Par Dmitry Orlov – Le 21 juillet 2021 – Source Club Orlov
Les missiles sont importants. Ils sont symboliquement importants, en tant que manifestation la plus virile, masculine et phallique du concours entre superpuissances. Pour reprendre l’hymne national américain : « L’éclat rouge des missiles… a prouvé dans la nuit… que notre drapeau était toujours là. » Pas de missiles – pas de drapeau – pas de « patrie des braves ». Les missiles sont importants d’un point de vue stratégique : si les missiles de l’autre camp lui donnent la possibilité de détruire votre camp en toute impunité, votre stratégie consiste à négocier les conditions de votre reddition.
Par Dmitry Orlov – Le 12 juillet 2021 – Source Club Orlov
L’occupation américaine de l’Afghanistan est, heureusement, terminée, et la façon dont elle s’est terminée fait remarquablement miroir à cette initiative qui était complètement malavisé. Les États-Unis se sont retirés au milieu de la nuit, sans avertir leurs alliés et en laissant derrière eux un État fantoche s’effondrant rapidement, qu’ils ont mis en place et soutenu pendant deux décennies, pour un coût de 2 260 milliards de dollars. Pour vous donner un ordre d’idée de ce chiffre, la population de l’Afghanistan est de 38 millions d’habitants ; son revenu annuel par habitant est de 581 dollars. En multipliant les deux ensemble et le tout par 20 ans, on obtient 441,56 milliards de dollars. Ainsi, les dépenses américaines en Afghanistan ont dépassé le PIB du pays par un facteur de cinq !
Par Dmitry Orlov – Le 7 juillet 2021 – Source Club Orlov
Un boomerang est un bâton à lancer utilisé par certains aborigènes australiens. Le boomerang le plus connu est le boomerang avec effet retour : lorsqu’il rate sa cible, il décrit un cercle et revient vers la personne qui l’a lancé, lui donnant éventuellement un coup sur la tête pour l’effet comique. La plupart de ceux qui existent sont des souvenirs vendus en Australie, tout comme le didgeridoo, ce bâton creux qui fait un drôle de bruit. Telle devait être la vie en Australie avant l’arrivée de l’homme blanc : on sortait et on essayait de chasser avec un bâton tordu qui revenait en arrière et finissait par vous frapper sur la tête, puis on abandonnait et on rentrait à la maison, où on s’asseyait en faisant des bruits amusants avec un bâton creux. Pour compléter la série technologique, il y avait aussi le bâton de déterrage, pour déterrer des tubercules sauvages quand vous aviez faim.
Par Dmitry Orlov – Le 30 juin 2021 – Source Club Orlov
Mesdames et Messieurs, je suis très heureux d’annoncer la publication de la deuxième édition de mon livre, The Five Stages of Collapse / Les Cinq Stades de l’Effondrement. Cela fait huit ans qu’il a été publié pour la première fois en anglais et cinq ans qu’il a été publié pour la première fois en français, où il s’est vendu à plus de mille exemplaires. « Ce n’est pas mal pour le marché français », m’a dit mon éditeur.
Normalement, un auteur serait très heureux de voir son œuvre aussi bien accueillie, et je le serais aussi, si ce n’était le sujet de mon livre, qui est l’effondrement sous toutes ses formes. Une partie de son succès s’explique peut-être par la curiosité intellectuelle et l’intellectualisme des lecteurs français, désireux de comprendre l’importance de cette nouvelle discipline qu’est la « collapsologie ». Mais il est naturel de soupçonner qu’une partie de l’intérêt provient des craintes sur l’avenir de la civilisation occidentale, de l’UE et de la République française. Je suis Russe, et les Russes aiment beaucoup l’art et la culture française et seraient très tristes de voir la France s’effondrer et se transformer en quelque chose de méconnaissable. Et cela rend cette occasion moins heureuse qu’elle ne le serait autrement.
Par Dmitry Orlov – Le 20 juin 2021 – Source Club Orlov
Sputnik / Sergey Guneev
Le sommet USA-Russie de Genève, qui a fait couler beaucoup d’encre, a eu lieu et aucun commentateur ne s’est aventuré à poser une question très simple et très nécessaire : Qu’est-ce que Biden était venu demander ?
Nous savons que la partie américaine a demandé cette réunion, tandis que les Russes ont simplement accepté, y voyant une chance sans risque de mettre les choses au clair et peut-être de rétablir un minimum de coopération internationale sur des questions clés telles que la cybersécurité. Négocier un nouvel accord majeur avec les Américains n’a jamais été le plan : les Russes ont décidé il y a quelque temps que les Américains sont nedogovorosposóbnaya – incapable de respecter un accord. Si les Américains n’honorent pas les traités qu’ils ont déjà signés, comme le traité sur les missiles à portée intermédiaire ou le traité « ciel ouvert », quel est l’intérêt de conclure d’autres accords avec eux pour qu’ils ne les honorent pas non plus ?
