Quelle suite, à présent que la guerre contre l’Iran est perdue ?


Par Hua Bin − Le 25 août 2026 − Source huabinoliver.substack.com

Les menaces nucléaires prononcées par Elbrige Colby contre la Chine dépassent le stade de la folie.

Un ami de Substack m’a raconté une blague grecque, dans un commentaire sur mon article concernant le film The Odyssey de Nolan.

C’est l’histoire d’un Athénien, contemplant une peinture qui décrit une bataille au cours de laquelle les Athéniens vainquent les guerriers spartes et les réduisent en charpie.
L’homme s’écrit : « Qu’ils sont courageux, ces Athéniens! »

« En effet, » l’interrompt abruptement un Spartiate qui se tient à ses côtés – « ils sont courageux sur les tableaux. »

Quiconque a lu l’Histoire de la Guerre du Péloponnèse » de Thucydide sait que les Spartiates ont éclaté les Athéniens sur le champ de bataille – qu’ils ont « oblitéré » Athènes.

Cette blague est un « trait laconique » classique — l’humour direct qui rendit célèbres les Spartiates. Plutarque en fait état dans ses Dictons Spartiates. Cette blague me rappelle l’« invincibilité » de l’armée étasunienne — dans les films hollywoodiens.

À l’égard de celle des Athéniens, les performances des États-Unis dans la vraie vie est assez différente de ce qu’en montre Hollywood. Le joueur qui double sa mise après avoir perdu sa chemise — voilà un trait humain qui me titille.

Je ressens un respect forcé et une incrédulité amusée pour le parieur invétéré qui est prêt à perdre son caleçon. L’empire étasunien contemporain, avec son système financier et son gouvernement dignes d’une « république bananière, » ressemble de plus en plus à un parieur qui joue tout ce qu’il lui reste après un revers cuisant.

Les États-Unis doublent la mise face à la Chine

Elbrige Colby a fait une virée en Asie et visité Manille, Séoul et Tokyo à la mi-août.
Colby est le troisième personnage du Pentagone, le sous-secrétaire aux politiques de guerre. Il est l’auteur de National Defence Strategy (NDS). Son principal centre d’intérêt — la Chine. Âgé de 46 ans, il est supposé être le plus intelligent du département de la guerre, en comparaison avec un Hegseth débordant de testostérone, dont le QI égale la température de la salle dans laquelle il se trouve.

Les États-Unis ont dû retirer un nombre significatif d’« actifs » de la région pour les déployer au Moyen-Orient, comme des systèmes de défense anti-aérienne THAAD, le porte-avions George Washington, et une grande partie de leur arsenal de missiles.

La visite de Colby visait soi-disant à rassurer les « alliés et partenaires » des États-Unis en Extrême-Orient de son « engagement », sur fond d’enlisement de la guerre en Iran.
Colby a prononcé un discours politique à Manille. Il a réitéré la politique étasunienne consistant à dissuader la Chine en « Indo-Pacifique », un concept géographique factice visant à contenir la Chine en embarquant l’Inde.

Ce type de message en provenance du régime étasunien relève certes du cliché, mais la belligérance va-t-en-guerre avec laquelle il a été prononcé est une nouveauté. La plupart des observateurs ont anticipé un recul de l’agressivité étasunienne, au vu de leurs médiocres performances en Iran et de la perspective d’une nouvelle « guerre sans fin » au Moyen-Orient.

Chacun s’attend à ce que les États-Unis maintiennent une « stabilité stratégique » en Extrême-Orient le temps de s’occuper des retombées de l’échec de leur aventure iranienne. Mais Colby a doublé la mise. Il a réaffirmé l’« engagement sans faille [des États-Unis] dans la défense du premier cercle d’îles. »

Il a exigé de ses laquais asiatiques qu’ils agissent comme des mandataires, dépêchés en première ligne pour se battre contre la Chine : augmenter leurs dépenses de défense, étendre les bases étasuniennes, et faire monter la capacité de leurs stocks d’armements. Le message le plus alarmant est l’abaissement du seuil de déclenchement nucléaire des États-Unis.

