Comment l’Orient peut sauver l’Occident


2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 30 mars 2018 – Source The Saker

Europe : Mon honneur est solidarité !

« Cela vous dit tout ce que vous devez savoir sur la différence entre la Grande-Bretagne moderne et le gouvernement de Vladimir Poutine. Ils font le Novitchok, nous faisons des sabres de lumière. L’un est une arme hideuse spécialement conçue pour assassiner. L’autre est un improbable accessoire de théâtre qui produit un bourdonnement mystérieux. Mais laquelle de ces deux armes est vraiment la plus efficace dans le monde d’aujourd’hui ? »

(Boris Johnson)

Commençons cette discussion par quelques questions de base.

Première question : quelqu’un croit-il sincèrement que « Poutine » (le nom collectif pour désigner le Mordor russe) a vraiment tenté de tuer un homme que « Poutine » lui-même avait libéré dans le passé, qui ne présentait aucun intérêt quelconque pour la Russie et qui, comme Berezovsky, voulait retourner en Russie et que, pour ce faire, « Poutine » a utilisé un agent innervant binaire ?

Question deux : quelqu’un croit-il sincèrement que les Britanniques ont présenté à leurs « alliés » (je serais poli ici, d’où cet euphémisme) une preuve irréfutable ou, au moins très forte, que « Poutine » a effectivement fait une telle chose ?

Question trois : quelqu’un croit-il sincèrement que l’expulsion massive de diplomates russes rendra la Russie plus docile aux exigences occidentales (pour ce qui nous occupe, peu importe de quelles exigences nous parlons) ?

Question quatre : quelqu’un croit-il sincèrement qu’après ce dernier épisode, les tensions vont s’apaiser ou même diminuer et que les choses s’amélioreront ?

Question cinq : quelqu’un croit-il sincèrement que la forte montée actuelle des tensions entre l’Empire anglosioniste (c’est-à-dire « l’Occident ») ne placent pas l’Empire et la Russie sur une trajectoire de collision qui pourrait déboucher sur une guerre, probablement/éventuellement une guerre nucléaire, peut-être pas délibérément, mais comme résultat d’une escalade d’incidents ?

Si, dans le monde zombifié des drones idéologiques, qui restent dans l’état de transe monotone induite par les médias grand public, il y a très certainement ceux qui répondent « oui » à quelques-unes ou même à toutes les questions ci-dessus, je suggère que pas un seul décideur occidental important ne croit sincèrement à ces absurdités. En réalité, tous ceux qui comptent savent que les Russes n’avaient rien à voir avec l’incident Skripal, que les Britanniques n’ont présenté aucune preuve ; que l’expulsion des diplomates russes ne fera que renforcer la détermination russe ; que toute cette hystérie anti-russe ne fera qu’empirer et que tout cela met au moins l’Europe et les États-Unis, sinon la planète entière, en grand danger.

Et pourtant ce qui vient de se passer est absolument incroyable : au lieu d’utiliser les principes fondamentaux du droit occidental (innocent jusqu’à ce que la culpabilité soit prouvée par au moins une preuve prépondérante ou au moins au-delà de tout doute raisonnable) ; les règles de base du comportement civilisé (n’attaquez pas quelqu’un que vous savez innocent) ; les normes éthiques universellement acceptées (la vérité de l’affaire est plus importante que la convenance politique) ou même l’instinct de conservation primordial (je ne veux pas mourir pour votre cause) ; la grande majorité des dirigeants occidentaux a choisi un nouveau paradigme de prise de décision qui peut se résumer en deux mots :

  • « hautement probable » 
  • « solidarité »

C’est vraiment crucial et cela marque un changement fondamental dans la manière dont l’Empire anglosioniste agira désormais. Examinons les hypothèses et les implications de ces deux concepts.

Tout d’abord « hautement probable ». Alors que « hautement probable » ressemble à une version simplifiée de la « prépondérance de la preuve » ce que cela signifie réellement est très différent et circulaire : « Poutine » est mauvais, empoisonner est mal, donc il est « hautement probable » que « Poutine » l’ait fait. Comment savons-nous que la prémisse « Poutine est mauvais » est vraie ? Eh bien – il empoisonne des gens, non ?

Vous croyez que je plaisante ?

Regardez cette merveilleuse carte présentée au public par le « gouvernement de Sa Majesté » intitulée « Un schéma récurrent d’activités russes malignes » :

Sur les douze événements recensés comme preuves d’un « schéma d’activité maligne russe » un est manifestement faux (invasion de la Géorgie en 2008) ; un confond deux accusations différentes (l’occupation de la Crimée et la déstabilisation de l’Ukraine) ; un est circulaire (l’assassinat de Skripal) et tous les autres sont des accusations totalement non prouvées. Tout ce qui manque ici, c’est le viol collectif de bébés pingouins par des marins russes ivres au pôle Sud ou l’utilisation d’une « arme météorologique » secrète pour envoyer des ouragans vers les États-Unis. Vous n’avez pas besoin d’une licence en droit pour le voir, seulement d’un QI au-dessus de la température de la pièce et d’une compréhension simple de la logique. Malgré tout mon mépris pour les dirigeants occidentaux, même moi je ne prétendrai pas qu’ils en manquent tous. C’est donc ici que la « solidarité » entre en scène :

« Solidarité » dans ce contexte est simplement un « espace conceptuel » pour le célèbre « mon pays, qu’il ait tort ou raison » de Stephen Decatur, appliqué à tout l’Empire. Le précédent de Meine Ehre heißt Treue (Mon honneur s’appelle fidélité) légèrement reformulé en Meine Ehre heißt Solidarität (Mon honneur s’appelle solidarité) vient aussi à l’esprit.

