L’Iran contrecarre la menace du retour des sanctions de l’ONU


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 20 janvier 2020

Le président américain Donald Trump veut détruire l’accord nucléaire avec l’Iran. Il a menacé les caniches de l’UE-3, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France d’imposer des droits de douanes de 25% sur leurs exportations de voitures vers les États-Unis, à moins qu’ils ne mettent fin à leur rôle dans l’accord JCPOA.

Avec leur audace habituelle, les Européens ont cédé au chantage. Ils ont déclenché le mécanisme de règlement des différends de l’accord. Le mécanisme prévoit deux périodes de négociations de 15 jours et une période de décision de cinq jours au terme desquelles chacun des pays concernés peut soumettre les problèmes au Conseil de sécurité de l’ONU (CSNU). La référence au CSNU conduirait alors à une réactivation automatique ou à un «retour en arrière» sur les sanctions de l’ONU contre l’Iran qui existaient avant la signature de l’accord sur le nucléaire.

L’Iran contre désormais la décision européenne. Son ministre des Affaires étrangères Javad Zarif a annoncé que l’Iran pourrait quitter le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) si l’un des pays européens soumettait la question au Conseil de sécurité des Nations Unies :

Zarif a déclaré que l'Iran agissait suite à la dernière décision des États européens de déclencher le mécanisme de règlement des différends dans le cadre du JCPOA, ajoutant que Téhéran avait officiellement entamé la discussion sur le mécanisme le 8 mai 2018 lorsque les États-Unis se sont retirés de l'accord.
 
Il a souligné que l'Iran avait envoyé trois lettres datées du 10 mai, du 26 août et de novembre 2018 à Federica Mogherini, alors chef de la politique étrangère de l'UE, annonçant dans celles-ci que l'Iran avait officiellement déclenché, et mis fin au mécanisme de règlement des différends, et commencerait donc à réduire ses engagements envers le JCPOA.

Cependant, l’Iran a donné une opportunité de sept mois à l’Union européenne avant de commencer à réduire ses engagements le 8 mai 2019 qui ont eu des effets opérationnels deux mois plus tard, selon Zarif.

Le plus haut diplomate iranien avait déclaré que les cinq étapes de la réduction de la conformité du pays n’auraient pas de suite, mais la mesure des Européens de renvoyer l’affaire devant le Conseil de sécurité des Nations Unies pourrait être suivie de la décision de Téhéran de quitter le TNP, comme indiqué par le président Hassan Rouhani dans une lettre de mai 2018 aux autres parties à l’accord.

Il a souligné que toutes les étapes sont réversibles si les parties européennes au JCPOA rétablissent leurs obligations dans le cadre de l’accord.

Les Européens ne veulent certainement pas que l’Iran quitte le TNP. Mais comme ce sont des lâches susceptibles de continuer à se soumettre au chantage de Trump, c’est ce qui se produira. La Grande-Bretagne est le pays le plus empressé à soumettre la question au CSNU car elle a un besoin urgent d’accord commercial avec les États-Unis après avoir quitté l’UE.

L’adhésion au TNP est contrôlée par des accords de sauvegarde entre les différents pays membres et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui inspecte les installations nucléaires. Si l’Iran devait quitter le TNP, il pourrait toujours décider de poursuivre ses accords de sauvegarde avec l’AIEA et continuer de faire inspecter ses installations nucléaires. Cela renforcerait la confiance internationale dans le fait que l’Iran ne cherche pas à faire quelque chose de néfaste.

Quitter l’AIEA et mettre fin à son rôle d’inspection en Iran deviendrait alors une étape distincte que le pays pourrait encore mettre en œuvre.

Trump aimerait probablement que l’Iran mette un terme à ses engagements dans le cadre du TNP. Ce serait utilisé pour alléguer que l’Iran veut fabriquer des armes nucléaires, même si ce n’est pas le cas.

Si l’Iran quittait le TNP, il n’aurait plus aucune obligation de ne pas construire d’armes nucléaires. Mais cela ne signifie pas du tout qu’il commencerait à le faire. Le guide suprême iranien a publié une fatwa, un verdict religieux contraignant, qui interdit la production ou l’utilisation de toute arme de destruction massive par l’Iran :

Khamenei.ir @khamenei_ir - 12:49 · 26 févr.2015
 
«Nous considérons l'utilisation des armes de destruction massive comme Haraam (tabou).»
 
