Par Aurélien – Le 27 août 2025 – Source Blog de l’auteur
À l’époque néolithique, lorsque j’ai loué mon premier logement, je me souviens avoir signé un document qui disait que si je ne faisais pas ceci ou cela, j’avais le droit de “jouir tranquillement” de la propriété. Même à l’époque, mes réflexes d’ancien étudiant en littérature étaient déjà éveillés. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Étais-je censé passer mes journées dans la contemplation souriante de quatre murs ?
Au début, je pensais que c’était un reste d’anglais antique dans lequel de tels contrats sont rédigés. Mais quelque temps plus tard, j’ai découvert que des contrats similaires en français utilisaient le mot équivalent jouir, qui, comme vous le savez peut-être, couvre diverses formes de jouissance, pas toujours calmes. En fait, les deux mots partagent un héritage commun, du vieux français « enjoir » signifiant « se réjouir » ou « prendre plaisir à« . Alors maintenant vous savez. Mais ce que je veux montrer, c’est la coïncidence de deux éléments—la propriété et les documents juridiques—qui sont l’essence d’une société libérale, où la vie consiste essentiellement à s’asseoir joyeusement dans une pièce vide. Si la chambre est votre propriété, tant mieux, c’est d’autant plus agréable. En apparence.
Plus j’y réfléchis, plus je suis convaincu qu’avec le triomphe ultime du libéralisme au cours du dernier demi-siècle, notre société a subi une transformation radicale et nihiliste vers une forme pure sans substance, et une simple existence sans rien que vous pourriez raisonnablement décrire comme étant la vie. Alors, quand les gens se plaignent que la vie n’a plus de sens aujourd’hui, c’est parce que c’est le cas. Quand les gens disent qu’ils n’ont rien à espérer, c’est parce que c’est le cas. Quand les gens meurent jeunes, de désespoir ou de suicide, c’est une réaction tout à fait naturelle et logique au monde d’aujourd’hui. Comme je le suggérerai, nous approchons maintenant de l’apothéose du libéralisme : une société qui n’est que forme et processus sans contenu, rien de plus que la poursuite universelle et mécanique de la quintessence même de l’intérêt personnel individuel, imposée par un cadre de lois draconiennes, et conduisant théoriquement à un marché parfaitement opérationnel où tous les désirs sont satisfaits automatiquement. Sauf que le libéralisme n’a aucune idée réelle de ce que sont ces désirs.

Rémi Brague, historien de la philosophie, est l’un des intellectuels catholiques les plus en vue. Professeur émérite à la Sorbonne à Paris, il a également enseigné pendant de nombreuses années à la Ludwig-Maximilians-Universität de Munich, où il a occupé la chaire du nom de Romano Guardini. Il a reçu une longue liste de nominations et de récompenses, dont le Prix Ratzinger de théologie en 2012. Brague est à l’origine de nombreuses idées sur l’Europe, y compris l’hypothèse qu’elle est la seule civilisation à avoir une conscience claire des diverses traditions qui l’ont façonnée : la civilisation grecque classique, le droit romain et la culture juive et chrétienne. L’Europe n’est pas seulement le produit d’un mélange de cultures, elle est consciente de l’être. Cette prise de conscience sous-tend la façon dont l’Europe se considère elle-même. Pour cette raison, Brague a critiqué les abus de certaines sphères de la culture européenne qui – souvent soutenues par le pouvoir institutionnel – se sont efforcées d’effacer et de réduire au silence certaines parties de son héritage, comme son âme chrétienne. Le philosophe français a accepté de parler avec nous sur le thème de l’Europe, à partir du projet de réarmement, présenté comme une étape nécessaire de l’intégration de l’Union européenne.


Quand j’étais en classe de 3ème, le programme scolaire a fait que j’ai étudié les ouvrages de 

