Permis de tuer


Dmitry Orlov
Dmitry Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 31 mars 2015 – Source cluborlov

Jakub Rozalski

L’histoire est la même à chaque fois: certains pays, en raison d’un concours de circonstances heureux, deviennent puissants, beaucoup plus puissants que les autres et, pour un temps, les dominent. Mais les circonstances heureuses, qui ne s’élèvent souvent pas à plus de quelques bizarreries avantageuses de la géologie, que ce soit le charbon gallois ou le pétrole du Texas, en temps opportun ont une fin. Dans l’intervalle, la superpuissance d’antan devient corrompue par son propre pouvoir.

Continuer la lecture de Permis de tuer

Dmitry Orlov :
L’anarchie qui nous attend avec l’esclavage de la dette


Par Dmitry Orlov – Le 24 mars 2015 – Source http://cluborlov.blogspot.fr


Il était une fois, et c’était il y a vraiment longtemps, où les parties les plus densément peuplées du monde étaient organisées par quelque chose appelé la féodalité. C’était une forme d’organisation hiérarchique de la société. En règle générale, tout en haut il y avait un souverain (roi, prince, empereur, pharaon, avec quelques grands prêtres). En-dessous du souverain, il y avait plusieurs rangs de nobles, avec des titres héréditaires. Puis venaient les roturiers, qui avaient eux-même en quelque sorte hérité de leur place dans la vie, que ce soit en étant liés à un lopin de terre sur lequel ils travaillaient, ou en étant garantis du droit d’exercer un certain type de production ou de commerce, dans le cas des artisans et des marchands. Tout le monde était verrouillé dans sa position grâce à des relations permanentes d’allégeances et d’hommages coutumiers : hommages et droits coutumiers montaient depuis la base, tandis que des faveurs, des privilèges et la protection descendaient en sens inverse.

Continuer la lecture de Dmitry Orlov :
L’anarchie qui nous attend avec l’esclavage de la dette

Narcissisme et réalité
La rage des élites culturelles et l’image de soi

Par Dmitry Orlov – Le 17 mars 2015 – Source ClubOrlov

Ma tante a été victime d’un incident malheureux à l’été de 1966. La Révolution culturelle – un mouvement politique lancé par Mao Zedong – commençait à embraser le pays. La même année, de nombreux lycéens américains protestaient contre la guerre du Vietnam et Leonid Brejnev gardait au chaud son siège de Secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS), après avoir remplacé l’instable Nikita Khrouchtchev deux ans plus tôt. Ma tante était alors étudiante de première année en littérature à l’université Fudan à Shanghai.

Il est donc arrivé que ma tante, alors une jeune femme sensible et quelque peu rêveuse, se cramponnait obstinément et pour son malheur à certains goûts musicaux, considérés en ce temps-là en Chine comme politiquement incorrects, qualifiés, dans le jargon idéologique alors en vogue, d’esthétique bourgeoise décadente et révisionniste. A savoir, ma tante avait conservé dans sa collection de disques une version du Sorbier de l’Oural (Уральская Рябинушка), une chanson folklorique russe dans laquelle une jeune fille rencontre deux beaux garçons sous un sorbier de montagne et doit choisir entre eux, interprété par le Chœur national de la République socialiste soviétique d’Ukraine. C’était un vieux disque 78 tours. Il était frappé au centre d’un emblème rouge portant l’inscription CCCP.

Continuer la lecture de Narcissisme et réalité
La rage des élites culturelles et l’image de soi

En voie d’extinction

Par Dmitry Orlov, le 17 février 2015 – Source ClubOrlov

David Herbert

Ce blog est dédié à la présentation d’une vision la plus générale possible de la marche du monde. Les centres d’intérêts récurrents de celui-ci, permettant de composer cette vision générale, peuvent être résumée par :

  1. L’état de décadence terminale et l’effondrement prochain de la civilisation industrielle, avec l’augmentation continue du coût de production des énergies fossiles nécessaires pour son fonctionnement, la diminution inexorable de la qualité et de l’efficience de ces ressources, et pour finir, la réduction inévitable de leur production.

La première hypothèse d’Hubbert, qui prédisait que le pic de production historique de pétrole par les USA serait atteint dans les années 1970, s’est révélée juste. Mais les prédictions suivantes, qui situaient le pic de production mondial, suivi par un effondrement rapide, autour des années 2000 se sont avérées peu fiables, car nous voila, 15 ans plus tard, avec une production mondiale battant tous les records. Les prix du pétrole, qui étaient élevés pendant un certain temps, se sont temporairement abaissés. Cependant, si nous nous rapprochons un peu, pour voir les détails de la production de pétrole, il devient flagrant que la production conventionnelle de pétrole a atteint son maximum en 2005, soit 5 ans après la date prévue, et n’a fait que diminuer depuis. Les compléments de production ont été fournis par des moyens d’extraction difficiles et coûteux (forages en profondeurs, fracturation hydraulique), et par des produits qui ne sont pas exactement du pétrole (sables bitumineux).

Les prix actuels sont trop bas pour soutenir cette nouvelle production qui nécessite des investissements élevés pendant longtemps, et l’abondance actuelle commence à ressembler à un banquet qui sera suivi par la famine. La cause directe de cette famine ne sera pas l’énergie, mais la dette, bien que ses origines puissent être reliées à l’énergie. Une économie de croissance nécessite une énergie bon marché. Des coûts d’énergie élevés réduisent la croissance, et obligent à contracter des dettes qui ne pourront jamais être payées. Une fois que la bulle d’endettement aura explosé, il n’y aura plus assez de capitaux pour investir dans une nouvelle phase coûteuse de production d’énergie, et le délabrement final s’installera.

  1. Le processus, des plus intéressants, qui voit les USA devenir pareils à leur ancienne Némésis, se transformant en URSS 2.0, ou, comme certains les appellent maintenant, les USSA.

La meilleure description qui puisse se faire des USA est celle d’une nation en pleine décomposition, dirigée par une petite clique d’oligarques contrôlant les masses au moyen de discours orwelliens. La population est à un tel niveau d’aveuglement que la plupart des gens pensent encore que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais voyons, vous ne savez pas que la reprise économique est en cours? Cependant, quelques-uns réalisent que le pays a de très nombreux problèmes, notamment la violence, l’abus d’alcool et de drogues, la gloutonnerie. Mais ne leur dites pas qu’ils font partie d’une nation de gloutons violents, drogués et alcooliques, car ce serait insultant. De toute façon, ne vous fatiguez pas à nommer leur état, ils ne vous écoutent même pas, occupés qu’ils sont à bidouiller leurs unités électroniques d’assistance vitale dont ils ne peuvent plus se séparer. Grâce à Facebook et consorts, ils sont maintenant si loin dans la caverne de Platon, que même les ombres qu’ils voient ne sont pas réelles. Ce sont des simulations informatiques d’ombres engendrées par d’autres simulations informatiques.