Solidarité signifie simplement que les élites compradores au pouvoir en Occident diront et feront tout ce que les Anglosionistes leur diront de faire. Si demain, les dirigeants britanniques ou américains proclament que Poutine mange des bébés à son petit-déjeuner ou que l’Occident doit envoyer à « Poutine » un message fort indiquant qu’une invasion russe du Vanuatu ne sera pas tolérée, ainsi soit-il : toute la nomenklatura anglosioniste chantera la chanson en chœur et au diable les faits, la logique ou même la décence !

Proclamer solennellement des mensonges n’est pas nouveau en politique et il n’y a rien de nouveau ici. Ce qui l’est, ce sont deux développements beaucoup plus récents : premièrement, aujourd’hui tout le monde sait que ce sont des mensonges et deuxièmement, personne ne les conteste ou ne les démonte. Bienvenue dans le Nouvel ordre mondial anglosioniste, en effet !

L’Empire : par la tromperie, la guerre tu feras

« Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fond ; car il est menteur et le père du mensonge. »

(Jean 8:44)

Ces dernières semaines, j’ai observé quelque chose que je trouve très intéressant : tant sur les chaînes de télévision que dans les médias russes en anglais, il existe un genre spécifique d’individu anti-Poutine qui est très fier du fait que l’Empire se soit embarqué dans une campagne sans précédent de mensonges contre la Russie. Ces gens considèrent les mensonges comme un autre outil dans une sorte de « boîte à outils politiques » qui peut être utilisé comme n’importe quelle autre technique politique. Comme je l’ai mentionné dans le passé, l’indifférence occidentale à l’égard de la vérité est quelque chose de très ancien, puisque cela vient du Moyen Âge : à peu près quand les successeurs spirituels des Francs à Rome ont décidé que leur propre marque de « christianisme » n’avait pas besoin de 1000 ans de Consensus Patrum. La scolastique et une soif insatiable de pouvoir laïque, séculier, ont produit à la fois le relativisme moral et le colonialisme (avec l’imprimatur du pape sous la forme du Traité de Tordesillas). La Réforme (avec son influence judaïque très prononcée) a fourni les bases du capitalisme moderne qui, comme Lénine l’a correctement diagnostiqué, est impérialiste à son stade suprême. Maintenant que l’Occident est en train de perdre son emprise sur la planète (imaginez ça, quelques pays fils de pute osent résister !) toutes les justifications idéologiques ont été jetées à la poubelle et nous nous retrouvons avec les vraies impulsions, honnêtes et sans scrupules des dirigeants de l’Empire : arrogance messianique (essentiellement auto-célébration) violence et, par dessus tout, dépendance massive à la tromperie et au mensonge à tous les niveaux de la société, depuis les publicités commerciales visant les enfants jusqu’à Colin Powell agitant quelque poudre à lessive au Conseil de sécurité de l’ONU pour justifier une autre guerre d’agression.

Le culte de soi et la dépendance totale à la force brute et aux mensonges, telles sont aujourd’hui les vraies « valeurs occidentales » : pas la loi ; pas la méthode scientifique ; pas la pensée critique ; pas le pluralisme et surtout pas la liberté. Nous voilà ramenés, après un cycle complet, au genre de truanderie illettrée qu’incarnaient si bien les Francs et qui les a rendus si tristement célèbres dans le monde (alors) civilisé (le sud et l’est de la Méditerranée). Le projet, soit dit en passant, est le même que celui des Francs il y a 1000 ans : soumettez-vous et acceptez notre domination ou vous mourrez est la manière d’accepter notre domination et de nous laisser piller toutes vos richesses. De nouveau, pas grande différence ici entre le sac de la Première Rome en 410, le sac de la Deuxième Rome en 1204 et le sac de la Troisième Rome en 1991. Comme le savent bien les psychologues, le meilleur prédicteur d’un comportement futur est le comportement passé.

Fait intéressant, les Chinois ont vu juste dans cette psyop stratégique et ils font sonner l’alarme dans leur très officiel Global Times (c’est moi qui souligne) :

Les accusations que les pays occidentaux ont lancées contre la Russie sont basées sur des arrière-pensées, tout comme les Chinois utilisent l’expression cela pourrait bien être vrai’ pour saisir une bonne occasion. D’un point de vue neutre, les principes et la logique diplomatique qui sous-tendent ces efforts draconiens sont bancals, sans parler du fait que cette expulsion quasi simultanée de diplomates russes est une forme grossière de comportement. De telles actions ont peu d’impact, si ce n’est augmenter l’hostilité et la haine entre la Russie et ses homologues occidentaux. (…) Le fait que les grandes puissances occidentales puissent se regrouper et condamner’ un pays étranger sans suivre les procédures que les autres pays − respectu