La fatwa de l'ayatollah Khamenei le 17/04/2010 lien (en farsi)

Khamenei a publiquement insisté sur cette position (vidéo), encore et encore.

La fatwa de Khamenei n’est pas une décision personnelle mais une position politique officielle de longue date de la République islamique. Pendant la guerre Iran-Irak, l’irakien Saddam Hussein  a ordonné l’utilisation d’armes chimiques sur les lignes de front et les villes iraniennes. Dix mille Iraniens en sont morts et beaucoup d’autres ont été blessés. À l’époque, la République islamique possédait encore des armes chimiques qui étaient des restes de l’ancien régime du Shah. Mais elle s’est abstenue de les utiliser lorsque son guide suprême de l’époque, l’ayatollah Khomeni, a interdit leur utilisation.

Pendant ce temps, l’administration Trump continue de faire pression sur l’Iran avec d’autres mesures mesquines.

Le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif a reçu une invitation personnelle à prendre la parole au Forum économique mondial de Davos. Mais lorsque Trump a annoncé qu’il viendrait à Davos, l’événement prévu avec Zarif a été modifié d’une manière telle que cela a conduit à son annulation par ce dernier :

Zarif devait se rendre au rassemblement de Davos après avoir reçu une invitation personnelle, a annoncé son ministère.
 
"Ils ont changé le programme original qu'ils avaient pour lui, le programme qui avait été convenu, et ont trouvé autre chose", a déclaré le porte-parole Abbas Mousavi.

"Quoi qu'il en soit, ce voyage ne se fera malheureusement pas", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Téhéran. ...
 
Dans un tweet publié plus tard lundi, Mousavi a suggéré que le changement de programme des organisateurs du forum de Davos était "peut-être destiné à n'avoir qu'un seul résultat possible" et a qualifié l'absence de Zarif de d'"occasion manquée de dialogue".

Il est probable que Trump a demandé à l’organisateur du Forum de prendre cette mesure.

Dans une autre mesure mesquine, la Confédération asiatique de football a privé les équipes iraniennes de leur droit d’organiser leurs propres matchs internationaux :

La Confédération asiatique de football aurait interdit à l'Iran d'accueillir des matchs internationaux en raison de craintes pour la sécurité face aux tensions actuelles dans la région. Les clubs iraniens ont réagi en envisageant de se retirer de la Ligue des champions d'Asie de l'AFC. Les clubs ont déclaré que l’Iran était «sûr», pendant que les médias et les fans iraniens affirmaient que la politique, plutôt que la sécurité, était à l’origine de la décision de l’AFC.
 
L'Iran a l'une des meilleures équipes de la Ligue des champions d'Asie et possède certains des clubs les mieux soutenus d'Asie. Les clubs iraniens ont eu une mauvaise saison l'année dernière, mais l'année précédente, Le club de Persépolis a atteint la finale de la compétition. D'autres, avec Esteghlal, Sepahan et Shahr Khodro, se retireront de la compétition si l’interdiction des matches de l’AFC en Iran n’était pas annulée.

L’Iran soupçonne que l’Arabie saoudite a poussé la Ligue des champions d’Asie à prendre cette mesure.

Tout cela fait partie de la campagne de pression maximale de Trump contre l’Iran. Son représentant spécial dans ce pays, Brian Hook, a récemment répété ce que Trump espère réaliser :

Hayvi Bouzo هيفي بوظو @hayvibouzo - 15:24 UTC · 16 janv.2020
 
Brian Hook détaille en quoi un nouvel «accord nucléaire» avec l'Iran différerait du JCPOA (vidéo)

 1- L'Iran ne sera pas autorisé à enrichir de l'uranium, point final.
 2- L'accord sera soumis au Sénat pour en faire un «traité»
 3- Il inclura les programmes de missiles iraniens
 4- L'Iran cessera ses agressions régionales

Brian Hook a oublié d’exiger des éléphants roses. Il n’y a aucune chance que l’Iran renonce à son «droit inaliénable» à l’enrichissement nucléaire ou au programme de missiles sur lequel repose sa sécurité stratégique. Ces demandes irréalisables de l’administration Trump ne sont pas conçues pour parvenir à un accord mais pour conduire à un conflit plus profond.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

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