Les signes de cet état avancé de décomposition ne peuvent être ignorés, où que se porte votre regard, qu’il s’agisse de l’éducation, la médecine, la culture, ou de l’état général de la société américaine, où la moitié des personnes en âge de travailler ne peuvent gagner de quoi vivre une vie décente. Mais c’est encore plus évident lorsque l’on s’intéresse à la liste sans fin des erreurs qui forment l’essence de la politique étrangère des USA. Certains en sont venus à les qualifier ‘d’Empire du Chaos’, en oubliant le fait qu’un empire de chaos est, par définition, ingouvernable.

L’État Islamique, qui dirige maintenant une grande partie de l’Irak et de la Syrie, est un exemple d’échec particulièrement flagrant. Cette organisation avait d’abord été mise en place, avec l’aide des USA, pour renverser le gouvernement syrien, mais au lieu de cela elle commence à menacer la stabilité de l’Arabie saoudite. Et ce problème a encore été aggravé par l’aliénation de la Russie, qui, avec son immense frontière sud-asiatique, est l’une des grandes nations qui cherche à combattre l’islamisme extrémiste. Le mieux que les USA aient pu achever face à l’État Islamique est une campagne de bombardements, coûteuse et inefficace. Les précédentes campagnes de bombardements, coûteuses et inefficaces, comme celle qui a été menée au Cambodge, ont produit des conséquences imprévues, par exemple le régime génocidaire de Pol Pot. Mais pourquoi s’embêter à apprendre de ses échecs, quand on peut les répéter à l’infini?

Un autre exemple est le chaos militarisé et l’effondrement économique complet qui ont englouti l’Ukraine suite au renversement violent, organisé par les USA, de son tout dernier gouvernement constitutionnel il y a un an. La destruction de l’Ukraine a été justifiée par le calcul simpliste de Zbigniew Brzezinski, qui suppose que transformer l’Ukraine en une zone antirusse occupée par l’Otan sera à même de contrer efficacement les ambitions impérialistes russes. Le fait que la Russie ne montre pas d’ambitions impérialiste est l’un des défauts majeurs de ce calcul. La Russie possède tout le territoire dont elle aura jamais besoin, mais pour le développer, elle a besoin de la paix, et d’accords commerciaux. Un autre grain de sable dans l’échiquier de Zbiggy, vient du fait que la Russie se sent concernée par la protection des intérêts des populations russophones, où qu’elles puissent vivre. Pour des raisons de politique intérieure, elle agira toujours pour les protéger, même si ses actions doivent être illégales et risquent de mener à un conflit militaire de grande ampleur. Donc, la déstabilisation de l’Ukraine par les Américains n’a rien accompli de positif, mais a accru le risque d’autodestruction nucléaire. Mais même si les USA s’arrangent pour disparaître de la carte politique mondiale sans déclencher un holocauste nucléaire, nous avons toujours un problème, qui est …

  1. …que le climat de la Terre, notre planète natale, est, pour le dire aussi poliment que possible, complètement foutu. Bien sûr, il y a encore de nombreuses personnes qui pensent que transformer radicalement la composition chimique de notre atmosphère et de nos océans en brûlant plus de la moitié des hydrocarbonés fossilisés qui peuvent être récupérés par des moyens industriels n’aura aucun impact, et que les transformations que nous observons actuellement ne sont que des variations naturelles du climat. Ces gens sont des abrutis. Je promets de supprimer jusqu’au dernier des commentaires qu’ils enverront en réponse à ce post, mais malgré cette promesse, je peux vous assurer qu’ils tenteront quand même de les envoyer… parce que ce sont des abrutis. [Mise à jour : et en effet, ils l’ont tenté. CQFD.]

Nous assistons aujourd’hui à un épisode d’extinction massive déclenchée par l’homme, qui sera sans aucun doute au-delà de tout ce qu’a pu expérimenter l’humanité, et qui pourrait bien rivaliser avec la grande extinction Permien-Trias, qui a eu lieu il y à 252 millions d’année. Il est même possible que la Terre se transforme en planète stérile, avec une atmosphère tout aussi surchauffée et toxique que celle de Vénus. Ces changements sont en train de se produire, il ne s’agit pas de prédiction, mais d’observations. Les seuls variables qui doivent encore être déterminés sont les suivants:

  1. Jusqu’où ira ce processus ?

Existera-t-il encore un habitat dans lequel l’humanité pourra survivre? Les hommes ne peuvent survivre sans une abondance d’eau fraîche, de sources de glucides, graisses et protéines, celles-ci étant extraites d’écosystèmes viables. Les hommes peuvent survivre avec pratiquement n’importe quel régime alimentaire, même un régime d’écorces et d’insectes, mais si l’ensemble de la végétation meurt, nous mourrons aussi. De plus, nous ne pourrons survivre dans un environnement où la température humide (qui prend en compte notre capacité à nous refroidir en suant), dépasse notre température corporelle. Lorsque cela arrive, nous mourons d’un coup de chaleur. Enfin, nous avons besoin d’un air que nous pouvons respirer : si l’atmosphère n’est pas assez chargée en oxygène (parce que la végétation a disparu), et trop chargée en dioxyde de carbone et méthane (parce que la végétation disparue a été brûlée, que le permafrost a fondu, et que le méthane actuellement emprisonné dans les clathrates océaniques a été libéré), nous mourrons tous.

Nous savons déjà que l’augmentation des températures moyennes globales a dépassé le degré Celsius depuis les temps préindustriels, et si l’on prend en compte les modifications de composition atmosphériques, celle-ci devrait au final excéder les deux degrés. Nous savons également que l’industrie, grâce aux aérosols qu’elle envoie dans l’atmosphère, produit un effet connu sous le nom d’assombrissement global. Une fois que ces aérosols se seront dissipés, la température moyenne devrait augmenter d’au moins 1,1 degré. Cela devrait nous emmener à peu de distance des 3,5 degrés d’augmentation, et aucun homme n’a jamais vécu sur une Terre plus chaude de 3,5 degrés, par rapport aux températures actuelles. Peut-être pourrons bidouiller un truc… On pourrait tous enfiler des sombreros climatisés… (concours de design en vue, des volontaires?)