Colby a annoncé que le Pentagone modifiait la doctrine nucléaire étasunienne pour « laisser davantage d’options au président », au moment où le régime étasunien comprend que ses chances de remporter une guerre conventionnelle sont de moins en moins réalistes.

La Chine maintient une doctrine nucléaire défensive (pas de première frappe) depuis son accession à l’arme nucléaire, en 1964. La révision de la doctrine étasunienne n’a qu’une seule explication — les États-Unis envisagent de lancer une première frappe nucléaire.

Naturellement, le message a fortement alarmé les cercles militaires chinois. Je discuterai plus tard des raisons pour lesquelles une première frappe nucléaire étasunienne déboucherait inévitablement sur la destruction des États-Unis par une seconde frappe chinoise.

Diagnostic d’un empire vivant sur ses illusions

Je ne sais pas quel « syndrome médical décrit précisément le symptôme consistant à se faire plus belligérant après avoir perdu combat sur combat. Mais plusieurs affections psychiatriques graves correspondant aux symptômes exhibés par Colby et le régime étasunien.

En matière de comportement animal et de psychologie de l’évolution, l’« effet perdant » provoque normalement la soumission chez l’individu ayant subi une défaite, afin d’éviter de prendre plus de coups. Mais, que ce soit par désespoir ou faute de contrôle de leurs impulsions, certains individus manifestent un comportement opposé : l’escalade au lieu de la soumission.

C’est ce qu’on appelle « l’effet perdant inversé ».

Moins diplomatiquement, on parle également d’« effet du rat acculé » pour décrire une réponse à la menace qui bascule de la fuite à la lutte, lorsque des défaites répétées éliminent toute option perçue de retraite. Et il y a la « rage narcissique », chez les individus particulièrement narcissiques, chez lesquels les défaites répétées provoquent une « blessure narcissique », une menace envers leur image de soi sur-gonflée.
Au cours de telles « rages narcissiques », plutôt que battre en retraite, le patient répond par une hostilité croissante, une rage intense, et des représailles sans fin visant à rétablir leur domination perçue.

Les professionnels de la médecine classent ces tendances chroniques et violentes parmi les troubles de la personnalité — Désordre Explosif Intermittent et Désordre de Défiance Oppositionnelle. En science politique et dans les relations internationales, ont utilise plusieurs termes moins chatoyants pour décrire une superpuissance se comportant comme un aliéné.

On parle d’« escalade de l’engagement », d’« agression compensatoire » et de « biais des coûts irrécupérables ».

Mais quel que soit le qualificatif dont on affuble le comportement d’un état aussi psychotique, nous avons assisté dans l’histoire à des implosions de puissances semblables au comportement actuellement affiché par les États-Unis.

Entre 431 et 404 avant Jésus Christ, durant la Guerre du Péloponnèse dont nous parlions en ouverture, Athènes était prise dans une lutte éreintante contre Sparte, et perdait son influence. Au lieu de chercher la paix, la fierté et l’hubris des Athéniens les amenèrent à lancer des attaques contre leurs voisins.

Athènes envoya une flotte à destination de la petite île de Melos, une île neutre qui ne demandait qu’à être laissée tranquille. Les envoyés athéniens exigèrent des Méliens la reddition et le versement d’un tribut, sous peine d’annihilation totale.

Lorsque les Méliens invoquèrent la morale, la justice et les dieux, les Athéniens leurs répondirent par de strictes considérations de pure politique de puissance.

« Le fort fait ce qu’il peut faire, et le faible subit ce qu’il doit subir. »

Les Méliens refusèrent de se rendre. Les Athéniens assiégèrent l’île, exécutèrent tous les hommes adultes, et vendirent femmes et enfants comme esclaves. En 415 avant Jésus-Christ, Athènes récolta ce qu’elle avait semé. Aveuglée par l’hubris et par l’idée que son pouvoir inégalé la rendait invincible, Athènes lança une invasion navale massive et agressive de la Sicile en vue de conquérir Syracuse — une rivale bien plus grande qu’elle.