Par Dmitry Orlov – Le 13 juin 2021 – Source Club Orlov
La technosphère, que j’ai définie dans mon livre de 2016 Shrinking the Technosphere comme une intelligence émergente mondiale non humaine animée par une téléologie abstraite de contrôle total, a vu ses intérêts grandement avancés au cours de la pandémie de coronavirus de 2020-21, avec de grandes parties des populations humaines forcées de se soumettre à des mesures de contrôle qui se moquent de leurs droits humains et de leurs valeurs démocratiques tant vantés. C’était à prévoir : les technologies les plus puissantes de la technosphère sont celles qui tuent, et la façon dont elle s’en sert reflète sa haine profonde pour tous les êtres vivants, en particulier ceux qui sont volontaristes et difficiles à contrôler. Mais ensuite, la technosphère a commencé à rétrécir dans certains endroits. Elle est encore forte dans d’autres, mais il n’est pas trop tôt pour imaginer (oserais-je dire, prédire ?) comment elle pourrait continuer à rétrécir et quelles en seront les conséquences.
Les États-Unis avancent, à pas assurés, sur le même chemin que l’Union soviétique.
Par Dmitry Orlov – Le 5 juin 2021 – Source Club Orlov
Cela fait 16 ans que j’ai publié mon article « Leçons post-soviétiques pour un siècle post-américain« . Il était basé sur des prises de conscience que j’avais faites une décennie plus tôt, en 1996, à mon retour aux États-Unis, après avoir observé les conséquences de l’effondrement de l’Union soviétique. Depuis lors, je me suis concentré sur ce que je considérais comme les principales causes de l’effondrement, tant dans le cas soviétique qu’américain : une dette exorbitante, des problèmes dans le secteur de l’énergie et des systèmes politiques irréformables embourbés dans la corruption, leurs élites se berçant d’illusions dans leur sentiment de toute-puissance. Et voici maintenant une analogie vraiment effrayante : le baril de poudre qui a explosé sous l’URSS était le nationalisme et le séparatisme ethniques ; et le baril de poudre qui explose actuellement sous les États-Unis est l'(anti-)racisme « Éveillé » : une autre marque de fascisme ethnique mais avec des caractéristiques américaines.
Texte du rapport d’enquête de J. Hašek, Bellingcat
Par Dmitry Orlov – Le 26 mai 2021 – Source Club Orlov
Petrov et Boshirov
Son Excellence a dit : « Petrov et Boshirov, vous êtes des crapules ! Mais puisque vous voulez servir, allez apprendre à travailler avec du coton à canon. Ça vous fera du bien. »
Et c’est ainsi que les braves soldats Petrov et Boshirov sont allés travailler à l’arsenal, apprenant à emballer le coton à canon dans les obus d’artillerie. C’est un métier délicat : vous pouvez être projeté en l’air à tout moment, et c’est le baisser de rideau !
Par Dmitry Orlov – Le 24 mai 2021 – Source Club Orlov
Je suis heureux d’annoncer que mon dernier livre d’essais est enfin prêt à être commandé. Il contient une sélection d’essais que j’ai écrits au cours de l’année et demie écoulée, soigneusement édités, corrigés et mis en page avec des caractères 12 points faciles à lire, sur du papier écologique, dans une version de poche de 300 pages au design soigné. Des milliers de mes fidèles abonnés sur Patreon et SubscribeStar ont déjà eu accès à ces essais, dès que je les ai écrits. Et maintenant, je suis très heureux de pouvoir les offrir au monde entier.
Par Dmitry Orlov – Le 8 mai 2021 – Source Club Orlov
Suggérer que les féministes qui dénoncent les conneries de l’aile gauche veut dire qu’elles soutiennent les conneries de l’aile droite, c’est grossièrement sous-estimer la quantité de conneries en jeu.
Compte tenu du haut niveau de polarisation politique aux États-Unis et, de plus en plus, en Europe occidentale, il semble assez important d’éviter de se retrouver pris entre deux feux. Certains esprits curieux voudront peut-être savoir quelle est ma position politique : suis-je un Trumpiste ou une groupie de Biden ? Suis-je un communiste ou un fasciste ? Il ne sert à rien de dire aux gens que je ne suis rien de tout cela. Les gens supposent automatiquement que si vous n’êtes pas une chose, alors vous devez être l’autre. Heureusement, j’ai un credo politique fondé sur des principes. Ce n’est même pas individuellement le mien ; je le partage avec mon collègue Sergei Vasilyev et probablement avec tout un tas d’autres personnes raisonnables qui l’accepteront volontiers comme le leur après l’avoir lu. Et donc, sans plus attendre, voici mon credo politique (et celui de Sergei).