  1. A quelle vitesse ce processus va-t-il se dérouler ?

L’inertie thermique de la planète est telle qu’on constate un décalage de quarante ans entre la modification de la composition chimique atmosphérique, et le ressenti de ses effets sur les températures moyennes. A ce jour, nous avons été protégés de certains de ces effets par deux choses : la fonte des glaciers et du permafrost dans l’Arctique et l’Antarctique, et la capacité de l’océan à absorber la chaleur. Votre boisson fraiche reste agréable jusqu’à la disparition du dernier glaçon, mais après cela, elle devient très vite tiède et désagréable. Certains scientifiques annoncent qu’il faudra sans doute près de cinq mille ans pour que nous n’ayons plus de glaçons, ce qui mettra un terme à la fête, mais les modes de fonctionnement des immenses glaciers qui nous fournissent ces glaçons ne sont pas si bien compris, et les mauvaises surprises ont été très fréquentes, notamment concernant leur rapidité a relâcher des icebergs, qui dérivent alors vers des eaux plus chaudes et y fondent rapidement.

Mais la plus grande surprise de ces dernières années a été le taux de libération du méthane auparavant emprisonné dans l’Arctique. Peut-être n’est-ce pas votre cas, mais il m’a été impossible d’ignorer tous ces scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme à propos du méthane de l’Arctique. Ce qu’ils appellent le clathrate gun, qui pourrait relâcher jusqu’à cinquante gigatonnes de méthane en quelques décades, semble avoir été déclenché en 2007, et aujourd’hui, quelques années plus tard, les concentrations de méthane dans l’Arctique sont devenues alarmantes. Mais il nous faudra attendre au moins deux ans de plus pour obtenir un avis plus documenté. De toute façon, la quantité de méthane concentrée dans les clathrates est suffisante pour dépasser le potentiel de réchauffement climatique généré par toutes les énergies fossiles brulées à ce jour, par un facteur pouvant aller de 4 à 40. L’hypothèse pessimiste semble nous entraîner non loin d’une atmosphère de type vénusienne, et les espèces survivantes pourraient bien être limitées à quelques bactéries thermophiles exotiques, ce qui n’inclurait aucune des espèces que nous aimons manger, ni aucun d’entre nous.

En voyant de telles données, certains chercheurs ont émis l’hypothèse d’une extinction humaine imminente. Les estimations varient, mais, de manière générale, si le clathrate gun a vraiment été déclenché, alors nous ne devrions pas prévoir d’être présents après la seconde moitié du XXIe siècle. Mais ce qui est amusant (l’humour n’est jamais de mauvais goût, quelle que soit la gravité de la situation), c’est que la plupart d’entre nous ne devraient pas être présents d’ici là, de toute façon. La surpopulation humaine actuelle a été rendue possible par l’utilisation des énergies fossiles. Une fois cette utilisation ralentie, la population humaine s’effondrera. Cela s’appelle un dépérissement, et cela arrive en permanence : une population (par exemple, des levures dans une cuve de liquide sucré) consomme toute sa nourriture, puis dépérit. Quelques individus plus endurcis s’accrochent, et si vous rajoutez une mesure de sucre, ils reprennent des forces, commencent à se reproduire, et le processus peut recommencer.

Un autre aspect amusant d’une extinction humaine imminente réside dans le fait que celle-ci ne sera jamais observable, car il ne restera plus de scientifiques pour l’observer; il s’agit donc d’un concept non scientifique. Puisqu’il ne peut être utilisé dans un cadre scientifique, les scientifiques qui l’évoquent à qui mieux-mieux doivent chercher à produire un effet émotionnel. C’est assez peu commun pour des scientifiques, qui se font généralement une fierté de garder la tête froide, et préfèrent s’intéresser à l’observable et au mesurable. Alors, pourquoi des scientifiques cherchent-ils à faire dans l’émotionnel? C’est clairement parce qu’ils pensent que quelque chose doit être fait. Et pour penser que quelque chose doit être fait, ils doivent aussi penser que quelque chose peut être fait. Mais alors, qu’est-ce qui peut être fait?

Tout d’abord en tête de liste vous avez l’effort engagé pour convaincre les gouvernements de limiter leurs émissions de carbones. Cela ne s’est pas révélé un franc succès. Parmi les nombreuses raisons ayant entrainé ce résultat, vous pouvez vous référer au point 2 ci-dessus; les USA sont l’un des plus grands producteurs d’émissions de carbone, mais le corps pourrissant qui constitue le système politique américain est incapable d’engager une quelconque action constructive. Il est trop occupé à détruire d’autres pays: l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine…

Ensuite, vous avez ce qu’on appelle la géo-ingénierie. Si vous ne savez pas ce dont il s’agit, ce n’est pas grave, car il s’agit principalement d’un synonyme pour branlette intellectuelle. Le concept est le suivant: vous apportez un remède à des symptômes que vous ne comprenez pas, en utilisant des technologies qui doivent encore être inventées. Mais sachant que de nombreux êtres humains cultivent la croyance irrationnelle en l’existence d’une solution technique pour tous les problèmes pouvant être rencontrés, on trouve toujours un imbécile prêt à donner de l’argent pour la chercher. Les idées proposées par les adeptes de cette ligne de pensée ont inclus la saturation des océans avec des éléments de fer, pour stimuler la croissance du plancton, ou l’envoi des morceaux de papier aluminium en orbite pour refléter une partie de la lumière du soleil, ou encore, la peinture du Sahara en blanc. Tous ces projets sont des plus excitants à concevoir. Pourquoi ne pas utiliser une arme nucléaire pour injecter de la poussière dans l’atmosphère, afin de bloquer une partie de la lumière du soleil? On pourrait aussi bombarder quelques gros volcans, pour atteindre le même résultat ? Et si c’est compliqué d’un point de vue politique, pourquoi ne pas essayer quelque chose de plus simple, un échange nucléaire limité? Cela devrait assombrir les cieux, amenant un petit hiver nucléaire, et cela réduirait également les populations, ce qui ferait tomber d’autant l’activité industrielle. Nous avons assez d’armes nucléaires pour refroidir la planète assez longtemps pour que les radiations nous achèvent tous. Cette solution de géo-ingénierie, comme toutes les autres, se conforme strictement au dicton populaire : Si tu ne peux résoudre un problème, aggrave-le.

J’ai l’impression que tous ces grands discours à propos de la prochaine extinction humaine se résument à une agitation émotionnelle, dont le but principal est d’amener les gens à tenter des choses qui ne fonctionneront pas. Je considère cependant que le sujet vaut la peine d’être examiné, et ce pour une raison simple: que se passe-t-il si nous ne voulons pas nous éteindre? Nous avons établi le fait que l’extinction humaine (quel que soit le moment où elle se produira) ne sera pas observable, car il n’y aura plus d’êtres humains pour l’observer. Nous savons également que des réductions de populations se produisent en permanence, mais qu’elles n’aboutissent pas en permanence à une extinction. Alors, qui aura le plus de chances de mourir, et qui aura le plus de chances de survivre?