L’expédition fut un échec catastrophique. La marine athénienne fut écrasée, les soldats furent capturés par dizaines de milliers, et le plus gros de la flotte fut perdue. Athènes ne retrouva jamais sa suprématie navale, et finit par perdre complètement la guerre contre Sparte.

Thucydide a écrit dans son ouvrage que les empires bâtis sur la logique de la force brute, de l’hypocrisie, et de l’idée selon laquelle « la puissance fait le droit » finissent par s’auto-détruire du fait de leur propre arrogance. Un autre empire qui connut la chute en raison de son hubris fut l’Empire français de Napoléon, en 1812.

L’armée de Napoléon s’enlisa en Espagne au cours de la « Guerre de la Péninsule », incapable de mettre à bas la résistance locale ou de contraindre les Britanniques à se rendre. Mû par la nécessité de mettre en œuvre le système continental et de démontrer la domination européenne absolue, Napoléon provoqua l’escalade en assemblant la Grande Armée (plus de 600 000 hommes) pour envahir la Russie.

La tactique de la terre brûlée et les rigueurs de l’hiver russe détruisirent l’armée française. Moins de 100 000 hommes y survécurent, déclenchant la guerre de la Sixième Coalition, l’abdication de Napoléon, et la fin de l’Empire français.

Durant la seconde guerre mondiale, le Japon s’embourba dans une guerre coûteuse et impossible à gagner contre la Chine à partir de 1937, qui épuisa ses ressources et amena à un embargo commercial dévastateur. Au lieu de négocier un retrait de Chine, les dirigeants de l’armée japonaise doublèrent la mise.

Ils attaquèrent les États-Unis à Pearl Harbor en 1941 pour assurer leurs accès au pétrole en Asie du Sud-Est, faisant le pari que l’agression allait provoquer la soumission d’une puissance très supérieure à la leur.

Cette décision mobilisa la première industrielle mondiale puissance contre le Japon, et déboucha sur la destruction totale de la marine, de l’aviation, de villes importantes japonaises, et du lâcher de deux bombes nucléaires sur le Japon. Le Japon eut pour équivalent l’Allemagne nazie, son alliée durant la seconde guerre mondiale.

Après son échec à contraindre la Grande-Bretagne à sortir de la guerre durant la Bataille d’Angleterre, l’Allemagne fut confrontée à un blocus sans fin et à une potentielle guerre sur deux fronts. Surestimant sa propre invincibilité et nourrie de son hubris idéologique, l’Allemagne lança une invasion surprise de l’Union soviétique en 1941, avec l’Opération Barbarossa.

Hitler s’en prit à une nation dotée d’une main d’œuvre, de territoires et d’une production de guerre largement supérieurs aux siens. L’Allemagne se retrouva coincée dans une guerre d’usure sur le front Est, qui détruisit la Wehrmacht, et finit par déboucher sur la prise totale de Berlin et la dissolution du Troisième Reich qui devait durer mille ans.
L’empire étasunien semble de plus en plus marcher sur les pas de ses prédécesseurs impériaux.

Elbridge Colby et ses chefs feraient bien d’étudier leur propre histoire de l’« Occident ».
Mais bien entendu, les empires coloniaux établis sur le tard sont bien connus pour l’ignorance et la bouffonnerie, et à leurs yeux, étudier, c’est pour « les perdants »/

Ce qui va se produire si la guerre éclate dans le premier cercle d’îles

J’ai écrit de nombreux articles sur Substack explicitant les raisons pour lesquelles les États-Unis n’ont pas la moindre chance, d’un point de vue militaire, de remporter une guerre contre la Chine dans le Pacifique ouest. Je vais donc éviter de me répéter.

Permettez-moi plutôt de comparer la Chine à l’Iran, qui est en train de gagner face aux États-Unis au moment où j’écris ces lignes.

