveau officiel est devenu la soi-disant libération nationale de la Yougoslavie tandis que le culte personnel de Josip Broz Tito encadrait la propagande selon laquelle le « maréchal » autoproclamé de Yougoslavie (le 29 novembre 1943, dans la ville de Jajce en Bosnie) était un des dirigeants nationaux les plus intelligents et ingénieux de la coalition antifasciste en Europe pendant la guerre 1. Dans la République fédérative socialiste de Yougoslavie (RFSY) d’après 1945, ce mythe a toutefois servi d’instrument politique et moral de légitimation du pouvoir illégitime et incontesté du Parti communiste de Yougoslavie (la LCY, la Ligue des Communistes de Yougoslavie depuis 1963) sur la Yougoslavie. Selon le mythe, ce parti de brigands était devenu le « libérateur » du pays des occupants étrangers ainsi que leurs satellites nationaux et seul ce parti méritait et était capable, après la guerre, d’assurer une protection continue contre différents ennemis étrangers qui menaçaient encore la Yougoslavie, que ce soit par l’Est (l’URSS) ou l’Ouest (l’impérialisme occidental).

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  1. Voir l’un des livres les plus typiques de la biographie officielle de Tito blanchi à la chaux pour maintenir son culte personnel. Branislav Ilić, Vojislav Ćirković (priredili), Hronologija revolucionarne delatnosti Josipa Broza Tita, Beograd : Export-Press, 1978. Comparer avec la biographie plus objective et académique de Tito dans Jože Pirjevec, Tito i drugovi, I-II, Beograd : Laguna, 2013

Une courte histoire de la Yougoslavie 2/6


Par Vladislav B. SOTIROVI – Le 26 mars 2019 – Source Oriental Review

Partitionnement de la Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale (1941-1945)

Indépendamment de l’accord obtenu sur l’autonomie ethnique et politique  croate en Yougoslavie, l’animosité et même la haine traditionnelle et historique croate (catholiques romains) contre les Serbes (chrétiens orthodoxes) est restée extrêmement forte – un fait qu’Adolf Hitler et Benito Mussolini ont très bien su exploiter dans les événements de la guerre d’avril 1941 contre le Royaume de Yougoslavie.

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Le traité de paix de Westphalie et ses conséquences sur les relations internationales


Par Vladislav B. Sotirovic − Le 9 décembre 2017 − Source Oriental Review

Du milieu du XVIIème siècle au milieu du XXème siècle, les relations internationales (RI) ont été fondées sur les décisions du Traité de paix de Westphalie qui mit fin à la Guerre de trente ans en 1648.

Cependant, depuis le début du XXIème siècle, les RI sont de nouveau de plus en plus encadrées par les normes internationales établies en 1648.

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Une courte histoire de la Yougoslavie 1/6


Par Vladislav B. SOTIROVI – Le 22 mars 2019 – Source Oriental Review

Kingdom of Yugoslavia

La Yougoslavie (la « terre des Slaves du Sud ») était un État multiethnique balkanique issu des ruines de la monarchie austro-hongroise (est. 1867) dont l’existence fut officiellement annoncée le 1er décembre 1918, sous le nom original du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.1 Le nom a été changé en juin 1929 pour le Royaume de Yougoslavie. Le pays a existé sous ce nom jusqu’en avril 1941, date à laquelle il a été détruit, occupé et divisé par les puissances de l’Axe et leurs satellites des Balkans. Sur le plan juridique, l’État est issu du Pacte de Corfou de 1917 signé par le gouvernement serbe d’une part, et les représentants politiques slaves du sud de l’Autriche-Hongrie (le Comité yougoslave), d’autre part. Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, trois branches du même arbre yougoslave étaient reconnues : les Serbes, les Croates et les Slovènes. C’est la première fois dans l’histoire que les Slaves du Sud ont commencé à vivre ensemble dans leur propre État national.

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  1. Snežana Trifunovska (ed.), Yugoslavia Through Documents: From Its Creation to Its Dissolution, Dordrecht−Boston−London: Martinus Nijhoff Publishers, 1994, 157−160.