Les premiers à disparaître seront les victimes invisibles des guerres. A ce jour, un grand nombre de personnes ont vu des photographies montrant des amas de soldats ukrainiens morts laissés à pourrir après une nouvelle offensive avortée, ou des vidéos de résidents de Donetsk agonisant sur un trottoir après avoir été touchés par un tir d’artillerie ou de mortier gouvernemental. Mais nous ne savons pas combien d’enfants ou de femmes meurent à l’accouchement, le gouvernement ayant bombardé maternités, cliniques et hôpitaux. De telles pertes sont invisibles durant une guerre. Et nous ne verrons pas non plus de vidéos de tous les retraités ukrainiens mourant prématurément car ils ne peuvent plus obtenir de nourriture, de soins ou de chauffage, mais nous pouvons être sûrs qu’un grand nombre d’entre eux ne seront plus parmi nous d’ici un an. Lorsqu’on en vient à parler de conflit armé, il n’existe que deux stratégies viables: refuser de prendre part, ou fuir. Sans aucun doute, le million ou presque d’Ukrainiens qui se trouvent maintenant en Russie est formé des plus intelligents, tout comme les millions de Syriens qui ont quitté la Syrie. Les Ukrainiens qui s’engagent pour combattre sont des imbéciles, et ceux qui fuient en Russie ou refusent la mobilisation sont les plus malins. Cela n’inclut pas les Russes [et les Ukrainiens, NDT] qui s’engagent pour la protection de leur pays et de leurs familles contre ce qui s’apparente à une invasion US. Ceux là ne sont certainement pas des imbéciles. Et ils sont en train de gagner. Suivant cette interprétation, la guerre est un processus darwinien, qui extermine ceux ayant le moins de sens commun.

L’épisode d’extinction à éviter en priorité, après la guerre, a lieu dans les grandes villes durant une vague de chaleur. Cela s’est produit dans toute l’Europe en 2003, et a provoqué soixante-dix mille décès. En 2010, une vague de chaleur dans la région de Moscou (qui se trouve pourtant plutôt au Nord), a entrainé plus de quatorze mille décès pour la seule ville de Moscou. Les îlots de chaleur urbains, qui sont produits par la réflexion du soleil par les chaussées et les immeubles, produisent des températures locales élevées, pouvant entraîner des coups de chaleur. Tant que l’économie basée sur les combustibles fossiles est en activité, les villes restent vivables, grâce à l’air conditionné. Une fois cette économie effondrée, les épisodes d’extinctions urbains dus aux vagues de chaleurs se multiplieront. Et puisque 50% de la population vit dans des villes, la moitié de la population risquera donc la mort par coup de chaleur. Il en résulte que si vous ne souhaitez pas vous éteindre, ne passez pas vos étés en ville.

La liste des endroits où vous ne souhaiteriez pas vous trouver, pour éviter l’extinction, s’allonge de plus en plus. Par exemple, vous ne voudriez pas vivre en Californie, ou dans un autre des États arides du sud-ouest des USA, car il sera difficile d’y trouver de l’eau. Vous ne chercheriez pas à vivre le long des côtes, car elles seront sans doute inondées par la montée des océans (dont le niveau devrait finir par augmenter d’une centaine de mètres, ce qui passera l’ensemble des villes côtières sous le niveau des eaux). Vous ne souhaiteriez pas vivre dans la moitié est de l’Amérique du Nord, car, de façon paradoxale, une région arctique aux températures dramatiquement supérieures devrait causer l’affaiblissement du Jet Stream, entrainant des hivers de plus en plus rudes, qui, en l’absence d’énergies fossiles, produiront des vagues de décès dus au froid. A ce jour, un hiver un peu plus neigeux que la moyenne, d’un niveau qui devrait se renouveler régulièrement dans les années à venir, a forcé l’ensemble des infrastructures de transport de Nouvelle Angleterre (où j’ai la chance de ne pas me trouver), à se coucher sur le côté et jouer au mort. Et vous ne devriez vivre dans aucun des endroits du globe où les sources d’eau proviennent de la fonte des glaciers, car ceux-ci auront bientôt disparu. Cela comprend la majorité du Pakistan, de grands morceaux de l’Inde, du Bangladesh, de la Thaïlande, du Viêt Nam, et bien d’autres. La liste des endroits où vous ne souhaitez pas être pour éviter une extinction par ceci ou cela finit par être extrêmement longue.

Mais l’ensemble de la partie nord de l’Eurasie devrait bien s’en tirer dans le futur proche, donc, si vous ne souhaitez pas vous éteindre, vous devriez commencer à enseigner le russe à vos enfants.

Traduit par Etienne, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

La théorie de l’échec – par Orlov

Par Philippe Grasset – Le 6 mars 2015 – Source dedefensa.org

Préambule

Philippe Grasset analyse en détail un texte d’Orlov en le connectant à ses propres intuitions, bien connues de ceux qui suivent depuis longtemps l’évolution de ses conceptions méta-historiques. Le côté décalé et paradoxal de l’approche d’Orlov, persifleur comme dirait Philippe Grasset, ne doit pas masquer le fait, par ailleurs relevé par un lecteur dans un commentaire de son article sur dedefensa.org , que la conduite par les Américains des affaires de la planète n’est pas un échec pour tout le monde. La théorie du chaos pour les 99% et des intérêts pour le 1% restant n’étant finalement que les deux faces de la même pièce de monnaie.

Le commentaire en question

Echec de qui, de quoi ?
Frédéric GUILLIEN 06/03/2015

Quand on consulte l'évolution des transnationales et de leurs pouvoirs, on ne peut que constater que la politique système est un énorme succès. Y compris quand une campagne militaire comme l'Irak ou l'Afghanistan se termine en fiasco géopolitique (et encore, est-ce tant un fiasco que cela ? Le chaos est-il tant un fiasco que cela ? il permet de justifier d'autres ponctions sur le grand nombre, au nom de la lutte contre le chaos...)

Le Saker Francophone

Continuer la lecture de La théorie de l’échec – par Orlov

Dmitry Orlov: Les US échoueront même à échouer

Dmitry Orlov
Dmitry Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 4 mars 2015 – Source ClubOrlov

«En regardant ce vaste paysage d'échecs, il y a deux façons de l'interpréter. La première est que l'administration des États-Unis est la plus incompétente que l'on puisse imaginer, et ne peut jamais obtenir quoi que ce soit de correct. Mais une autre façon est qu'ils ne réussissent pas pour une raison très différente: ils ne réussissent pas parce que les résultats ne comptent pas... Mais si, de fait, les échecs ne sont pas un problème du tout, et si à la place il y avait une sorte de pression à l'échec, nous verrions alors exactement ce que nous ne voyons.»

