L’État profond technocratique : 2ème partie — Les dynamiques macro et micro de la technocratie

Le sombre seigneur Sauron forgea en secret un anneau maître pour les contrôler tous. — J. R. R. Tolkien, le Seigneur des Anneaux


Par The Real Left — Le 19 avril 2026 — Source realleft.substack.com

Dans la première partie, en me basant sur le dernier ouvrage d’Iain Davis — l’État profond technocratique — j’ai discuté de la nature de la technocratie, et analysé une partie de l’idéologie sous-jacente à ce mouvement. Dans cette deuxième partie, toujours fondée sur le livre d’Iain, je vais analyser les dynamiques aux niveaux macro et micro qui caractérisent la technocratie. En fin de première partie, j’avais précisé que je poserais quelques questions fondamentales sur le Bitcoin. Cependant, pour que cette deuxième partie reste concise, j’ai décidé de passer en revue les sujets monétaires dans une troisième partie à suivre.

Comment la technocratie est-elle poussée au niveau macro?

« …Car au sein de ces anneaux se trouvait la force et la volonté de gouverner chaque race. Mais ils furent tous trompés, car un autre anneau fut forgé. En terre du Mordor, dans les flammes du Mont Maudit, le sombre seigneur Sauron forgea en secret un anneau maître pour les contrôler tous. Et il scella dans cet anneau sa cruauté, sa malice, et sa volonté de dominer toute vie. Un anneau pour les gouverner tous. » J. R. R. Tokien, le Seigneur des Anneaux [les passages ont été mis en gras par l’auteur]

L’infrastructure permettant la mise en œuvre de politiques technocratiques s’est vue peu à peu mise en place au niveau global depuis quelque temps. L’ONU a pleinement adopté le modèle du partenariat public-privé pour la gouvernance internationale en 1998 lorsque Kofi Annan, son secrétaire général, s’est adressé au Forum Économique Mondial (WEF). En invoquant fallacieusement la paix et la prospérité, il a affirmé que ces deux objectifs ne pouvaient plus être garantis avec le seul soutien des gouvernements, et que la communauté des affaires se verrait désormais intégrée au partenariat formel de l’ONU. 1 Si l’on s’abstrait des formes qui caractérisent ce type de communiqué de presse, il actait dans les faits le rôle colossal joué par le capital transnational dans la fabrication du Nouvel Ordre Mondial.

Le WEF a formellement consommé son partenariat avec l’ONU en 2019 afin, selon ses propres termes, d’« accélérer conjointement la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 ». Dans l’arsenal habituel de ces formules creuses figure la « coopération numérique » destinée à « répondre aux besoins de la quatrième révolution industrielle (4RI) ». N’est-il pas réconfortant de savoir que non seulement l’humanité subit, une fois de plus, l’ardeur d’une révolution imposée par la classe dirigeante, mais que le WEF et l’ONU nous assurent qu’ils consacrent tout leur temps d’éveil à la maintenir sur les rails ?

Il est essentiel de bien comprendre ceci : le WEF et l’ONU ont la même passion pour la numérisation de toutes les sphères de la vie.

La même année que cette consommation par le WEF et l’ONU de leur alliance impie, le gouvernement britannique en faisait autant avec son propre accord de partenariat formalisé avec le WEF. Ici encore, la 4RI, l’innovation technologique, l’IA et le machine learning étaient les mots en vogue, étalés dans le communiqué de presse.

L’une des premières décisions prises par Trump à son arrivée au pouvoir a été d’annoncer un projet d’infrastructure public-privé de 500 milliards de dollars au Texas, dénommé « Stargate », dont l’objectif est d’accélérer (encore ce mot!) le développement des systèmes d’IA.

Mais la pièce de résistance — et cheval de Troie — du partenariat-braquage public-privé global réside dans l’Agenda 2030 de l’ONU, distillé dans ses 17 Objectifs de Développement Durable. Au milieu de platitudes sur la sauvegarde de la planète et de la protection des droits de l’homme, l’Agenda 2030 est un plan de prise de pouvoir global fasciste de la planète toute entière par l’oligarchie globalisée. La mise en esclavage de l’homme est masquée par les droits de l’homme, et la monétisation des ressources naturelles du monde est dissimulée sous prétexte de gouvernance de ces ressources.

Les Objectifs de Développement Durable sont pétris par l’impératif de faire progresser les technologies numériques, et c’est la raison pour laquelle le partenariat public-privé est aussi important pour parvenir à la dystopie numérique globale ourdie par les Machiavel abrutis. Ils sont terrifiés par la montée des réticences de la population mondiale face à la concentration croissante des richesses entre les mains tâchées de sang de la corporatocratie au pouvoir.