  • La Chine fait 6 fois la taille de l’Iran et sa population est 14 fois plus nombreuse.
  • L’économie chinoise est 40 fois plus importante que celle de l’Iran.
  • La Chine dispose d’une armée de 2 millions d’hommes, la plus grande au monde.
  • La Chine dispose d’une défense aérienne intégrée, d’une flotte plus importante que celle des États-Unis, et d’une aviation aux capacités comparables à celles de l’US Air Force.
  • La Chine dispose de capacités spatiales et cybernétiques équivalentes à celles des États-Unis.
  • La Chine dispose de sa triade nucléaire, et de suffisamment d’armes nucléaires pour détruire les États-Unis en seconde frappe.
  • La Chine dispose d’un arsenal de missiles et de drones qualitativement et quantitativement supérieur à celui de l’Iran ou des États-Unis.
  • Les systèmes autonomes chinois (terrestres, aériens, navales et sous-marins) et ses systèmes d’IA militaire sont de classe mondiale.

De fait, une guerre aux abords des côtes chinoises sera tellement asymétrique que le Pentagone reconnaît de lui-même que l’armée étasunienne ne parvient, dans ses exercices, qu’à tenir quelques semaines. Il a exposé les résultats d’un exercice de guerre dans une étude confidentielle portant le titre « Overmatch Brief ».

On trouve ici un article d’opinion concernant cette étude produit par le New York Times (article non payant). Examinons à présent ce que les « alliés » peuvent mettre sur la table dans une guerre du Pacifique ouest, comme l’exige Colby.

Pour commencer, parmi les « alliés » des États-Unis de la région, la Corée du Sud refusera sans doute de s’impliquer. Séoul sait que son économie dépend du commerce avec la Chine. Elle est située à la porte de la Chine. Elle a un voisin au Nord qui dépasse déjà ses capacités. Restent le Japon, les Philippines et l’Australie comme possibles participants à toute action cinétique.

Quelle que soit leur posture politique actuelle, lorsque les balles commenceront à fuser pour de bon, Washington découvrira qui est son vrai laquais, ou qui est prêt à se transformer en chair à canon. Supposons donc que chacun de ces pays joindront le combat, et analysons les événements qui se produiront.

La Chine sera ravie de remettre le couvert avec les Japonais, au vu des atrocités barbares commises durant les guerres sino-japonaises du XXème siècle. L’ensemble du territoire japonais se trouve à distance de tir conventionnel de missiles et de drones. Le Japon « accueille » 130 bases militaires étasuniennes, soit plus que tout autre pays, et la Chine a toute justification à s’en prendre à n’importe quelle infrastructure japonaise, dès lors que celle-ci est utilisée en soutien à la guerre.

Tokyo peut s’attendre à des salves de saturation de missiles et d’essaims de drones contre les îles japonaises. Pékin peut également bloquer les accès japonais à l’énergie et aux ressources alimentaires. Le Japon importe 90% de son énergie et 60% de son alimentation. Il n’existe chez les Chinois aucune compassion à l’idée d’infliger au Japon la peine la plus exemplaire, ce pays s’étant comporté bestialement et ayant commis des crimes de guerre indicibles, et ne s’en étant jamais repenti. Si le Japon entre en guerre, il faut s’attendre à une destruction totale de son économie ainsi que de ses infrastructures physiques.

L’Australie est un chihuahua, qui remue la queue est suit son maître de près, dans chacune des guerres lancées par les États-Unis depuis la Corée. Mais le chien-chien loyal n’a aucune texture militaire. Sa population peu nombreuse, la distance à laquelle elle se trouve du Pacifique ouest, et l’insignifiance de son appareil militaire font d’elle davantage une gêne qu’une menace.

L’Australie dépend fortement du commerce avec la Chine, qui consiste principalement à creuser la terre pour en sortir des choses à vendre à la Chine. C’est la survie économique de Canberra qui est en jeu si celle-ci rallie une guerre contre la Chine. Si l’Australie est un chihuahua aboyant, les Philippines, en tant que puissance militaire, ne constituent qu’une farce.

Ce pays arbore le gouvernement le plus corrompu et l’armée la plus faible d’Asie, avec une aviation et une marine constituées de rebuts étasuniens des décennies 1950 et 1960. Manille aligne également quelques armes miracles issues des rebuts de la Seconde Guerre mondiale, à l’image du Sierra Madre, échoué sur le récif de Ren’ai, en mer de Chine du Sud.