Continuer la lecture de Dmitry Orlov: Les US échoueront même à échouer

Panique à Kiev?
Les forces ukrainiennes défaites au Donbass

Par Dimitri Orlov – le 25 janvier 2015 – CLUBORLOV

L’article suivant est apparu brièvement sur censor.net.ua avant d’être vite retiré. Ironique? Ça en a tout l’air. Je l’ai traduit et posté ci-dessous parce qu’il expose succinctement la situation telle que j’ai pu me la représenter en mettant bout à bout de multiples sources russes et ukrainiennes, et parce qu’il est fort peu probable que vous tombiez sur ce genre de vérité dans kof!, kof! [je tousse]… les médias occidentaux .

Selon des observateurs internationaux, la panique grandit à Kiev du fait de la contre-offensive couronnée de succès des séparatistes près du Donbass.

Plus d’une semaine de combat contre les résistants a porté un coup sérieux aux forces ukrainiennes. Le groupe de combattants ukrainiens qui opérait dans le Donbass a subi de très lourdes pertes, les soldats sont démoralisés, les officiers sont désorientés et incapables de contrôler la situation.

Continuer la lecture de Panique à Kiev?
Les forces ukrainiennes défaites au Donbass

Pétrole et circonstances
Le coup du lapin
ou la balle dans le pied

Par Dimitri Orlov – 20 janvier 2015 – Source CLUBORLOV

Au cours de l’année 2014, les prix payés pour le pétrole brut se sont écroulés, passant de 125$ le baril a environ 45$ maintenant, et peuvent encore facilement chuter avant de remonter encore plus haut puis s’écrouler de nouveau avant de repartir en flèche. Vous voyez ou je veux en venir? A la fin, les larges dents de scie du marché du pétrole et les encore plus larges dents de scie des marchés financiers, des monnaies engendrant les faillites en chaîne des compagnies énergétiques, puis des entités les ayant financées, puis la faillite des pays ayant soutenu ces sociétés financières entraineront en bout de course l’écroulement des économies basées sur l’industrie. Et sans une économie industrielle fonctionnelle le pétrole brut sera considéré comme un déchet toxique. Mais cela n’arrivera pas avant deux ou trois décades.

Continuer la lecture de Pétrole et circonstances
Le coup du lapin
ou la balle dans le pied

COMPRENDRE LA RUSSIE

Par Dimitri Orlov – 13 janvier 2015 

Aspects particuliers du caractère Russe

Le dieu slave Zimnik

L’ancien dieu slave Zimnik:  un homme trapu, les cheveux longs couleur de neige, vêtu d’un manteau blanc, toujours pieds nus. Il porte un bâton de fer, avec lequel qui il peut geler instantanément tout être solide. Peut invoquer les tempêtes de neige, les tempêtes de verglas et les blizzards. Vagabondant partout, prenant tout ce qu’il aime, en particulier les enfants qui se conduisent mal.

De récents événements comme le renversement du gouvernement de l’Ukraine, la sécession de la Crimée et sa décision de rejoindre la Fédération de Russie, la campagne militaire qui en a résulté contre les civils d’Ukraine de l’Est, les sanctions occidentales contre la Russie, et plus récemment l’attaque contre le rouble, ont provoqué une phase de transition au sein de la société russe, qui est à mon avis très peu comprise, voire tout à fait incomprise en Occident. Ce manque de compréhension induit pour l’Europe un net désavantage en ce qui concerne sa capacité à négocier efficacement pour résoudre cette crise.

Bien qu’avant cette crise les Russes se satisfaisaient de se considérer comme un pays européen comme les autres, ils se sont maintenant souvenus qu’ils forment une civilisation particulière, avec des racines culturelles différentes (Byzance plutôt que Rome), une civilisation qui a fait l’objet d’efforts de destruction coordonnés de la part de l’Occident une à deux fois par siècle, que ce soit de la part de la Suède, la Pologne, la France ou l’Allemagne, ou de n’importe quelle combinaison des pays cités ci-dessus. Ceci a formé dans le caractère Russe un modèle d’attitudes particulières, qui est susceptible de conduire l’Europe et le reste du monde au désastre s’il n’est pas bien compris

A contrario de ce que vous pourriez penser, à savoir que l’influence culturelle de Byzance sur la Russie a été assez insignifiante, celle-ci est en fait assez fondamentale. Cette influence culturelle, qui apparut à l’avènement de la chrétienté orthodoxe, d’abord en Crimée (berceau du christianisme en Russie), puis à Kiev, capitale de la Russie (la même Kiev qui est aujourd’hui la capitale de l’Ukraine), permit à la Russie de faire un bond de géant de plus ou moins mille ans dans son développement culturel. Ces influences expliquent la nature opaque et lourdement bureaucratique de la gouvernance russe, que les Occidentaux, qui adorent la transparence (même si c’est seulement pour les autres), trouvent profondément agaçante, et bien d’autres choses encore. Les Russes aiment assez nommer Moscou la Troisième Rome – troisième après Rome et Constantinople – et ceci n’est pas vide de sens. Mais cela ne signifie pas que la civilisation russe est un produit dérivé ; certes, elle a réussi à absorber la totalité de l’héritage classique, perçu au travers d’une lunette typiquement orientale, mais son immense territoire nordique a transformé cet héritage en quelque chose de radicalement différent.

Ce sujet étant d’une immense complexité, je me concentrerai sur quatre facteurs que j’estime essentiels pour comprendre le changement dont nous sommes aujourd’hui témoins.

Gestion des offenses

Les nations occidentales sont nées dans un environnement dont les ressources étaient limitées et les pressions démographiques implacables, et ceci a déterminé dans une large mesure leur façon de répondre aux offenses. Pendant longtemps, alors que l’autorité centrale était faible, les conflits furent résolus par des batailles sanglantes, et même un affront minime pouvait amener des amis à devenir des ennemis mortels et à dégainer leur épée. Ceci parce que la clé de votre survie était de maintenir votre position.

En contraste, la Russie a émergé comme nation dans un environnement aux ressources pratiquement infinies, quoique largement répandues. Elle a aussi tiré des revenus de la route commerciale entre les Vikings et les Grecs, route si active que les géographes arabes crurent qu’il existait un détroit d’eau de mer reliant la mer Noire à la Baltique, alors que cette route était constituée de rivières avec un trafic important. Dans cet environnement, ce qui importait était d’éviter les conflits, ce qui fait que les gens qui dégainaient leur épée au moindre mot de travers avaient peu de chance de bien y survivre.

