Par Dmitry Orlov – Le 30 mai 2020 – Source Club Orlov

Les Occidentaux ont tendance à être trop préoccupés par ce qui se passe en Chine. Mais ils n’ont vraiment pas besoin de s’inquiéter, la Chine va s’en sortir très bien par elle-même. En effet, alors même que les États-Unis enregistrent une baisse de 50 % de leur PIB au deuxième trimestre 2020, la Chine renoue avec la croissance économique. Les Occidentaux ont également tendance à se préoccuper exagérément du Moyen-Orient, principalement parce que c’est de là que provient une grande partie de leur pétrole. Mais ils n’ont pas vraiment besoin de s’en inquiéter non plus, ni de savoir d’où vient leur pétrole ; ce dont ils devraient s’inquiéter, c’est de pouvoir continuer à le payer avec l’argent sans valeur qu’ils impriment pour exister. Ils ont également tendance à s’inquiéter du Moyen-Orient, car c’est là que se trouve le minuscule mais pugnace État d’Israël. Ils n’ont pas besoin de s’en inquiéter non plus ; il existe une très belle région autonome juive sous-peuplée au sein de la Fédération de Russie, à la frontière avec la Chine, vers laquelle les Israéliens pourront évacuer une fois que le soutien financier et militaire des États-Unis à Israël se tarira. C’est la seule région autonome qui reste au sein de la Fédération de Russie, maintenue séparée, au lieu d’être fusionnée avec la région beaucoup plus grande de Khabarovsk, justement pour une telle éventualité. Ce dont l’Occident devrait plutôt s’inquiéter, c’est de la grande arche d’instabilité naissante qui se trouve juste à l’est de celle-ci, s’étendant de la Baltique à la mer Noire et jusqu’à la Grande Muraille de Russie.



Avec toute l’encre qui a coulé au sujet du SARS-CoV-2 et du COVID-19 et ses diverses ramifications et effets, vous pourriez penser qu’il y a peu à ajouter. Cependant, je n’ai pas encore vu d’article sur le coronavirus en tant que test – non pas dans le sens d’un test pour la présence du virus ou d’anticorps à celui-ci, mais en tant que test pour nous, en tant qu’individus, familles, communautés et nations entières. Nous constatons déjà que ses effets vont de relativement bénins à désastre complet. Comme toujours, blâmer le test pour son échec est une invitation au rire, à ses propres dépens.
« … il y a des milliers d’années, bien avant que Bouddha Dīpankara et Bouddha Shakyamuni ne viennent au monde, vivait Bouddha Anagma. Il ne perdait pas de temps en explications et se contentait de pointer les choses du doigt avec l’auriculaire de sa main gauche. Immédiatement, leur vraie nature était révélée. Il aurait pointé une montagne, et elle aurait disparu. Il aurait pointé une rivière, et elle aussi aurait disparu. C’est une longue histoire, mais la fin est la suivante : il a pointé son auriculaire gauche vers lui-même et il a disparu. Tout ce qui est resté de lui, ce fût son auriculaire gauche, que ses élèves ont caché dans un coffre en argile. L’arme fatale est cette boite en argile avec l’auriculaire du Bouddha à l’intérieur. Il y a très longtemps, en Inde, un homme a essayé de transformer cette boite d’argile en l’arme la plus terrible qui soit. Mais dès qu’il eut percé un trou dedans, l’auriculaire l’a pointé du doigt et il a disparu. Depuis lors, l’auriculaire a été conservé dans un coffre fermé à clé et déplacé d’un endroit à l’autre jusqu’à ce qu’il soit perdu dans une des lamaseries en Mongolie… »
Nous étions en 2040, et la pandémie mondiale de coronavirus en était à sa 20e année. Un jeune couple se promenait. Ils ne se tenaient pas la main, ne s’enlaçaient pas et ne s’embrassaient pas, mais maintenaient une distance d’au moins un mètre entre eux et portaient une protection oculaire et un masque facial, comme le prescrit la loi. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient pas pu se rencontrer, car l’un ou l’autre avait eu une toux, ou un rhume – une allergie saisonnière, ou peut-être un léger rhume – et de tels symptômes les obligeaient à vivre dans un isolement complet, leur nourriture et autres produits de première nécessité étant livrés par des robots. Pâles et faibles après leur longue période d’isolement, ils se promenaient et louchaient en plein soleil, dans l’espace sécurisé et récemment aseptisé de la promenade, à la vue des caméras de sécurité, et écoutaient les grincements aigus et stridents émis par un système de haut-parleurs destiné à effrayer les chauves-souris. Ils étaient en permanence surveillés par un logiciel d’IA qui déclenchait une alarme s’ils s’approchaient trop près l’un de l’autre ou, Dieu nous en préserve, s’ils se touchaient vraiment.
Comme on m’a demandé (à plusieurs reprises) de commenter ce sujet, je le ferai, mais comme je ne suis pas un expert en santé publique, je serai bref et m’en tiendrai à ce que je sais avec certitude.
« Une marmite surveillée ne bout jamais », dit un vieux dicton. Mais un empire surveillé ne s’effondre-t-il jamais ? Ben si bien sûr ! Tous les empires finissent par s’effondrer, sans exception. Une fois qu’un empire commence à se diriger vers l’effondrement, la surveillance peut prendre un certain temps, surtout si aucun nouvel empire naissant n’est prêt à prendre la relève. Ce qu’il faut surveiller est le moment où un événement lié à l’effondrement déclenche immédiatement le suivant, et le suivant. Cela nous indique qu’une boucle de rétroaction auto-renforcée a pris forme et que le processus d’effondrement prend de l’ampleur, non plus en raison de tendances à long terme mais d’une logique interne propre, bien qu’il soit certainement aidé par des chocs externes, certains plus importants que d’autres.