Outre l’absence de matériel militaire, les Philippines ne disposent pas non plus de réelle identité nationale, l’archipel n’étant devenu un État-nation qu’en 1946. Il a été dirigé par une succession d’occupants coloniaux, et à l’issue de l’« indépendance », par les dictateurs et oligarques les plus corrompus au monde. Il s’agit d’une « république bananière » dans tous les sens du terme.

Dotée d’une puissance de feu moindre que celle du Qatar ou du Koweït, qui surclassent les Philippines d’un facteur 10 en matière de budget militaire, Manille n’est pas qualifiée pour constituer une chair à canon très efficace. Elle tiendra principalement lieu de cible pour absorber les missiles chinois visant les bases étasuniennes.

En résumé, le « réseau d’alliances » étasunien sur lequel comptent Colby et le Pentagone ne constitue pas véritablement un « actif » dans le cadre d’une guerre chaude.

Les autres « outils » occidentaux en cas de guerre

Les autres « stratégies » occidentales très mises en avant contre la Chine comprennent une prise en étau des importations énergétiques chinoises depuis le détroit de Malacca, et en usant de sanctions économiques. La guerre en Iran et la guerre en Ukraine ont démontré la manière selon laquelle ce type de manœuvre se retourne lorsqu’elles sont employées contre des adversaires résolus. En outre, la Chine constitue un adversaire d’un ordre différent de l’Iran ou de la Russie lorsqu’on considère ses capacités de représailles.

Si les États-Unis et leurs vassaux ferment des goulets régionaux ou perturbent le trafic maritime en vue de bloquer Pékin, ces pays priveront immédiatement leurs propres industries intérieures d’énergie, de composants, et d’approvisionnements alimentaires, dans le cadre d’un contre-blocus.

La Chine dispose d’une agriculture autosuffisante et d’un réseau de ressources maillé à son territoire ; des nations insulaires isolées comme le Japon et les Philippines pourraient subir une rapide paralyse de leur société sous les mêmes conditions. La Chine est l’un des principaux producteurs alimentaires au monde, avec 37% de la production agricole. Bien sûr, elle constitue également la principale puissance industrielle, produisant 33% des biens fabriqués mondiaux.

Qui plus est, tout pays impliqué dans un blocus du détroit de Malacca devra faire face aux missiles chinois hypersoniques anti-navires, ainsi qu’aux chasseurs, aux sous-marins et aux escortes navales. Il est difficile d’imaginer que les États-Unis puissent assembler un réseau d’États régionaux pouvant imposant un blocus énergétique et un embargo commercial à la Chine.

Contrairement à l’Iran et à la Russie, qui ne sont pas intégrés dans des chaînes d’approvisionnements critiques et globales, la Chine constitue la puissance industrielle la plus considérable du monde, et peut mener des représailles bien plus douloureuses que quiconque lui infligeant des sanctions.

Le bon sens nous indique que les pays voisins de la Chine ne se montreront guère enclins à sacrifier leur propre survie pour l’hégémonie des États-Unis ou pour la « démocratie » taïwanaise. Les économies occidentales, sur-financiarisées et basées sur les services, dépendent de la chaîne d’approvisionnement globale dominée par la Chine.

Dans un découplage économique total provoqué par la guerre, l’économie globale s’effondre, mais les impacts domestiques sont asymétriques. La Chine dispose de la capacité agricole, des accès aux matières premières (au travers de routes terrestres vers la Russie et l’Asie centrale), et de lourdes infrastructures industrielles, propres à adopter une économie de guerre.

Les États-Unis et l’Occident, ayant délégué depuis des décennies leur base industrielle, subiraient immédiatement des pénuries catastrophiques en toute matière, des produits pharmaceutiques et composants électroniques de base aux ressources minérales critiques nécessaires à la fabrication d’armements.

Si une guerre éclate, la Chine n’a pas besoin de projeter une puissance au niveau global pour l’emporter ; il lui suffit de dominer une zone de l’océan située devant sa porte. Grâce à sa supériorité industrielle, sa proximité et sa détermination politique totale, la Chine dispose d’atouts structurels que les États-Unis ne peuvent tout simplement pas égaler. La destruction assurée du territoire national étasunien fait du chantage nucléaire une menace vide et suicidaire.

Colby et le Pentagone ne sont pas sans percevoir la réalité que je viens de décrire.
Ils ont pleinement conscience que les États-Unis n’ont aucune chance de remporter une guerre conventionnelle contre la Chine. Cela a amené à l’annonce publique choquante, selon laquelle le Pentagone révisait sa doctrine nucléaire pour abaisser le seuil d’usage d’armes nucléaires.

C’est à ce stade que la lucidité de l’empire mourant se retrouve exactement sous le feu des projecteurs — il n’est pas simplement fou, il est suicidaire. Les États-Unis se feront totalement « oblitérer », pour reprendre le langage de Trump, s’ils osent lancer une première frappe nucléaire.

Parce que la Chine possède une capacité de « seconde frappe » contre laquelle ils n’ont aucun moyen de défense. Dans l’arsenal de la Chine figure la triade nucléaire standard de seconde frappe — des têtes nucléaires intercontinentales lançables depuis la terre, l’air, ou depuis des sous-marins. Qui plus est, la Chine est la seule à disposer d’une plateforme de frappe nucléaire unique, face à laquelle n’existe aucune défense.

Il s’agit du Système de bombardement à orbite fragmentée (FOBS).

Contrairement aux missiles balistiques intercontinentaux traditionnelles qui suivent une trajectoire parabolique haute, la plateforme FOBS lance une tête nucléaire en orbite basse. Cela lui permet de parcourir le globe — par exemple en passant au-dessus du pôle sud — avant de quitter son orbite ; ce qui lui permet de leurrer les réseaux d’antennes radar étasuniens de détection précoce depuis n’importe quelle direction.
Comme le FOBS se positionne en orbite temporaire, sa cible exacte reste inconnue des adversaires jusqu’au déclenchement des rétrofusées qui font quitter son orbite à la tête nucléaire.

La plateforme FOBS est couplée avec un véhicule planant hypersonique (HGV) qui circule entre Mach 20 et Mach 25 (entre 24000 et 28163 km/h), est qui reste hautement manœuvrable avant l’impact. Il s’agit de la méthode de déploiement de missile la plus rapide actuellement existante.

Il n’existe aucune défense face à une frappe nucléaire face à un FOBS couplé à un HGV. La capacité de frappe lève tout doute sur l’idée qu’une seconde frappe s’avérerait fatale. Elle garantit que si même une petite fraction des forces nucléaires chinoises survit à une première frappe, les têtes nucléaires restantes passeront outre les défenses étasuniennes et atteindront leur cible.

Il ne s’agit pas d’une arme théorique, contrairement au « Dôme de fer ». La Chine a testé le système FOBS dès l’été 2021. Lorsque le Financial Times a fait état du lancement en octobre 2021, il a pris par surprise les renseignements étasuniens et a amené le Pentagone à comparer l’événement à un « moment Spoutnik » moderne. Il semble que les États-Unis aient connu pas mal de « moments Spoutnik » au cours des dernières années.

Vous souvenez-vous du lancement de DeepSeek en janvier 2025? Ou de l’apparition de deux chasseurs chinois de 6ème génération le 26 décembre 2024? On peut s’interroger : combien de « moments Spoutnik » faut-il pour qu’un empire mourant et psychotique comprenne qu’il vaut peut-être mieux abandonner ses illusions de dominance mondiale et laisser une chance à la paix?

Hua Bin est un ancien cadre dirigeant chinois l’auteur du blog Hua’s Substack, où il publie des analyses sur des sujets liés à la Chine, au commerce, à la technologie et aux affaires militaires. Sa ligne éditoriale affichée est de se concentrer sur « pas d’idéologie, seulement des données et des faits ».

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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