Ainsi émergea une stratégie de gestion des conflits tout à fait différente, qui a perduré jusqu’à nos jours. Si vous insultez, lésez, ou d’une façon ou d’une autre commettez du tort envers un Russe, il est peu probable que vous vous retrouviez dans une bagarre (sauf en cas de correction publique à titre d’exemple, ou un règlement de compte délibéré par la violence). Au lieu de cela, il est beaucoup plus probable que le Russe vous dise d’aller au diable, puis qu’il refuse toute interaction avec vous. Si la proximité physique empêche cela, il se peut qu’il pense à déménager, ou à partir dans n’importe quelle direction du moment que ce soit loin de vous. Cet acte verbal est si courant dans la pratique qu’il a été réduit à une monosyllabe  » Pshol ! « , ce qui au sens littéral équivaut à  » envoyer « . Dans un environnement où il y a une quantité infinie de terres libres où s’installer, une telle stratégie est parfaitement sensée. Les Russes vivent en sédentaires, mais lorsqu’ils doivent déménager, ils se déplacent comme des nomades, dont la méthode principale de résolution des conflits est le déménagement volontaire.

Ce réflexe d’entretenir une rancune pour toujours est un trait saillant de la culture russe, et les Occidentaux qui ne le comprennent pas ont peu de chance d’arriver au résultat désiré, ni même de le comprendre. Pour un Occidental, on peut réparer une offense en disant quelque chose comme  » excuse-moi ! ». Pour un Russe, cela ne sera que du vent, surtout venant de quelqu’un à qui on a déjà dit d’aller au diable. Une excuse verbale qui n’est pas accompagnée par quelque chose de concret est une de ces règles de politesse représentant une sorte de luxe. Il y a encore deux décennies, l’excuse russe de base était  » izviniàius « , ce qui peut se traduire littéralement par  » je mexcuse « . La Russie est aujourd’hui un pays beaucoup plus poli, mais les schémas culturels de base sont restés en place.

Bien que des excuses strictement verbales soient sans valeur, ce n’est pas le cas du dédommagement. Pour réparer les choses, il se peut qu’on doive se défaire d’un bien auquel on accorde de la valeur, ou que l’on doive prendre un engagement clair, ou annoncer un changement de cap net. Ce qui importe, ce sont des actes décisifs, et pas seulement des paroles, car passé un certain point, les mots ne peuvent qu’empirer la situation, l’amenant du stade va au diable au stade vraiment pas terrible je vais te montrer le chemin.

Comment traiter les envahisseurs

L’Histoire de la Russie est remplie depuis fort longtemps d’invasions de toutes parts, et surtout de l’Occident, et la culture russe a développé un certain état d’esprit qu’il est très difficile de comprendre pour un étranger. Avant tout, il faut réaliser que lorsque les Russes combattent un envahisseur (et dans le cas de la CIA et du Département d’Etat US occupés à diriger l’Ukraine avec l’aide de Nazis ukrainiens, nous avons une invasion), ils ne se battent pas pour un territoire, ou du moins pas directement. En réalité, ils se battent pour la Russie en tant que concept. Et ce concept affirme que la Russie a été envahie à de nombreuses reprises, mais jamais avec succès. Dans l’état d’esprit russe, réussir à envahir la Russie implique de devoir tuer absolument tous les Russes et, comme ils aiment à le dire, « ils ne peuvent pas nous tuer tous« . La population sera rétablie avec le temps (elle avait baissé de 22 millions à la fin de la guerre 1939-1945), alors que le concept, s’il se perdait, serait perdu à tout jamais. Pour un Occidental, entendre les Russes parler de leur pays comme d’un pays de princes, de poètes et de saints ne fait aucun sens, mais c’est ce qu’il est – un état d’esprit. La Russie n’a pas une histoire, elle est son histoire.

Les Russes combattant pour le concept de la Russie plutôt que pour une portion quelconque de son territoire, ils sont toujours prêts à faire retraite – pour commencer. Lorsque Napoléon envahit la Russie, avec le plan de piller tout le pays sur son passage, il découvrit que ce pays avait été entièrement brûlé par les Russes faisant retraite. Lorsqu’il réussit à occuper Moscou, celle-ci fut également incendiée. Napoléon installa son campement quelque temps dans les environs, puis réalisant qu’il n’y avait plus rien à y faire (attaquer la Sibérie?) et que son armée allait mourir de froid et de faim si elle restait là, il entama une retraite précipitée et honteuse, finissant par abandonner ses hommes à leur sort. Au cours de cette retraite, une autre facette de l’héritage culturel russe se manifesta : chaque paysan de chaque village qui avait été incendié par l’armée russe en retraite était là, en première ligne, brûlant du désir d’avoir une chance d’abattre un soldat français.

De même, l’invasion allemande de la Deuxième Guerre mondiale commença par une avancée rapide et la prise d’une grande quantité de territoire alors que les Russes faisaient rapidement retraite en évacuant leur population, relocalisant des usine complètes et d’autres institutions en Sibérie, et réinstallant les familles à l’intérieur du pays. Alors l’avance allemande s’arrêta, devint une retraite, et finit en déroute. Le modèle standard se répéta, alors que l’armée russe brisait la volonté de l’envahisseur et que la plupart des habitants qui s’étaient retrouvés sous occupation refusaient de collaborer, s’organisaient en partisans et infligeaient un maximum de dommages à l’envahisseur en retraite.

Murmansk, 68°58′45″, pop. 300,000 January 12: first sunrise in 40 days Length of day: 38 minutes
Murmansk, population: 300.000. 12 janvier: premier lever de soleil depuis 40 jours, durée du jour 38 minutes

Une autre méthode russe de gestion des envahisseurs consiste à utiliser le climat pour qu’il fasse le travail. La manière russe habituelle de se débarrasser de la vermine dans une maison rurale est tout simplement de ne pas la chauffer; quelques jours à 40° sous zéro, et tous ce qui est cafards, punaises, poux, lentes, charançons, souris et rats meurt. Cela fonctionne aussi avec les envahisseurs. La Russie est le pays le plus septentrional au monde. Le Canada est très au nord, mais la majorité de sa population est localisée le long de sa frontière méridionale, et le Canada n’a pas de villes au-dessus du Cercle arctique, alors que la Russie en a deux. La vie en Russie, c’est un peu comme vivre dans l’espace, ou au milieu de l’océan. Il est strictement impossible de survivre à l’hiver russe sans la coopération des autochtones, ce qui fait que pour se débarrasser d’un envahisseur, il suffit de ne pas collaborer avec lui. Et si vous imaginez qu’un envahisseur peut obtenir cette collaboration en abattant quelques autochtones pour effrayer les autres, reportez-vous au chapitre précédent gestion des offenses.