Montagnards albanais et Kosovo 2/2


Par Vladislav B. Sotirović − Le 14 mars 2019 − Source Oriental Review

Kosovo Liberation Army

Comme nous l’avons déjà mentionné dans la première moitié de l’article, la position géographique et la géographie physique de l’arc dinarique ont modelé les traits anthropologiques dans cette partie isolée de la péninsule balkanique qui s’étend du nord de la Dalmatie au sud de l’Albanie. Pour bien comprendre les problématiques exposées dans cet article, le lecteur peut comparer le type d’isolement dinarique avec d’autres régions européennes. L’exemple le plus proche pourrait être celui de la région basque, dans la chaîne pyrénéenne entre la France et l’Espagne. 1. Ce parallèle devrait être débattu en profondeur quand on aborde la « question albanaise » en général et celle du KosMet en particulier. Mais peut-être le parallèle le plus ressemblant pourrait-il être fait avec les îles méditerranéennes comme la Crète, ou mieux encore la Sicile, la Sardaigne ou la Corse. Parmi ces dernières, la Sardaigne illustre le mieux notre problème des relations entre les Albanais et le KosMet, à de nombreux égards. 2.

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  1.  Sur les Basques et la question basque, voir  Roger Collins, The Basques, Hoboken, seconde édition, New Jersey : Blackwell Pub, 1990 ; R. L. Trask, The History of Basque, New York : Routledge, 1997 ; Mark Kurlansky, The Basque History of the World, New York : Penguin Books, 1999 ; M. Bryce Ternet, A Basque Story, seconde édition, Scotts Valley, California : CreateSpace Independent Publishing Platform, 2009
  2. Sur la Sardaigne, voir [Antonio Sorge, Legacies of Violence : History, Society, and the State in Sardinia, Toronto−Buffalo−London : University of Toronto Press, 2015

Montagnards albanais et Kosovo 1/2


Par Vladislav B. Sotirović − 14 mars 2019 − Source Oriental Review

Au sud-ouest de la Serbie se trouve la province de Kosovo et Métochie (KosMet), une région de vieille souche slave, plus précisément serbe. Actuellement, la question centrale est la suivante : comment cette province est-elle devenue une « terre contestée » et en particulier, quel est son rapport avec les Albanais ? Dans l’article qui suit, nous allons étudier cette question de manière détaillée, des points de vue géographique ; historique et préhistorique ; anthropologique, religieux et politique. Commençons par la géographie physique des Balkans occidentaux.

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« Intervention humanitaire » et « Nouvel ordre mondial » : La violation du droit international 3/3


Par – Le 18 février 2019 – Source Oriental Review

L’OTAN a lancé une intervention militaire contre la République Fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro) le 24 mars 1999, au nom de la protection des Droits de l’homme des Albanais du Kosovo. En d’autres termes, les 78 jours de frappes aériennes barbares ont été formellement justifiés comme étant une « intervention humanitaire », basée principalement sur des opérations « sous fausse banière », et des informations fallacieuses (comme le cas Rachak) provenant des medias du système, ou de mensonges éhontés venant du terrain (comme ceux de William Walker – Chef de la mission de vérification du Kosovo). 1.

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  1. À propos des mensonges occidentaux sur la guerre du Kosovo, voir Lesly Alan Horvitz, Christopher Catherwood, Encyclopédie des crimes de guerre et du génocide, New York : les faits à leur sujet, 2006, p. 270-271. Les auteurs ont écrit ce chapitre en suggérant une liste de lectures supplémentaires exclusivement sur la base des « sources » des bellicistes qui ont attaqué la RFY et de leurs partisans, des « académiciens » pro-Albanais et serbophobes notoires, et des « journalistes » comme le général de l’OTAN, Wesley K. Clark (qui a bombardé la Serbie et le Monténégro en 1999), Noel Malcolm, Tim Judah, Julie Mertus ou Michael Ignatieff

« Intervention humanitaire » et « Nouvel ordre mondial » : La violation du droit international 2/3


Par – Le 13 février 2019 – Source Oriental Review
C’est un fait établi que le Droit public international moderne interdit strictement, soit toute menace de force armée par une entité politique souveraine (État), ou l’utilisation de la force armée par un État agissant sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies, sur la base du chapitre VII de la Charte des Nations Unies. En d’autres termes, le recours à la force, y compris une intervention armée (militaire), n’est possible que sous l’égide de la Charte des Nations Unies, après l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies, conformément à l’idée d’une sécurité collective. Ici, deux questions se posent : qu’est-ce que le Droit public international et qu’est-ce que la sécurité collective ?