Tout en soulignant à juste titre les vastes inégalités de richesses, l’ONU déplore hypocritement le fait que « 4 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à Internet ». Se faisant les avocats du un compte Facebook pour tous, sans rien faire pour arrêter une guerre qui provoquera une famine mondiale en raison de la coupure des chaînes d’approvisionnement en engrais, leur attitude est insultante et maligne. L’ONU constitue un allié vital de la mafia globale, déterminée à enchaîner numériquement le monde entier. Elle est dirigée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, dont les membres sont les nations les plus puissantes du monde. Ces nations sont, elles aussi, sous le joug des intérêts corporatifs qui les dirigent. La logique de ces relations est imparable — l’ONU n’est en rien différente des partis politiques captifs dont la parole est tenue en Occident par la ploutocratie. L’ONU est un élément du même trafic.

Dans les faits, l’ONU s’est révélée constituer un véhicule précieux pour décréter des politiques globalisées, mises en œuvre par des gouvernements nationaux captifs, en utilisant le Droit international comme couverture. Si une décision est adoptée par la machinerie des Objectifs de Développement Durable de l’ONU, les parlements occidentaux n’ont même pas légitimité à la débattre. Bien souvent, aucune loi nationale n’est même nécessaire, du fait que les traités de l’ONU l’emportent sur les lois nationales. Tant que le mot « durable » y est accolé, l’affaire est entendue.

La cause des inégalités de richesses n’est pas chose compliquée, et remonte à la nuit des temps — l’exploitation du plus grand nombre par quelques-uns. Loin de rectifier ce point, l’accès internet désiré par les Objectifs de Développement Durable ne va faire que renforcer ces inégalités en mettant en œuvre l’identification numérique et la tokenisation de l’économie et des ressources naturelles, nous allons y revenir. Pourquoi diable devrions nous accorder notre confiance à une organisation qui tient à ce que tout le monde dispose d’un accès à internet, mais n’a absolument rien fait pour mettre fin aux génocides et aux guerres d’agression illégales? Pire encore, cette organisation, tout en se présentant comme défendant les pauvres, établit des partenariats avec la corporatocratie même qui s’est rendue responsable des inégalités de richesses qu’elle prétend dénoncer. Si nous continuons d’attendre des solutions à la pauvreté mondiale de la part d’institution incarnant désormais les acteurs qui ont créé le problème en premier chef, alors nous n’avons rien compris des décennies passées marquées par le déclin.

Les villes intelligentes de 15 minutes relèvent également du cadre des Objectifs de Développement Durable. Elles prévoient le parcage des populations humaines en utilisant une combinaison entre l’Internet des objets (des objets dont l’utilisation est gouvernée par des technologies d’IA) et une surveillance numérique en temps réel de la consommation et de l’énergie assignée à chaque personne.

Si vous croyez réellement que la « décarbonation » va sauver la planète, il faut m’expliquer pourquoi les investisseurs se lèchent les babines face à la perspective d’un marché du carbone évalué à 22 000 milliards de dollars d’ici 2050.2 Même si vous pensez que la réduction des émissions de carbone est un objectif désirable — ce qui est faux — pourquoi soutiendriez-vous que les « marchés » en fassent un commerce d’échange de bouts de papier valant 22 000 milliards? Pensez-vous réellement que les enfants pauvres vivant dans le Sud Global, qui doivent marcher 8 km par jour pour récupérer de l’eau croupie dans un puits à moitié effondré vont bénéficier ne serait-ce que d’un centime de cette « innovation financière de décarbonation »?

Le projet Stargate de Trump vise à dépenser 500 milliards de dollars, alors qu’Apple prévoit à elle seule d’investir 500 milliards de dollars dans des salles de serveurs dans les quatre années à venir. On pourrait citer de nombreux autres projets, mais rien que ces deux-là totalisent déjà 1000 milliards d’investissements en traitement de données numériques. Pas de la nourriture, ni des investissements concrets pouvant réellement améliorer la vie des pauvres, non, du traitement de données. Cela représente un niveau de folie qui défie l’entendement, et l’ONU, en prétendant s’occuper de l’allégement de la pauvreté globalisée, y a attelé son wagon.

En 2023, la consommation d’énergie des salles de serveurs du seul État de Virginie représentait 21 % de la consommation d’énergie totale, plus que la consommation domestique établie à 18 %. Rien que selon cette métrique, nos seigneurs nous ont affirmé que les données sont plus importantes que les gens. En 2025, en Pennsylvanie, l’augmentation brutale de la demande d’électricité consommée par les salles de serveurs a provoqué une augmentation de 15 % des prix de l’énergie, à peu près le double de la moyenne nationale. La consommation d’électricité des salles de serveurs étasuniennes a triplé entre 2014 et 2023, et devrait tripler de nouveau entre 2023 et 2028.

Tout cela apporte déjà un aperçu limpide des raisons de douter du narratif officiel du changement climatique. Les acteurs de cette fraude n’y croient pas eux-mêmes. Si le véritable objectif de la classe dominante, des gouvernements qui lui sont asservis, et de l’ONU était de réduire les émissions de carbone, comment concilions-nous cela avec l’expansion exponentielle planifiée des émissions de carbone des data centers de l’IA? Et en quoi la mise sur le marché de 22 000 milliards de « crédits carbone » réduirait-elle dans les faits les émissions de carbone?

Comme si tout cela n’était pas déjà assez insensé, voici l’arnaque de tokenisation de la Natural Asset Company (NAC), le véritable et stupéfiant coup de grâce du grand mensonge du Développement Durable numérisé. Le mot arnaque est en réalité peu approprié pour décrire ce qui est un vol pur et simple de l’ensemble des ressources naturelles mondiales par l’oligarchie globalisée. Les mots manquent pour décrire un tel crime, car rien de comparable n’a jamais existé dans toute l’histoire. Mais ce n’est pas seulement imminent ; l’avènement du Grand Vol Mondial a déjà commencé. Comment ce hold-up va-t-il se réaliser?

Commençons par les États-Unis, où Trump a signé un décret instituant le Fonds de Richesse Souveraine (SWF) dont l’objectif affiché est de « tirer parti des rendements [sur les actifs de la nation] pour promouvoir une durabilité fiscale. » Parmi les actifs concernés figurent les « réserves de ressources naturelles ». 3 Iain avance qu’il s’agit de la prochaine grosse arnaque financière qui pourrait résoudre à la fois la charge de la dette occidentale, tout en remettant les ressources naturelles aux oligarques.4

Les Natural Asset Companies (NACs) ont été lancées en 2021 sur le New York Stock Exchange. Elles visent à générer des rendements financiers en assignant une valeur à tout actif naturel sur la base des « services à l’écosystème » qu’il produit. Une fois cette valeur assignée, les services qu’il désigne se voient attribuer une valeur monétaire. 5 Qu’est-ce que les « services à l’écosystème »? Eh bien, la nourriture, l’eau pure, l’air que nous respirons, les sols fertiles, la faune et la flore… Vous pouvez compléter la liste. Si c’est naturel, on peut le monétiser! Tout va bien se passer!

En réalité, assigner une valeur et monétiser la nature revient à créer un système de rationnement et d’allocation hors de notre portée, directement remis aux Fonds de Richesse Souveraine qui définit ces valeurs et monétisations. Pétri des éléments de langage du développement durable, il s’agit de rien de moins que d’un projet audacieux mené par l’oligarchie globalisée pour dérober l’ensemble des ressources naturelles de la planète. Est-ce que la mafia des Objectifs de Développement Durable de l’ONU œuvre à ce projet? Iain indique que « de nombreuses cibles des Objectifs de Développement Durable exigent que les écosystèmes naturels se voient assigner une valeur d’actif financier. Les forêts, par exemple, sont transformées… en services de séquestration du carbone de l’écosystème (ECSS). » 6 Ici encore, posez-vous la question : en quoi intégrer une forêt à un portefeuille d’actifs du New York Stock Exchange contribue-t-il à la protection de cette forêt? Ne s’agirait-il pas plutôt de l’exploiter pour en tirer des bénéfices?

Quelle est la valeur planifiée des actifs naturels numérisés dans le monde? 4 000 000 000 000 000 dollars — c’est-à-dire quatre millions de milliards de dollars7. Au risque de me répéter — la monétisation de mère nature est le genre de chose que l’ONU est heureuse de promouvoir, sans rien faire au sujet de la guerre, du génocide et de la famine imminente provoquée par la guerre. L’ONU a établi son partenariat avec le WEF, dont sont membres actifs les participants au complexe militaro-industriel. Palantir fait partie de ce complexe, et va également aider l’ONU à mettre en application son agenda de numérisation.

En bref, la poussée vers la numérisation des données, tellement indissociable à la technocratie globalisée, est imposée par les structures les plus élevées de gouvernance et de décision globales, dont l’ONU et le WEF. Il s’agit d’un aspect important de la macro-machine qui pousse la technocratie.

Une autre facette du macro-stratagème sous-jacent à la technocratie globalisée réside dans l’arnaque de la multipolarité que je dénonce déjà depuis quelque temps. C’est l’un des points les plus importants soulevés par Iain dans sa thèse.

Les recherches menées par Iain révèlent qu’en 1956, le Fonds Rockefeller a donné pour instruction à Henry Kissinger de commander un rapport visant à accroître l’autorité de l’ONU, qui est en soi une production des Rockefeller. Ledit rapport a conclu qu’un renforcement de la gouvernance globale de l’ONU serait optimisé en divisant le monde en petites régions régentées sous un corps international à l’autorité croissante, en occurrence l’ONU.8

A suivi en 1973 le rapport du Club de Rome, portant le titre « Modèle régionalisé et adaptatif du système mondial », proposant une division du monde en dix « Royaumes », apparentés à des blocs, ou pôles.9 Les institutions globalistes ont accouché de cette multipolarité il y a déjà bien longtemps. Cela peut apparaître contradictoire avec l’objectif d’un pouvoir globalisé et centralisé, mais pas si l’on comprend le paradigme contre-intuitif consistant à commencer par une décentralisation pour ensuite pratiquer une centralisation. Les quelque 200 pays du monde seront bien plus faciles à mettre au pas une fois divisés en dix régions, chaque pays se retrouvant subordonné aux décisions et aux systèmes financiers de son pôle régional.10

Il s’agit d’une simple délégation hiérarchique. Cela relève de la gestion élémentaire. Dès lors que les 10 systèmes monétaires et financiers seront interopérables — ce mot est l’un des plus usités dans le BIS et les autres cercles techniques globaux —, la monnaie de chaque région peut être intégrée à une gestion globalisée et unifiée. Il s’agit de la concrétisation du rêve des banquiers centraux et transnationaux — un anneau pour les gouverner tous.

L’Union européenne, un bloc commercial et monétaire unifié conçu il y a 32 ans, constitue une expérience concrète et testée, à déployer mondialement. Le site Chatham House affirme que les institutions et structures de l’Union Économique Eurasiatique (UEE), comprenant la Russie, le Bélaruss, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan « sont calquées sur les structures de l’UE et que la Russie a désigné l’UEE comme partenaire de l’UE pour proposer une zone de libre échange « s’étendant de Lisbonne à Vladivostok ».

Et les hauts dignitaires des couloirs du pouvoir unipolaire ne résistent en rien à cette multipolarité. Au contraire, en 2011, Christine Lagarde, alors ministre des finances de la France, et désormais directrice de la banque centrale européenne, a affirmé11 :

Notre point de départ est la réalisation d’une transition ordonnée vers un monde multipolaire en termes économiques et monétaires… l’accord conclu par le G20 [pour] promouvoir la transition ordonnée vers un monde multipolaire.

Le Forum Économique Mondial adore lui aussi cette multipolarité. En soulignant le paradigme décentraliser pour recentraliser, il qualifie l’approche régionale de la globalisation comme une « re-globalisation ciblée ». 12

Pepe Escobar recevra sans doute un oscar russe et chinois pour son positionnement du meilleur acteur de second rôle du docudrama politique, mais ne confondons pas le théâtre des multipolaristas13 avec la vraie vie. Désolé, les gars, mais la multipolarité n’est pas une réaction organique menée par le bloc des BRICS en vue de briser le joug de l’oppression occidentale. Le combat des BRICS contre l’Occident relève d’un spectacle de combat de catch, écrit et dirigé par le capital transnational. Plus vite nous en comprendrons les implications, mieux ce sera, et ces implications sont clairement exposées dans l’ouvrage d’Iain, et résumées dans le présent article!

Comment la technocratie est-elle poussée au niveau micro?

Bien que toutes les arnaques financières mondiales décrites ci-dessus aient été conçues pour transférer des richesses et un contrôle des ressources d’une ampleur inimaginable à notre oligarchie luciférienne mondiale et peu glorieuse, tout en se faisant passer pour une gestion responsable des ressources, il existe deux composantes du contrôle numérique, actuellement en cours de construction, qui sont faciles à comprendre et destinées à entraver chaque être humain sur la planète — à l’exception d’une poignée d’oligarques et de leur entourage de bougiocrates qui leur lèchent les bottes pour de l’argent et du statut.