Comment traiter avec les puissances étrangères

Les Russes possèdent pratiquement la totalité de la partie nord du continent eurasiatique, ce qui représente à peu près 1/6 de la surface des terres émergées. Selon les standards terriens, ça fait beaucoup de territoire. Ce n’est ni une aberration, ni un accident de l’histoire : tout au long de leur parcours les Russes furent résolument poussés à assurer leur sécurité collective par l’annexion du plus de terres possible. Si vous vous demandez ce qui les a entraînés dans cette expansion, reportez-vous au chapitre ci-dessus gestion des envahisseurs.

Si vous vous imaginez que des puissances étrangères ont régulièrement entrepris l’invasion et la conquête de la Russie dans l’objectif d’avoir accès à ses vastes ressources naturelles, vous vous trompez : ces ressources ont toujours été disponibles pour les demandeurs. Les Russes ne sont pas vraiment connus pour refuser de vendre leurs ressources naturelles – même à leurs ennemis potentiels. Non, ce que voulaient en fait les ennemis de la Russie était de pouvoir se procurer les ressources russes gratuitement. Pour eux, l’existence de la Russie était un inconvénient, qu’ils tentèrent d’éliminer par la violence.

Ce qu’ils obtinrent en lieu et place fut un prix à payer plus élevé après que leur tentative d’invasion avait échoué. L’équation est simple : les étrangers veulent les ressources russes ; pour les défendre, il faut à la Russie un état centralisé fort disposant de forces armées puissantes ; donc c’est aux étrangers de payer pour financer l’État russe et son armée. Par conséquent, la plupart des besoins financiers de l’État russe sont remplis par des taxes à l’exportation, surtout en ce qui concerne le pétrole et le gaz, plutôt que par des impôts levés sur la population russe. Après tout, le peuple russe est régulièrement taxé par l’obligation de se dresser pour combattre des invasions ; pourquoi rajouter des impôts en sus ? Ainsi, l’État russe est un état douanier ; il lève des impôts et des droits de douane pour obtenir des ennemis qui pourraient le détruire les fonds qui lui permettent de se défendre. Comme il n’y a pas de substitut aux ressources naturelles russes, plus le monde extérieur paraît hostile à la Russie, plus il lui faudra payer pour la défense nationale russe.

Veuillez noter que cette règle s’applique aux puissances étrangères, et non aux personnes étrangères. En quelques siècles, la Russie a absorbé de nombreux immigrants : venant d’Allemagne pendant la Guerre de Trente Ans, de France après la Révolution. Les flux migratoires récents viennent du Vietnam, de Corée, de Chine et d’Asie centrale. L’an passé, la Russie a absorbé plus d’immigrants que n’importe quel autre pays au monde, à l’exception des États-Unis, qui tentent de gérer un flux migratoire venant des pays situés le long de sa frontière sud, dont les populations ont été considérablement appauvries par la politique étrangère des mêmes États-Unis. En outre, les Russes parviennent à absorber ce flux important, qui inclut près d’un million de personnes venant de l’Ukraine ravagée par la guerre, sans trop de protestations. La Russie est une nation d’immigrants, bien plus que la plupart des autres pays, et un creuset de population bien plus important que les États-Unis.

Merci, nous avons les nôtres

Un autre trait culturel russe intéressant est que les Russes se sont toujours sentis motivés à exceller dans tous les domaines, du ballet au patin à glace et du football à l’exploration spatiale, en passant par la manufacture de composants électroniques. Vous pensez que le champagne est une création typiquement française, mais la dernière fois que j’ai regardé, le champagne soviétique se vendait à toute allure le soir du Nouvel An, non seulement en Russie mais également dans les magasins russes des États-Unis. Car voyez-vous, la version française est excellente, mais elle n’a pas un goût assez russe. Il existe pour tout ce que vous pouvez imaginer une version russe, que les Russes préfèrent généralement, et dont ils affirment parfois avoir été les inventeurs originels (la radio, par exemple, a été inventée par Popov, et non par Marconi). Il existe des exceptions, les fruits tropicaux par exemple, et on les accepte du moment qu’elles viennent d’une nation sœur comme Cuba. C’était le scénario à l’époque soviétique, et il semble qu’il ait tendance à se reproduire actuellement.

Au cours de la défunte période de stagnation Brezhnev/Andropov/Gorbatchev, l’innovation russe s’est effectivement arrêtée en même temps que tout le reste, et la Russie a perdu du terrain technologiquement par rapport à l’Occident (mais pas culturellement). Après l’effondrement soviétique les Russes sont devenus friands d’importations occidentales, ce qui est normal puisque la Russie n’a plus produit grand chose à l’époque. Puis, pendant la décennie 1990, apparut l’ère des marchands occidentaux important sur le marché russe des produits à bas prix, dans le but de détruire à long terme la production domestique et de transformer la Russie en un simple producteur de matières premières, la rendant ainsi sans défense en cas d’embargo et facilement susceptible d’abandonner sa souveraineté. Une sorte d’invasion par des moyens non militaires face à laquelle la Russie se retrouverait sans moyen de défense.

Ce procédé fonctionna à merveille avant de rencontrer quelques obstacles majeurs. En premier lieu, la manufacture russe et l’exportation de produits autres que les hydrocarbures se redressèrent, se multipliant par deux à plusieurs reprises en une décennie. Cette expansion incluait exportations de céréales, d’armes et de produits de haute technologie. En second lieu la Russie rencontra de par le monde beaucoup de partenaires commerciaux meilleurs, moins chers et plus amicaux. Cependant, le commerce russe avec l’Occident, et surtout avec l’Europe, est loin d’être insignifiant. Troisièmement, l’industrie de défense russe a été capable de maintenir ses standards et son indépendance face aux importations. (Ce qui n’est vraiment pas le cas des usines de la défense en Occident, qui dépendent des exportations russes pour le titanium.)

C’est alors qu’apparut la tempête modèle pour les marchands : le rouble a été partiellement dévalué du fait de la baisse des prix du pétrole, ce qui a entraîné un accroissement du prix des importations et a aidé les producteurs locaux ; les sanctions ont miné la confiance qu’avaient les Russes dans la fiabilité de l’Occident en tant que fournisseur ; et le conflit au sujet de la Crimée a sérieusement augmenté la confiance des Russes en leurs propres capacités. Le gouvernement russe s’est empressé de se faire le champion des sociétés capables de produire rapidement des substituts aux importations occidentales. La Banque centrale russe s’est vu assigner la tâche de les financer à des taux d’intérêt rendant encore plus attractifs les produits de substitution à l’importation.

