Par Robert Scruton − Source Modern Culture

La marchandisation de la vie moderne a donné lieu à maintes lamentations depuis qu’on en débat, et d’ambitieuses théories – le fétichisme de la marchandise, la consommation ostentatoire, la société d’abondance, et beaucoup d’autres, seulement ébauchées – sont nées de la répulsion spontanée qu’éprouvent les intellectuels à l’égard de la « fièvre acheteuse » de leurs contemporains. Mais quelque chose de nouveau semble être à l’œuvre dans le monde actuel – un processus qui est en train de dévorer le cœur même de la vie sociale, non seulement en substituant la technique de vente à la vertu morale, mais en faisant commerce de tout, vertu y compris. Le cynique, disait Oscar Wilde, est celui qui connaît le prix des choses mais qui ignore leur valeur. Et dans une lettre à Lord Alfred Douglas il définissait la sentimentalité comme étant « le jour férié du cynisme ». Les boutades de Wilde sont souvent plus suggestives que vraies. Celles-ci, toutefois, sont exactes. Le cynisme et la sentimentalité sont deux manières de dégrader la valeur des choses en leur simple prix.
Nos fidèles lecteurs l’ont déjà noté, nous travaillons, en sus de l’actualité, sur des livres, qui permettent de traiter un sujet de fond ou plus dans le détail.
« … il y a des milliers d’années, bien avant que Bouddha Dīpankara et Bouddha Shakyamuni ne viennent au monde, vivait Bouddha Anagma. Il ne perdait pas de temps en explications et se contentait de pointer les choses du doigt avec l’auriculaire de sa main gauche. Immédiatement, leur vraie nature était révélée. Il aurait pointé une montagne, et elle aurait disparu. Il aurait pointé une rivière, et elle aussi aurait disparu. C’est une longue histoire, mais la fin est la suivante : il a pointé son auriculaire gauche vers lui-même et il a disparu. Tout ce qui est resté de lui, ce fût son auriculaire gauche, que ses élèves ont caché dans un coffre en argile. L’arme fatale est cette boite en argile avec l’auriculaire du Bouddha à l’intérieur. Il y a très longtemps, en Inde, un homme a essayé de transformer cette boite d’argile en l’arme la plus terrible qui soit. Mais dès qu’il eut percé un trou dedans, l’auriculaire l’a pointé du doigt et il a disparu. Depuis lors, l’auriculaire a été conservé dans un coffre fermé à clé et déplacé d’un endroit à l’autre jusqu’à ce qu’il soit perdu dans une des lamaseries en Mongolie… »