Le premier est l’identifiant numérique. Il s’agit de fait d’un sine qua non du WEF, qui vous montre à quel point il est vital pour la classe dirigeante. L’Objectif de Développement Durable 16.9 de l’ONU vise à « apporter une identité légale à tous » pour 2030.14 Le désigner sous le terme d’« identité légale » est bien entendu une dissimulation hypocrite et exaspérante, car même le dernier bushman San chasseur-cueilleur du désert du Kalahari dispose déjà de nos jours d’une « identité légale » en réalité. Cette proposition est absolument ridicule. Pourquoi l’« identification légale » est-elle subitement devenue un problème pour la race humaine, à l’issue de ses centaines de milliers d’années d’existence? Bien évidemment, « identité légale » est le nom de code de l’identification numérique.

Il leur faut un moyen de s’assurer que tous les services critiques dont ont besoin les humains, qu’on y accède en ligne ou dans la vraie vie, voient leur accès soumis à la présentation d’un identifiant numérique unique à chaque individu. Cela implique l’utilisation de données biométriques — typiquement, une reconnaissance faciale. Au début par petits pas, puis subitement, nous allons atteindre un stade où la société vous sera fermée si vous ne disposez pas d’identifiant numérique. Vous serez dépersonnalisé. Comme l’exige l’Objectif de Développement Durable, sans identifiant, vous n’aurez plus d’existence « légale » dans les interactions sociales et économiques. Si les transports publics deviennent inaccessibles sans identifiant numérique, les mouvements seront fortement limités. Les possibilités d’exclusion sont infinies.

La deuxième composante du contrôle numérique présente le potentiel de se conjuguer avec l’identifiant numérique pour produire le cauchemar biblique de la marque de la bête. Ce projet implique le déploiement de la monnaie numérique, qui a déjà commencé. Les monnaies numériques seront programmables, ce qui signifie que leur utilisation sera limitée selon des spécifications. Cette programmation dépendra des interactions avec l’identifiant numérique. Ainsi, la combinaison entre identifiant numérique et argent programmable apportera au partenariat public-privé des moyens jusqu’ici inimaginables pour contrôler le comportement et les mouvements de l’ensemble de la population, et ce en temps réel. En bref, un système de crédit social. Pensez à la définition de la technocratie exposée en première partie — la loi par les algorithmes.

Exemples ajoutés par le traducteur : vous aurez une monnaie qui vous permettra d’acheter telle quantité de viande par semaine, et pas plus, pour protéger la planète. Vous aurez droit, selon votre profil, à tant de carburant, mais pas si vous vous êtes mal comporté sur la route. Vos déplacements seront interdits si vous êtes fichés comme dissident politique. Les utilisations sont faciles à décliner.

Lors d’une table ronde traitant de la monnaie numérique des Banques Centrales, Bo Li, ancien gouverneur adjoint de la banque de la république populaire de Chine, et à présent directeur adjoint du FMI, a déclaré15 :

Par une programmation de la monnaie numérique de banque centrale, […] l’argent peut être précisément ciblé sur le genre de [choses] que les gens peuvent détenir et sur [la manière dont] cet argent pourra être utilisé.

Il s’agit d’une affirmation claire d’intention, prononcée au plus haut niveau du système international monétaire et financier, visant à transformer la fonction de la monnaie : de moyen d’échange, elle devient un instrument de contrôle.

Ni l’identifiant numérique, ni les monnaies numériques en soi ne sont des concepts difficiles à comprendre concernant les menaces qu’ils constituent envers la vie privée et la liberté. Une fois combinés, il devient même plus facile de comprendre la nature de la menace diabolique qui pèse sur nous, et les motivations de la classe dirigeante de psychopathes à déployer leur système de crédit social comme moyen ultime de contrôle des populations. Lorsqu’on ajoute dans la balance leur appétit pour l’Internet des objets — des appareils « intelligents » opérant entre les mains d’une autorité centralisée, par opposition à l’individu possédant ou opérant l’appareil — et les villes « intelligentes » conçues pour saturer la population de ces appareils contrôlés numériquement, nous serons bel et bien entrés dans le goulag numérique. Il s’agira d’une vie totalement gérée par des appareils numérique, et régentée par des algorithmes.

Si nous n’y prenons pas garde et nous laissons enfermer dans cette cage, personne ne nous en rendra jamais la clé volontairement.

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

  1. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 93.
  2. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 139.
  3. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 329.
  4. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 338.
  5. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 330.
  6. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 331.
  7. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 337.
  8. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 363.
  9. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 364.
  10. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 354.
  11. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 355.
  12. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 365.
  13. Terme déposé par Hrvoje Morić de Geopolitics & Empire.
  14. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 204.
  15. Iain Davis, The Technocratic Dark State, The Papercutmagazine.com, 2025, Pg. 238.
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