Certaines personnes ont comparé la période actuelle avec l’époque précédente, où le prix du pétrole s’est effondré – jusqu’à 10$ le baril – contribuant ainsi dans une certaine mesure à l’effondrement soviétique. Mais cette analogie est erronée. Pendant toute son existence, l’Union soviétique est resté économiquement stagnante et dépendante de l’Occident en matière de financement pour assurer ses importations de céréales, sans lesquelles elle n’aurait pu nourrir le bétail nécessaire à l‘alimentation de sa population. C’était l’irresponsable et influençable Gorbatchev qui était aux commandes – un conciliateur, un adepte de la capitulation et une fripouille de première classe, dont l’épouse adorait faire son shopping à Londres. Le peuple russe le méprisait et le surnommait « Mishka la Marque » à cause de sa tache de naissance. Et aujourd’hui la Russie est en plein essor, un des plus grands exportateurs de céréales au monde, et dirigée par le fier et implacable Président Poutine qui a un taux d’approbation populaire de plus de 80%. Comparer l’URSS avant son effondrement et la Russie d’aujourd’hui ne fait que mettre en évidence l’ignorance des commentateurs et des analystes.

Conclusions

Ce chapitre s’écrit presque tout seul. C’est une recette de désastre, je vais donc le rédiger comme une recette.

1. – Prenez une nation habituée à répondre aux offenses en vous envoyant au diable, et en refusant d’avoir le moindre rapport avec vous, plutôt que par la bagarre. Assurez-vous que les ressources naturelles de cette nation vous sont indispensables pour éclairer et chauffer votre maison, pour construire vos avions de ligne et vos avions de chasse, et pour tout un tas d’autres choses. Gardez à l’esprit qu’un quart des ampoules électriques aux États-Unis ne s’allument que grâce au combustible nucléaire russe, et aussi que la rupture d’approvisionnement du gaz russe à l’Europe serait un cataclysme de première grandeur.

2. – Donnez-leur le sentiment d’être envahis en installant dans un territoire qu’ils considèrent comme une partie historique de leur patrie un gouvernement qui leur soit hostile. La seule partie de l’Ukraine qui ne soit pas vraiment russe est la Galicie, qui s’est séparée il y a des siècles, et donc les Russes vous diront  » emmène-la au diable avec toi « . Si vous aimez vos néo-nazis, vous pouvez les garder. Et rappelez-vous aussi comment les Russes traitent les envahisseurs : ils les font geler jusqu’à extinction.

3. – Imposez à la Russie des sanctions financières et économiques. Découvrez avec horreur que vos exportateurs perdent de l’argent lorsque, en rétorsion instantanée, la Russie bloque vos exportations agricoles. Gardez à l’esprit que ce pays, à cause d’une longue histoire d’invasions, a l’habitude de faire financer sa défense par les États mêmes qui lui sont potentiellement hostiles. Si ça ne marche pas, il utilisera d’autres moyens pour vous persuader, comme vous faire geler à mort. Plus de gaz pour les états de l’OTAN est une devise qui parle bien. Espérez, et priez pour qu’ils ne l’adoptent pas à Moscou.

4. – Montez une attaque contre leur monnaie nationale, de façon à ce qu’elle perde une partie de sa valeur, en équivalence avec la baisse du prix du pétrole. Observez avec horreur que les officiels russes sont hilares parce que la baisse du rouble a fait que les revenus de l’État n’ont pas changé malgré la baisse du prix du pétrole, car cette baisse du rouble a annulé une partie du déficit budgétaire potentiel. Regardez avec horreur vos exportateurs faire faillite car leurs produits sont devenus trop chers pour le marché russe. Gardez à l’esprit que la Russie n’a pas une dette nationale digne d’être mentionnée, a un déficit budgétaire négligeable, a beaucoup de devises étrangères en réserve et un important stock d’or. Gardez aussi à l’esprit que vos banques ont prêté des centaines de milliards aux sociétés russes (que vous venez juste d’exclure, par vos sanctions, de votre système bancaire). Espérez et priez pour que la Russie n’impose pas un moratoire au remboursement de ces dettes aux banques occidentales tant que les sanctions ne sont pas levées, car cela détruirait vos banques.

5. – Regardez avec horreur la Russie signer des contrats de fourniture de gaz avec tout le monde, sauf avec vous. Est-ce qu’il restera encore du gaz pour vous quand ils auront fini ? En fait, il semble que ce ne soit plus un souci pour les Russes, car vous les avez offensés. Étant les gens qu’ils sont, ils vous ont dit d’aller au diable (n’oubliez pas d’emmener la Galicie avec vous), et ils traitent maintenant avec d’autres nations plus amicales.

6. – Continuez à observer avec horreur la Russie qui s’emploie à rompre tous les liens commerciaux avec vous, à trouver des fournisseurs dans d’autres coins du monde, et à organiser sa production de façon à remplacer les importations.

Et c’est alors que vient la surprise, dont on n’a d’ailleurs pas assez parlé. La Russie vient d’offrir un marché à l’UE. Si l’UE refuse d’adhérer au Partenariat Transatlantique pour le Commerce et l’Investissement avec les États-Unis (traité, de plus, économiquement néfaste pour l’Europe), elle peut alors rejoindre l’Union douanière avec la Russie. Pourquoi vous infliger de vous geler alors qu’on pourrait geler Washington à la place ? Ceci est le dédommagement que la Russie accepterait pour le comportement hostile de l’Europe en ce qui concerne l’Ukraine et les sanctions. De la part d’un État douanier, c’est une offre extrêmement généreuse. Elle sous-entend beaucoup de choses : la reconnaissance que l’Europe n’est pas une menace militaire pour la Russie, ni même économique d’ailleurs ; le fait que les États européens sont tous mignons, petits et gentils, et qu’ils fabriquent d’excellentes saucisses et du bon fromage ; la reconnaissance du fait que la mouture actuelle de politiciens est incapable et inféodée à Washington, et qu’ils ont besoin d’une grande claque pour comprendre où se situent les véritables intérêts de leurs nations. L’Europe acceptera-t-elle cette offre, ou acceptera-t-elle la Galicie comme nouveau membre, pour geler avec elle ?

Source: ClubOrlov

Traduit par Abdelnour relu par JJ pour le  Saker Francophone

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF